Chapitre 210
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 210 : 210
──────
Hwaryeong ne s’attarda pas et finit par partir. La boutique était si petite qu’il n’y avait pas grand-chose à voir. Et comme j’avais si peu à lui montrer, rien ne justifiait qu’elle reste.
Elle me dit simplement de la contacter si j’avais besoin d’aide, puis reprit la direction du quartier central, où se trouvait la Compagnie commerciale générale Arcana. De l’aide. Il était évident qu’elle ne m’avait pas proposé cela par pure politesse.
Si je le lui demandais, elle m’aiderait probablement. Mais accepter son aide reviendrait aussi à diminuer ma propre valeur.
C’était mon territoire, à présent. Je devais le protéger moi-même. Et puis, cette boutique n’était qu’un minuscule trou perdu où il n’y avait pas grand-chose à voir. De quelle aide pouvais-je bien avoir besoin ?
Elle m’avait déjà beaucoup aidé. Elle était occupée, pourtant elle avait pris le temps de venir jusqu’ici. Il devait bien exister quelque part une trace de la visite de Hwaryeong.
Après son départ, je m’assis sur le canapé de la salle de réception et profitai en silence de l’atmosphère paisible. Isabella, qui buvait du thé en face de moi, me sourit avec douceur.
[Maître, vous devriez rentrer, vous aussi. Je m’occuperai d’ici.]
Je sentais clairement qu’Isabella se souciait de moi. Élégamment vêtue, elle dégageait l’allure gracieuse d’une jeune femme raffinée.
Elle était si digne que j’en éprouvais presque des scrupules à lui confier une aussi petite boutique. Comme son apparence le laissait supposer, elle était extrêmement compétente. Comme elle le disait, elle saurait sûrement faire tourner la boutique sans moi.
Mais, pour l’instant, je devais rester ici. Je secouai légèrement la tête.
« Cette boutique porte mon nom. Ne devrais-je pas accueillir moi-même son premier client ? Tu as travaillé dur pour ouvrir cet endroit, Isabella, alors repose-toi un peu. »
Je souris doucement en repensant à l’enseigne accrochée près de l’entrée. Ma boutique. La satisfaction qui m’emplissait la poitrine fit trembler mon arbre. C’était mon territoire. Pourquoi irais-je ailleurs ?
La tour était considérée comme mon domaine, mais elle ne m’appartenait pas à moi seul. Elle appartenait entièrement au professeur. C’était pour cela que je devais faire attention à tout ce que j’y entreprenais.
En revanche, cette boutique était entièrement à moi. Le sentiment de tout posséder ici fit éclore dans mon cœur quelque chose qui ressemblait à de l’affection pour cet endroit.
Je secouai légèrement la tête. Je n’aurais jamais cru pouvoir ressentir un tel désir de possession. Une fois encore, je compris que j’étais bel et bien un mage.
[Non. Je vais rester ici, moi aussi. Mira n’est pas là, alors je dois bien m’occuper de vous, Maître.]
Isabella s’approcha à pas feutrés et me servit du thé en silence. J’en savourai le parfum délicat avant d’y tremper les lèvres. Assise à côté de moi, Isabella regardait tranquillement par la fenêtre.
[Mais est-ce vraiment raisonnable de rester ainsi ? Je comptais sortir faire de la publicité.]
Isabella écrivit ces mots avec inquiétude. Elle posa les doigts contre son menton, l’air perplexe. C’était parce que j’avais interrompu son projet de distribuer des prospectus pour la boutique.
Je comprenais pourquoi elle avait voulu faire de la publicité. Plusieurs heures s’étaient déjà écoulées depuis l’ouverture, mais aucun client ne s’était présenté. Je suivis du regard le flot de passants, de l’autre côté de la fenêtre.
Peu après, plusieurs personnes s’arrêtèrent devant la boutique pour lire l’enseigne. La nouveauté de l’endroit avait probablement éveillé leur curiosité.
Pourtant, pas une seule ne franchit le seuil. Certaines hésitèrent un moment, puis repartirent en voyant que nous vendions des marionnettes.
