Chapitre 211
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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Chapitre 211 : 211
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J’observai Repo en silence. Elle étudiait le catalogue, plongée dans ses réflexions.
Bientôt, je la vis jouer avec la bague qu’elle portait au doigt.
Un petit écran apparut devant elle. Elle semblait vérifier le nombre de points qu’elle possédait.
Après l’avoir consulté, elle ferma les yeux et poussa un soupir hésitant.
« Cinquante points, c’est un peu trop… »
Repo marmonna et secoua la tête.
Cinquante points pour douze heures. Même cette somme lui pesait ?
Elle posa le catalogue sur la table, comme si elle cherchait à jauger ma réaction.
Pour moi, cinquante points, c’était une somme tout à fait abordable. Les repas de la professeure coûtaient généralement au moins cent points à eux seuls.
Cela dit, cinquante points, ce n’était pas rien.
Pour certaines personnes, c’était une dépense vraiment lourde.
Comme Repo, qui se tenait devant moi.
Je plissai les yeux en la regardant.
À vrai dire, je m’étais attendu à ce que Repo trouve cette somme trop élevée. Je m’étais renseigné sur elle au préalable.
Enfin, je ne l’avais pas fait moi-même. J’avais simplement acheté des informations à l’Association secrète des Abysses.
Leur rapport était néanmoins extrêmement satisfaisant.
Les types de magie qu’elle employait, les caractéristiques de son corps, et ainsi de suite. Il contenait pratiquement tout ce qu’il y avait à savoir sur elle.
Et pas seulement sur sa vie à l’université.
On y trouvait des comptes rendus détaillés de ses activités en dehors de l’université, de son lieu de naissance et même de ses relations.
Leur système d’enquête était d’une efficacité stupéfiante.
Parmi les étudiants, on disait souvent que si l’on voulait savoir ce que quelqu’un comptait manger au dîner, il suffisait de s’adresser à l’Association secrète des Abysses. Elle vous le dirait avec plus de précision que la personne elle-même.
Ils ne laissaient vraiment rien leur échapper.
J’avais déboursé la somme colossale de deux mille points pour obtenir des informations sur Repo, mais je ne regrettais pas un seul instant mon achat.
Le rapport indiquait aussi ses revenus mensuels.
Je regardai de nouveau Repo.
Elle tripotait le catalogue en se mordillant les lèvres.
Cinquante points représentaient environ le quart de ses revenus.
Elle gagnait entre cent cinquante et deux cents points par mois.
C’était aussi le revenu moyen de nombreux mages qui erraient dans les étages inférieurs.
Les mages sans affiliation vivaient généralement de la même façon.
Ils gagnaient des points en acceptant des missions en ville, en chassant des bêtes magiques, en faisant de petits travaux dans les boutiques des autres ou en vendant leur magie.
Après avoir trimé plusieurs années pour économiser des points, ils s’inscrivaient à un cours.
Ils s’y entraînaient pendant cinq ans, puis retournaient à l’extérieur pour gagner de nouveau des points.
Repo était l’une de ces mages errantes des étages inférieurs.
Je me caressai le menton en repensant aux informations que j’avais obtenues.
Un détail en particulier m’avait frappé.
Son année d’admission.
Elle était entrée à l’université onze ans plus tôt.
C’était aussi l’année où j’y étais entré.
Nous avions donc intégré l’université la même année.
Pourtant, alors qu’elle errait toujours de-ci de-là, j’avais acquis une boutique comme celle-ci.
Qu’est-ce qui avait creusé un tel écart entre nous ?
Je secouai doucement la tête.
Inutile de m’attarder là-dessus.
La réponse, c’était la professeure Irian.
Mon respect pour la professeure grandit encore.
Si elle n’avait pas été là, j’aurais sans doute fini comme Repo.
D’après les informations, Repo s’était classée aux alentours de la cinq millième place au concours d’entrée.
