Chapitre 20
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Traducteur/Éditeur : Bébé qui tousse
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◈ Survivre à l’académie de magie
Chapitre 20
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Le monde était magnifique, et le soleil éblouissant.
Tout semblait éclatant, comme illuminé d’un jour nouveau. Chaque coin miteux des bas-fonds me paraissait frais, comme si je le voyais pour la première fois, et je percevais en toute chose une beauté cachée.
Le centre des bas-fonds grouillait de monde. Peut-être parce que les examens se terminaient aujourd’hui, les rues étaient plus animées que d’habitude. Je marchais d’un pas léger, saluant de la main tous ceux que je croisais.
Un sourire s’épanouit sur mon visage. Les gens me dévisageaient, perplexes, mais peu m’importait. Je voulais simplement partager cette sensation vivifiante, ce bonheur, avec ces pauvres âmes.
Mon corps était léger comme une plume, et mon cœur semblait planer au-dessus des nuages.
Hum hum hum… Je me mis à fredonner sans même m’en rendre compte.
J’avais l’impression d’être enfin libéré de tous les soucis et de toutes les peurs qui m’avaient accablé si longtemps. La frustration accumulée à chaque échec, ces onze années de sang, de sueur et d’efforts… Tout cela avait eu lieu pour ce jour.
Même les drogués étalés par terre avaient l’air de petites fleurs adorables. Je traversai les bas-fonds comme si je volais.
Qui aurait cru que cette route, que j’avais vue jusqu’à en être écœuré, avait toujours été aussi belle ? Pourquoi n’avais-je pas découvert plus tôt toute sa profondeur ? Je n’avais sans doute pas eu le loisir de m’y attarder.
Grâce à mon pouvoir magique, je cueillis une fleur sauvage au sol et la portai à mon nez. Un léger parfum sucré y persistait. Mmm, quelle senteur charmante. Je fermai les yeux et respirai profondément son arôme. Puis, à un moment, une odeur de poisson commença à le chasser.
« Tu as enfin perdu la tête, à ce que je vois. »
C’était Evan, l’épéiste. Ce salaud me regardait avec un air navré. Une forte odeur de fer émanait de lui.
Je faillis froncer les sourcils, mais détendis doucement mon visage et souris. Mmm, cette odeur de poisson devait elle aussi avoir sa beauté. C’est juste que je ne savais pas la percevoir.
« Ça va ? Ne me dis pas que tu as échoué à l’examen et pris une sorte de drogue. »
Evan agita la main devant mes yeux. Une drogue ? À bien y réfléchir, on pouvait peut-être appeler ça comme ça. Un tonique pour ma vie, voilà ce que c’était. J’écartai la main de ce salaud et ouvris grand les bras. Le soleil enveloppa tout mon corps.
« Échoué ? Bien sûr que j’ai réussi. »
Les yeux du salaud s’écarquillèrent, comme s’il venait d’entendre une chose impossible. Il se cura l’oreille un instant, puis me reposa la question, abasourdi.
« Tu as réussi ? »
Je hochai la tête. Il cligna des yeux. Je sortis une feuille de ma veste et la lui brandis. C’était mon certificat d’admission, protégé par toutes les couches de magie défensive que je connaissais. La preuve que j’avais été admis à l’université, le fruit de mes efforts.
Ses yeux parcoururent les lettres inscrites sur le papier. L’incrédulité se peignit sur son visage. Après l’avoir contemplé un moment, hébété, il ouvrit la bouche et balbutia :
« Euh… félicitations. »
« Mmm. Oui. »
Je souris et hochai la tête. Voir cette expression sur son visage me procura une satisfaction encore plus profonde.
À vrai dire, j’étais resté dans le coin un moment juste pour voir cette tête-là. Maintenant que j’avais obtenu une réaction suffisamment satisfaisante, il était temps de partir. Je me mis en route, puis m’arrêtai.
À bien y réfléchir, je lui devais quelques services depuis toutes ces années. Puisque j’allais bientôt partir pour l’université, ne devrais-je pas lui offrir au moins un cadeau ?
Alors que je me demandais quoi lui offrir, ma boutique me vint soudain à l’esprit. L’endroit où j’avais passé ces dix dernières années. Ma maison.