Les marionnettes étaient un produit de niche. Dans la plupart des cas, il était bien plus efficace d’opter pour autre chose. Si la rue des marionnettistes, où ils se rassemblaient, était reléguée dans un coin de la ville, ce n’était pas sans raison.
De ce point de vue, il nous fallait des promotions de lancement ou un événement, comme le disait Isabella, pour attirer les gens. Puisque nous louions des marionnettes pour un point, beaucoup finiraient forcément par s’y intéresser.
Mais ce n’était pas ce que je voulais. À quoi bon grandir si vite ? Une expansion trop rapide n’avait rien de bon non plus.
Si trop de gens se laissaient tenter par le prix d’un point, je risquais de ne pas supporter les pertes et de m’effondrer. Je pouvais continuer à fabriquer des marionnettes, mais les gérer était une tout autre affaire.
Je souris avec amertume. N’avais-je pas déjà connu ça ? Lors de mon premier cours, j’avais vendu des marionnettes aux élèves de la tour, jusqu’à ce que leur nombre dépasse ce que je pouvais gérer. Je m’en souvenais encore très bien.
Bien sûr, cela avait ensuite servi de tremplin à ma progression, mais ce n’était que de la chance. Depuis, je gérais avec soin les risques liés aux marionnettes.
C’était pareil ici. Plutôt que de me développer rapidement, je voulais bâtir une fondation solide et grandir grâce au bouche-à-oreille. C’était du commerce, mais cela devait aussi contribuer à ma propre progression.
Je jetai un coup d’œil à la marionnette qui se tenait au milieu de la boutique. Hwaryeong était repartie sans comprendre son prix, jusqu’au bout. Un point par mois. Même moi, je trouvais ça ridiculement bon marché.
Mais ce prix était le fruit d’une longue réflexion. Tout avait commencé quand mon territoire s’était étendu jusqu’à la ville. Que faire en ville ? C’était la question qui me préoccupait à l’époque.
Bien sûr, rester dans la tour et chercher à progresser était une possibilité. La tour reposait sur la fondation que j’avais déjà solidement établie.
Mais la ville avait ses propres avantages. Elle était immense et comptait donc une foule innombrable. Si les gens affluaient dans les villes, c’était pour une raison. Malgré leur complexité, elles regorgeaient d’occasions.
C’était pareil pour moi. Dans ma manière de progresser, le nombre de personnes comptait plus que tout. Je devais accumuler davantage d’informations, de pouvoir magique et de magie.
Pour moi, entrer dans la ville n’était pas un choix. C’était une nécessité. Comment aurais-je pu laisser de côté tous ces trésors d’expérience ? Et le meilleur moyen de les récolter restait de vendre des marionnettes.
La question importante était donc de savoir quel genre de marionnettes je vendrais. Pour trouver la réponse, j’avais fait de nombreuses recherches en observant les boutiques des marionnettistes qui m’entouraient.
Et j’avais compris quelque chose : je ne pouvais pas empiéter sur leur territoire. Ils étaient tous là depuis longtemps et avaient chacun solidement établi leur position dans leur domaine.
Koite utilisait des marionnettes comme acteurs dans les rêves, tandis que Mauro en fournissait comme outils d’exploration ou sacrifices rituels. Chacun avait sa propre façon de vendre un produit de niche comme les marionnettes.
C’étaient des experts dans leurs domaines respectifs, je ne pouvais donc pas m’attaquer à leur activité. Et je n’en avais pas envie. Même sans tenir compte de la différence de compétence, à quoi bon prendre le pain de la bouche d’un autre marionnettiste ?
Je regardai distraitement le flot de passants. Il me faisait vaguement penser à la circulation du sang, signe de vie qui faisait battre la ville.
Oui, la ville était un immense organisme vivant. Peut-être était-ce pour cela que son écosystème était déjà organisé avec une grande complexité. De même que les marionnettistes avaient chacun leur place, les organisations s’étaient installées dans presque tous les domaines susceptibles de rapporter des points.
