Chapitre 214
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 214 : 214
──────
La marionnettique était l’une des formes de magie les plus spécialisées. Il n’y avait donc naturellement que peu de clients susceptibles de vouloir en acheter.
Pourtant, le spectacle qui s’offrait à moi renversa cette idée reçue.
L’Atelier de marionnettes Arcana. La compagnie commerciale le gérait-elle directement ?
Je fixai, abasourdi, la boutique bondée. Je n’aurais jamais cru voir autant de monde entrer et sortir d’un atelier de marionnettes.
Comment avaient-ils attiré autant de gens ?
Je ne tardai pas à le découvrir : une marionnette en papier en forme de petit oiseau vola vers moi.
Je l’attrapai calmement et regardai l’entrée de la boutique. La marionnette en papier venait de là. Et elle ne volait pas seulement vers moi : il y en avait qui se dirigeaient vers tous les passants de la rue.
La marionnette qui avait atterri dans ma main se froissa bientôt et se désagrégea, laissant dans l’air des mots imprégnés de pouvoir magique.
[Essayez de louer une marionnette conçue spécialement pour vous. Elle s’occupera de tout ce qui vous ennuie ! Location mensuelle : 1 point. N’hésitez pas à nous rendre visite.]
Les mots flottants se dispersèrent rapidement et disparurent.
Je ne pus que froncer les sourcils. Cette publicité m’était bien trop familière.
Évidemment, les gens allaient affluer si on leur promettait à grand renfort de publicité une marionnette à louer pour un seul point, autrement dit presque gratuitement. C’était le même prix que celui que j’avais fixé.
Je plissai les yeux en observant la boutique.
Ils n’avaient pas seulement ouvert un atelier de marionnettes, ils avaient aussi copié ma méthode de vente ? À voir leurs tracts distribués de cette manière pour attirer les clients, ils s’en prenaient clairement à moi.
Dans ce cas, si quelqu’un comptait empiéter sur mon territoire, je devais voir de mes propres yeux le genre de marionnettes qu’ils vendaient.
Je rassemblai du pouvoir magique au bout de mes doigts et effleurai mon visage.
Quelqu’un risquait de me reconnaître. Il fallait donc que je modifie un peu mon apparence. Sous ma main, les traits de mon visage commencèrent peu à peu à changer. C’était une astuce toute simple que je pouvais utiliser parce que mon corps était celui d’une marionnette.
Après avoir vérifié mon nouveau visage à l’aide d’un miroir-insecte, je hochai légèrement la tête. À moins d’être proche de moi, personne ne me reconnaîtrait facilement, à présent.
Je me mêlai avec précaution à la foule qui pénétrait dans la boutique.
Une musique entraînante me parvint aux oreilles. Elle se mêlait aux lumières éclatantes, et le pouvoir magique dont elle était imprégnée apaisait doucement la tension des clients.
Je regardai lentement autour de moi.
L’intérieur de la boutique était bien plus vaste qu’il n’y paraissait depuis l’extérieur, probablement grâce à un sort d’agrandissement. Je remarquai également de nombreux autres sorts à l’œuvre.
Tous ces sorts réunis créaient une atmosphère à la fois confortable et luxueuse. Une telle démesure n’avait rien à faire au premier étage.
Je claquai doucement la langue. C’était donc vraiment une boutique gérée directement par la compagnie commerciale.
Je m’enfonçai davantage dans les lieux.
J’y découvris de nombreuses vitrines en verre.
À l’intérieur se tenaient des marionnettes aux formes humaines très variées.
Les visiteurs se plantaient devant les vitrines et examinaient les silhouettes. Puis ils choisissaient celles qui leur plaisaient et les achetaient.
Je suivis leur exemple et m’arrêtai devant une vitrine qui avait attiré mon regard.
À l’intérieur d’une vitrine assez grande pour contenir une personne se tenait une marionnette en forme de femme, les yeux clos.
Je l’examinai de haut en bas, puis hochai légèrement la tête.
Elle était plutôt bien faite.
La marionnette dégageait une présence presque humaine. Je voyais bien qu’on avait consacré beaucoup de soin à sa fabrication.
