Chapitre 212
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Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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Chapitre 212 : 212
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J’observai la professeure avec une pointe de nervosité. Les yeux fermés, elle sirotait son thé comme si elle en savourait l’arôme. Peu après, je la vis hocher légèrement la tête.
« Celui d’aujourd’hui est bon aussi. Je suis satisfaite. »
La professeure ouvrit lentement les yeux, un léger sourire aux lèvres, et posa sa tasse. Je poussai un soupir de soulagement et m’inclinai profondément. La journée avait été éprouvante, alors j’étais ravi qu’elle ait apprécié.
Je déposai la vaisselle vide sur un plateau et examinai brièvement le pouvoir magique qui y subsistait. Un pouvoir magique sauvage effleura le bout de mes doigts.
C’était le pouvoir magique contenu dans le cœur de la raie céleste.
Je hochai silencieusement la tête. Même cette trace résiduelle de pouvoir magique, qui avait déjà perdu sa forme et commençait à se disperser, engendrait un flux aussi impressionnant. Elle méritait vraiment son prix exorbitant, cette bête spirituelle.
« Il n’y en a plus, n’est-ce pas ? »
La professeure demanda cela en claquant légèrement des lèvres.
Je secouai doucement la tête. Il n’en restait vraiment plus. Ce que j’avais réussi à obtenir n’était qu’un petit morceau de cœur, juste assez pour préparer un repas.
« Oui. C’est difficile à trouver, après tout. »
La raie céleste était une bête spirituelle qui ne quittait jamais les nuages, de sa naissance à sa mort. Même les mages ne pouvaient pas en capturer une facilement. Il n’y en avait absolument aucune à l’université.
Combien d’efforts m’avait coûté l’obtention de ce morceau de cœur ? Sans l’aide de Hwaryeong, il ne me serait sûrement jamais tombé entre les mains. En y repensant, je claquai la langue.
« Hmm… Alors, je suppose que j’en attraperai quelques-unes la prochaine fois que je sortirai. Leur goût est très différent de quand je les déchirais pour les manger moi-même. »
Les yeux de la professeure brillèrent légèrement. Elle semblait aimer le goût de la raie céleste.
Je souris doucement en la voyant. Mes efforts constants avaient donc porté leurs fruits.
Ces derniers temps, quelque chose me tracassait. Les réactions de la professeure n’étaient plus les mêmes qu’avant.
Peut-être s’était-elle simplement habituée à ma cuisine. Et cela signifiait aussi que je ne progressais plus.
C’est pourquoi je voulais tenter quelque chose de nouveau. La cuisson de la raie céleste était le résultat de cette décision. Pour m’en occuper, j’avais dû revoir toutes les méthodes que j’avais employées jusque-là.
Les raies célestes grandissaient en se nourrissant du pouvoir magique du soleil. Alors, même pendant la cuisson, j’avais essayé de la maintenir en vie en n’utilisant que le pouvoir magique du soleil.
Et, comme je pouvais le constater maintenant, cette tentative avait été une grande réussite.
La cuisine, c’était comme la magie. Il y avait une foule de chemins à suivre et une infinité de façons d’obtenir un résultat.
Sans connaissances solides, une volonté ferme et suffisamment de pouvoir magique, on ne pouvait pas faire ressortir la saveur des meilleurs ingrédients.
Je serrai légèrement le poing. Cette expérience m’avait permis de sentir mes progrès. Une petite prise de conscience s’éveillait dans ma poitrine.
« Je vais vous laisser, alors. »
Je m’inclinai légèrement devant la professeure. Le repas du jour était terminé.
La professeure hocha paresseusement la tête.
Je reculai prudemment hors de la pièce. Puis je sortis un insecte-miroir et consultai le message qu’il contenait.
Il était arrivé ce matin, envoyé par Hwaryeong.
— Pourrais-tu venir dès que possible ? J’ai quelque chose à te dire.
Je me frottai le menton.
Qu’avait-elle à me dire ? Si elle m’avait contacté avec autant d’urgence, c’est qu’un problème avait dû survenir.