Alors, si j’entrais dans cette ville, les frictions avec elles seraient inévitables. Je devrais empiéter sur un ordre déjà établi, et elles essaieraient sûrement de m’en empêcher. Elles comme moi subirions de lourdes pertes.
Devais-je vraiment prendre ce risque pour entrer dans la ville ? Tandis que j’y réfléchissais, Koite fut celui qui me remit les idées en place. Il m’avait dit qu’il était idiot de voler une proie que d’autres avaient déjà créée.
Il avait ajouté que les gros profits ne venaient qu’en trouvant des chemins que personne n’empruntait. Son propre parcours en était la preuve.
Je n’avais pu qu’acquiescer. Le Théâtre des rêves était un territoire auquel personne d’autre ne pouvait toucher. Il était le fruit de l’utilisation optimale du talent et de la magie incomparables de Koite.
Je m’étais donc posé la question, moi aussi. Quel était mon talent ? Qu’est-ce que je savais faire ? Si je tenais une boutique, quelle forme prendrait-elle ?
Alors que je regardais distraitement la foule, le tintement d’une clochette me tira de mes pensées. La porte de la boutique venait de s’ouvrir. Une femme vêtue d’une robe un peu défraîchie entra.
Elle avait l’air vive, avec des taches de rousseur éparpillées sur le visage. Elle pencha légèrement la tête.
« Euh… Je peux entrer ? »
Je me levai aussitôt. Je ne l’avais jamais vue, elle devait donc être une cliente. J’affichai un grand sourire, m’empressai d’aller à sa rencontre et m’inclinai.
« Bien sûr. Bienvenue. Je suis Evron, le propriétaire de l’Atelier de marionnettes d’Evron. Que puis-je pour vous ? »
« Euh… J’allais à l’Atelier de marionnettes d’Evron, plus loin à l’intérieur, mais j’ai vu une boutique que je ne connaissais pas, alors je suis entrée. »
Peut-être déconcertée par mon empressement, elle se gratta la joue. Comme elle reculait légèrement, je sentis qu’elle observait ma réaction. Elle risquait même de repartir parce qu’elle se sentait sous pression.
Je reculai et me caressai le menton. L’Atelier de marionnettes d’Evron, plus loin à l’intérieur. Je l’examinai. Elle avait le bout des doigts rouge ; elle devait donc sortir tout droit d’un endroit où elle avait dessiné des cercles magiques.
Il était évident de savoir quel genre de marionnette quelqu’un comme elle recherchait. Elle en voulait probablement une pour un sacrifice rituel. Les marionnettes fabriquées par des marionnettistes valaient moins que des humains, mais elles restaient utiles comme sacrifices.
N’avais-je pas moi-même accompli un rituel d’offrande pendant cet examen d’entrée ? À sa tenue, elle se dirigeait clairement vers l’atelier de Mauro. Ses marionnettes étaient les plus adaptées aux rituels.
Je pouvais peut-être lui donner un conseil. Elle regarderait peut-être notre boutique d’un œil un peu plus favorable. J’acquiesçai en silence.
« Vous semblez vous diriger vers la boutique de Mauro. Dans ce cas, cherchez les marionnettes qu’il a fabriquées il y a un mois. Elles devraient contenir le pouvoir magique de la pleine lune. Elles conviendront probablement à la magie que vous comptez utiliser. »
La lune était l’ombre du soleil ; la pleine lune renfermait donc naturellement un pouvoir magique complet et abondant. Rien ne lui conviendrait mieux comme sacrifice.
En outre, c’était un pouvoir magique que j’avais récolté en retournant à l’université après l’examen. Mauro me l’avait demandé. Puisqu’il provenait de la lune elle-même, son effet serait sûrement encore plus puissant.
« Vous avez tout de suite compris ce qu’il me fallait ? »
Impressionnée par mon conseil, elle eut les yeux qui brillèrent. Je haussai légèrement les épaules. Ce n’était pas évident au premier coup d’œil ? Mon attitude détendue l’avait peut-être un peu rassurée, car elle jeta un regard prudent autour d’elle.
