Chapitre 205
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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Chapitre 205 : 205.
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Evron traça un cercle magique et prépara du thé. Un parfum délicat se répandit bientôt dans les environs. Un plateau chargé de plusieurs tasses flotta jusqu’à nous, porté par son pouvoir magique.
Le thé qu’Evron nous avait offert à quelques reprises était toujours excellent. Celui-ci ne devait pas faire exception.
Pourtant, personne ne tendit la main vers une tasse.
Le thé était bien la dernière chose qui nous préoccupait.
Je dévisageai Evron. Il n’avait pas changé depuis son départ. Que faisait-il ici ?
Et je n’étais pas le seul à me poser la question.
« Toi, qu’est-ce que tu fais ici ? »
Emery agita légèrement son éventail et foudroya Evron du regard. La méfiance se lisait dans ses yeux.
Evron soutint son regard et lui adressa un doux sourire.
« À votre avis ? Je suis venu vous retrouver. Nous étions dans le même groupe, après tout. Mais surtout, on dirait que personne n’a envie de thé. »
Comment aurait-on pu boire du thé dans une situation pareille ?
Evron nous observa, puis reprit le plateau en poussant un soupir déçu. Après avoir bu quelques gorgées, il poursuivit :
« Quel dommage. J’ai utilisé des ingrédients assez coûteux pour le préparer. »
Il se mit à ranger les tasses.
Je le laissai faire et regardai autour de moi. Les candidats éliminés s’étaient-ils rassemblés ici, eux aussi ? Non… Peut-être que l’élimination n’était qu’une illusion.
Si tous les candidats étaient réunis ici, Jaun aurait dû être là, lui aussi.
Pourtant, j’eus beau chercher, je ne trouvai pas la moindre trace de Jaun. Tout ce que je percevais, c’était un rideau sombre qui ondulait autour de nous.
« Tu auras beau chercher, Jaun ne sera pas ici. Il est parti. Renoncer à l’épreuve pour obtenir du pouvoir, c’était son choix. Ne devrions-nous pas le respecter ? »
Evron me regarda en souriant. Il avait dû comprendre aussitôt que je cherchais Jaun.
Mais ses paroles ne firent qu’épaissir le mystère.
Si tous les candidats éliminés étaient partis, pourquoi Evron était-il encore là ?
« Tu as un lien avec l’épreuve, n’est-ce pas ? Cacher ton pouvoir magique au point de tromper même mon regard… Tu es plutôt doué. »
Emery plissa les yeux.
Evron faisait-il partie de l’université ?
Je l’examinai de la tête aux pieds.
Son pouvoir magique était à peu près équivalent au mien. Voilà pourquoi je n’avais jamais soupçonné qu’il ait un lien avec l’université. Comme l’avait dit Emery, il avait parfaitement dissimulé son pouvoir magique.
Mais même en cachant son pouvoir magique, il aurait dû être impossible de dissimuler également son stade.
Je l’observai, cette question en tête.
Evron secoua légèrement la tête et posa la main sur son corps.
« Je ne cache pas mon pouvoir magique. C’est simplement la limite de ce corps. Il a été préparé pour cette épreuve. Si Emery elle-même le dit, j’imagine que ce corps est plutôt réussi. »
Evron posa la main sur sa poitrine et l’enfonça lentement dans son torse.
Puis il reprit :
« J’ai fait de mon mieux pour recréer le corps que j’avais en entrant à l’université. J’en suis très satisfait. Une fois que j’aurai recueilli toutes les informations de cette épreuve, je pourrai peut-être même créer un corps plus intéressant. »
Je regardai, abasourdi, Evron sourire avec satisfaction.
Sa main, profondément enfoncée dans sa poitrine, ressortit bientôt. Pas une goutte de sang ne s’écoula de la plaie. Le spectacle était totalement incongru.
Il tenait un petit fragment de joyau.
On y percevait le parfum du pouvoir magique qu’Evron possédait. Ce joyau était le noyau de son corps.
