Chapitre 223
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 223 : 223
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Je sentis la musique m’entrer dans les oreilles. L’ensemble, joué en parfaite harmonie par de nombreux instruments, était d’une finesse indescriptible. En l’écoutant, je souris avec une discrète fierté.
La musique qui emplissait la petite salle de banquet provenait des marionnettes alignées dans un coin. La coordination entre celles qui jouaient des instruments était vraiment exquise.
Si mes marionnettes avaient réussi à surpasser les marionnettes cadavériques de Jugang, c’était en grande partie grâce à leur magie supérieure et à leurs échanges émotionnels, mais des scènes comme celle-ci y étaient aussi pour quelque chose.
Le travail d’un domestique ne consistait pas seulement à éviter les désagréments. Il devait aller plus loin et rendre son client heureux.
Dans cette optique, jouer d’un instrument, tout comme cuisiner, faisait partie des qualités d’un domestique. J’avais essayé plusieurs instruments dès que j’avais un peu de temps libre.
J’avais compris quelque chose au cours de ces essais : je n’avais guère de talent pour la musique. Bien sûr, je pouvais jouer des morceaux simples, mais cela revenait tout au plus à reproduire ce que j’avais entendu.
Pourtant, ce que mes marionnettes jouaient en cet instant n’avait rien à voir avec ma façon raide de jouer. Elles échangeaient leurs volontés et se comprenaient sans parler. Mieux encore, elles mêlaient leurs interprétations respectives pour n’en former qu’une seule.
C’était ainsi qu’elles produisaient une si belle musique. Je hochai légèrement la tête en sentant la chaleur réconfortante qui persistait dans le pouvoir magique. La musique ressemblait aussi à la cuisine : c’était un moyen d’insuffler de la magie dans quelque chose.
Je tendis la main vers une marionnette qui passait. Celle qui portait un plateau me tendit un verre de vin. Après en avoir savouré l’arôme un instant, je promenai lentement le regard autour de moi.
La petite salle de banquet, aménagée dans mon atelier, était bondée : plusieurs dizaines de personnes s’y pressaient. Elles m’avaient toutes aidé. Il semblait que presque tout le monde avait répondu présent.
Je bus une gorgée de vin et souris faiblement. Ce banquet était l’occasion de témoigner ma gratitude, mais aussi de proclamer ma victoire.
Jugang avait été contraint de fermer son atelier à cause de l’audit. Autrement dit, plus personne ne se dressait sur mon chemin. Pour marquer le coup, je devais faire savoir aux autres que j’avais remporté notre affrontement.
La plupart des gens qui avaient loué des marionnettes savaient que Jugang et moi étions en concurrence. Dès qu’ils apprendraient la situation, ils verraient clairement qui avait gagné et qui avait perdu.
C’était aussi une manière d’étendre mon influence discrète. Voilà pourquoi j’avais mis tant de soin à organiser cet événement.
J’inclinai légèrement la tête en direction d’Isabella, qui contrôlait les marionnettes à distance.
La salle avait été aménagée avec tant de faste qu’on aurait eu du mal à croire qu’elle avait été un petit atelier. Elle ressemblait à une version réduite de la salle de banquet que j’avais vue pendant l’examen d’entrée.
Tout cela, je le devais au travail d’Isabella, qui avait veillé toute la nuit. Elle avait peut-être senti ce que je voulais lui dire. Elle me sourit doucement et secoua la tête. Tandis que je sirotais tranquillement mon verre, je sentis quelqu’un s’approcher de moi.
Je tournai les yeux pour voir de qui il s’agissait. Repo se tenait là, le sourire aux lèvres, en faisant tourner son verre. Elle avait les joues légèrement rouges et semblait passer un très bon moment.
« Félicitations, patron. Vous avez fini par les mettre tous dehors. C’était incroyable ! »
Repo leva son verre et le cogna contre le mien. Puis elle se mit à boire comme si c’était de l’eau. Je l’imitai et pris une petite gorgée.
« C’est grâce à toi, Repo. »
« Non. Tout ce que j’ai fait, c’est amener des gens ici. C’est vous qui avez eu le plus de mal, patron. C’est vous qui les avez affrontés directement. »
Repo se gratta légèrement la tête. Elle semblait vraiment croire qu’elle ne m’avait pas beaucoup aidé ; je secouai donc la tête.