« Merci pour le conseil… Mais que vendez-vous ici ? »
« Vous voulez jeter un œil ? Comme vous êtes notre première visiteuse, je vais tout vous expliquer comme il faut. Ne vous inquiétez pas, je ne vous pousserai pas à acheter quoi que ce soit. »
Je souris légèrement et reculai d’un pas. Après un instant d’hésitation, elle acquiesça.
« Alors, je vais regarder rapidement. »
Elle se mit à avancer lentement et je la guidai naturellement. Je devais d’abord dissiper le reste de sa méfiance. Je la conduisis dans la salle de réception et l’invitai à s’asseoir sur le canapé.
Isabella sirotait son thé. En nous voyant, elle nous adressa un sourire doux. La femme croisa son regard, cligna des yeux et se détendit visiblement.
Je frappai doucement dans mes mains. L’une des marionnettes en attente se mit à lancer un sort. C’était le Thé Noir Parfait. La marionnette servit le thé avec naturel et posa la tasse devant elle.
Un doux parfum s’éleva de la tasse. La femme sembla le remarquer aussi ; elle la prit avec précaution et se mit à déguster le thé. Peu après, elle cligna des yeux.
« Il est incroyablement bon. Son arôme est bien plus net que celui du thé que j’ai bu ailleurs. »
« J’ai créé cette magie moi-même. Le thé préparé avec la magie diffusée dans toute la ville est bon, lui aussi, mais j’ai perfectionné ce sort encore et encore pendant longtemps. Il est forcément meilleur que celui de la ville. »
Je souris et bus une gorgée du thé que la marionnette m’avait également servi. C’était l’un des sorts que je travaillais chaque jour sans relâche. J’essayais de présenter un nouveau thé au professeur tous les jours.
Grâce à ce processus, ma magie continuait de progresser. Comparée à la mienne, le Thé Noir Parfait lancé dans la ville était le jour et la nuit.
Les yeux brillants, elle continua à siroter son thé. Toute sa tension et sa méfiance s’étaient dissipées. Je l’examinai de plus près.
Ses gestes maladroits, sa concentration absolue sur une simple tasse de thé, et cette vieille robe qui la couvrait… C’était clairement une mage errante sans affiliation. Puisqu’elle se rendait à la boutique de Mauro, elle ne devait pas avoir beaucoup de points non plus.
Son stade se situait-il entre Jeune pousse et Jeune arbre ? C’était probablement une mage ordinaire des étages inférieurs, qui passait ses journées à se promener pour s’inscrire à des cours. Et les gens comme elle étaient précisément ceux que je voulais le plus attirer.
« Vous m’avez demandé tout à l’heure ce que je vendais. Eh bien, je vends ce genre de marionnette, comme celle-ci. »
Je tapotai doucement la marionnette qui se tenait à côté de nous. En réponse à mon geste, elle inclina légèrement la tête. La femme la fixa, l’air perplexe.
« Euh… Quel genre de marionnette est-ce ? »
Elle posa la question avec prudence. Je comprenais. Je levai légèrement les yeux vers la marionnette. Elle ressemblait à une simple poupée de bois finement sculptée et n’avait rien de particulièrement remarquable.
Le pouvoir magique qu’elle contenait était si faible qu’il aurait pu être comparé à celui des mauvaises herbes. Elle était naturellement trop faible pour affronter ne serait-ce qu’une bête magique de bas rang. Comparée aux marionnettes vendues par les autres marionnettistes, elle paraissait forcément bien modeste.
Mais elle était le fruit de toutes mes réflexions. Que devais-je vendre ? Cette marionnette était le résultat de ma réflexion sur la question.
« Elle s’occupe des tâches du quotidien. Comme lorsqu’elle vient de vous servir votre thé. »
Mais elle pencha la tête, comme si elle ne comprenait pas. Il fallait croire que je devais lui montrer davantage ce dont elle était capable. Je claquai doucement des doigts.
À mon signal, la marionnette s’inclina et s’approcha d’elle. La femme l’observa, l’air de commencer à se méfier. Je lui fis un signe de la main.