Comme Evron l’avait dit, ce corps avait bel et bien été créé artificiellement.
C’était un corps fabriqué de toutes pièces, et pourtant, vu de l’extérieur, rien ne permettait de le distinguer d’un être humain.
Je compris soudain quelque chose.
Les nombreuses marionnettes que nous avions rencontrées pendant l’épreuve m’avaient donné une impression similaire.
Contrairement à Evron, je pouvais sentir que les âmes à l’intérieur de ces marionnettes n’étaient pas humaines. Mais si l’on ne considérait que leur corps, elles ne différaient pas tant des humains.
La première fois que j’avais rencontré une marionnette, je l’avais prise pour un véritable cadavre humain.
Comme le corps d’Evron, ces marionnettes avaient dû être fabriquées par lui.
Et le fait qu’il soit capable de créer de telles choses signifiait aussi qu’Evron avait atteint un stade bien supérieur au nôtre.
Evron rajusta ses vêtements. Debout sous la lumière, il nous adressa une légère révérence.
« Puisque j’en ai déjà tant révélé, autant me présenter comme il se doit. Enchanté. Je m’appelle Evron. Je suis un mage entré à l’université juste avant vous. Je suis également responsable de la gestion de ce centre d’examen. »
« Si vous réussissez tous, je deviendrai votre maître. »
Sur ces mots, Evron nous fit un clin d’œil.
Il avait l’air parfaitement détendu.
« …Pourquoi quelqu’un comme toi se trouvait-il parmi nous ? »
Je posai la question avec prudence.
Un mage de l’université s’était mêlé à nous. Je n’aurais jamais imaginé une telle chose.
Evron haussa les épaules.
« Pour vous évaluer, évidemment. Plus je vous observais de près, plus j’en apprenais. Vous êtes tous arrivés ici avec moi en traversant l’histoire, et j’ai moi aussi terminé mon évaluation. »
Evron applaudit doucement et écarta les deux bras.
La lumière au-dessus de nous absorba encore plus de pouvoir magique et éclaira l’espace jusque-là plongé dans l’obscurité.
Je regardai lentement autour de moi.
La première chose qui attira mon attention fut une estrade élevée qui nous entourait. Elle s’élevait par paliers, comme un escalier, et chaque niveau était bordé de nombreuses chaises.
Le quatrième chapitre s’appelait-il « Procès » ?
Dans ce cas, cet endroit pouvait être qualifié de tribunal. Cet espace étrange avait été aménagé de sorte à nous dominer.
Mais qui allait nous juger ?
Je me posais la question quand je remarquai, tout en haut de l’estrade à gradins, une rangée de chaises empilées les unes sur les autres.
Un fauteuil gigantesque s’y trouvait.
Une jeune fille y était nonchalamment installée.
Je clignai doucement des yeux.
La jeune fille me disait vaguement quelque chose. Elle ressemblait aux filles qui faisaient partie des Gardiens du Trésor.
Pourtant, je sentis aussitôt qu’elle était d’une nature complètement différente de ces Gardiens du Trésor.
Je reculai prudemment.
Un terrible sentiment de danger me parcourut la poitrine. À l’instant où je vis cette fille, mon instinct sembla me hurler de partir d’ici au plus vite.
La jeune fille bâilla et se frotta les yeux.
Je restai figé à la regarder. À chacun de ses mouvements, le pouvoir magique qui ondoyait autour d’elle se répandait dans les environs en une vague menaçante.
Il était plus puissant que le trésor que j’avais vu auparavant : la hache.
Un être humain pouvait-il vraiment posséder autant de pouvoir magique ?
Même à cette distance, le pouvoir magique de la jeune fille déferlait autour de moi avec une violence telle qu’on aurait dit qu’elle se trouvait juste à côté.
Je posai une main sur ma poitrine.
Mes sens me sommaient de sortir immédiatement de la zone d’influence de ce pouvoir magique. Mon instinct m’avait toujours averti quand le danger approchait, mais cette fois, c’était différent.
