Chapitre 195
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Traducteur/éditeur : Bébé toussant
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 195
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195. (Révisé)
Je me relevai en vitesse et inspectai les environs.
Des bâtiments à moitié détruits nous entouraient, et plusieurs cadavres jonchaient le sol.
Certains des édifices les plus hauts ressemblaient à ceux qu’on trouvait couramment dans une cité impériale.
Les autres se relevèrent eux aussi et se mirent à faire circuler leur pouvoir magique. Qu’est-ce qui se passait ?
Le décor de la grotte avait disparu sans que je m’en rende compte. Je me demandai si je rêvais ou si j’étais victime d’une illusion et examinai discrètement les lieux avec mon pouvoir magique. Mais il s’agissait bel et bien de la réalité.
« C’est un champ de bataille. »
Emery plissa les yeux et claqua la langue. Un champ de bataille ? Pas étonnant que j’aie ressenti un malaise dès notre arrivée. Je pris discrètement la température et reculai.
La sensation qui troublait mes sens m’assaillait de toutes parts. Pour l’éviter autant que possible, je me cachai près d’Emery, où l’air me parut un peu plus sûr. C’était donc l’endroit le moins dangereux.
Je reniflai discrètement. L’odeur du sang s’échappait des bâtiments à moitié détruits. Il devait aussi y avoir des cadavres à l’intérieur.
À en juger par les cris qui retentissaient sans cesse, ceux qui avaient perpétré ce massacre ne devaient pas être loin. Emery baissa les yeux vers son poignet et secoua la tête.
Je regardai moi aussi le mien. L’écran de tout à l’heure réapparut. Je vis le chapitre un, « Mage noir », mis en évidence.
Mage noir. Avec si peu d’informations, impossible de tirer la moindre conclusion. J’allais examiner l’écran de plus près quand je ressentis soudain un léger picotement dans la poitrine.
Au même moment, Gang nous adressa un petit signe. Il désigna l’espace entre les bâtiments. Il n’y avait là qu’une ombre. Quelque chose s’y cachait-il ?
Je me concentrai et la fixai. Je remarquai bientôt quelque chose d’étrange : l’ombre était beaucoup trop nette. Je levai les yeux vers le ciel. Il faisait nuit noire.
Une ombre aussi nette ne pouvait pas se former dans un endroit où il n’y avait pas la moindre lumière. Je retins mon souffle et observai. Plusieurs tentacules jaillirent de l’ombre.
Rien qu’à les voir, j’en eus la chair de poule. Les tentacules rassemblèrent les cadavres éparpillés aux alentours et les aspirèrent dans l’ombre. Était-ce donc eux, les responsables de ces meurtres ?
« Venez par ici, d’abord. Nous devons comprendre la situation. »
Une voix chuchotée me parvint. En me tournant vers elle, je vis Evron qui était entré je ne sais comment dans l’un des bâtiments et nous faisait signe. Quand avait-il eu le temps d’aller jusque-là ?
Je regardai Emery. Elle observait les tentacules qui traînaient les cadavres, l’air légèrement songeuse. Mes sens m’indiquaient que l’endroit le plus sûr était près d’elle ; pour l’instant, je devais donc la suivre.
Emery claqua bientôt doucement la langue et se dirigea vers le bâtiment où Evron était entré. Quand je la suivis à l’intérieur, une chaleur accueillante m’enveloppa.
Contrairement à ce qu’on aurait pu croire en le voyant de l’extérieur, le bâtiment était parcouru d’un pouvoir magique particulièrement agréable. C’était l’œuvre d’Evron. Je lui jetai un coup d’œil.
Evron gravait plusieurs cercles magiques dans les murs du bâtiment à moitié détruit. Le pouvoir magique chaleureux qui dissipait l’odeur du sang émanait de ces cercles.
Enfin, il traça un immense cercle magique et hocha la tête. C’était un sort que même moi, je reconnaissais facilement : une simple magie de dissimulation.
Je sentis le pouvoir magique circuler le long du cercle nous envelopper et effacer notre présence. Après s’être épousseté les mains, Evron fit circuler son pouvoir magique ici et là, puis entreprit de nettoyer soigneusement l’intérieur du bâtiment avec sa marionnette.
Ses gestes étaient si rapides qu’ils en étaient admirables. Il avait l’air extrêmement entraîné. Bientôt, il répara une chaise cassée et nous l’offrit.