Il était donc temps de retourner à l’atelier. Je devais vite terminer mon travail et partir en ville.
Je descendis lentement les escaliers et me dirigeai vers l’atelier.
Quand j’en ouvris la porte, un spectacle très animé s’offrit à moi.
Des marionnettes de forme semblable étaient entassées contre un mur de l’atelier, tandis que le numéro zéro les imprégnait de magie.
Le numéro zéro ne tarda pas à me remarquer et me salua d’un geste de la main.
Je m’approchai de lui et examinai les marionnettes. Sous sa surveillance attentive, elles semblaient toutes en parfait état, sans le moindre problème.
Je hochai la tête. Puisqu’elles étaient toutes en si bon état, il ne semblait pas nécessaire d’en fabriquer d’autres pour l’instant.
« Continue encore un peu comme ça. »
Je tapotai légèrement l’épaule du numéro zéro.
Si ces marionnettes étaient restées en bon état, c’était en grande partie grâce à lui. À mes compliments, il bomba le torse et le frappa doucement, comme pour me dire de lui laisser le reste.
Je souris et me dirigeai vers l’autre côté de l’atelier.
Un bon nombre de personnes — non, de marionnettes — s’y étaient rassemblées. L’une d’elles m’aperçut et leva haut les deux mains.
« Massacre ! »
C’était Lapin, la fille aux oreilles de lapin dont le visage ressemblait fortement à celui de la professeure.
Elle se précipita vers moi et se mit à me tirer, comme pour me presser d’avancer.
« Massacre, massacre ! »
Je sentis qu’elle voulait que je réveille quelqu’un.
Je tapotai doucement la tête de Lapin et me faufilai parmi les marionnettes. Puis je regardai lentement autour de moi.
Toutes les marionnettes avaient un visage qui ressemblait fortement à celui de la professeure. C’étaient des démons intérieurs qui avaient acquis un corps et s’étaient échappés dans le monde réel.
Et maintenant, ils s’étaient rassemblés pour en accueillir un autre.
Je ne m’attendais pas à ce que Cassian soit là, elle aussi.
Je lui jetai un coup d’œil. Elle observait le berceau au milieu des démons intérieurs, accompagnée de sa marionnette-ours.
À force de passer du temps avec ces démons intérieurs, avait-elle gagné le droit d’être invitée ? Réussir à franchir les barrières de ces êtres méfiants relevait d’un sacré talent social.
Je m’approchai du berceau qu’ils observaient.
Le berceau cylindrique contenait une grande quantité de pouvoir magique et diffusait une lueur translucide. Je l’avais appelé berceau pour une raison bien précise.
Un démon intérieur dormait à l’intérieur.
Je posai la main sur le berceau et y insufflai prudemment mon pouvoir magique. Celui qu’il contenait entra en résonance avec le mien, formant de douces ondulations.
Au même instant, je sentis la marionnette absorber ce pouvoir magique.
Je sentis le faible flux d’intention qui m’atteignait et hochai la tête.
Il semblait vraiment temps qu’elle se réveille. L’heure était venue de tenir ma promesse.
Je me concentrai sur cette faible intention et établis un lien plus fort avec elle. Au même moment, le pouvoir magique contenu dans le berceau commença à s’infiltrer rapidement dans la marionnette qui se trouvait au centre.
La marionnette, désormais suffisamment stabilisée, accepta ce pouvoir magique sans hésiter.
Combien de temps passa ainsi ?
Je sentis tout le pouvoir magique du berceau disparaître.
J’ouvris lentement les yeux et regardai à l’intérieur. Une seule marionnette y reposait.
Comme les autres, elle ressemblait fortement à la professeure. Son corps tressaillit légèrement.
Puis elle ouvrit lentement les yeux et regarda autour d’elle.
Son éveil avait réussi.
Les autres, tout près, applaudirent pour célébrer son réveil. Au milieu de leurs acclamations, elle croisa mon regard et esquissa un sourire des yeux.
Tu as tenu ta promesse. J’ai cru en toi.
Elle m’envoya cette intention, comme un murmure.
Je hochai silencieusement la tête.