« Ne soyez pas nerveuse. Elle va simplement vous masser quelques instants avec son pouvoir magique. »
Elle cessa de se méfier après m’avoir entendu. Son corps restait néanmoins tendu. La marionnette posa doucement une main sur son épaule et se mit lentement à utiliser la magie.
Son visage se détendit aussitôt. La marionnette contractait son corps à répétition avec de la magie de foudre, puis utilisait des vibrations pour dénouer ses muscles de force. Tout cela dissipa sa fatigue en un instant.
Comme le visage de la femme s’éclaircissait de façon visible, je m’approchai d’elle et lui parlai à voix basse.
« Pour un point par mois seulement, vous pouvez emporter une marionnette comme celle-ci. Ses fonctions sont répertoriées ici. »
Je sortis un catalogue et le fis flotter devant elle. Elle le parcourut d’un air absent. Il contenait une grande variété de fonctions. Elle tourna les yeux vers moi.
« Vous vendez cette marionnette ? »
« Oui. C’est le seul produit de notre boutique : une marionnette à votre service. »
La marionnette ne possédait aucun pouvoir. Son pouvoir magique était faible et elle n’avait pas de force. En lui sacrifiant tout cela, j’avais pu me concentrer sur la magie qu’elle renfermait.
Le Thé Noir Parfait, la Magie parfaite de la lessive, la Magie parfaite de la cuisine, et bien d’autres. Les fameux sorts parfaits que j’avais élaborés et mis en pratique.
Koite avait créé son propre territoire en associant son talent aux marionnettes. Je devais donc bâtir ma boutique de la même manière. Et je connaissais très bien mon propre talent.
Le professeur ne me l’avait-il pas dit quand j’étais arrivé à l’université ? Le professeur m’avait dit que mon véritable talent était de soutenir les autres.
Comme le professeur l’avait dit, c’était mon talent à moi, différent de celui de tous les autres. C’était ce qui m’avait permis d’entrer à l’université. Et cette marionnette était remplie de ces sorts.
L’air satisfait, je caressai la marionnette. D’une certaine façon, on pouvait la considérer comme mon double. Elle contenait toute la magie que j’avais créée en servant le professeur.
Je jetai un coup d’œil à la femme. Les mages étaient des êtres attachés à leur territoire personnel. Se méfier des autres et les soupçonner faisait partie de leur nature profonde.
À quoi ressemblait la vie de telles personnes ? Naturellement, elles géraient tout elles-mêmes. Elles étaient toujours occupées à cause de cela. Cette marionnette avait été créée pour aider ces mages solitaires.
La ville possédait déjà un écosystème complet. Toutes sortes d’organisations raflaient les points, et il était difficile de trouver un domaine encore libre. Alors, je changeai de perspective. J’allais créer moi-même un nouveau secteur.
Je voulais faire un produit de ces choses que les mages faisaient seuls, mais qu’ils trouvaient pénibles. Je transformais leurs petits tracas en marchandises.
C’était pour cela que j’avais ouvert ma boutique ici, en bas. Les mages des étages supérieurs pouvaient commander leurs propres subordonnés. Les mages des étages inférieurs, eux, n’avaient pas cette liberté.
Cette marionnette leur apporterait donc du confort. Et je recevrais des points en échange. Tout le monde y gagnerait.
« …Mais pourquoi est-elle à ce prix-là ? »
La femme plissa les yeux. J’y sentis un soupçon de méfiance. C’était normal, après tout. Lui permettre d’utiliser cette marionnette pour un seul point ne pouvait que me faire perdre de l’argent. Elle avait raison de soupçonner un piège.
« Vous n’avez pas à vous inquiéter. Ce n’est qu’une marionnette qui obéit aux ordres de sa propriétaire. Si elle vous cause le moindre désagrément, j’en prendrai la responsabilité et vous dédommagerai. De plus, la compagnie commerciale l’a approuvée, vous pouvez donc être rassurée. »
Je lui montrai le permis accroché au mur. Il prouvait que la Compagnie commerciale générale Arcana garantissait mes activités dans la Cité des stalactites. On ne pouvait l’obtenir sans avoir de liens avec la compagnie commerciale.