Même quelqu’un comme elle vivotait dans les bas-fonds. Comment aurais-je pu faire mieux ?
Si j’étais devenu ce que j’étais aujourd’hui, c’était parce que la professeure m’avait servi de fondation.
Je devais garder sa bonté plus profondément encore dans mon cœur.
Un jour, je pourrais m’acquitter de ma dette envers elle.
Sur cette pensée, je m’approchai lentement de Repo.
« On dirait que le prix vous semble un peu élevé. »
Je claquai légèrement des doigts et lançai un sort.
Thé Noir Parfait.
Une tasse de thé apparut devant elle.
Je lui avais laissé suffisamment de temps. Il était maintenant temps de discuter.
Repo but une gorgée de thé tout en m’observant avec méfiance.
Elle baissa bientôt de nouveau les yeux vers le catalogue, poussa un soupir, puis hocha la tête.
« Oui. Je n’ai pas assez de points pour le moment. … Ah, est-ce que je pourrais louer d’autres marionnettes ? »
Repo leva les yeux au ciel, l’air un peu embarrassé.
Louer d’autres marionnettes.
Je compris tout de suite ce qu’elle avait en tête.
Comme une marionnette coûtait un point, elle se demandait s’il ne valait pas mieux en louer plusieurs plutôt que de prolonger leur durée de fonctionnement.
Ça ne me dérangeait pas qu’elle en utilise plusieurs, à condition d’avoir assez de points.
Je souris légèrement et désignai le catalogue.
« Ajouter une autre marionnette coûte trente points. »
Elle croyait vraiment que j’étais assez fou pour continuer à distribuer des marionnettes pour un point ?
C’était une offre d’appel destinée à alléger la dépense.
Une fois le poisson ferré, inutile de se montrer trop généreux.
Repo sembla bien comprendre et poussa un soupir discret.
Une marionnette ne pouvait fonctionner que trois heures. Il était donc plus avantageux de payer cinquante points pour prolonger sa durée d’utilisation que d’en ajouter une autre.
Cela dit, trente comme cinquante points représentaient une dépense considérable pour Repo.
C’était trop cher pour s’offrir un peu de confort.
Elle posa la main sur l’étui de la marionnette, l’air contrarié.
Je plissai les yeux.
À ce rythme, elle allait renoncer et partir.
Je devais alléger ses dépenses.
J’inclinai légèrement la tête et lui souris.
« Si le prix vous semble vraiment trop élevé, j’ai une bonne solution à vous proposer. Je peux vous donner la possibilité de l’acheter moins cher. Ça vous intéresse ? »
« De quoi s’agit-il ? »
À peine eut-elle entendu le mot « moins cher » que les yeux de Repo s’illuminèrent.
C’était tout naturel. Les mages errants ne manquaient pas de flair pour les bonnes affaires.
J’observai brièvement Repo.
Son impatience était manifeste.
Je hochai la tête.
À voir son expression, elle ne refuserait pas facilement l’offre que j’allais lui faire.
Je sortis une feuille de papier et la lui tendis.
En haut, on pouvait lire : « Formulaire de recommandation ».
« Je dois le remplir ? »
Repo sortit un stylo et y insuffla du pouvoir magique.
Elle s’apprêtait visiblement à signer sur-le-champ.
Je secouai légèrement la tête.
Ce formulaire ne lui était pas destiné.
« C’est un certificat qui vous désigne comme personne à l’origine de la recommandation. Vous n’avez pas besoin de le remplir. »
Repo eut l’air perplexe.
Elle se demandait probablement en quoi cela pouvait lui faire bénéficier d’une réduction.
Je devais lui expliquer plus en détail.
« Si quelqu’un vient acheter une marionnette et inscrit votre nom sur ce formulaire, vous aurez droit à une réduction. Chaque personne que vous recommandez fera baisser votre prix de vingt pour cent, et ce, pas pour une seule fonction, mais pour le restant de vos jours. »
Elle parut surprise.