Il fallait tenir ses promesses. C’était mon principe. Alors, quoi de plus normal ?
Celle qui venait de se réveiller était Nun.
Avec elle, ma promesse était enfin accomplie. Tous les démons intérieurs avaient désormais un corps et étaient entrés dans le monde.
« Massacre ! »
Lapin sortit les vêtements qu’elle avait préparés pour Nun. C’était une robe de nonne ample et flottante, exactement dans le même style que celle que Nun portait dans le rêve.
Nun sortit du berceau, passa doucement les doigts sur la robe et baissa les yeux vers elle-même. Après avoir constaté qu’elle portait des vêtements simples, imprégnés de pouvoir magique, elle hocha légèrement la tête et se changea.
Je dressai un mur de pouvoir magique pour la protéger et attendis tranquillement.
Elle ne tarda pas à ressortir. Elle s’inclina devant moi.
« Merci beaucoup… »
« Massacre ? »
Lapin attrapa brusquement la main de Nun et lança un cri plein d’entrain. Je sentis qu’elle voulait lui faire visiter la tour en tant qu’aînée.
Nun cligna des yeux, surprise d’avoir été interrompue, mais elle ne put se défaire de l’emprise de Lapin. Peut-être parce qu’elle venait tout juste de se réveiller, elle manquait de force.
Lapin s’élança alors fièrement hors de l’atelier, Nun à sa suite.
Les démons intérieurs partirent derrière elles.
Je laissai échapper un petit rire en les regardant s’éloigner. Enfin, je les laisserais s’amuser pour le moment. J’aurais d’autres occasions de leur parler plus tard.
Mais j’avais plus important à faire : je devais adresser un avertissement.
Je retins Cassian alors qu’elle tentait de quitter discrètement l’atelier derrière les démons intérieurs.
Elle cligna des yeux et croisa mon regard.
« Tu pourrais m’accorder un instant ? »
« Euh… Qu’est-ce qu’il y a ? »
Cassian pencha légèrement la tête.
Je sortis mon insecte-miroir et lui montrai les nombreux messages publiés sur le tableau. Ils parlaient tous d’elle.
« Les élèves se sont beaucoup plaints. Ils disent que tu cherches la bagarre et que tu les déranges ces derniers temps. Alors, j’apprécierais que tu te calmes un peu à partir de maintenant. »
Cassian tressaillit légèrement, comme si j’avais touché un point sensible.
Mais elle regarda bientôt les démons intérieurs s’éloigner et gonfla les joues, contrariée.
« Pourtant, ces amis-là s’amusent très bien. »
Je secouai fermement la tête devant son excuse.
Ces démons intérieurs étaient liés à des trésors. Selon le règlement de la tour, ils pouvaient interagir avec les élèves. Mais Cassian n’avait rien à voir avec le cours en cours : elle ne devait donc pas intervenir.
Je plissai les yeux en la regardant.
Pour commencer, je ne comprenais pas ce qu’elle faisait ici. Elle suivait un cours en ce moment. Elle aurait dû quitter la tour pour y assister aujourd’hui.
« Et puis, tu devrais même être ici ? Plusieurs épéistes m’ont dit que manquer ce cours te poserait des problèmes. »
Le cours de Cassian était destiné aux épéistes du quatrième étage ou d’un étage inférieur. Naturellement, son professeur était également un épéiste.
Un épéiste qui avait gravi les échelons jusqu’à devenir professeur. Je n’arrivais même pas à imaginer à quoi il pouvait ressembler.
Il devait probablement être du genre de la professeure On.
Pour un épéiste, recevoir l’enseignement d’une personne pareille, c’était comme voir tomber la pluie après une sécheresse. Pourtant, je ne comprenais pas ce que Cassian faisait ici.
« Ils m’ont dit que je n’avais plus rien à apprendre et que je pouvais redescendre de la montagne. Ils m’ont dit qu’ils me donneraient une dispense, alors je n’ai plus besoin d’y aller. »
Cassian s’adossa à la marionnette-ours et bomba fièrement le torse. Puis elle fit légèrement tournoyer son épée, l’air satisfait.
Je ne pus que rire jaune.