Repo avait été ma première cliente. Elle m’avait aussi envoyé pas mal de monde. Naturellement, elle avait une influence considérable sur ma clientèle.
Si elle m’avait quitté pour les rejoindre, bien d’autres auraient hésité à rester. Pourtant, elle m’avait soutenu jusqu’au bout. Rien que cela m’avait énormément aidé.
Il en allait de même pour les autres personnes que j’avais invitées. Je regardai autour de moi et aperçus plusieurs clients accompagnés de leurs marionnettes. Cette victoire n’avait été possible que grâce à leur aide à tous.
« À quoi bon déterminer qui a eu le plus de mal ? Comme tu l’as dit, nous avons gagné, sans aucun doute. Alors autant profiter de l’instant. »
Je tendis mon verre à Repo. La marionnette à côté d’elle lui en apporta un autre, qu’elle cogna de nouveau contre le mien. Je savourai tranquillement la douceur du vin et adressai un sourire chaleureux à Repo.
Repo était probablement d’aussi bonne humeur parce qu’elle pensait à tous les points qui n’allaient pas tarder à lui tomber dessus.
Avant le banquet, je leur avais annoncé mes projets pour l’avenir, notamment les avantages dont ils bénéficieraient. Je leur avais accordé le statut de rang 1.
Ce statut servirait de base au système de classement que je comptais instaurer en transformant l’atelier en club réservé aux membres. Les avantages et les fonctions accessibles varieraient selon le rang, du rang 9 au rang 1.
Cette ville était divisée en étages afin d’attiser le désir de s’élever toujours plus haut. Je devais moi aussi suivre cette structure.
Jusqu’ici, je m’étais concentré uniquement sur l’augmentation de mes effectifs. Maintenant que les affaires avaient pris leur essor, je comptais me mettre sérieusement à engranger des points.
En leur accordant le rang 1, j’acceptais donc d’y perdre. Plus ils bénéficieraient d’avantages, moins mes profits seraient importants.
Mais en affaires, les deux parties devaient y trouver leur compte. Ils m’avaient aidé ; je devais veiller à ce qu’ils en tirent eux aussi davantage.
Dans la nature, les animaux entretenaient souvent des relations de symbiose. Elles naissaient d’une coopération où chacun poursuivait ses propres intérêts. De la même façon, cette victoire commune nous permettrait de bâtir une relation plus solide.
Repo et les autres continueraient donc à me protéger. Mes profits deviendraient aussi les leurs. Ils constitueraient ainsi, à coup sûr, mon premier rempart face aux menaces à venir.
Si quelqu’un tentait à la légère de s’en prendre à mon territoire, ces gens-là seraient les premiers à réagir. Et plus mon atelier se développerait, plus ce rempart se renforcerait. À cette perspective, je souris faiblement.
Je discutai un moment avec Repo. Au bout d’un moment, elle observa ma réaction avec prudence, puis posa son verre.
« Excusez-moi un instant. Il y a des gens qui doivent vous présenter leurs excuses, patron. »
Des excuses ? J’inclinai légèrement la tête. Repo fit un petit geste et Jang, sa marionnette, s’inclina avant de se diriger vers un côté de la salle.
Jang revint bientôt avec deux personnes. En les voyant, je souris faiblement. Je compris ce que Repo avait voulu dire.
C’étaient Gadon et Haryu, les compagnons de Repo, qui s’étaient laissés tenter par Jugang et avaient quitté mon atelier.
« Qu’est-ce que j’aurais à me faire pardonner ? »
Gadon grommela d’un air renfrogné.
Repo lui écrasa gentiment, mais fermement, le pied, puis jeta un regard à Haryu. Celle-ci calma également Gadon.
« Tu sais le bazar que tu as causé en nous trahissant comme ça ? Tu as de la chance que le patron t’ait repris. Sinon, on aurait été fichus. Pourquoi tu es parti, au juste ? »
Repo croisa les bras et fusilla Gadon du regard. Je les observai et secouai la tête. Puis je tendis un verre de vin à chacun d’eux.