Emery s’y assit, l’air satisfaite. Son service semblait lui plaire beaucoup. Evron prépara une tasse de thé, la tendit à Emery, puis nous regarda en souriant.
« Pour l’instant, observons la situation d’ici. Nous ignorons quelles menaces peuvent se trouver dehors. »
Je hochai la tête. Il avait une attitude très digne d’un mage. Et, d’une certaine façon, ses gestes m’étaient familiers. Je touchai discrètement le parchemin sous mes vêtements.
Troisième maxime : si la situation n’est pas claire, fuir d’abord. L’important, c’est de survivre.
Savait-il lui aussi qu’il existait ? Il en comprenait manifestement le contenu bien mieux que moi. Après tout, il ne se contentait pas de réciter les maximes : il les mettait en pratique.
Evron fit signe à la marionnette près de lui. Elle absorba son pouvoir magique, perdit sa forme et fondit en une flaque de liquide argenté.
Il effleura ensuite le liquide. À son contact, celui-ci se souleva de nouveau et prit la forme d’un petit oiseau. Evron hocha la tête en le regardant s’envoler hors du bâtiment.
« Reposez-vous, tout le monde. Si cet enfant découvre quelque chose, il nous fera signe. »
Evron s’inclina légèrement devant nous, le sourire lumineux. Il avait géré la situation avec une efficacité remarquable. Même Emery semblait satisfaite. Était-ce aussi une des maximes ?
Je jetai un regard discret par la fenêtre. Puisqu’Evron nous avait aménagé une cachette, je devais essayer de mieux comprendre la situation. Je ne pouvais pas tout lui laisser.
Les autres devaient penser la même chose, car chacun inspectait les environs à sa manière. Jaun apporta plusieurs cadavres dans le bâtiment, tandis que Gang observait les tentacules dans l’ombre d’un œil acéré. Gang se caressa bientôt le menton et pencha la tête.
« On dirait que ce ne sont pas des bêtes magiques. Je crois qu’il y a une touche humaine là-dedans. Elles dégagent cette noirceur propre aux mages. »
Gang parlait tout en tripotant l’épée à sa taille. Était-ce l’intuition propre aux épéistes ? Si oui, cela valait la peine de s’y fier. Les épéistes étaient des spécialistes de la chasse aux bêtes magiques et aux mages.
Jaun semblait aussi avoir découvert quelque chose. En touchant un cadavre, il claqua la langue, l’ouvrit et secoua la tête.
« Cette chose a été entièrement vidée de son pouvoir magique. Il n’en reste même pas une poignée. »
Le silence retomba. Je ne savais pas quoi dire. Ce genre d’analyse n’était pas mon fort. Pourtant, une chose était sûre : le pressentiment sinistre se faisait peu à peu plus intense.
Mais si je disais ça sans preuve concrète, personne ne m’écouterait. Pour l’instant, je comptais donc m’installer à l’endroit le plus sûr possible.
Je jetai un coup d’œil à Emery. Après avoir écouté les deux autres, elle s’éventait et semblait plongée dans ses pensées. À ses côtés se trouvait sans doute l’endroit le plus sûr.
« Hmm, c’est étrange. Ma marionnette n’arrive pas à sortir. »
Evron ferma les yeux un instant et fronça les sourcils. À ses mots, Emery claqua doucement la langue et posa une main sur sa poitrine.
Un peu de son pouvoir magique s’éleva alors et fila vers le ciel. Mais il disparut comme s’il avait heurté un obstacle. Emery fronça les sourcils en voyant ça.
« Je me doutais que quelque chose clochait, à cause de cette sensation d’oppression. Nous sommes dans une immense barrière ? Ce qui accrochait mes sens a fini par devenir évident. Je comprends un peu mieux la situation. Toi, viens ici. »
Emery, mécontente, fit signe à Evron de venir en repliant un doigt. Il s’approcha d’elle, perplexe. Emery retira ensuite un bijou de son éventail et le lui lança.
« Je dois tenir parole, alors je vais te donner ça. Tu as l’air doué pour te cacher ; ne t’éloigne donc pas de moi. Si j’ai raison, il ne sera pas facile de sortir d’ici. »
Elle avait visiblement compris ce qui se passait. Emery nous regarda tour à tour, hésitant sans doute à nous révéler ce qu’elle avait découvert.