Ah, il y avait encore un détail à préciser.
Je poursuivis lentement :
« Bien sûr, c’est limité à deux personnes. La réduction maximale sera donc de quarante pour cent. Vous ne bénéficierez pas d’une réduction supplémentaire en en faisant venir davantage. »
« Quarante pour cent ? Alors, si j’en fais venir seulement deux, je pourrai l’acheter pour trente points ? »
Je hochai la tête.
Repo sourit de toutes ses dents.
Cinquante points, c’était trop cher, mais trente lui semblaient être un prix raisonnable pour s’offrir un peu de confort.
Je pouvais peut-être l’encourager un peu plus à passer à l’action.
Je me penchai vers elle et lui soufflai :
« Et ce n’est pas tout. Si quelqu’un que vous aurez amené achète une fonction, je vous en reverserai une partie sous forme de points de récompense. »
« Des points de récompense ? »
Repo pencha la tête sur le côté.
Elle se demandait ce que c’étaient, ces points de récompense.
Je lui expliquai avec un doux sourire :
« Oui. Par exemple, si quelqu’un dépense cinquante points pour prolonger la durée de fonctionnement d’une marionnette, dix pour cent de cette somme, soit cinq points, seront convertis en points de récompense et vous seront remis. Et vous pourrez utiliser ces points de récompense comme des points ordinaires pour acheter des fonctions. »
En somme, c’était une sorte de remise en argent.
J’offrais un avantage à ceux qui m’amenaient des clients.
J’observai Repo.
Ses yeux brillaient de mille feux.
On voyait bien qu’une foule de calculs tourbillonnaient dans son esprit.
Je sirotai tranquillement mon thé en la regardant.
La réduction de quarante pour cent que je lui avais proposée n’était pas le seul avantage.
Si elle m’amenait deux personnes qui achetaient les mêmes fonctions, les points de récompense lui permettraient d’économiser au total soixante pour cent.
Mais inutile de lui expliquer tout ça.
Après tout, Repo avait réussi à intégrer l’université.
Elle n’avait pas perdu toute sa jugeote ni ses capacités.
Comme elle le montrait en ce moment, les mages savaient très bien peser le pour et le contre.
Repo sembla achever ses calculs et s’anima.
Elle vida sa tasse d’un trait et bondit sur ses pieds.
Puis elle se tourna vers moi, l’air un peu pressé.
« Ça vous va si je les amène tout de suite ? »
« Bien sûr. Je ne peux que me réjouir de voir arriver des clients. »
Je hochai la tête.
Repo s’inclina légèrement devant moi, puis se hâta de quitter la boutique.
[Tout s’est vraiment passé comme l’avait dit maître. Je comprends pourquoi vous disiez qu’il était inutile de faire de la publicité.]
Isabella, qui nous avait observés en silence, posa la main sur son menton en regardant Repo s’éloigner.
Je souris légèrement et savourai l’arôme de mon thé.
Je faisais simplement confiance aux mages.
Plus précisément, je faisais confiance à leurs désirs.
Je plissai les yeux en regardant Repo s’éloigner.
Elle se fondit bientôt dans la foule et disparut quelque part.
Elle m’amènerait deux personnes.
Et ces deux-là finiraient par en amener d’autres à leur tour.
Puis ces personnes en feraient venir d’autres.
Tout comme Repo, elles voudraient obtenir à meilleur prix des fonctions pour leurs marionnettes.
Ainsi, ma clientèle ne cesserait de croître, et les points comme les informations s’accumuleraient.
Cette perspective prometteuse m’arracha un sourire.
Bien sûr, ce n’était pas une méthode révolutionnaire.
Je m’étais contenté d’adapter à mes besoins le meilleur modèle commercial que j’avais vu jusque-là.
Je regardai le flot de passants.
Ils étaient tous venus en ville pour faire du profit.