C’était pour cela qu’on en voyait rarement un tout en bas. C’était probablement pareil dans les étages supérieurs. Si je leur avais confié cet examen, ce n’était pas pour rien.
Après l’avoir vu, la femme parut quelque peu rassurée. Elle sirota ensuite son thé d’un air absent tandis que la marionnette la massait. Elle semblait apprécier le service.
J’envoyai discrètement un signal à la marionnette. Elle s’arrêta et recula lentement. Je m’inclinai légèrement devant la femme, qui avait eu un petit sursaut.
« Ce que vous venez de recevoir n’était qu’un essai. Pour la suite, louez une marionnette et essayez-la vous-même. Je suis certain que vous en serez encore plus satisfaite. Celle-ci n’est qu’un prototype présenté à titre d’exemple. »
Elle se mit à réfléchir, puis acquiesça bientôt d’un léger mouvement de tête.
« Alors, je vais en louer une. Un point par mois, ça devrait aller. »
J’avais réussi à attirer ma première cliente. Tout sourire, je sortis une feuille vierge et la lui tendis. Elle fronça légèrement les sourcils en la voyant.
Pourquoi réagissait-elle comme ça ? Perplexe, je regardai la feuille. Je compris alors que je lui avais donné autre chose. Elle était couverte de fonctions pour marionnettes et de toutes sortes de prix en points.
Je m’éclaircis la gorge et repris la feuille. J’en sortis une autre et vérifiai son contenu. Oui, cette fois, c’était la bonne.
« Voici les précautions d’utilisation de la marionnette. »
Je lui tendis la feuille. Elle la prit et lut lentement ce qui y était écrit. Peu après, elle acquiesça.
« Hmm, ça me va. »
Évidemment. Il n’y avait que des informations diverses, comme le fait qu’elle pouvait être utilisée environ trois heures par jour et qu’elle possédait une fonction de réduction pour être transportée facilement.
À part les frais à payer si la marionnette était endommagée, le contrat ne contenait aucune clause contraignante. Quand elle me confirma son accord, je jetai un regard à Isabella.
Isabella comprit mon signal et s’enfonça dans la boutique. Elle revint avec plusieurs feuilles et les posa devant la femme.
« Pourriez-vous remplir ces formulaires ? »
« Qu’est-ce que c’est ? »
« La marionnette ne se déplacera que pour vous. Il nous faut donc vous en fournir une adaptée à vos besoins. C’est un questionnaire pour cela. »
La femme parcourut les feuilles. Rien ne sortait de l’ordinaire. La plupart des questions portaient sur ses préférences et sur des renseignements personnels simples, comme ses plats préférés ou les limites à ne pas franchir.
Après s’en être assurée, elle se mit à remplir les réponses en silence. Je baissai les yeux vers la feuille. Repo. C’était donc son nom. J’acquiesçai en silence.
Puisqu’elle était ma première cliente, je devais bien retenir son nom. Elle était aussi mon premier sujet d’essai.
Je souris légèrement et attendis qu’elle termine. Peu après, Repo acheva le questionnaire et me le tendit. Après l’avoir vérifié, je m’inclinai devant elle.
« Veuillez patienter un instant. Je vais vous apporter une marionnette qui vous conviendra. »
Je m’enfonçai dans la boutique et ouvris une petite porte sur le côté. Un entrepôt rempli de marionnettes d’apparence identique s’offrit à moi. Je fermai les yeux en silence et tournai ma volonté vers elles.
Alors, des étoiles scintillantes se mirent à me répondre. Je leur transmis le contenu du questionnaire de Repo. Je leur demandai laquelle souhaitait prendre cette mission.
Je perçus bientôt plusieurs réponses. Je choisis l’une des marionnettes, qui disait croire qu’elle conviendrait à la femme appelée Repo, puis lui intimai de s’avancer. Elle se glissa hors du groupe et se tint devant moi.