Elle était au seuil de la Jeune pousse, un royaume bien au-dessus du mien, sans comparaison possible. Si quelqu’un comme elle réagissait ainsi, c’est que la situation était extrêmement dangereuse.
« Est-ce que tu pourrais m’expliquer, à moi aussi ? »
Je posai prudemment la question à Emery. Elle plissa les yeux et croisa mon regard. Je m’inclinai profondément devant elle.
C’était un peu effrayant, mais je n’avais pas le choix. Je déglutis, tandis que le danger me paraissait de plus en plus imminent. Pour l’instant, nous étions liés au sein d’un même groupe ; elle ne pouvait donc pas me rejeter aussi catégoriquement.
Si j’étais éliminé, elle perdrait elle aussi dix points. Pour entrer à l’université sans encombre, elle devait également nous garder en vie. Je pouvais donc lui poser ce genre de question.
Les autres semblaient eux aussi attentifs à notre conversation. Emery le remarqua et claqua doucement la langue. Elle secoua la tête, contrariée, puis affina son pouvoir magique.
« … C’est un rituel sacrificiel de grande ampleur. Vu que la barrière recouvre toute la ville, il a été mené par des gens qui nous dépassent. »
Elle regarda le ciel par la fenêtre. La nuit noire que j’avais prise pour un simple ciel nocturne était saturée d’un pouvoir magique dense. Emery plissa les yeux et libéra son pouvoir magique. Celui-ci s’aiguisait comme pour se préparer au combat.
« Ils nous ont donné ça comme épreuve ? Ils n’ont beau être que des mauvaises herbes, massacrer les gens de la sorte est du pire goût. Que croient-ils que l’Empire est ? »
« Bon sang… Un rituel sacrificiel ? »
Je tremblai. Un rituel sacrificiel. Ces mots horribles m’empêchaient de garder mon calme. Étions-nous tombés dans l’un de ces rituels sacrificiels dont j’avais seulement entendu parler ?
« Q-qu’est-ce qu’on fait ? On ne devrait pas s’enfuir ? »
À l’évocation du rituel sacrificiel, le pressentiment sinistre dans ma poitrine s’intensifia encore. Emery me regarda et fronça légèrement les sourcils.
« Pour quelqu’un qui se prétend mage, tu en fais tout un plat. Calme-toi. »
Elle laissa un peu de pouvoir magique s’écouler vers moi. Le pouvoir magique acéré qui m’enveloppa me ramena à la raison. Je vérifiai la réaction des autres.
Eux aussi avaient l’air inquiets, mais pas autant que moi. Bien sûr. C’était un rituel sacrificiel. On utilisait des gens comme offrandes.
Je déglutis. L’un des plus grands tabous de l’Empire consistait à sacrifier des êtres humains. L’Empire reposait sur l’accroissement et l’épanouissement de l’humanité.
Mais tout le monde ne se pliait pas à cette règle. Un mage acculé tenterait n’importe quoi. Et la première chose à laquelle s’essayaient ces gens-là, c’était ce genre de rituel sacrificiel.
Ils offraient des sacrifices pour accroître leur pouvoir magique. Bien sûr, comparé à la chasse aux autres bêtes magiques, sacrifier des humains était très inefficace. Mais les humains étaient des proies faciles à capturer, si bien qu’on pouvait passer outre ce manque d’efficacité.
Voilà pourquoi il arrivait qu’une ville entière soit sacrifiée. Ceux qui sacrifiaient des êtres humains étaient désignés par toutes sortes de noms. « Mage noir » était l’une de ces insultes.
Et nous venions de tomber en plein dans un rituel sacrificiel de ce genre. Comme l’avait dit Emery, c’était une affaire qui nous dépassait.
Je n’avais aucune idée de ce que cette épreuve attendait de nous. Devions-nous simplement nous enfuir ? Si c’était le cas, nous devions agir vite.
Jaun eut alors une petite toux sèche. Il effleura les organes du cadavre posé devant lui et secoua la tête. Je vis du sang couler de ses mains.
« Ces choses ne sont pas de vrais humains, on dirait. Elles ne réagissent pas à mon pouvoir magique. »
Jaun trempa son doigt dans le sang qui coulait du cadavre et le goûta, puis claqua doucement des lèvres. Un pouvoir magique sinistre jaillit de sa bouche. Il s’aggloméra, s’infiltra dans le cadavre, puis fut repoussé.