Ils en repartiraient donc forcément avec des tas de points et d’avantages.
Et la ville en tirerait encore davantage.
La structure de la ville était le modèle sur lequel je fondais mon entreprise.
Par la fenêtre, j’apercevais la colonne qui dominait le centre-ville.
C’était là que se trouvait la Compagnie commerciale générale Arcana.
Je claquai doucement la langue en la regardant.
La Cité des stalactites était sous la coupe de la compagnie commerciale.
Et celle-ci gérait la ville avec une efficacité redoutable.
Sans rien prendre en charge elle-même, elle avait tout confié aux autres.
La compagnie commerciale se contentait de percevoir des frais auprès des autres organisations.
Et plus ces organisations faisaient venir de gens en ville, plus leurs frais diminuaient.
Le système ressemblait à celui que j’avais mis en place.
Les nombreuses organisations placées sous la compagnie commerciale avaient créé des structures subalternes pour contrôler la ville.
Ces organisations étendaient encore leur emprise vers le bas, exploitant celles qui se trouvaient en dessous.
Toute la ville reposait sur un système de points colossal de ce genre.
Naturellement, la compagnie commerciale trônait au sommet de cette structure pyramidale.
Elle n’avait qu’à rester assise à récolter des points tout au long du processus.
Et qui héritait du fardeau ?
Il était naturellement rejeté vers le bas.
Les gens dehors devaient tout supporter.
Ce n’était pas pour rien que les mages des étages inférieurs peinaient tant à mettre des points de côté.
Et moi aussi, on me prélevait ma part.
Toutes les boutiques installées dans la ville devaient reverser la moitié de leurs revenus à la compagnie commerciale.
Je me mordillai les lèvres.
Pas étonnant que Koite râle chaque fois qu’on se voit contre ces salauds de la compagnie commerciale, qu’il disait impitoyables.
Maintenant que je tenais une boutique, je comprenais très bien ce qu’il voulait dire.
Heureusement, j’avais tout de même le jeton de la compagnie commerciale.
Grâce à lui, la part que je devais verser avait été un peu réduite.
Hwaryeong m’avait dit que, pendant les dix prochaines années, je n’aurais à leur donner que trente pour cent de mes bénéfices.
Je devais m’en réjouir.
Je secouai la tête en riant sans joie.
Rester là sans bouger et prendre des points à tout le monde… J’aurais difficilement pu être plus jaloux.
Mais, à bien y réfléchir, leur méthode était extrêmement efficace.
Leur façon de stimuler les désirs de leurs subordonnés pour augmenter leurs profits méritait qu’on s’en inspire.
Ce serait idiot de ne pas reprendre une méthode aussi efficace.
Pourquoi serais-je le seul à me faire plumer ?
Moi aussi, je devais m’adapter au fonctionnement de la ville.
C’était pour ça que j’avais remanié le système de la compagnie commerciale et que je l’utilisais à mon tour.
Dans cette optique, les points de récompense étaient aussi un moyen de réduire les points que la compagnie commerciale me prélevait.
Ils constituaient une catégorie à part des points ordinaires : je n’avais donc pas besoin de les compter dans mes bénéfices.
[Tu apprends tant de choses. C’est vraiment passionnant.]
« À ta place, Isabella, je pense que tu apprendrais vite le fonctionnement des affaires, toi aussi. »
Isabella n’avait pas réussi à suivre ma méthode uniquement parce qu’elle ne connaissait rien au commerce.
Elle avait clairement l’air d’être issue d’une bonne famille. Elle n’aurait eu aucune raison d’employer des méthodes aussi peu reluisantes.
Comment Isabella avait-elle fini par être victime d’Ugo ?
J’enfouis de nouveau cette question en moi et repris doucement la conversation avec elle.
Repo ne tarda pas à revenir.
La porte s’ouvrit au tintement d’une clochette, et je tournai les yeux vers elle.