Je me demandai si elle était la seule à sortir du lot et examinai les marionnettes des autres vitrines.
Mais elles se ressemblaient toutes. Chacune avait des traits saisissants qui lui donnaient l’air d’une personne réelle.
Même en louant mes propres marionnettes pour 1 point, il était difficile de couvrir les coûts de production. J’avais moi-même essuyé de lourdes pertes au début.
C’était aussi pour cette raison que je n’avais pas trop étendu mon territoire de vente.
Et pourtant, ils louaient des marionnettes d’une telle qualité pour 1 point ?
Même en sachant que quelqu’un de la compagnie commerciale était dans le coup, j’avais du mal à le croire.
S’ils avaient monté une entreprise d’une telle ampleur, c’était qu’ils avaient un moyen de compenser leurs pertes. Ce n’était pas la peine d’ouvrir une boutique aussi grande juste pour m’arrêter.
Je clignai des yeux.
Qui avait fabriqué ces marionnettes ? Quel secret cachaient-elles ?
Ces questions en tête, je dirigeai mon pouvoir magique vers la marionnette dans la vitrine pour l’examiner.
Mais mon pouvoir magique rebondit contre la vitre et fut bloqué.
Au même instant, la marionnette ouvrit les yeux et croisa mon regard.
« Client, vous pourrez examiner mon corps après m’avoir louée. »
La marionnette parla sans aucune expression.
Sa voix raide était terriblement maladroite, comme si elle s’efforçait d’imiter un être humain.
Malgré tout, je ne pus retenir un sursaut.
Si un marionnettiste m’avait adressé cet avertissement, un lien de pouvoir magique aurait dû remonter jusqu’à son propriétaire.
Pourtant, je n’en trouvai pas la moindre trace.
La marionnette bougeait de manière autonome, sans marionnettiste.
Cela signifiait pratiquement qu’elle possédait un esprit capable de penser.
Une faible lueur d’intelligence brillait dans ses yeux. C’était assez pour comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une marionnette ordinaire.
Quand je reculai d’un demi-pas et retirai mon pouvoir magique, la marionnette referma les yeux.
Je l’étudiai avec attention.
Elle avait un esprit.
Bien sûr, comme je venais de le constater à son comportement maladroit, cet esprit n’était pas particulièrement développé. Elle ne pouvait probablement qu’exécuter des ordres prédéfinis.
Cela restait stupéfiant.
Même moi, je n’aurais pas pu créer facilement quelque chose de semblable. Pour donner un esprit à une marionnette, il fallait beaucoup de matière.
Mes marionnettes avaient pu acquérir un esprit parce que j’avais arraché des fragments de mon arbre et les avais plantés en elles. La magie unique de ces branches créait des Fausses Âmes.
Voilà pourquoi les autres ne pouvaient pas fabriquer des marionnettes comme les miennes.
Même moi, je ne pouvais pas facilement donner un esprit à une marionnette autrement qu’avec cette méthode.
Et pourtant, j’avais sous les yeux des marionnettes de ce genre.
Je fronçai légèrement les sourcils.
À mesure que j’examinais ces marionnettes, leur prix devenait de plus en plus incompréhensible. Pouvaient-ils vraiment satisfaire la demande en louant des marionnettes pareilles pour 1 point ?
Perdu dans mes pensées, je secouai la tête.
Si je ne savais pas, il fallait que je le découvre moi-même. Pour ça, je devais en louer une.
Je levai légèrement la main et laissai s’écouler un peu de pouvoir magique.
L’ayant sans doute senti, un employé qui attendait à proximité s’approcha. C’était un homme d’allure enjouée. Il s’inclina légèrement et me sourit.
« Vous m’avez appelé ? »
Il portait un badge sur la poitrine.
Compagnie commerciale générale Arcana, cinquième division, service de relations avec la clientèle, employé stagiaire Jegang.
La cinquième division. Il travaillait dans le même service que Hwaryeong.
Je m’étais demandé si Hwaryeong m’avait menti, mais le voir ici me convainquit que le Conseil du Peuple avait ouvert cette boutique. Cet homme devait sûrement être lié à eux, lui aussi.