C’était comme de la peur.
La jeune fille était si puissante que mes sens m’alertaient désespérément. Si je me laissais prendre dans son pouvoir magique, je disparaîtrais sûrement sans même laisser une forme derrière moi.
Un pouvoir auquel je ne pouvais résister représentait toujours une menace.
J’avalai difficilement ma salive et fixai la jeune fille.
Heureusement, rien de ce que mon instinct redoutait ne se produisit.
Le pouvoir magique qui nous entourait ne fit que passer.
Au-delà, je vis Evron incliner légèrement la tête en direction de la jeune fille. Puis il la désigna et nous sourit.
« Ici, vous allez revenir sur vos actions passées. Et cette personne évaluera votre potentiel. Permettez-moi de vous la présenter : voici la professeure Irian, responsable de l’ensemble de cette épreuve. »
Une professeure ?
J’ouvris de grands yeux, stupéfait.
À l’époque où je vivais en mage errant, j’avais entendu quelques histoires sur les professeurs de l’université. La plus récente parlait d’un être qui avait traversé la mer.
Au début, l’Empire l’avait pris pour une bête magique et avait envoyé une grande troupe à ses trousses. Mais il s’agissait apparemment d’une marionnette.
On racontait qu’une professeure de l’université l’avait déplacée alors qu’elle quittait brièvement le continent.
Traverser une mer peuplée de créatures étranges au moyen d’une marionnette.
J’ignorais si cette rumeur était crédible, mais elle donnait une idée de la puissance qu’on attribuait aux professeurs.
Et cette jeune fille — non, la professeure Irian — était l’une d’entre eux.
Pas étonnant qu’elle possède un pouvoir magique aussi extraordinaire. C’était presque une preuve de son statut de professeure.
Evron se couvrit légèrement la bouche, comme s’il cherchait à jauger l’humeur de la professeure Irian.
Puis il murmura :
« Vous feriez mieux de faire bonne impression à la professeure. C’est elle qui décidera si vous pourrez entrer à l’université. »
« Tss, assez de bavardages inutiles. Annonce les points. Je veux en finir au plus vite. »
La professeure Irian agita une main chargée de pouvoir magique.
Son pouvoir traversa l’espace et frappa doucement Evron sur la tête.
Evron se frotta le crâne et hocha la tête.
« Je ferai comme vous dites, professeure. Commençons donc par révéler les points. »
Evron agita légèrement la main.
Un écran familier apparut devant chacun de nous. Nous l’avions vu à plusieurs reprises pendant l’épreuve.
Mais il n’y avait rien d’inscrit dessus.
Je contemplai l’écran vide. Les autres semblaient regarder la même chose.
Evron s’approcha lentement, puis s’arrêta devant Gang et croisa son regard.
« Commençons par examiner le cas de Gang. »
À peine Evron eut-il parlé que des mots commencèrent à apparaître sur l’écran de Gang.
Les yeux de Gang tressaillirent légèrement quand il le regarda.
« Gang a eu des moments vraiment admirables. Quand tout le monde hésitait à combattre le Mage Noir, tu as été le premier à prendre la parole et à défendre la décence humaine. Même moi, j’ai trouvé ce moment assez impressionnant. »
« C’est peut-être ce qu’on attend d’un épéiste. »
Evron ajouta cela avec un sourire.
Pour une raison ou une autre, je percevais de la bienveillance dans son regard envers Gang.
Épéiste.
Bien peu de mages désignaient ainsi ceux qui manient l’épée.
Je jetai un coup d’œil à Emery. Elle fixait Evron, pensive.
Je me souvins l’avoir déjà entendue faire l’éloge des épéistes.
Pourquoi appelait-elle ainsi ceux qui maniaient l’épée ? Jusqu’ici, je n’avais jamais réussi à le comprendre.
Mais je crus commencer à le comprendre.