Dans l’embrasure, Repo haletait légèrement.
Deux personnes se tenaient à côté d’elle ; c’étaient apparemment celles qu’elle avait amenées.
L’une d’elles était un homme plutôt avenant. Il se gratta la tête, l’air légèrement agacé.
« Qu’est-ce qui se passe, au juste ? Pourquoi tu nous as traînés ici ? »
« Tais-toi, Gadon. Tu viens de tomber sur une occasion en or ! »
Les yeux de Repo s’embrasèrent.
Une lueur étrange y brillait.
Peut-être surpris par sa fougue, Gadon hésita un instant.
La femme à côté de lui sourit légèrement et s’appuya contre son épaule.
Puis elle le rassura doucement :
« Gadon, attendons un peu. Si Repo insiste autant, elle doit avoir une bonne raison. »
« Même si Haryu le dit, qu’est-ce qu’il pourrait bien y avoir à voir dans une si petite boutique… »
Gadon grommela en regardant autour de lui.
Repo lui donna une tape sur la tête, puis observa ma réaction.
Elle semblait sur ses gardes, peut-être parce qu’elle craignait que ses paroles m’aient offensé.
Je haussai légèrement les épaules.
C’était vrai, alors pourquoi m’en serais-je vexé ?
Je m’avançai vers eux et inclinai légèrement la tête.
« Bienvenue. Je m’appelle Evron. Merci beaucoup d’être venus dans mon Atelier de marionnettes d’Evron. »
Gadon pencha la tête sur le côté.
Puis il se mit à tapoter la marionnette devant lui.
Il semblait un peu intéressé.
« Un atelier de marionnettes ? »
« Oui. Je vends des marionnettes. Entrez donc, nous pourrons en parler à l’intérieur. »
« D’accord. Allons-y, alors. »
Repo saisit Gadon par le bras et l’entraîna dans la boutique.
Ils entrèrent dans la salle de réception, s’installèrent sur le large canapé et regardèrent autour d’eux.
Je devais détendre l’atmosphère avant de discuter avec eux.
Je fis un petit signe à Isabella.
Elle sourit doucement et commença à lancer un sort.
Thé Noir Parfait.
[Ce thé est pour vous tous. Il est bon pour la santé, alors goûtez-y.]
Isabella posa des tasses devant eux et inclina légèrement la tête.
Gadon la dévisagea, l’air un peu hébété.
À cet instant, Repo lui écrasa le pied.
Haryu, la femme à côté de lui, lui pinça aussi légèrement le bras.
Gadon gémit de douleur.
Je souris légèrement en les observant.
Ils semblaient très proches.
Tout ce que m’avait appris le rapport semblait exact.
À vrai dire, je m’étais attendu à ce que Repo les amène ici.
Apparemment, ils étaient ensemble depuis la cérémonie d’entrée.
D’après les informations, tous trois voyageaient ensemble depuis plus de dix ans.
Les mages errants n’avaient guère le choix : ils finissaient par former des groupes de ce genre.
Qu’il s’agisse de chasser des bêtes magiques ou d’accomplir des missions, se réunir et faire équipe était plus sûr et plus fiable.
Bien sûr, il n’était pas facile pour un groupe de rester uni aussi longtemps.
Les mages étaient toujours avides, et les groupes se dispersaient souvent à cause de disputes.
Dans ces conditions, s’ils étaient restés ensemble dix ans, c’était qu’ils se faisaient vraiment confiance.
Je désignai la marionnette d’un geste.
Elle s’approcha de Gadon et lança un sort.
Un sort tout simple qui soignait les blessures.
Gadon, qui se tenait le pied en gémissant, essuya la sueur froide sur son front, comme s’il pouvait enfin respirer de nouveau.
Il leva les yeux vers la marionnette et cligna des paupières.