« Une trahison ? Je ne vois pas les choses comme ça. Tu n’as pas à t’excuser. Au contraire, je suis simplement heureux que tu sois revenu. »
J’adressai un sourire chaleureux à Gadon. Il se mit à boire à petites gorgées, avec prudence. Peu après, il inclina légèrement la tête vers moi.
Il ne fallut pas longtemps pour que ceux qui avaient quitté mon atelier pour l’Atelier de marionnettes Arcana commencent à revenir.
Ils étaient partis parce que Jugang leur avait promis de grands avantages. Mais celui qui leur avait fait ces promesses avait été emmené, et l’atelier avait fermé. Inquiets pour l’avenir, ils revenaient peu à peu.
Naturellement, je n’avais pas l’intention de les chasser. Comme je venais de le dire, je ne considérais pas leur départ comme une trahison.
C’étaient tous des clients. Ils avaient évidemment le droit de choisir leur produit. Gadon était parti parce que l’offre d’en face lui plaisait davantage. Il était revenu parce qu’il faisait davantage confiance à la mienne.
Comment appeler ça une trahison ? De mon point de vue, j’aurais plutôt dû me reprocher de ne pas avoir réussi à les retenir. Je devais être reconnaissant qu’ils soient revenus.
Je comptais donc les accueillir à bras ouverts. Bien sûr, il faudrait ajuster légèrement leur rang par rapport à celui de ceux qui étaient restés. Il aurait été un peu difficile d’accorder le rang 1 à ceux qui revenaient une fois tout terminé.
Je fis tout de même de mon mieux pour leur proposer quelque chose qui les satisferait. Je jetai un coup d’œil à Gadon. Une marionnette à l’apparence féminine s’appuyait contre lui. Elle était plutôt jolie.
« Alors, tu es satisfait de ta nouvelle marionnette ? »
Je posai la question à Gadon avec un sourire malicieux. Les deux femmes tournèrent les yeux vers lui. Gadon se racla discrètement la gorge.
« … Eh bien, elle n’est pas mal. »
Je hochai légèrement la tête. Les avantages proposés par l’autre camp avaient été l’une des raisons de son départ, mais son insatisfaction à l’égard de mes marionnettes avait peut-être également joué. Repo était restée parce que la marionnette que j’avais créée pour elle lui plaisait.
Pour éviter que cela se reproduise, j’avais conçu cette fois la marionnette de Gadon en tenant pleinement compte de ses goûts.
Repo passa les yeux de Gadon à la marionnette et plissa les paupières.
« Toi aussi, tu vas finir par t’attacher à ta marionnette. Pourquoi tu étais aussi partial avec la mienne ? »
« Ce n’est pas pareil. Tu étais quasiment collée à ta marionnette. »
Gadon s’indigna quelque peu et fit un pas en avant. Repo claqua la langue, puis désigna du menton la marionnette à côté de lui et reprit la parole. Une dispute avait éclaté.
Haryu, la femme qui se tenait près d’eux, leur adressa un sourire doux et les sépara. Je les regardai se chamailler, puis m’éloignai. Ils étaient dans leur petit monde ; je devais leur laisser de l’espace.
En m’éloignant, je laissai échapper un rire discret. Gadon était parti à cause des marionnettes et des avantages, mais il y avait aussi une pointe de jalousie dans l’histoire. Il était jaloux de Jang, la marionnette qui restait aux côtés de Repo.
Même maintenant, je sentais encore un peu de cette jalousie chez Gadon. Je l’avais remarqué pendant que je fabriquais sa nouvelle marionnette.
C’était pour cela que j’avais donné à sa marionnette une apparence mêlant les traits des deux femmes. Repo et Haryu l’avaient compris, elles aussi. C’était peut-être pour cela qu’elles ne semblaient pas particulièrement jalouses de la marionnette.
Je jetai un coup d’œil à Jang, la marionnette de Repo. À bien y réfléchir, Jang ressemblait aussi beaucoup à Gadon. Mais il ne semblait pas l’avoir remarqué.
Je secouai légèrement la tête. Enfin, cela prouvait simplement que mes marionnettes étaient bien faites.
Je me dirigeai lentement vers le grand canapé installé dans un coin de la salle. Il n’y avait personne à proximité. Tout le monde gardait ses distances.
C’était probablement à cause du pouvoir magique. Sentant la puissance qui enveloppait les environs, je m’approchai lentement du canapé et fis un petit signe à la marionnette postée à côté.