Quand Jaun et moi avions envisagé de fuir, Gang avait choisi d’avancer. Il avait marché au bord de la lame, droit devant lui. À cet instant, j’avais clairement ressenti le danger inhérent à cette façon de vivre.
C’était peut-être grâce à cela que Gang réussirait.
Evron disait aussi beaucoup de bien de lui.
Mais après ces compliments, Evron se mit bientôt à secouer la tête.
« Il y a quand même eu beaucoup de choses décevantes. Tu as choisi de battre en retraite lors du combat final contre le Mage Noir. Bien sûr, Emery a dit qu’elle resterait seule en arrière, mais tu aurais pu faire un autre choix. Tu ne l’as pas fait. »
« Tu t’es écarté du cœur de l’histoire. »
Evron ajouta cela en plissant les yeux.
« Les deuxième et troisième chapitres se sont déroulés de la même façon. Je voyais bien que tu voulais aider Emery, mais tu t’es contenté de suivre l’histoire. Pour cela, tu as perdu quelques points. En tout, on t’en a retiré 38. »
Je regardai l’écran de Gang.
Il semblait répertorier les raisons pour lesquelles il avait perdu des points.
Le cœur de l’histoire.
C’était donc ce qu’ils jugeaient important.
C’était proche de ce qu’Emery avait deviné. Je poussai un soupir de soulagement. Sans elle, nous aurions eu du mal à comprendre les critères de cette épreuve.
Et nous aurions fini par échouer.
Mais grâce à Emery, nous avions échappé à ce danger.
Les points de Gang le prouvaient.
Une pénalité de 38 points signifiait que Gang en avait obtenu 62. Il avait dépassé le seuil de réussite.
L’université était à portée de main.
Mes yeux s’illuminèrent, mais j’entendis alors quelqu’un claquer la langue à côté de moi.
Je tournai la tête et vis Emery afficher une mine contrariée.
Pourquoi faisait-elle cette tête ?
Je compris vite pourquoi.
Evron se mit à sourire d’un air étrangement rusé.
« Voilà les points qu’on a retirés à Gang en fonction de ses actions dans l’histoire. Il faut toutefois en déduire d’autres. Vous avez perdu deux membres du groupe. »
Je ne pus m’empêcher de tressaillir.
Comme l’avait dit Evron, nous avions perdu deux personnes. Dix points par personne, soit vingt points au total.
Je croyais que ces points étaient déjà comptabilisés.
Mon visage se crispa.
À ce rythme, Gang échouerait. Je m’avançai et fis face à Evron. Il y avait un point de son explication que je ne pouvais pas accepter.
« Tu as dit que tu étais évaluateur. Alors pourquoi retires-tu des points parce que tu es parti ? »
Peut-être que son départ avait été un piège destiné à éveiller nos soupçons.
Mais nous retirer vingt points pour ça était absurde.
Evron accueillit mes soupçons d’un sourire amusé et secoua lentement la tête.
« Hum, tu as mal compris. J’ai bien dit que je vous évaluais, mais avant cela, j’étais aussi membre de votre groupe. J’ai participé à cette épreuve en tant que candidat. »
Evron se tapota légèrement la tête du doigt.
« Alors, j’ai fait de mon mieux pour construire l’histoire, moi aussi. J’ai préféré observer plutôt que d’intervenir. Je n’ai pas cherché à briser le cours de l’histoire. Quel intérêt y aurait-il eu à agir ainsi ? »
Je plissai les yeux.
Il n’avait pas cherché à briser l’histoire ?
N’avait-il pas quitté l’épreuve le premier ? Jaun et moi avions décidé de partir en le suivant.
S’il n’avait pas bougé, cette situation ne se serait jamais produite.
Evron fit face à mon expression, haussa légèrement les épaules et reprit d’une voix tranquille :
« Dans l’histoire du deuxième chapitre, je me suis enfui le premier simplement parce que j’étais la personne qu’Isabella pouvait approcher le plus facilement. Les rôles du deuxième chapitre étaient attribués en fonction des points obtenus au premier. Comme j’avais le moins de points, j’ai hérité du rôle de serviteur. »
« Emery s’en est probablement rendu compte. »
Evron ajouta cela avec un petit sourire.