Une fois parti pour l’université, je devrais aussi quitter les lieux. Mieux valait les confier à quelqu’un que je connaissais plutôt que de laisser un inconnu s’y installer. Je me retournai vers ce salaud et lui dis :
« Je partirai bientôt pour l’université. Après ça, je te donnerai la boutique. »
« Ta boutique ? Mais ce terrain n’était-il pas à nous, à l’origine ? Tu l’occupais sans autorisation. »
Il cherchait la petite bête. J’y avais vécu dix ans, alors ce terrain était devenu le mien. Je ne voyais pas de quoi il parlait. Je ris et haussai les épaules.
Il eut l’air de vouloir protester encore, mais referma la bouche. Après avoir claqué des lèvres un instant, il hocha la tête, l’air mal à l’aise.
« Bon, dans ce cas, j’accepte. »
Si jamais je revenais de l’université un jour, je n’aurais qu’à la reprendre.
Sur cette pensée, je repartis. Il resta un moment planté là, puis se gratta la tête et s’éloigna. Je laissai derrière moi le centre des bas-fonds et pris le chemin de chez moi.
Le terrain dégagé que j’avais aménagé apparut devant moi. Au milieu se dressait ma boutique, qui m’accueillait. L’enseigne où était inscrit [Atelier de marionnettes d’Evron] scintillait sous la douce lumière du soleil. Je m’approchai et passai la main dessus.
Je me rappelai le jour où je l’avais accrochée pour la première fois. À l’époque, je ne pensais pas rester ici aussi longtemps. Puis onze années avaient passé, et ce n’est qu’aujourd’hui que j’en voyais enfin le résultat.
J’ouvris doucement la porte et entrai. La scène qui m’accueillit n’était guère différente de celle d’il y a deux semaines.
À ceci près que la professeure était confortablement allongée là où se trouvait la table, au rez-de-chaussée. À la place de celle-ci, quelqu’un avait installé une sorte de table de massage. Je n’en avais jamais vu de pareille.
Elle dormait ?
Je m’approchai prudemment de la professeure. Elle ronflait doucement, enfoncée dans le matelas. Butler se tenait à côté d’elle et lui massait les bras et les jambes avec le soin délicat d’un musicien jouant de son instrument.
Peut-être avait-elle senti ma présence, car la professeure ouvrit lentement les yeux. Elle avait le regard ensommeillé. Elle bâilla et s’étira.
« L’examen est déjà terminé ? »
Je hochai la tête. Puis je sortis le papier dont je m’étais vanté plus tôt et le lui tendis. Elle le prit entre deux doigts et l’examina.
Grâce aux enseignements de la professeure, j’avais enfin réussi. Elle aussi devait être heureuse. Un sourire se dessina sur mes lèvres.
Puis vint le choc.
En un instant, je me retrouvai encastré dans le mur. Hein ? Je clignai des yeux. La douleur ne se fit sentir qu’un instant plus tard.
Je sentis le pouvoir magique meurtrier et concentré de la professeure. Elle m’avait clairement frappé avec. Je la regardai, les yeux tremblants. Pourquoi ? J’avais réussi, alors pourquoi ?
« C’est quoi, ces notes ? Tu es presque dernier. »
La professeure agita le papier. Je n’avais pas envisagé cette possibilité. Mes pupilles tremblèrent violemment. Elle m’avait frappé parce que mes notes étaient basses.
Mon esprit se réveilla d’un coup. Jusque-là, je m’étais promené dans des champs de fleurs imaginaires. Avec le caractère de la professeure, j’aurais dû m’y attendre. Je me ressaisis aussitôt et me redressai.
« Je suis désolé ! »
Je baissai immédiatement la tête. Je sentis le pouvoir magique s’amasser au-dessus de moi. Si j’avais été ne serait-ce qu’un peu plus lent, elle m’aurait frappé à nouveau. Une sueur froide me coula dans le dos.
« Enfin, j’imagine qu’on n’y peut rien. Ce n’est pas comme si je m’attendais à ce que tu obtiennes de bonnes notes. »
La professeure bâilla de nouveau à s’en décrocher la mâchoire. Butler lui tendit aussitôt du thé. Elle l’accepta et en but une gorgée.
Elle tourna les yeux vers la fenêtre, comme pour vérifier l’heure. Butler sortit une montre de sa poche et la lui montra. À sa vue, elle fronça les sourcils.