« Je voudrais louer cette marionnette. »
Je désignai celle qui se trouvait dans la vitrine devant moi.
Jegang me sourit gentiment et s’en approcha. Il tapota légèrement la vitrine qui contenait la marionnette.
La vitrine rétrécit et vint se poser dans sa main.
« Par ici, je vous prie. Nous allons remplir un simple contrat. »
Jegang me conduisit plus loin dans la boutique.
Plusieurs pièces séparées par des rideaux s’y trouvaient. Elles ressemblaient à des salons de réception.
Je m’assis sur un canapé et bus une gorgée du thé que Jegang avait préparé. Il avait un goût plutôt familier, peut-être parce qu’il l’avait fait avec ma magie.
Jegang posa sur la table la vitrine contenant la marionnette et s’inclina de nouveau.
« Merci beaucoup d’avoir choisi notre marionnette. Comme vous l’avez vu dans la publicité, pour seulement 1 point par mois, elle vous servira à la perfection. »
Cela dit, Jegang sortit un document.
Il s’agissait d’un simple formulaire de renseignements personnels. J’inventai quelques informations, le remplis, puis croisai le regard de Jegang.
Un contrat aussi sommaire. Ils ne craignaient pas que je vole la marionnette ?
Je compris aussitôt que leur situation était différente de la mienne.
Qui oserait voler les biens de la compagnie commerciale ?
Après avoir récupéré le contrat, Jegang sortit un miroir-insecte de ses vêtements. Il le fit légèrement ressortir, puis me le tendit avec un petit sourire.
Il me demandait les points.
Je sortis une bague et la plaçai contre le miroir-insecte. Je ne pouvais pas montrer mon propre miroir-insecte à quelqu’un de la compagnie commerciale, alors j’avais pris celui-ci avec moi par précaution.
Après avoir vérifié que 1 point avait bien été transféré, Jegang hocha légèrement la tête.
« Paiement confirmé. Voici le mode d’emploi de la marionnette. »
Jegang me tendit un mince livret.
Je l’examinai attentivement et compris bientôt que son contenu m’était étrangement familier.
Cuisine, service, ménage, tâches simples, et ainsi de suite.
C’était une marionnette domestique qui faisait tout ce qu’on lui demandait. Une copie exacte de mes marionnettes.
Comme les miennes, elle ne pouvait fonctionner que trois heures par jour.
Je me frottai le menton.
J’en avais eu le pressentiment, mais je ne m’attendais pas à ce qu’ils les reproduisent à ce point. Cela dit, si c’était tout, je pourrais peut-être rivaliser avec eux. Mes marionnettes avaient bien d’autres fonctions.
« Peut-on leur ajouter d’autres fonctions ? »
J’acceptai la marionnette et posai la question.
Jegang plissa légèrement les yeux. Se méfiait-il de moi ?
Je m’empressai d’ajouter : « Je connais un endroit qui vend des marionnettes similaires, et j’ai vu qu’on pouvait leur ajouter des fonctions. »
« Ah, vous avez donc vu les produits de l’autre boutique. Attendez un instant, je vous prie. »
Jegang fouilla un moment dans ses vêtements, puis en sortit un livre. Il était bien plus épais que le mode d’emploi de la marionnette.
Il me le tendit.
Je le pris et en parcourus lentement le contenu. Je ne pus m’empêcher de froncer les sourcils.
Comme la publicité et le mode d’emploi, ce livre m’était aussi terriblement familier.
Il contenait toute la structure commerciale que j’avais imaginée : fonctions supplémentaires, prolongation de la durée de fonctionnement, et plus encore.
Pire, les prix étaient bien plus bas que les miens.
Prolonger la durée de fonctionnement jusqu’à douze heures ne coûtait que 20 points.
C’était un prix absurde, moins de la moitié de ce que coûtaient mes marionnettes.
Je ne m’attendais pas à ce qu’ils me volent autant d’idées.