Je claquai la langue.
Les vêtements du deuxième chapitre avaient donc une signification. J’avais cru qu’on nous les avait attribués au hasard.
« Eh bien, à ta place, qu’aurais-tu fait ? Je voulais juger la situation comme l’aurait fait un mage errant. Alors je me suis enfui. Je n’ai fait que jouer mon rôle avec application. Et c’est vous qui avez créé cette situation. »
Nous ?
Je fronçai légèrement les sourcils devant ces paroles incompréhensibles.
« Si vous aviez construit une histoire plus complète dans le premier chapitre et m’aviez accordé davantage de points, je n’aurais eu aucune raison de fuir. L’histoire que vous avez achevée au premier chapitre a influencé mon choix. Et puis… »
Evron s’interrompit et croisa mon regard.
Une lueur d’amusement brillait étrangement en lui tandis qu’il se frottait le menton.
Puis il reprit lentement :
« Avant de partir, j’ai dit à Ivrio que j’avais découvert quelque chose de suspect au sujet du trésor. J’ai aussi fait en sorte que les autres le remarquent. Pourtant, aucun de vous ne m’a empêché de partir. »
« C’est la première fois que j’entends ça. Tu as vraiment entendu une chose pareille ? »
demanda Emery.
Je l’avais entendu.
Je hochai la tête.
Emery claqua la langue d’un air méprisant.
« Quel idiot. »
« Non, comment aurais-je pu le savoir ? N’importe qui d’autre que moi serait passé à côté. »
À ce moment-là, je n’avais même pas bien compris la situation. Je parlai avec toute ma frustration.
Mais Evron inclina simplement la tête et posa une main sur sa poitrine.
« Et si nous vérifiions les autres éléments ? »
Evron libéra du pouvoir magique.
L’espace autour de nous se déforma légèrement. Quelque chose commença à se relier à lui.
Peu après, il rouvrit les yeux.
« Hum, environ deux cents personnes se sont retrouvées dans des circonstances similaires. Et cent cinquante d’entre elles m’ont arrêté. Elles n’ont pas perdu de points pour l’élimination. »
Je détournai discrètement le regard.
Evron semblait avoir examiné les autres groupes qui passaient l’épreuve.
Plus de la moitié des personnes confrontées à une situation similaire l’avaient arrêté ?
Alors, je n’avais rien à répondre.
J’avais envie de protester, mais je ne parvenais plus à ouvrir la bouche. Je savais qu’il avait raison.
Que se serait-il passé si Isabella avait abordé Jaun ou moi ?
Aurais-je pu refuser son offre sans hésiter ?
Je n’en étais pas sûr.
J’avais déjà succombé à la tentation et m’étais approché tout près du trésor.
Bon sang.
Au bout du compte, cette pénalité était une erreur dont j’étais responsable.
Je regardai Gang d’un air contrit.
Je devais accepter le ressentiment qu’il pourrait éprouver à mon égard.
Mais Gang posa simplement la main sur le fourreau de son épée et secoua la tête.
« Ivrio n’a rien fait de mal. J’ai vécu une situation semblable. Ce n’est qu’après son départ que j’ai compris qu’il y avait quelque chose de suspect. »
Gang semblait tout à fait calme.
Même face à l’échec, il ne montrait aucun signe d’agitation. Tout le contraire de moi, qui m’accrochais à mes points.
Ah… C’était donc pour cela qu’on respectait les épéistes ?
Parce qu’ils acceptaient toujours calmement le résultat.
Je crus le comprendre un peu mieux.
Quand le silence retomba, Emery prit lentement la parole.
« Très bien. Je vois que tu ne l’as pas fait exprès. J’ai quand même une question : qu’est-il arrivé à celui qui a quitté cet endroit en te suivant ? »
« Bien sûr, il est parti avec une compensation suffisante. »
Il parlait clairement de Jaun.