« Je me suis réveillée trop tôt. »
Elle se leva et posa les pieds par terre. Je me mis rapidement au garde-à-vous à côté d’elle. Elle me jeta un coup d’œil et dit :
« Bref, qu’est-ce que ça fait d’avoir été admis à l’université ? Tu as l’impression que le monde entier t’appartient ? »
Admis. À ce mot, un sourire se dessina tout seul sur mes lèvres. Mon corps sembla s’alléger à nouveau. J’essayai de me ressaisir rapidement, mais impossible d’effacer ce bonheur. La professeure le remarqua et eut un petit rire.
« Tu ferais mieux de sortir vite de ton rêve. Être admis à l’université ne mettra pas fin à tes épreuves. Ce ne sera que le début. »
Je baissai poliment la tête et l’écoutai. Je savais déjà que l’université n’était pas une fin en soi.
Mais comment aurais-je pu cacher mon impatience et mon enthousiasme ? J’avais beau essayer, impossible de me calmer. Sans prêter attention à moi, elle déplia le certificat d’admission qu’elle tenait.
« Mmm, douze mille personnes. Il y a eu pas mal d’admis, cette fois. »
Elle rit.
« Qu’en dis-tu ? Il y a plus de candidats reçus que tu ne l’imaginais, non ? »
La professeure avait raison.
À vrai dire, je n’avais pensé qu’à réussir, sans me soucier le moins du monde de mon classement. Mais maintenant que j’y réfléchissais, comme l’avait dit la professeure, il y avait beaucoup trop de reçus.
Les rumeurs sur l’université ne manquaient pas, mais très peu d’informations filtraient à l’extérieur. D’après les mages qui en étaient partis, une sorte d’interdiction leur avait été imposée, les empêchant de révéler quoi que ce soit sur l’intérieur.
Ainsi, à moins d’appartenir à l’Empire, qui organisait directement l’examen, personne ne pouvait facilement savoir combien de personnes entraient à l’université. Je pensais qu’il y en aurait quelques milliers tout au plus.
Et pourtant, autant de personnes avaient été reçues.
Si autant de gens étaient admis chaque année, combien de mages l’université comptait-elle donc ? Je n’arrivais même pas à me représenter l’ampleur de la chose.
En voyant ma tête, elle claqua la langue.
« L’université fait rêver bien des mages, mais seulement les vagabonds sans racines comme toi. Pour beaucoup de familles de mages, c’est un rite de passage. »
Elle me montra une illusion toute simple. Dans celle-ci, d’innombrables personnes tombaient dans un immense tamis. Seule une infime partie passait au travers. Les autres se débattaient à l’intérieur, essayant de se faufiler entre les mailles.
« Tu as à peine franchi un filtre destiné à écarter d’innombrables mages. En ce sens, tu viens tout juste d’atteindre la ligne de départ. »
La professeure dissipa l’illusion et croisa les bras, les sourcils profondément froncés. Même si elle était professeure, elle semblait avoir de nombreuses critiques à formuler sur le fonctionnement de l’université.
« Je te le dis parce que tu as été admis à l’université. Reste plus humble qu’avant. Montre-toi plus acharné. Là-bas, tu ne trouveras que des gens meilleurs que toi. »
« Oui. »
Je répondis, tendu. La professeure avait raison. J’étais bien trop excité simplement parce que j’avais été admis à l’université. Je repensai aux épreuves. Je n’avais pas réussi grâce à mon talent. J’avais eu recours à des astuces.
Mes notes le prouvaient. Je devais donc les graver au plus profond de mon cœur. Comme l’avait dit la professeure, je devais aborder chaque chose en me considérant comme le plus faible.
Quand la professeure bougea les doigts, j’entendis l’espace se déchirer. Elle tira un livre lourd de la fissure, puis glissa doucement mon certificat d’admission à l’intérieur et me le tendit.
« La rentrée est dans un mois. D’ici là, voilà tes devoirs. Sers-toi de ça comme référence et améliore encore cette marionnette avant ton entrée à l’université. »
Elle désigna Butler, qui se tenait à côté d’elle. J’acceptai le livre avec précaution. La professeure se rallongea tranquillement sur la table de massage. Elle ne tarda pas à s’endormir de nouveau et à ronfler doucement. Butler reprit le massage.