Voyant mon air contrarié, Jegang se méprit visiblement et m’adressa un petit sourire. Il se pencha un peu vers moi et murmura :
« Puisque vous venez de l’autre boutique, ces prix ne vous plairont peut-être pas. Mais j’ai une bonne nouvelle pour les clients comme vous. Nous avons aussi un programme de parrainage. »
Un programme de parrainage ?
Je plissai les yeux et le regardai.
Il avait peut-être cru que cela m’intéressait, car Jegang poursuivit lentement :
« Si vous nous amenez d’autres clients, vous bénéficierez de réductions. Vous accumulerez aussi des points. »
En gros, cela fonctionnait ainsi.
Jegang nota une formule simple sur une feuille.
On obtenait une réduction de 10 % par personne parrainée, pour un maximum de deux personnes. Une partie des points dépensés par ces clients était également remboursée.
Je lus la formule et hochai silencieusement la tête.
À présent, j’en étais certain.
Cette boutique avait entièrement copié la mienne.
Le modèle de leurs marionnettes, l’agencement de leur boutique et même leurs méthodes de vente étaient identiques à ceux de mon atelier.
Au moins, leurs réductions étaient moins intéressantes que les miennes. C’était déjà ça.
Mais, vu leurs petits prix, leurs marionnettes étaient bien plus accessibles que celles que je vendais.
Je claquai doucement la langue.
Je comprenais maintenant pourquoi le Conseil du Peuple était resté silencieux ces derniers mois.
Ils avaient certainement passé tout ce temps à étudier en détail mon modèle commercial. Ils avaient même engagé un marionnettiste capable de rivaliser avec mes marionnettes.
« Je vais encore y réfléchir. Comme vous l’avez dit, il faudrait que j’amène d’autres personnes. »
Jegang s’inclina légèrement.
Je me levai et me dirigeai lentement vers la sortie. Puis, devant la boutique, je m’arrêtai et tournai entre mes mains la vitrine contenant la marionnette.
Je compris aussitôt leur méthode.
C’était une forme de guerre des prix. Ils essayaient clairement de m’arracher mes clients avec des tarifs défiant toute concurrence.
Un piège tendu uniquement pour moi.
Un sentiment de crise me serra la poitrine.
Mais, au même moment, une question toute simple me vint à l’esprit.
Je baissai les yeux vers la marionnette dans ma main.
Comment était-il possible de fabriquer une marionnette pareille ?
J’avais longtemps envisagé que d’autres s’introduisent sur le territoire que j’avais créé. Dès qu’une activité devenait rentable, les autres cherchaient forcément à s’en mêler.
Les fonctions des marionnettes que je vendais étaient d’une simplicité extrême, ce qui facilitait encore l’entrée sur le marché.
Massages simples, ménage, service, et ainsi de suite.
Même les créatures invoquées par les invocateurs pouvaient accomplir ce genre de tâches subalternes.
C’était pour cette raison que je devais avoir un avantage concurrentiel que les autres n’avaient pas.
J’avais choisi de miser sur le coût de mes marionnettes.
Je voulais fidéliser mes clients en demandant 1 point, un prix que les autres auraient du mal à égaler.
Pour les créatures invoquées, les faire venir dans notre dimension coûtait une fortune. En ajoutant le catalyseur nécessaire à l’ouverture d’une dimension et le pouvoir magique dépensé, on dépassait facilement les 1 000 points.
Il serait bien trop coûteux de les employer pour ce genre de tâches.
J’avais donc baissé mes prix autant que possible.
Je le pouvais grâce à la nature particulière de mes marionnettes. Le seul matériau important que j’utilisais pour les fabriquer, c’étaient les branches de mon propre arbre.
Si une marionnette coûtait environ 500 points à la base, c’était pour lui permettre d’acquérir diverses fonctions. Pour le reste, le coût était presque nul.
De plus, les esprits de ces marionnettes étaient aussi impressionnants que ceux des créatures invoquées. Elles pouvaient évaluer les situations et agir de leur propre chef.
J’avais cru que personne ne pourrait facilement créer des êtres comme elles, issus de ma magie innée.
Des marionnettes domestiques bon marché.