Une dispense anticipée ?
Je secouai lentement la tête. Pas étonnant que les plaintes aient fortement augmenté ces derniers temps. Son cours était-il déjà terminé ?
Elle avait commencé à suivre ce cours en même temps que le nôtre. Cela signifiait qu’elle avait achevé un cours entier en seulement deux ans.
Une fois de plus, je pris la mesure de son talent.
Et je compris aussi combien il était utile qu’elle soit liée à cette tour.
Je jetai un coup d’œil à la marionnette-ours. Elle sortit un mouchoir et fit semblant de pleurer, comme si elle était fière de Cassian.
« … D’accord. Dans ce cas, je ne peux rien y faire. Tu peux y aller. Comme je te l’ai dit, essaie simplement de ne pas déranger les élèves. »
Je hochai la tête.
Si son cours était terminé, je ne pouvais rien faire. Cassian leva les deux mains et se précipita aussitôt derrière les démons intérieurs. La marionnette-ours la suivit.
Je les regardai s’éloigner et posai une main sur ma poitrine.
Le vaste domaine créé par mon arbre d’ombre m’accueillit. Il s’étendait jusqu’à la ville et était si immense qu’on aurait eu du mal à croire qu’il appartenait à un mage qui n’avait atteint que le troisième étage.
Il ne devait presque y avoir personne d’autre que moi à avoir étendu son domaine à ce point au stade du Jeune arbre.
Je n’aurais jamais pu y parvenir par ma seule force.
Mon domaine avait pris une telle ampleur grâce aux nombreuses marionnettes créées en divisant mon arbre. Je souris en sentant les innombrables étoiles qui ornaient le domaine de l’arbre d’ombre.
Par rapport à il y a deux ans, leur nombre avait été multiplié par des dizaines. Elles occupaient à présent presque la moitié de ce vaste domaine.
Ce sentiment de plénitude semblait me remplir la poitrine.
Tout cela était le fruit de ce que j’avais accompli en ville. J’avais gagné des milliers de clients et distribué des marionnettes parmi eux.
Je n’aurais sûrement pas pu y arriver si j’étais resté uniquement dans la tour.
Parmi toutes ces étoiles, l’une d’elles se distinguait particulièrement. C’était une constellation nette en forme d’ours.
Elle volait librement dans le ciel nocturne, comme si elle remuait mon domaine.
C’était l’ego de la marionnette-ours aux côtés de Cassian.
L’ego de la marionnette-ours avait pris une forme parfaitement définie. Il était d’une netteté incroyable, comme s’il contenait son propre corps.
Une telle netteté signifiait que son ego s’était développé de façon très régulière. À ce rythme, il pourrait sûrement tenir très longtemps, même loin de mon domaine.
La marionnette-ours avait autant grandi grâce à ses longues interactions avec Cassian.
Cassian considérait la marionnette-ours comme un membre de sa famille, plus proche d’elle que les gens.
Au fil de leurs interactions, elle avait même commencé à absorber une partie du talent de Cassian. J’avais été si surpris quand ses griffes s’étaient chargées de pouvoir magique et avaient déchiré l’air.
Elle avait assez de puissance pour déchiqueter sans effort un mage du royaume de la Jeune pousse.
Peut-être que même moi, je ne pourrais pas la vaincre facilement. Rien que d’y penser me donnait un sentiment de danger.
Quand je songeais à l’époque où la marionnette-ours pouvait à peine envoyer une intention, juste après sa création, son évolution me semblait vraiment sans égale.
C’était pour cette raison que j’en avais fait le modèle de mes autres marionnettes.
J’avais aussi fondé ma décision d’ouvrir un commerce en ville sur elles. Je voulais que les marionnettes et leurs propriétaires tissent des liens comme Cassian et la marionnette-ours, afin que les marionnettes se complètent au fil de leurs interactions.
Et cette idée rencontrait un franc succès.
Tant d’étoiles brillaient en moi.
Je me tapotai légèrement la poitrine.
À ce moment-là, Mira dépassa Cassian et entra dans l’atelier. Quand elle m’aperçut, elle plissa les yeux et s’approcha lentement.