La marionnette au visage de dragon sentit ma volonté et dissipa peu à peu son pouvoir magique. Guidé par elle, j’entrai et posai mon verre de vin sur la table. Une marionnette me l’avait tendu en chemin.
La professeure, qui était à demi allongée sur le canapé, releva la tête et croisa mon regard. Je m’inclinai légèrement devant elle.
« On dirait que le banquet ne vous plaît pas. Si j’avais su que vous viendriez, professeure, j’aurais préparé un lieu plus grandiose. Je vous prie de m’excuser. »
« Oui. L’endroit est trop miteux. Qu’est-ce que tu comptes faire dans un atelier aussi petit ? »
La professeure claqua la langue en regardant autour d’elle. Je me grattai la tête. Elle avait raison : mon atelier était petit.
La professeure me jeta un coup d’œil, puis examina chaque personne qui circulait dans la salle. Elle hocha bientôt la tête.
« Cette fois, tu as bien géré les choses. Si tu étais revenu en t’étant encore fait plumer comme la dernière fois, je t’aurais arraché l’âme. »
« J’ai fait de mon mieux pour ne pas vous déshonorer, professeure. »
Je posai une main sur ma poitrine et m’inclinai. La professeure plissa les yeux en me dévisageant, puis renifla avec dédain.
« Hmph. Tu sais parler, toi. Mais comme je te fais courir partout, tu commences enfin à te rendre utile. »
La professeure s’adossa au canapé et prit une gorgée de vin. Je lui adressai un sourire amer.
Elle était arrivée au banquet sans prévenir. Je ne m’étais pas attendu à sa visite. Voilà pourquoi les autres observaient sa réaction avec prudence. Bien sûr, elle leur avait dit de ne pas faire attention à elle, mais qui aurait pu agir à la légère en présence d’une professeure ?
Je regardai la professeure en silence. Si elle n’était venue qu’une fois tout réglé, cela signifiait qu’elle m’avait surveillé tout ce temps, comme lors de l’incident de la punaise-miroir.
Comme elle venait de le dire, si j’avais si mal géré les choses que cela lui avait déplu, elle comptait probablement me punir. Mais, à la voir maintenant, on aurait dit qu’elle avait apprécié ma façon de régler le problème de Jugang.
Je serrai légèrement le poing. Comme le montrait son attitude, j’avais beaucoup changé. J’étais parvenu à surmonter cette crise par mes propres moyens.
« Hmm… Je devrais peut-être t’offrir une petite récompense quand nous rentrerons à la tour. C’était assez amusant, aussi. »
La professeure marmonna en faisant tourner son verre de vin dans sa main. Je clignai discrètement des yeux.
Une récompense. Je ne m’y attendais pas.
Qu’avait-elle l’intention de m’offrir ? L’excitation commença à monter dans ma poitrine. Si elle appelait cela une récompense, ce serait forcément quelque chose de spécial. Jusqu’ici, tout ce que j’avais reçu d’elle m’avait comblé.
Je me frottai les mains et m’approchai de la professeure. Si je réussissais à lui faire encore meilleure impression, peut-être que la récompense serait plus importante.
Alors que j’allais prendre la parole, les yeux brillants, je vis les portes de la salle s’ouvrir au loin.
Hwaryeong entra. Elle regarda autour d’elle, nous aperçut et nous adressa un grand sourire. La professeure me désigna d’un geste, l’air profondément agacé.
« Va la voir. Si tu la laisses venir m’importuner, je t’arrache l’âme. »
À ces paroles terrifiantes de la professeure, je me levai précipitamment. Je me plaçai devant Hwaryeong, qui s’approchait de nous. Elle parut légèrement déçue en jetant un regard vers la professeure.
On aurait dit qu’elle voulait profiter d’une salutation pour dire quelque chose à la professeure. Elle l’avait souvent fait pendant l’examen d’entrée. Comme toujours, la professeure trouvait cela extrêmement pénible.
« Je ne pensais pas que tu viendrais. »
Je m’inclinai légèrement devant Hwaryeong. Bien sûr, je lui avais envoyé une invitation ; c’était probablement pour cela qu’elle était venue. Mais je ne pensais pas qu’elle accepterait vraiment.