Après lui avoir présenté mes adieux, je partis. En descendant vers l’atelier, je laissai échapper un sourire amer. Je ne m’attendais pas à me faire frapper dès mon retour. Mais au moins, ça m’avait remis les idées en place.
L’atelier, où je revenais après tout ce temps, était impeccable, sans la moindre poussière. Je me dirigeai vers l’établi au centre et posai le livre dessus.
La couverture ne portait aucune inscription. Le livre était simplement relié dans un cuir luxueux. Je n’avais jamais vu ce genre d’ouvrage. J’ouvris délicatement la couverture. Une table des matières toute simple, écrite d’une main soignée, y figurait.
Je me mis à la lire lentement.
Bien vite, mes mains se mirent à trembler devant son contenu incroyable.
C’était un livre de magie consacré au service et à l’assistance d’autrui. Autrement dit, de la magie d’intendance. Et pas n’importe laquelle : une magie exceptionnelle, transmise et développée au fil de nombreuses générations.
Je compris aussi pourquoi rien n’était écrit sur la couverture. Ce n’était pas le genre de livre qu’on faisait circuler au-dehors.
C’était un savoir transmis uniquement au sein de certaines familles anciennes. Comme pour le prouver, le livre regorgeait de sorts hérités et perfectionnés de génération en génération, dans le seul but de soutenir les mages.
Où la professeure avait-elle trouvé ça ? L’avait-elle déterré quelque part en rassemblant des trésors ?
Cette pensée en tête, je tournai lentement les pages. Chaque sort portait les marques d’une longue histoire et regorgeait de techniques délicates, conçues au fil d’innombrables années.
La plus impressionnante était la Magie d’optimisation de l’environnement.
Ce sort expliquait en détail comment manipuler les courants d’air autour d’une cible afin de maintenir en permanence une atmosphère confortable. Il ne fallait qu’une infime quantité de pouvoir magique, si peu que n’importe qui pouvait s’en servir.
Mais le flux de ce pouvoir magique était extrêmement étrange. Le cercle magique qui formait le sort ne pouvait être construit à la perfection qu’à l’aide de la structure complexe des circuits décrite dans le livre.
Il suffisait qu’un seul élément dévie pour que l’effet du sort s’effondre à coup sûr très rapidement. Trouver le flux optimal ne dépendait pas du seul talent.
C’était un sort imprégné de recherche et d’efforts, qui ne pouvait naître que d’expériences menées sur une très longue période. Utilisé sur un espace, il l’adaptait entièrement aux préférences de la cible et le rendait confortable en permanence.
Un frisson me parcourut. Je n’aurais jamais cru qu’un tel sort existait.
Les autres sorts formaient eux aussi de magnifiques cercles magiques, aussi délicats que celui-ci. Les contempler me donnait honte de moi-même.
Je me rappelai les sorts que j’avais qualifiés de « parfaits » jusque-là. Je les avais appelés ainsi en partie parce que je les avais adaptés aux goûts de la professeure, mais aussi parce qu’après les avoir améliorés d’innombrables fois, je pensais qu’ils ne présentaient aucune faille.
Pourtant, face à ce livre, mes sorts me semblaient infiniment grossiers. Au fond de moi, j’avais cru que j’étais le seul à pouvoir créer une magie pareille. Je m’étais cru spécial.
Mais il existait des mages qui avaient créé une magie plus puissante et plus profonde que la mienne.
Le monde était bien plus vaste que je ne le pensais, et il devait exister d’innombrables excentriques talentueux. Les familles anciennes se tenaient au sommet de tous. Comme le montrait ce livre, même dans un domaine aussi humble que le service d’autrui, on sentait le poids de leur immense histoire.
La professeure avait toujours raison. Je n’étais qu’un insecte. Un insecte qui venait à peine d’entrer à l’université. La joie et l’enthousiasme d’avoir réussi finirent par s’éteindre complètement. À leur place, l’anxiété s’installa. Être admis à l’université n’était que le début. Il me fallait maintenant penser à y survivre.
La cérémonie de rentrée aurait lieu dans un mois.
En regardant ce livre de magie, le mois que m’avait accordé la professeure me sembla bien trop court.
Je me mis lentement à apprendre ces sorts.
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