« Vous vous demandez sans doute quel genre de boutique est la nôtre. Notre atelier vend la marionnette de compagnie que vous voyez devant vous. C’est notre seul produit. »
Gadon tendit la main vers la marionnette.
Puis il y fit rapidement circuler son pouvoir magique.
Il semblait examiner la marionnette.
Je sentis nettement le puissant pouvoir magique qui émanait de lui.
Il était plus fort que moi.
Je me mordis légèrement les lèvres en le sentant.
Nous étions entrés à l’université la même année.
Dans ces conditions, Gadon avait un talent véritablement exceptionnel.
Il avait sans doute atteint le troisième étage, comme moi.
C’était incroyable.
Moi, j’avais la professeure, et je pouvais donc progresser rapidement.
Mais Gadon n’était qu’un mage errant.
Et pourtant, il avait progressé aussi vite que moi, voire plus vite.
Selon le rapport, beaucoup de gens s’intéressaient à Gadon à cause de son talent.
Il était néanmoins resté ici pour ses deux compagnons.
Je ne pouvais pas laisser passer l’occasion d’attirer un client comme lui.
« Vous pouvez emporter une marionnette pour seulement un point, comme Repo l’a fait. »
Je fis un clin d’œil à Repo.
Elle hocha la tête, comme pour confirmer mes paroles.
Les deux autres se détendirent un peu, comme si leurs soupçons s’étaient dissipés.
Je sortis le manuel d’instructions qui indiquait les précautions à prendre avec la marionnette.
Puis je leur répétai ce que j’avais déjà expliqué à Repo.
La marionnette ne pouvait être utilisée que pendant trois heures, et ils devraient nous dédommager si elle était endommagée.
Pour une raison ou une autre, ils ne semblaient toutefois pas très attentifs à mes explications.
En le remarquant, je claquai des doigts.
Mieux valait leur faire essayer par eux-mêmes que de leur en parler.
« Et si nous faisions un essai ? La marionnette va vous masser un instant. Ne vous inquiétez donc pas. »
À mon signal, la marionnette s’approcha d’eux.
Elle leur massa lentement le corps.
Après les avoir détendus un moment, elle recula.
Gadon s’étira, l’air revigoré.
Le massage lui avait manifestement beaucoup plu.
Haryu, à côté de lui, souriait elle aussi légèrement.
« Alors, qu’est-ce que vous en dites ? Je vous avais dit que c’était génial. »
Repo leur adressa un sourire assuré.
Les bras croisés, elle croisa leur regard.
Gadon se racla la gorge et hocha la tête.
« Tu avais raison. C’est difficile de croire que ça ne coûte qu’un point. »
« Merci. Puis-je considérer que vous allez en acheter une ? »
Gadon fronça légèrement les sourcils à ma question.
Il n’avait pas l’air très à l’aise.
Mais il ne put résister à la pression des deux personnes qui le regardaient de chaque côté et finit par hocher la tête.
« C’est un peu étrange, mais autant en acheter une. »
À ces mots, Isabella s’approcha avec grâce et disposa plusieurs feuilles de papier devant eux.
Il y avait un questionnaire ainsi qu’un formulaire pour indiquer le nom de la personne qui les avait recommandés.
« Ne vous inquiétez pas. Je ne révélerai à personne d’autre ce que vous écrirez. Notez simplement ce qui vous vient à l’esprit. Plus vous nous donnerez de détails, mieux nous pourrons choisir une marionnette qui vous conviendra. »
À la demande pressante de Repo, ils remplirent les formulaires sans se méfier.
Y compris le formulaire de recommandation.
Après avoir récupéré les feuilles, je me levai et me dirigeai vers la réserve.
Puis j’essayai d’entrer en résonance avec les marionnettes qui s’y trouvaient.
Lesquelles conviendraient le mieux aux réponses de ces questionnaires ?
En parcourant les formulaires, je vis plusieurs marionnettes s’avancer hors du groupe.
Je devais choisir les plus adaptées.