« Puisque mes sorts de contrôle des cadavres échouent à chaque fois, il serait plus juste de les considérer comme des créations que comme des humains. Disons qu’ils ont été fabriqués pour ressembler le plus possible à des personnes. »
« Quel travail remarquable, pour les déguiser aussi parfaitement », marmonna Jaun, admiratif, avant d’examiner plus attentivement les organes du cadavre. Evron s’approcha discrètement et essuya quelques taches de sang de la main.
« Il faut plutôt voir ça comme une marionnette. C’est fascinant, d’en fabriquer une comme celle-ci. »
Même après avoir entendu parler du rituel sacrificiel, ils semblaient garder une certaine marge de manœuvre. Avaient-ils quelque chose sur quoi s’appuyer ? D’une certaine façon, je me sentis un peu rassuré, moi aussi.
Je jetai un coup d’œil au cadavre. Ce n’était pas un humain ? À première vue, impossible de voir la différence. Jaun continua à toucher le cadavre et claqua doucement la langue.
« Cela dit, ça suffirait quand même pour accomplir un rituel sacrificiel. Il ne fait aucun doute que leur pouvoir magique a été drainé. À vrai dire, ils ont dû récolter plus de pouvoir magique qu’en sacrifiant des mauvaises herbes. »
« Vraiment ? Alors, tout le monde, préparez-vous. Nos invités ne vont pas tarder. »
Emery imprégna son éventail de pouvoir magique et secoua la tête. Des invités ? Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire. Le visage d’Evron se crispa légèrement et il porta la main à sa poitrine.
« … Ma marionnette a été détruite. Quelque chose approche. »
Je vérifiai discrètement les cercles magiques autour de nous. La magie de dissimulation cachait toujours notre présence. Alors comment nous avaient-ils repérés ? Emery baissa les yeux sur le cercle magique et poussa un léger soupir.
« En fait, ce cercle magique révélait notre position. En dissimulant notre présence, il a laissé un vide dans le flux du rituel. Pour ceux qui l’entretiennent, une telle absence devait se voir comme le nez au milieu de la figure. »
« Alors, on doit vite s’enfuir… »
Je m’interrompis et déglutis. Le picotement dans ma poitrine était soudain devenu aigu. « On s’en est rendu compte trop tard », marmonna Emery en claquant la langue.
Evron désactiva rapidement le cercle magique, mais, comme l’avait dit Emery, il était déjà trop tard.
« Tout le monde, regardez où vous mettez les pieds ! »
Je criai et roulai rapidement sur le côté. Le pressentiment sinistre venait du sol. À peine avais-je quitté ma place qu’un tentacule jaillit de mon ombre.
Les autres réagirent eux aussi à mon avertissement et bloquèrent les tentacules à leur manière. J’insufflai du pouvoir magique dans mon pied et repoussai d’un coup celui qui s’élançait de nouveau vers moi. Il se brisa et fondit dans l’ombre.
En affronter un seul comme ça était très facile. Mais cette ombre ne se limitait pas à mes pieds. Je regardai autour de moi en fronçant les sourcils.
Elle recouvrait tout le bâtiment où nous nous étions cachés. Sans qu’on s’en rende compte, les ombres nous avaient encerclés. Bon sang, je n’avais pas remarqué qu’elles s’épaississaient autant. C’était ma faute.
Des tentacules jaillissaient en masse des ombres. Ils se tordaient de façon grotesque en s’approchant de nous. Je reculai vers l’endroit le plus sûr : aux côtés d’Emery.
Mais même là, je ne me sentais pas vraiment en sécurité. Quand je jetai un coup d’œil à Emery, elle fixait un point au-delà des tentacules, comme si elle se méfiait de quelque chose. Dans la direction qu’elle observait, je sentis bouger une immense masse de pouvoir magique.
Au même moment, les tentacules jaillis des ombres s’écartèrent pour laisser le passage à quelque chose, comme s’ils le vénéraient. Et, entre eux, je vis apparaître deux personnes.
Ce qui attira d’abord mon regard fut une fille aux yeux violets. Elle nous observait d’un air indifférent. Un anneau éclatant flottait au-dessus de sa tête et diffusait de la lumière.
Le puissant pouvoir magique que nous avions senti émanait de cet anneau. Mais je ne pus pas la regarder longtemps. Quelqu’un d’encore plus remarquable qu’elle se trouvait là.