C’était le modèle commercial que j’avais imaginé. Ceux qui voulaient des fonctions supplémentaires n’avaient qu’à payer plus de points.
J’étais persuadé que mon territoire se démarquait parfaitement de celui des autres.
Ainsi, même si je me demandais sans cesse comment ils pourraient s’en prendre à moi, je n’avais jamais envisagé qu’ils se lanceraient dans une concurrence directe.
Et pourtant, leurs prix étaient inférieurs aux miens.
Je n’arrivais pas à le croire.
Je ne pouvais pas baisser mes tarifs à ce point. Ceux que j’avais fixés pour les fonctions des marionnettes étaient déjà les plus bas possibles, avec une marge réduite au minimum.
Si je les baissais encore, je perdrais de l’argent sur chaque marionnette vendue.
Comment pourrais-je tenir à ce rythme ?
La raison pour laquelle ils pouvaient fixer de tels prix se trouvait forcément dans cette marionnette.
Je devais donc commencer par l’examiner correctement.
Je me dirigeai sans tarder vers l’Atelier de marionnettes d’Evron.
Quand j’entrai, je fus accueilli par une scène tranquille : pas un seul client.
Isabella, qui surveillait la boutique, m’aperçut et s’inclina légèrement. Elle tenait une petite marionnette en papier.
[Maître, vous êtes de retour. Avez-vous vu ça ? Je l’ai trouvée devant la boutique.]
Isabella agita la marionnette en papier.
Elle se remplit de pouvoir magique et inscrivit des mots dans l’air.
C’était la publicité que je venais de voir.
Je fronçai légèrement les sourcils.
Ils faisaient autant de publicité pour leur boutique ? Il ne faudrait sûrement pas longtemps avant que tout le premier étage soit au courant.
Je hochai lentement la tête.
« Oui. Je suis même allé là-bas pour louer une marionnette. »
Je posai devant Isabella la vitrine en verre que je tenais.
Elle observa la marionnette à l’intérieur et plissa légèrement les yeux. Puis elle pencha la tête.
[C’est la marionnette que vous avez rapportée de là-bas ? … Elle me semble étrangement familière.]
Familière ?
Isabella tendit la main vers la marionnette. Elle la toucha et ferma doucement les yeux.
Il ne fallut pas longtemps avant qu’Isabella rouvre les yeux.
Elle frappa doucement dans ses mains, puis posa l’une d’elles sur sa poitrine.
[Cette marionnette ressemble à mon corps.]
Je clignai des yeux en baissant le regard vers la marionnette.
Elle ressemblait à son corps ?
Je compris parfaitement ce que cela signifiait.
Isabella était une marionnette fabriquée à partir d’un être humain.
Une seule chose pouvait provoquer une sensation pareille.
Un être humain.
C’était aussi une marionnette fabriquée à partir d’un cadavre humain.
[Au début, je n’en étais pas sûre, mais maintenant, je le sais. Je sens la présence d’une âme à l’intérieur.]
Isabella hocha la tête en faisant résonner son pouvoir magique avec celui de la marionnette.
Je fronçai légèrement les sourcils.
J’avais cru qu’il s’agissait simplement d’une marionnette bien décorée.
Mais je devais faire confiance à Isabella. C’était une marionnette cadavérique. Personne ne connaissait mieux qu’elle la sensation propre à ses semblables.
« Je vois. Merci de m’avoir prévenu. Je vais aller à l’intérieur pour examiner cette marionnette de plus près. Je dois découvrir comment ils l’ont fabriquée. »
[Je suis contente d’avoir pu aider.]
Isabella sourit légèrement et s’inclina.
Je la laissai derrière moi et m’enfonçai dans l’atelier.
Un simple établi se trouvait dans un coin de la réserve. Je l’avais installé là pour modifier les marionnettes.
Lorsque je sortis la marionnette de la vitrine, elle reprit sa taille d’origine.
Je lui ordonnai de s’allonger sur l’établi. Elle hocha la tête et obéit.
Je fixai la marionnette en forme de femme, allongée sur l’établi, les yeux clos.
Était-ce vraiment une marionnette cadavérique ?