Jaun était-il vraiment parti avec du pouvoir ?
Pourtant, même après avoir entendu Evron, Emery ricana et secoua la tête.
« N’importe quoi. Un type aussi vicieux que toi ne l’aurait pas laissé partir comme ça. »
Evron se gratta la tête, comme s’il ne savait quoi répondre.
Il avait l’air étrangement lésé. Il fit claquer sa langue, puis se tourna vers la jeune fille sur l’estrade.
« Hum… Je suppose que je devrais vous montrer. Professeure, puis-je emprunter un écran un instant ? »
Evron s’inclina poliment devant la jeune fille.
La professeure Irian, qui bâillait, agita la main.
L’espace devant nous se déforma et un grand miroir apparut.
Jaun y apparut.
Jaun regardait autour de lui en tenant un petit joyau. Il s’agissait clairement d’un fragment de pouvoir provenant d’un trésor.
« Alors, qu’en pensez-vous ? Comme je l’ai dit, Jaun est parti avec du pouvoir. Je ne vous ai jamais trompés pendant l’épreuve. »
Jaun était bel et bien parti avec du pouvoir.
Pourtant, quelque chose clochait.
Jaun était couvert de blessures.
Quand il avait quitté l’épreuve, il était indemne. Pourquoi avait-il cette apparence, maintenant ?
Tandis que je me posais la question, un sort s’abattit près de lui.
Quelqu’un l’avait attaqué.
Jaun esquiva rapidement le sort, mais il n’était pas le seul à le prendre pour cible.
De nouvelles blessures apparurent peu à peu sur son corps.
Ce n’était pas la seule chose étrange.
J’examinai attentivement le fragment de pouvoir que Jaun tenait.
Le pouvoir qu’il renfermait était terriblement faible.
Le pouvoir des trésors que j’avais rencontrés jusque-là était d’une force écrasante. Il dépassait de loin la mienne.
Et celui que Jaun avait reçu n’avait pas fait exception.
Pourtant, le fragment qu’il tenait ne contenait qu’un pouvoir magique aussi faible que la flamme d’une bougie.
Pourquoi avait-il autant diminué ?
Evron haussa les épaules.
« Eh bien, il y a quelques effets secondaires. »
Emery claqua la langue en regardant Jaun.
Je sentis qu’elle le trouvait pitoyable.
« Tss, ça a donc fini comme ça. C’est pour ça que je l’avais prévenu. C’est une fin bien méritée pour un imbécile. »
« Tu sais pourquoi Jaun a fini dans cet état ? »
Je posai prudemment la question à Emery.
Elle agita doucement son éventail et regarda Evron.
« À voir ça, l’épreuve doit se dérouler dans plusieurs dimensions. Celui qu’on appelle l’administrateur ne peut pas surveiller un seul groupe. »
Evron applaudit doucement à ses paroles.
Il semblait assez impressionné.
« Exact. Nous nous trouvons actuellement dans un fragment dimensionnel. C’est un sort que la professeure a créé. Grâce à cette magie, je suis réparti dans plusieurs dimensions et je rencontre les candidats. »
Je clignai des yeux.
Cette épreuve avait été conçue grâce à une magie aussi étrange ?
Je ne m’en étais pas rendu compte une seule seconde.
Evron me regarda et sourit légèrement.
« Les autres choses que vous avez rencontrées, comme les trésors, fonctionnent de la même façon. Jaun a reçu leur pouvoir dans un fragment dimensionnel. Il est donc naturellement influencé par les autres fragments dimensionnels. »
Evron plissa les yeux en regardant le miroir.
Puis il poursuivit lentement :
« Bien sûr, si Jaun avait été le seul à recevoir du pouvoir, sa forme complète serait restée avec lui. Mais la plupart des candidats ont fait des choix similaires. Les fragments de pouvoir se sont donc dispersés, eux aussi. »
Après son explication, je compris enfin ce qui était arrivé à Jaun.