La fille tira légèrement sur la chaîne qu’elle tenait. L’homme qu’elle chevauchait reçut le signal et s’arrêta. Il leva la tête, regarda autour de lui et croisa notre regard.
« C’est vous qui vous êtes mêlés de nos affaires ? »
À peine avait-il ouvert la bouche qu’un puissant pouvoir magique s’en échappa. Je déglutis. C’étaient donc bien des mages noirs ? Si les tentacules les vénéraient ainsi, c’était qu’ils étaient les maîtres du rituel magique qui recouvrait la ville.
Je n’aurais jamais cru que les mages noirs viendraient eux-mêmes nous trouver. La fille tira encore plus fort sur le col de l’homme. Celui-ci la regarda, les yeux brillants, et baissa la tête.
« Je vous prie de m’excuser. J’étais concentré sur le rituel et je n’ai pas remarqué ces gens qui se faufilaient ici. Punissez-moi, je vous en prie ! »
La fille tira encore plus fort sur son col. L’homme sembla légèrement ravi et claqua des lèvres. Evron les observa, puis s’avança discrètement.
« Nous n’avions aucune intention de nous mêler de vos affaires. Nous venons tout juste d’arriver, nous aussi. Nous ne venons d’apprendre qu’à l’instant que vous faisiez des sacrifices. »
Quatrième maxime : évitez de vous faire des ennemis. C’était un conseil du parchemin. Je n’aurais jamais cru le voir l’appliquer aussi ouvertement. L’homme croisa le regard d’Evron et cligna des yeux.
Pour une raison ou une autre, je crus déceler de la confusion dans ses yeux. Tandis qu’il hésitait, la fille tira de nouveau sur la chaîne. L’homme sembla alors reprendre ses esprits et ouvrit la bouche.
« … Le rituel est sur le point de s’achever avec succès. Je vais donc vous accorder une chance. Promettez de quitter la ville sans vous mêler de nos affaires, et je vous laisserai partir. J’ai bien d’autres choses à régler, en plus de vous. »
Mes yeux s’illuminèrent discrètement. Ce n’était peut-être qu’une épreuve, mais à première vue, nous n’avions aucune chance contre eux. S’ils nous offraient la possibilité de fuir, nous n’avions aucune raison de refuser.
Au moment où il dit ça, je sentis quelque chose se refermer autour de nous. Un lourd rideau. Je clignai des yeux, sans comprendre ce qui se passait.
Un écran apparut alors soudain devant mes yeux. Contrairement au précédent, il affichait de nouvelles informations.
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Chapitre un. Mage noir
Vous avez rencontré des mages noirs qui accomplissent un rituel. Discutez de la conduite à adopter et soumettez votre avis. (Ce choix influera sur la suite de l’histoire.)
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Après avoir lu ça, je déglutis. C’était donc l’épreuve de cette fois-ci ? Choisir la bonne voie pour avancer ? C’était un nouveau genre, que je n’avais jamais vu, même dans le parchemin.
Je ne m’attendais pas à une situation pareille. Sentant ma confiance en moi s’effondrer, je regardai autour de moi. Les autres avaient déjà évalué la situation et s’observaient les uns les autres.
Jaun fut le premier à prendre la parole. Il nous regarda d’un air froid.
« Le rituel est déjà à moitié achevé. Il nous serait impossible de les vaincre tant qu’il est en cours. »
Jaun désigna du menton l’endroit au-delà du rideau où se trouvaient les mages noirs. Il se caressa le menton et poursuivit :
« Je pense donc qu’il vaut mieux fuir. Par chance, ils semblent se méfier de nous ; nous ferions mieux de partir pendant qu’ils nous en laissent l’occasion. »
Son avis était tout à fait raisonnable. J’avais envie de le soutenir, moi aussi. Je jetai un coup d’œil à l’endroit où se tenaient l’homme et la fille. Même si nous ne les avions affrontés qu’un bref instant, le pouvoir magique qu’ils dégageaient m’avait lourdement oppressé.
Inutile de se battre contre des gens pareils. Je hochai la tête et entendis quelqu’un renifler avec mépris. C’était Gang. Il tripota son fourreau et secoua la tête.