Je mobilisai mon pouvoir magique et commençai à l’examiner lentement.
Cette fois, je ne rencontrai aucune résistance. Peut-être que la location m’avait transféré la moitié des droits sur elle.
Après avoir examiné son intérieur, je ne pus que laisser échapper un rire sans joie.
La marionnette contenait de nombreux sorts de sécurité. N’importe quel marionnettiste en installerait. Il fallait empêcher les autres de découvrir comment ses marionnettes étaient fabriquées.
Peut-être parce qu’elle était protégée par un système de sécurité si complexe, il était difficile de déterminer précisément comment la marionnette avait été fabriquée.
Malgré tout, je parvins à comprendre une partie de sa structure.
Comme Isabella l’avait dit, il s’agissait sans aucun doute d’une marionnette fabriquée à partir d’un cadavre.
Il n’était pas étonnant que je ne l’aie pas remarqué.
Le cadavre avait été si soigneusement transformé qu’il ressemblait à une marionnette.
Avais-je vraiment pensé qu’il ressemblait à un être humain ?
Je m’étais trompé depuis le début.
Ce n’était pas une marionnette conçue pour ressembler à une personne. C’était une personne transformée pour ressembler à une marionnette.
Si Isabella ne m’avait pas dit qu’elle avait été fabriquée à partir d’un être humain, je ne l’aurais probablement pas découvert aussi vite.
Je tapotai légèrement la marionnette.
Je comprenais un peu mieux son petit prix, à présent.
Elle n’avait pas été fabriquée à partir d’un cadavre précieux, comme celui d’un mage. Ils avaient utilisé des herbes ordinaires qu’on trouvait partout.
C’était peut-être pour cela que le circuit de pouvoir magique à l’intérieur était si grossier.
Pour la compagnie commerciale, se procurer des cadavres comme celui-ci devait être extrêmement facile. Ils n’avaient probablement même pas besoin de dépenser des points.
Mais il restait une chose que je ne comprenais pas.
D’où venait le pouvoir magique qui faisait bouger cette marionnette ?
Les marionnettes avaient besoin d’une source d’énergie.
Je découvris bientôt comment celle-ci se mouvait.
Au milieu des traces dissimulées par ses sorts de sécurité, je perçus brièvement un cœur de mana gravé dans sa poitrine.
Je fronçai les sourcils en sentant cette trace de pouvoir magique.
Elle ne m’était apparue qu’un instant, mais sa structure m’était très familière.
Isabella avait dit qu’elle sentait la présence d’une âme à l’intérieur ?
La raison pour laquelle cette marionnette lui semblait familière était évidente.
Une âme semblable à la sienne avait elle aussi été condensée à l’intérieur.
Quand je m’en rendis compte, je compris naturellement d’où venait le pouvoir magique.
Ils brûlaient cette âme pour obtenir du pouvoir magique.
Je me rappelai avoir constaté à quel point le pouvoir magique obtenu en brûlant une âme pouvait être puissant, lorsque j’avais affronté Isabella. La voir combattre seule des dizaines de marionnettes m’avait profondément impressionné.
S’ils réduisaient une âme en cendres pour produire du pouvoir magique, cela suffirait sûrement à faire bouger la marionnette.
L’âme d’origine de la personne devait être à l’intérieur. En dehors du pouvoir magique d’un marionnettiste, c’était la seule source d’énergie possible.
De plus, les tâches accomplies par cette marionnette ne nécessitaient pas beaucoup de pouvoir magique.
À mesure que son pouvoir magique s’épuisait, l’âme devait certainement se régénérer.
C’était pratiquement une source d’énergie inépuisable.
Je compris sur quel principe reposait cette marionnette.
Mais une question essentielle demeurait.
Comment avait-on formé le vague esprit que cette marionnette avait manifesté ?
Je compris la réponse dès que j’eus confirmé le mécanisme qui brûlait l’âme.
Je fermai fermement les yeux.
Comme je l’avais constaté plus tôt, les nombreux sorts de sécurité de la marionnette m’empêchaient de lui voler les informations qu’elle contenait. Même un mage très doué aurait du mal à les contourner.