Je m’inclinai légèrement devant elle.
« Tu as encore bien travaillé aujourd’hui. »
« C’est vrai. J’ai encore beaucoup travaillé aujourd’hui. Me faire travailler autant, c’est vraiment scandaleux. »
Mira passa son bras sous le mien. Puis elle se mit à me tapoter le torse du doigt, d’un air taquin.
Après avoir continué ainsi un moment, elle reprit :
« Il n’y a pas eu de problème particulier aujourd’hui non plus. Environ quarante personnes ont été choisies par le trésor et ont partagé son pouvoir. »
Comme prévu.
Je hochai silencieusement la tête.
Le trésor utilisé pendant le cours d’aujourd’hui était le Livre de l’Avarice, que la professeure avait récupéré lors d’un précédent examen d’entrée.
Hache de Sang lui avait fait suivre un entraînement mental approfondi. Il ne risquait donc sûrement pas de provoquer un accident.
Je consultai l’insecte-miroir. Il y avait pas mal de commentaires positifs.
Comme Mira l’avait dit, aucun problème majeur n’était survenu.
Cela voulait-il dire que nous avions maintenant passé deux ans sans accident ?
Un sourire satisfait se dessina sur mon visage. J’avais bien fait de réorganiser le règlement.
Je jetai un coup d’œil à l’insecte-miroir.
Il affichait les douze règles de la tour, publiées sur le tableau de messages. Les élèves devaient obligatoirement les respecter.
Peut-être parce que tout le monde les avait bien suivies, aucun incident majeur ne s’était produit depuis le début des cours. Il y avait bien eu quelques petits problèmes, mais dans l’ensemble, tout s’était bien passé.
Dans ce calme, je n’avais pas grand-chose à faire.
Mira s’occupait de tous les cours, de toute façon.
Je lui jetai un coup d’œil. J’avais vérifié que le cours était terminé : il était temps de partir en ville.
« Je vais donc partir en ville. »
« Déjà ? Je suis jalouse. Tu me laisses encore derrière toi. »
Mira se plaignit et me planta sèchement un doigt dans la poitrine.
La douleur me fit tousser légèrement. Mira me fixa, les yeux plissés, puis secoua doucement la tête.
« Quand ce cours sera terminé, je te ferai payer comme il faut. Prépare-toi. »
« Bien sûr. Je suis déjà reconnaissant que tu acceptes de t’occuper du cours. »
Je hochai la tête avec un sourire crispé.
Après être allé en ville, je devais souvent quitter la tour. J’avais compris qu’il me fallait quelqu’un d’autre pour prendre en charge les cours.
Et Mira était la seule personne autour de moi qui en était capable.
Il fallait avoir suffisamment de force pour maîtriser les trésors.
C’était pourquoi je demandais souvent à Mira de s’occuper des cours.
Elle avait accepté mes demandes avec plaisir. Évidemment, comme elle l’avait dit, je devrais lui offrir une compensation convenable.
Elle sourit d’un air malicieux et s’éloigna de moi.
Un désir intense émanait d’elle tandis qu’elle se léchait légèrement les lèvres. Je ne pus m’empêcher de suer à grosses gouttes.
Qu’allait-elle me demander, au juste, à la fin du cours ? Je n’en avais aucune idée.
Mais puisqu’elle m’avait aidé, je devrais accéder à sa requête.
Enfin, mon moi du futur ne se chargerait-il pas de ça ?
Pour le moment, je ne pouvais que lui être reconnaissant et accepter son aide.
« Fais attention à toi, alors. Si tu as besoin de quoi que ce soit, fais-moi signe. Je serai toujours là. »
Mira me salua d’un geste de la main.
Je m’inclinai une nouvelle fois devant elle et me dirigeai vers le numéro zéro. Isabella m’avait demandé d’apporter quelques marionnettes de plus, alors je devais m’en occuper.
Il ne me fallut pas longtemps pour quitter la tour et rejoindre la ville.
Je tapotai doucement le dos de la tortue pour la remercier de ses efforts pendant le voyage, puis posai le pied sur le quai.