« Tourner le dos à un ennemi qu’on doit affronter… On ne peut décidément pas cacher la nature d’un mage. »
Gang plissa les yeux, laissant paraître un soupçon de mépris. Jaun fit alors vibrer son pouvoir magique et exprima son mécontentement. En voyant leurs pouvoirs magiques s’entrechoquer comme s’ils allaient se battre d’un instant à l’autre, je déglutis.
La situation risquait de dégénérer en bagarre. Alors que je m’inquiétais, Evron s’interposa avec aisance. Il leur adressa à tous deux un léger sourire et dispersa son pouvoir magique.
« Allons, allons. Puisque nous formons une équipe pour cette épreuve, pourquoi nous battre entre nous ? Nous risquons même de recevoir des pénalités si nous ne coopérons pas. Alors, faisons la paix. »
Evron les calma avec sang-froid. Il savait s’y prendre. Les deux raffinèrent leur pouvoir magique, et Evron hocha la tête avec satisfaction. Puis il se tourna vers Gang.
« À entendre tes paroles, Gang, tu n’es pas du même avis. Tu as quelque chose à ajouter ? »
« Un rituel sacrificiel est le tabou des tabous. Fuir en abandonnant les gens à leur sort, ce serait renoncer à notre devoir d’être humain. Nous devons évidemment combattre ces choses. Enfin, si l’on est mage, j’imagine qu’on pense naturellement à s’enfuir en premier. »
Gang et Jaun laissèrent doucement leur pouvoir magique s’écouler l’un vers l’autre. Mais, contrairement à tout à l’heure, ils se contentèrent de se tenir en respect. On aurait dit qu’ils ne voulaient pas non plus gaspiller leurs forces.
Il ne restait plus que trois personnes : Emery, Evron et moi. Tous les regards se tournèrent naturellement vers Evron, au centre de la discussion. Il sourit et recula discrètement aux côtés d’Emery.
« Je suivrai Emery. C’est mon choix. »
Evron s’inclina devant Emery. Il lui témoignait un respect sans bornes. Emery hocha la tête, satisfaite.
Même dans une situation pareille, il trouvait le moyen de lui plaire. Je pensais avoir appris toutes les maximes du parchemin, mais, en le voyant, je me sentais terriblement à la traîne.
Nous étions partagés à égalité entre la fuite et le combat. Je ne voyais pas d’autre option non plus. Quel serait le choix d’Emery ?
De toute façon, ma voix ne pèserait sans doute pas lourd. Le camp qu’Emery choisirait aurait aussitôt la majorité.
Peu importe les objections de l’autre camp : si davantage de personnes défendaient une option, les avis finiraient sûrement par converger dans ce sens. Sentant nos regards se tourner vers elle, Emery renifla avec mépris.
« Vous êtes vraiment pitoyables, à vous tourmenter pour si peu. Comme l’a dit celui-là, vous allez simplement me suivre. Pour réussir l’épreuve, il semblerait que je doive d’abord vous protéger. »
Elle s’éventa délicatement et se mit à avancer. Je ne pus réprimer ma surprise en voyant où elle allait. Contrairement à ce que j’avais imaginé, elle se plaça aux côtés de Gang.
Les mages noirs dehors dégageaient une puissance redoutable. Elle avait sûrement mieux perçu la différence de force que moi. Malgré tout, elle avait choisi le combat.
Je ne comprenais pas pourquoi elle avait fait ce choix. Pour l’instant, la décision la plus raisonnable était de fuir. Mais elle ne donna aucune explication. Elle se contenta de s’éventer en attendant que les autres se décident.
« Hmm, dans ce cas, comme je l’ai dit, je suivrai Emery. »
Evron sourit légèrement et se plaça près d’Emery. Un contre trois. La majorité était acquise. Je pris discrètement la température, puis rejoignis Gang. Jaun, qui nous faisait face, eut l’air légèrement contrarié.
En le voyant, je me grattai discrètement la tête. Peu importe mon choix, il ne changerait plus rien. Autant suivre les autres, non ? Et puis, pour une raison ou une autre, mon instinct me disait aussi que cet endroit était plus sûr.
« … Hmph, je vais laisser passer pour cette fois. Faites comme bon vous semble. »
Jaun secoua la tête et retira son avis. Dès que la décision fut prise, je sentis le rideau qui nous entourait disparaître. Au même moment, de nouveaux mots apparurent sur l’écran devant nous.