J’activai la magie qu’elle renfermait et la réduisis à une taille assez petite pour tenir dans ma paume. La marionnette de bois lisse à la main, je sortis de l’entrepôt.
Je la glissai dans un étui et la tendis avec précaution à Repo, qui buvait du thé. Elle prit la marionnette et y fit circuler son pouvoir magique pour en examiner la structure. Elle devait vérifier qu’elle ne présentait aucun défaut.
Il n’y avait rien de suspect. Sûr de moi, j’observai Repo. Elle sembla parvenir à la même conclusion, car elle acquiesça bientôt et se leva.
« Merci. Je vais y aller, alors. »
« Non, c’est moi qui devrais vous remercier. Je vous souhaite une bonne journée. »
Repo serra l’étui de la marionnette contre sa poitrine et quitta la boutique. Je la regardai se fondre lentement dans le flot de passants et prendre la direction de la périphérie de la ville.
Elle allait sûrement chez Mauro, sa destination initiale. Je contemplai son dos qui s’éloignait, satisfait.
[Elle reviendra ?]
« Oui. Je crois en les mages. »
Isabella s’approcha de moi, plissa les yeux et fixa le dos de Repo. Contrairement à moi, elle ne semblait pas encore convaincue. Je haussai légèrement les épaules, m’assis et bus tranquillement mon thé.
À partir de là, le temps ferait son œuvre. Et le temps passa.
Par la suite, je fis des allers-retours entre la ville et la tour. Comme je n’avais pas de cours, je passais presque tout mon temps en ville, sauf lorsque je servais le professeur.
Pendant cette période, des gens vinrent de temps à autre à la boutique. Bien sûr, peu nombreux furent ceux qui louèrent une marionnette.
Certains se méfiaient du prix d’un point, d’autres étaient mal à l’aise à l’idée de remplir un questionnaire et repartaient. Mais je n’y pouvais rien. Seul le temps pouvait régler cela.
Quelques jours passèrent. Je discutais avec Isabella dans la boutique silencieuse lorsque j’entendis la porte s’ouvrir. Quelqu’un venait d’entrer.
Je me tournai légèrement vers la visiteuse et lui souris. Une femme que je connaissais très bien venait d’entrer. C’était Repo, la femme aux taches de rousseur remarquables.
« Cela faisait un moment. Que puis-je pour vous ? »
Repo triturait l’étui de la marionnette qu’elle tenait dans ses bras. Elle baissa les yeux dessus avec hésitation, puis secoua la tête. Enfin, elle prit la parole d’un ton incertain.
« J’aimerais payer un supplément pour cette marionnette. Je voudrais augmenter sa durée d’utilisation. »
« Ah, je vois. Venez par ici, nous pourrons en discuter. »
Je la conduisis à la salle de réception et sortis le catalogue de mes vêtements. C’était la feuille qui répertoriait les différentes fonctions de la marionnette, celle que je lui avais montrée par erreur la première fois.
Mais, contrairement à la dernière fois, Repo ne manifesta pas de réticence. Je ne percevais même chez elle qu’un vif intérêt. Je plissai les yeux en la regardant.
Ma marionnette avait considérablement réduit les désagréments de Repo. Mais ce n’était que temporaire. Trois heures seulement. C’était long, d’un certain point de vue, mais peu à l’échelle d’une journée entière.
Quand on perdait quelque chose qu’on avait, son absence devenait encore plus pénible. Les gens cherchaient le confort. On pouvait aussi appeler cela le désir.
« Hmm, cinquante points pour douze heures… »
Et ce désir était encore plus fort chez les mages. Une personne comme elle pouvait-elle vraiment supporter de se passer de ce confort ? Je ne le pensais pas. Comme je m’y attendais, Repo était revenue à ma boutique après quelques jours à peine.
J’acquiesçai en la regardant réfléchir. Ce n’était pas moi qui fixais le prix du confort. Il serait celui qu’elle choisirait.
Laisser le client choisir. Ce serait la devise de notre boutique. Un point par mois constituait la fondation et l’étincelle qui rendraient cela possible.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>