Si les fragments de pouvoir s’étaient éparpillés dans toutes les directions pendant la fusion des dimensions, ils chercheraient à se rejoindre.
Les fragments de pouvoir seraient naturellement attirés les uns par les autres.
Et leurs détenteurs finiraient inévitablement par s’affronter.
Les mages qui avaient renoncé à l’épreuve pour obtenir ce pouvoir ne s’en sépareraient pas facilement.
Jaun avait dû se retrouver pris dans ce genre de combat.
Et ces affrontements attireraient naturellement l’attention des autres.
Ceux qui n’avaient pas réussi à obtenir de fragment de pouvoir pourraient eux aussi se mêler à ces batailles.
Mes yeux tremblèrent légèrement.
Si j’étais parti à la suite de Jaun, j’aurais sûrement été entraîné dans les mêmes combats.
Une souffrance sans fin en vue.
Mais heureusement, je m’étais arrêté ici.
Je laissai lentement échapper un soupir de soulagement.
Même la fuite ne menait pas au paradis.
Mon choix n’avait pas été mauvais.
Je compris une nouvelle fois que la seule solution était de continuer d’avancer.
Après avoir montré une dernière fois Jaun en train de fuir, le miroir se dissipa lentement dans les airs.
Jaun allait-il survivre ?
Je l’ignorais.
Je fusillai Evron du regard.
Quel piège vicieux. N’étions-nous pas membres du même groupe ?
Mais Evron se contenta de me regarder et d’incliner la tête.
« Hum, ce n’est pas le moment pour Ivrio de s’inquiéter pour Jaun. Ivrio risque lui aussi d’échouer. Allez, examinons ses points. »
À ces mots, des lignes se mirent à apparaître rapidement sur l’écran vide devant moi.
--
Chapitre 4. Procès
Avant le jugement, revenez sur votre histoire. Vérifiez vos points.
Chapitre 1. Mage Noir
-Vous avez hésité au moment de faire vos choix. 1 point retiré.
-Vous avez fui le cœur de l’histoire. 3 points retirés. (Votre retour ultérieur a été pris en compte.)
-Vous…
Chapitre 2. Salle de bal / Chapitre 3. Trésor
-Vous êtes resté passif jusqu’au moment du choix. 2 points retirés.
-Vous n’avez pas remarqué le départ d’un membre de votre groupe. 5 points retirés.
-Vous avez trahi un membre de votre groupe pour obtenir le pouvoir d’un trésor. 7 points retirés. (Vous êtes ensuite revenu sur cette décision, ce qui a été pris en compte.)
-Vous…
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Je fronçai les sourcils en voyant les pénalités qui remplissaient mon champ de vision.
Il était écrit que j’avais hésité au moment de faire mes choix. J’avais du mal à l’accepter et examinai donc la liste de près.
L’écran s’agrandit alors et se mit à afficher jusqu’aux moindres détails.
Il était rempli de remarques sur la façon dont j’avais surveillé l’humeur d’Emery.
Je claquai discrètement la langue en voyant ça.
Les autres pénalités étaient du même genre.
Je ne m’attendais pas à une évaluation aussi détaillée.
Evron examina mon écran et secoua discrètement la tête.
« Ivrio a obtenu pas mal de points au premier chapitre. Tu as fui, mais à la fin, tu as changé d’avis et choisi de combattre. À partir du deuxième chapitre, en revanche, tu t’es mis à beaucoup hésiter. »
Il avait raison.
J’avais perdu beaucoup de points au deuxième chapitre.
Au total, j’avais perdu 29 points.
Cela signifiait que j’avais obtenu 71 points. C’était nettement plus que Gang.
Pourtant, ce n’était pas suffisant pour réussir.
Mon visage se tordit.
Comme Gang, si l’on m’en retirait vingt de plus, mon total ne suffirait pas. Moi aussi, j’avais échoué.
Il ne restait plus qu’une personne.
Evron s’approcha d’Emery.