Elle devait être très occupée à gérer les affaires de la Compagnie marchande. Pourtant, elle était venue. Hwaryeong me sourit doucement en croisant mon regard.
« Je savais qu’Evron avait traversé bien des épreuves, alors je devais venir. Je regrette simplement de ne pas avoir pu t’aider davantage auparavant. »
Hwaryeong inclina la tête. Je lui fis signe de s’arrêter.
« Tu m’as déjà beaucoup aidé. Jugang et les autres ont été soumis à un audit grâce à toi. Sans ça, je n’aurais pas pu organiser un banquet comme celui-ci. »
Bien sûr, elle avait probablement ses propres arrière-pensées. J’avalai ces mots. Quoi qu’il en soit, on pouvait tout de même considérer qu’elle m’avait aidé.
Je jetai un regard par la fenêtre, vers le centre-ville où se trouvait l’Atelier de marionnettes Arcana. L’atelier était bel et bien fermé.
« Qu’est-ce qui va arriver à Jugang ? »
« Hmm, il est probablement au bureau des audits, à présent. Le Conseil du Peuple ne va pas l’abandonner tout de suite. Mais il ne s’en tirera pas facilement. »
Hwaryeong suivit mon regard jusqu’à l’atelier et sourit faiblement. C’était donc ainsi que les choses allaient se terminer. Je hochai légèrement la tête.
Hwaryeong avait elle-même lancé cet audit. Il était évident que Jugang ne s’en tirerait pas facilement.
Impossible de savoir ce qui ressortirait de l’audit. Il risquait même de perdre définitivement cette occasion. Vu l’assurance dont il avait fait preuve, c’était une fin terriblement creuse.
Je fermai les yeux et gardai le silence. Le rythme harmonieux des marionnettes se glissa alors dans mes oreilles. Porté par cette douce musique, j’attendis que Hwaryeong prenne la parole.
Je ne pensais pas qu’elle était venue au banquet uniquement pour me féliciter. Elle avait forcément quelque chose à me dire. Elle avait sans doute jugé que ce serait plus rentable que de se contenter de faire pression sur eux.
Sinon, elle n’aurait eu aucune raison de venir me trouver alors qu’elle était si occupée. Comme je m’y attendais, Hwaryeong reçut un verre d’une marionnette de passage et prit la parole.
« Comme tu peux le voir, Evron, l’atelier qu’ils ont fondé est vide. Pas mal de gens cherchent à s’en emparer. J’en fais partie. »
Hwaryeong prit une gorgée de vin. Je hochai la tête. Je savais déjà tout cela.
Alors pourquoi était-elle venue me trouver ? Hwaryeong esquissa un sourire du coin des yeux et poursuivit :
« Tu te demandes sûrement pourquoi je suis là. Alors, autant entrer dans le vif du sujet. Je suis venue négocier avec toi à l’avance. Tu joueras un rôle important dans la reprise de cet endroit. »
« Moi ? »
« Oui. Tu as déjà réussi à t’imposer. En temps normal, la Compagnie marchande se serait contentée de t’écraser, mais Jugang a montré à quoi cela menait. Maintenant, tout le monde marche sur des œufs. »
« Et la professeure Irian est là aussi. »
Hwaryeong ajouta cela avant de regarder en direction de la professeure.
« Tout le monde sait déjà que la professeure Irian est ici. Elle dégage un pouvoir magique si dense, après tout. C’est pour ça que tout le monde fait attention. J’aurais bien voulu lui parler un instant, moi aussi, mais tant pis. »
Hwaryeong claqua légèrement la langue. En l’écoutant, je regardai le canapé où se trouvait la professeure. Celle-ci roulait simplement dessus, comme si elle ne s’était pas rendu compte que je l’observais.
Mais, malgré les apparences, elle agissait avec beaucoup d’égards envers moi. Voilà donc pourquoi elle était venue : elle avait l’intention d’étendre directement son influence. Je ne pus m’empêcher d’être touché.
« Les négociations se feront dans des conditions qui te conviendront. On peut revoir le prix des marionnettes et les parts de marché. Au bout du compte, nous en tirerons tous davantage de bénéfices. »
Hwaryeong sourit légèrement. Des bénéfices pour tout le monde. C’était tentant. Je hochai la tête en silence.