Après avoir soigneusement sélectionné les marionnettes, je retournai dans la boutique.
Je plaçai chacune d’elles dans un petit étui de la taille de la paume et les leur tendis.
« Prenez-en soin. Le pouvoir des marionnettes s’affaiblit si vous quittez la ville, alors gardez-le à l’esprit. »
Après ce dernier rappel, ils quittèrent la boutique.
Repo partit avec eux.
Bien sûr, elle revint peu après.
« Montre-moi encore le catalogue. »
Les yeux de Repo pétillaient.
Je lui montrai le catalogue rempli de fonctions pour les marionnettes.
Contrairement à tout à l’heure, elle semblait parfaitement détendue.
« Voyons… Je vais ajouter douze heures de fonctionnement, et cette tenue humanoïde, l’uniforme de majordome. La forme actuelle est trop rudimentaire. »
Je baissai les yeux vers le catalogue.
Une tenue humanoïde. C’était une fonction très simple.
Elle ne coûtait pas très cher non plus.
Je hochai discrètement la tête.
« Le total s’élève à soixante points. Comme vous avez amené deux personnes, la réduction de quarante pour cent ramène le prix à trente-six points. »
Repo joua avec sa bague.
Elle semblait se préparer à payer.
La somme ne paraissait pas trop lourde pour elle.
Je sortis un insecte-miroir et le posai contre sa bague.
Ses points me furent transférés.
Trente-six points. Je les avais bien reçus.
Il ne me restait plus qu’à ajouter les fonctions.
« Attendez un instant. Je vais apporter quelques modifications à la marionnette. »
Je me levai, la marionnette à la main.
Soudain, je sentis Repo tirer légèrement sur ma manche.
Je me tournai vers elle pour savoir ce qui n’allait pas.
Elle semblait plongée dans ses pensées.
Bientôt, elle effleura ses lèvres du bout des doigts et me demanda avec précaution :
« Y a-t-il une limite au nombre de personnes qu’on peut recommander ? »
Je penchai légèrement la tête.
Elle avait déjà atteint son quota de deux personnes.
Pourquoi me posait-elle cette question ?
Je croisai le regard de Repo.
J’y vis alors un désir ardent qui vacillait avec force.
Je compris naturellement ce qu’elle avait en tête.
Elle lorgnait clairement sur les points de récompense.
Je souris légèrement et hochai la tête.
« Oui. Faites comme vous voulez. »
La réponse fit briller les yeux de Repo.
Je ne pus m’empêcher d’être un peu impressionné par son regard débordant de convoitise.
Elle songeait déjà à amener davantage de monde pour gagner des points de récompense.
Je n’avais aucune raison de refuser.
Son désir deviendrait un tremplin pour moi.
Je lui adressai un léger salut, puis me dirigeai vers l’établi au fond de l’atelier.
J’avais reçu des points, je devais donc débloquer davantage de capacités de la marionnette.
Repo récupéra la marionnette fraîchement modifiée et quitta la boutique avec un sourire satisfait.
Je hochai la tête en la regardant partir.
Elle m’amènerait d’autres clients à l’avenir.
« Je vais aller à la tour, maintenant. »
Je jetai un coup d’œil à Isabella.
Il était temps qu’elle prenne la boutique en main.
Le cycle fondé sur les désirs était lancé, et elle suffisait à le faire tourner.
Isabella inclina la tête devant moi.
[Fais-moi confiance. Je ferai de cette boutique le seul endroit où aller en ville.]
Je hochai la tête et me levai.
Les affaires en ville étaient en grande partie réglées.
Il était temps de préparer ce qui m’attendait à la tour.
Le cours n’allait pas tarder à commencer.
Désormais, je devais discuter avec les trésors et réorganiser le programme ainsi que les règles du cours.
De nouveaux trésors rejoignaient peu à peu notre réseau.
Deux années passèrent ainsi.
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