Et pourtant, j’avais tout de suite reconnu la structure à l’origine de cet esprit, parce que c’était moi qui l’avais créée.
Je posai une main sur ma poitrine.
Sentant peut-être mon intention, Myoil, qui dormait les racines plantées dans ma fondation, émergea lentement.
Revêtant un corps humain, Myoil regarda la marionnette devant nous.
Après l’avoir examinée attentivement, Myoil grimaça soudain.
Je sentis clairement son malaise.
C’était donc ça.
Je tapotai doucement Myoil, qui regagna ma poitrine en fuyant, et hochai la tête.
Il était tout naturel que Myoil se sente mal à l’aise devant cette chose. D’une certaine manière, elle ressemblait beaucoup à Myoil.
Mais, contrairement à Myoil, elle était horriblement déformée.
Pour Myoil, c’était comme tomber sur un membre brisé de son espèce.
Je plissai les yeux en regardant la marionnette.
Le faible esprit qui l’habitait émanait des fragments de son âme.
La méthode utilisée pour le créer ressemblait beaucoup à celle de Myoil.
Comme je l’avais montré autrefois au professeur On, ils avaient utilisé une structure qui créait de nouvelles âmes.
Bien sûr, même si les méthodes se ressemblaient, les résultats étaient radicalement différents.
L’âme de cette marionnette n’avait pas la forme de vie que je cherchais à créer.
Ils s’étaient contentés de découper une âme et de lui imposer un esprit.
Un esprit créé de cette manière ne pouvait pas se développer. Il ne pouvait penser que de façon vague et limitée.
Et c’était précisément le degré d’intelligence qui convenait le mieux à cette marionnette.
Tout était une question de perspective.
S’ils contrôlaient une marionnette puissante, un esprit aussi vague n’aurait aucune valeur.
Mais cette marionnette servait uniquement à faire le ménage et le service. Il n’était pas nécessaire de se donner du mal pour former son âme.
C’était une méthode que je n’avais même pas envisagée.
J’avais essayé de créer des âmes aussi semblables que possible à celles des humains, et eux avaient détourné mon idée pour en tirer un usage si efficace.
Je ne pouvais que m’émerveiller devant l’efficacité impitoyable de l’utilisation des êtres humains comme matériau.
Cela ne pouvait pas coûter cher en matériaux.
Il leur suffisait de ramasser une herbe ordinaire sur le bord de la route, à l’extérieur de l’université, pour fabriquer une marionnette.
Ils avaient soigneusement transformé une personne, allant jusqu’à réduire son âme en morceaux pour en faire une marionnette.
Un tel savoir-faire était vraiment stupéfiant.
Je secouai lentement la tête.
Quand j’avais lancé cette activité, j’étais convaincu que personne ne pourrait s’introduire sur mon territoire.
Pourtant, je n’avais jamais imaginé qu’ils utiliseraient la méthode que j’avais créée pour me mettre sous pression.
Bien sûr, la fabrication de ces marionnettes avait tout de même un coût.
Pour leur ajouter des fonctions, ils devaient investir assez de matériaux, comme moi.
Mais ces marionnettes portaient la malveillance de quelqu’un qui acceptait d’endurer ces pertes pour tuer peu à peu mon activité.
Et je voyais clairement d’où venait cette malveillance.
La structure qui créait la vie était un savoir réservé aux membres de notre Association des marionnettistes d’On. Les mages itinérants ne pouvaient pas l’utiliser.
Quelqu’un au sein de notre association avait donc forcément fabriqué ces marionnettes.
Et un seul groupe réunissait des gens qui utilisaient des cadavres comme marionnettes.
L’association d’Ugo.
Je me levai lentement.
Le Conseil du Peuple n’était donc pas le seul groupe à m’avoir pris pour cible.
Pour l’instant, je devais retrouver Mauro.
Quand je me rendis à l’atelier de Mauro, je le vis qui buvait du thé. En m’apercevant, Mauro m’adressa un sourire amer.
Il semblait s’être attendu à ma venue.
Rejoignez notre serveur Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>