Je suivis le flot des passants vers la rue où se trouvait ma boutique.
Après avoir marché un moment, j’aperçus la boutique, dont la porte grande ouverte laissait entrer et sortir les clients.
Atelier de marionnettes d’Evron.
Je touchai légèrement l’enseigne, que je ne me lassais jamais de voir, et entrai dans la boutique.
À l’intérieur, Isabella raccompagnait d’autres clients.
Elle croisa mon regard et m’adressa un doux sourire.
Je m’approchai, m’inclinai légèrement et sortis une bourse spatiale de mes vêtements.
« Ravi de vous revoir, Isabella. J’ai apporté les marionnettes que vous aviez demandées. »
Isabella prit soigneusement la bourse spatiale et vérifia son contenu. Puis elle hocha légèrement la tête et se mit à écrire.
[Merci. C’est une bonne chose, car il nous en fallait d’autres en renfort. Cette personne a encore amené un grand groupe de gens.]
Cette personne.
Je me frottai le menton. Je savais parfaitement de qui Isabella parlait.
Et, comme le dit le proverbe, quand on parle du dragon, il apparaît. La personne dont Isabella venait de parler franchit le seuil et entra dans la boutique.
« Patron, vous tombez à pic. Je suis venue acheter une nouvelle fonction, aujourd’hui. »
Une voix de femme pleine d’entrain retentit.
Je hochai silencieusement la tête et lui fis face.
Son visage m’était très familier. C’était normal, puisque je la voyais depuis des années.
C’était Repo, la femme aux taches de rousseur.
« Ah, je vois. Je vais vous conduire à l’intérieur. »
Je fis un petit signe à Isabella et me dirigeai vers le salon de réception. J’avais prévu de repartir immédiatement, mais une cliente importante venait d’arriver ; je devais donc l’accueillir moi-même.
Une fois assis sur le canapé avec Repo, je lui montrai le catalogue qu’Isabella avait apporté. Il présentait les différentes fonctions des marionnettes.
Repo l’étudia attentivement, puis choisit la carte dorée.
« Je prends celle-là. »
Je ne pus m’empêcher d’être un peu surpris.
Cela ne faisait qu’un mois qu’elle en avait acheté une. Avait-elle déjà rassemblé autant de points ?
Après un instant de réflexion, je hochai la tête. C’était logique.
« Attendez un instant, s’il vous plaît. Je vous l’apporte tout de suite. »
Je me levai et me dirigeai vers la réserve. J’y sortis une petite carte.
La carte scintillait d’une lueur dorée et renfermait une quantité considérable de pouvoir magique.
Je retournai dans le salon de réception et la tendis à Repo. Ses yeux brillèrent en la voyant.
Elle s’en empara et la glissa aussitôt dans ses vêtements.
« Je vais récupérer les points, alors. »
Je regardai sa marionnette.
Elle sortit un petit miroir de ses vêtements. C’était un objet qui contenait des points.
Je lui retirai quinze mille points et hochai légèrement la tête.
Repo se leva et s’inclina légèrement devant moi.
Je lui versais du thé, mais m’interrompis. Elle semblait vouloir partir sur-le-champ.
« Vous ne restez pas un peu plus longtemps ? »
« Hmm, j’ai une réunion à laquelle je dois assister. Je suis venue parce qu’il me fallait des points de toute urgence. »
Repo sourit en touchant la carte.
Elle avait déjà rendez-vous. Je n’y pouvais donc rien.
Je hochai légèrement la tête. Elle avait l’air pressée et quitta la boutique à grands pas. Comme à son arrivée, elle disparut en un instant.
Je marchai jusqu’à la porte pour la raccompagner et me frottai le menton.
Une réunion. En était-elle arrivée au point de pouvoir s’offrir ce genre de loisir ?
Isabella semblait elle aussi impressionnée. Elle se tenait à côté de moi et regardait Repo s’éloigner.
[Elle a tellement changé depuis notre première rencontre.]
Isabella avait raison.
Lors de sa première visite à la boutique, Repo portait une robe de mage en très mauvais état. Elle avait l’air d’une vagabonde tout ce qu’il y avait de plus ordinaire.