Hwaryeong cogna son verre contre le mien, puis se mit à s’éloigner.
« Mieux vaut t’envoyer les documents demain que d’en discuter ici. C’est un sujet trop sérieux pour un banquet. Je vais prendre congé. »
Hwaryeong fit demi-tour et quitta lentement la salle. Comme elle l’avait dit, elle était venue lui parler affaires avant de repartir. Je la regardai s’éloigner, puis secouai la tête.
J’avais quelques points à examiner, mais je devais d’abord terminer le banquet. Je me dirigeai lentement vers Mauro.
Je souris faiblement en voyant Mauro et Koite boire ensemble. Je devais aussi remercier comme il se devait les membres de l’association. Sans leur aide, la crise aurait pris une ampleur bien plus grande.
Je m’approchai d’eux et m’inclinai.
Le banquet se poursuivit tard dans la nuit. Au fil des heures, les invités commencèrent à partir un à un.
Enfin, le dernier invité s’en alla et le banquet prit fin.
Je regardai lentement les environs, où régnait désormais le silence. Puis je sortis la pièce de ma poche et la fis légèrement tourner entre mes doigts.
C’était le jeton prouvant que j’étais le successeur du professeur On.
Je plissai les yeux en songeant à Gaon. Le fait qu’il ait envoyé des marionnettistes cette fois-ci était une façon de tâter le terrain. Et Gaon ne serait sûrement pas le seul à le faire.
À présent qu’il était certain que le professeur On était absent, les autres associations passeraient elles aussi à l’action. Je devais réfléchir à la façon de gérer la situation.
Mais cette épreuve m’avait permis de grandir. Satisfait, je caressai la pièce.
Le poignard que Gaon avait utilisé contre moi, c’était Jugang. Ils avaient dû penser qu’un membre de la Compagnie marchande suffirait.
Mais Jugang avait fini à genoux devant moi.
Une crise s’accompagnait toujours d’une occasion. En me servant de la menace que représentait Jugang comme d’un tremplin, j’avais agrandi de plusieurs fois le territoire occupé par mes marionnettes. Elles s’étaient répandues dans toute la ville.
Grâce à cela, je pouvais enfin tenir tête à la Compagnie marchande, ne serait-ce qu’un peu. Hwaryeong ayant proposé de négocier, je ne serais plus utilisé comme un outil, comme avant. Je pouvais désormais traiter d’égal à égal avec eux.
Comment ne pas être satisfait de la situation ?
Il restait toutefois un problème. J’ignorais qui avait divulgué mes informations.
Je me frottai légèrement le menton. La situation avait dégénéré parce que des renseignements me concernant avaient fuité. Si cela ne s’était pas produit, les choses n’auraient jamais pris une telle ampleur.
Hwaryeong avait-elle délibérément divulgué mes informations ? Peut-être pour mieux me contrôler. J’avais envisagé cette possibilité.
Mais je ne pus que secouer la tête. Hwaryeong accordait beaucoup d’importance au profit. Elle n’avait aucune raison de prendre un tel risque.
Alors qui cela pouvait-il être ?
Tandis que je réfléchissais, Isabella s’approcha de moi.
[Un visiteur est là pour vous voir, maître.]
« Maintenant ? »
J’inclinai la tête. Qui pouvait bien venir à une heure pareille ? J’avais déjà rencontré toutes les personnes que je devais voir.
Cela dit, un visiteur restait un visiteur. Je devais découvrir de qui il s’agissait.
Je hochai légèrement la tête. Isabella prit le contrôle d’une marionnette et ouvrit la porte de l’atelier. Une personne dissimulée par son pouvoir magique se tenait dehors.
À sa silhouette, elle semblait être un homme. Le fait qu’il se soit entièrement dissimulé signifiait clairement qu’il voulait cacher sa visite.
L’homme entra dans l’atelier, s’arrêta devant moi, puis dissipa lentement la magie qui le dissimulait.
« Cela fait longtemps. La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était il y a sept ans, je crois ? »
Je clignai discrètement des yeux. Un visage familier apparut à mesure que la magie s’effaçait.
C’était un homme aux yeux perçants qui ressemblait beaucoup à Hwaryeong. Je m’inclinai légèrement devant lui.
« Cela faisait longtemps, Hongryeong. »
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