Des mots apparurent aussi sur son écran, mais contrairement au nôtre, le texte était très court.
« Il n’y a pas grand-chose à reprocher à Emery. Quelques points ont quand même été retirés. Tu as délibérément essayé d’abandonner les membres de ton groupe pendant leur élimination. Au total, tu as perdu 11 points. »
Onze points en moins.
Son total final s’élevait donc à 89 points.
Elle avait obtenu bien plus de points que nous, sans la moindre comparaison possible.
Les yeux d’Evron s’illuminèrent quand il regarda Emery. Il applaudit et sourit.
« Félicitations. Malgré tout ce qui s’est passé, Emery a finalement réussi. Comme on pouvait s’y attendre d’une gardienne. »
Je fermai les yeux.
Un échec.
J’avais encore échoué.
Une année d’efforts venait de s’envoler.
Pourtant, mon cœur ne fut pas aussi bouleversé que je m’y serais attendu. Je n’avais rien à regretter dans cette épreuve.
Je posai discrètement une main sur ma poitrine et tirai le pouvoir magique de ma magie unique.
Le pouvoir magique qui atteignit mes yeux commença à me montrer un chemin ténu.
La route devant moi était terriblement sombre.
Mais qu’en était-il d’Emery ?
Je lui jetai un regard.
Un chemin lumineux s’étendait sous ses pieds. Sa clarté était incomparable à la mienne.
À cette vue, je souris légèrement.
Peut-être grâce à ce que j’avais compris plus tôt, le chemin révélé par ma magie ne montrait plus uniquement ma propre survie.
Je parvenais désormais à entrevoir aussi les chemins des autres.
Et celui d’Emery était aussi lumineux.
Si j’avais quitté l’épreuve comme Jaun, Emery aurait échoué.
Même avec tous les points qu’elle avait obtenus, une pénalité de trente points aurait été trop importante.
Mais grâce à son aide, j’avais réussi à m’arrêter.
Elle m’avait appris que fuir n’était pas toujours la solution.
Je n’avais donc aucun regret.
J’avais échoué, mais Emery, que je pouvais considérer comme ma bienfaitrice, avait réussi.
Ma troisième tentative s’était soldée par un échec.
Trois fois.
Beaucoup disaient qu’après trois tentatives, on pouvait déterminer si quelqu’un avait le talent nécessaire pour entrer à l’université.
Dans ce cas, j’étais probablement dépourvu de talent.
Mais ce n’était pas une raison pour renoncer.
Je me rappelai le parchemin que j’avais déjà déchiré.
J’avais entendu dire que le mage qui l’avait écrit n’était entré à l’université qu’après avoir passé l’épreuve onze fois.
C’était bien plus que le nombre de tentatives habituel pour un mage.
Je devais donc suivre son exemple.
Je serrai légèrement le poing.
J’avais échoué à cette épreuve, mais une nouvelle occasion se présenterait l’année prochaine.
Il ne me manquait que la détermination nécessaire pour continuer d’avancer.
Si je continuais à relever les défis, l’un après l’autre, peut-être entrerais-je un jour à l’université, moi aussi.
« Félicitations. »
Je m’inclinai légèrement devant Emery.
Mais elle ne me regarda pas.
Elle se contenta d’agiter son éventail et de regarder la professeure Irian, assise au-dessus de nous.
Pourquoi donc ?
Les résultats étaient déjà tombés.
Tandis que je la regardais, Emery finit par prendre la parole :
« Et maintenant, qu’est-ce qui nous attend ? »
Que voulait-elle dire par là ?
Emery se tourna vers Evron.
« Si ce quatrième chapitre n’existait que pour nous annoncer nos points, il n’aurait aucune raison d’être. À ce que je vois, l’épreuve n’est pas encore terminée. Nous n’avons pas reçu notre jugement. »
Evron plissa les yeux à ces mots.
« Tu es vraiment quelqu’un d’intéressant. »
Evron marmonna cela et esquissa un sourire.
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