Mais elle n’avait plus rien de cette allure. Elle portait une robe dans un tissu qui semblait coûteux, ainsi que plusieurs bijoux.
La marionnette à ses côtés était tout aussi impressionnante.
Son apparence ne différait presque pas de celle d’un humain, et elle avait été soigneusement décorée selon les goûts de Repo.
Si je me souvenais bien, toutes les fonctions dont elle était équipée représentaient deux mille points par mois.
Bien sûr, ce qu’elle payait réellement devait être inférieur à cent points.
Repo avait tant changé grâce à ma boutique.
Rien que ce mois-ci, plus de cinquante personnes avaient déjà indiqué que Repo les avait recommandées.
Au cours des deux dernières années, elle avait amené tant de gens à ma boutique. Le nombre de personnes qu’elle avait recommandées dépassait déjà plusieurs centaines.
Attirés par le confort des marionnettes, ils leur ajoutaient des fonctions. Une partie des points dépensés devenait alors des points de récompense reversés à Repo.
Pour chaque personne, la somme était faible. Mais quand on dépassait plusieurs centaines de clients, elle devenait impossible à négliger.
Elle accumulait ainsi des points de récompense, puis m’achetait des points.
La carte dorée qu’elle venait d’acheter était l’une des formes que pouvait prendre cet échange.
C’était une sorte de chèque émis par la société commerciale. Chaque carte valait dix mille points, et elle l’avait achetée pour quinze mille points de récompense.
Le taux de change était un peu élevé, bien sûr, mais je prenais aussi des risques, je n’y pouvais rien.
Pour Repo, toutefois, convertir ses points de récompense en points revenait pratiquement à recevoir de l’argent gratuit.
Elle gagnait donc des points de récompense en attirant des clients, tandis que ses propres recrues s’efforçaient à leur tour d’en attirer d’autres.
Au cours des deux dernières années, seuls deux types de personnes avaient poussé la porte de cette boutique : celles qui en amenaient d’autres et celles qu’on y avait amenées.
Il n’y avait presque aucun client en dehors de ces deux groupes.
C’était assez étrange.
Ces deux dernières années, j’avais gagné un nombre considérable de points. La nouvelle de notre boutique aurait naturellement dû se répandre.
Mais personne ne parlait de cette boutique.
Je comprenais parfaitement pourquoi.
Nos clients actuels ne voulaient pas que la boutique soit connue. C’était sans doute ce qu’on pouvait appeler l’égoïsme des mages.
Pour des gens comme Repo, tous les autres n’étaient rien de plus que des points de récompense supplémentaires. Si la boutique devenait célèbre, ils devraient se disputer les recommandations.
C’est pourquoi ils essayaient plutôt de dissimuler l’existence de ma boutique.
Résultat : seuls des gens de leur entourage venaient ici.
Je souris, les yeux plissés.
J’aurais pu ruiner leurs plans en faisant de la publicité pour la boutique partout, mais je n’avais aucune raison de le faire.
Leur comportement correspondait exactement à ce que je voulais.
Plus ils s’efforçaient de gagner des points, plus une part de leurs bénéfices me revenait.
Au fil du temps, les liens entre les clients se renforçaient. Ils prenaient même soin des marionnettes qui leur permettaient de gagner des points.
De ce point de vue, c’était un excellent cercle vertueux.
Ils gagnaient des points, et j’en gagnais aussi.
Alors, plutôt que de les arrêter, je ne pouvais que les encourager.
Ce système, solidement établi en deux ans, perdurerait à l’avenir.
Fort de cette certitude, j’éclatai de rire.
Mais ma confiance ne tarda pas à s’effondrer.
Cela se produisit après que j’eus quitté la boutique et rejoint la Compagnie commerciale générale Arcana.
« Quelqu’un te cible, Evron. »
Je clignai silencieusement des yeux.
Quelqu’un me ciblait ?
Je regardai Hwaryeong.
Son expression était légèrement crispée. Était-ce pour ça qu’elle m’avait appelé ?
Je devais en savoir plus.
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