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Chapitre un. Mage noir
Vous avez rencontré des mages noirs qui accomplissent un rituel. Et vous avez décidé de les combattre. Survivez à l’affrontement.
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Survivre. Je déglutis en lisant ces mots lourds de menace et vis l’homme ricaner d’un air sinistre. Il déversa son pouvoir magique, qui teinta les environs.
« Je vois. Je n’aurais pas cru que vous feriez ce choix. Dans ce cas, je n’ai d’autre solution que de vous éliminer ici. »
Le pouvoir magique qui ondoyait autour de lui arborait toutes sortes de couleurs, comme si d’innombrables éléments s’y étaient mélangés. Était-ce le pouvoir magique obtenu grâce aux sacrifices ? Il était si puissant que je n’aurais pas osé le manier.
La sensation qui me secoua la poitrine me fit reculer. Je n’osais imaginer combien de choses il avait aspirées pour posséder un tel pouvoir magique. Celui-ci se dirigea droit vers la fille qui le chevauchait.
L’anneau de lumière flottant au-dessus de la tête de la fille libéra alors un pouvoir magique éblouissant qui résonna avec celui de l’homme. Sous l’effet de cette résonance, le bâtiment où nous nous trouvions s’effondra en un instant, balayé par l’onde de choc.
Seule la barrière qu’Evron avait dressée parvint à tenir bon au milieu du pouvoir magique. Mais elle aussi ne tarda pas à luire faiblement, comme si elle allait s’effondrer d’un instant à l’autre.
Nous étions censés survivre dans une situation pareille ? Je déglutis et fis circuler mon pouvoir magique. Les autres en firent autant. Emery nous regarda et agita rapidement son éventail.
« Je vais m’occuper de ces deux-là. Toi, aide-moi sur le côté avec tes marionnettes. Vous trois, débarrassez-vous autant que possible des choses qui nous entourent. »
Les yeux d’Emery flamboyèrent tandis qu’elle s’avançait. La façon dont elle nous répartissait les rôles trahissait une grande expérience du combat. Evron s’approcha d’elle, un léger sourire aux lèvres.
Soulagé, je rejoignis Jaun et Gang. Au moins, c’était une bonne chose. Je n’aurais pas pu affronter ces deux-là.
Je vis le pouvoir magique onduler dans l’éventail qu’agitait Emery. Au même moment, les joyaux incrustés dans celui-ci absorbèrent du pouvoir magique et se mirent à tracer des cercles magiques distincts. Les sorts qui en jaillirent avaient une structure d’une cruauté inouïe.
À cette vue, mes yeux s’illuminèrent. Une magie aussi incroyable ! Avait-elle choisi la deuxième option parce qu’elle était sûre de pouvoir s’occuper d’eux ?
Nous suivîmes les ordres d’Emery et tissâmes des sorts tout en repoussant les tentacules qui se ruaient sur nous de toutes parts. Peut-être qu’avec la seule puissance d’Emery, nous pourrions surmonter cette crise. C’est ce que je me dis en avançant.
Et, peu après, je compris avec douleur que je m’étais trompé. Je regardai autour de moi. La pointe de l’épée de Gang venait de pulvériser un autre tentacule.
Jaun n’était pas en reste : il extrayait d’étranges choses de son corps et corrodait tout ce qui l’entourait. La zone protégée par ces deux-là était très stable. La mienne aussi.
Je tirai à l’arbalète que je tenais et atteignis un tentacule qui fondait sur moi. Au même instant, le sort de renforcement gravé sur la pointe de la flèche le transperça de part en part et s’enfonça dans le sol. La flèche traversa même l’ombre et disparut sous terre.
J’utilisai aussitôt un sort de rappel pour récupérer la flèche et la remettre sur l’arbalète. Sa pointe était légèrement fissurée. À force de tirer, la magie la surchargeait.
Je n’eus d’autre choix que de soupirer en voyant ça. Chacune de ces flèches coûtait cinq pierres de mana. Penser que je devais dépenser une ressource aussi précieuse ici… Quel gâchis. Mais je n’y pouvais rien. Je devais d’abord survivre.
Je claquai la langue en abattant un autre tentacule. Pour l’instant, nous maîtrisions bien les alentours, mais nous ne faisions que maintenir la situation. Les tentacules jaillissaient sans fin des ombres.
Bien sûr, avec un peu de temps, nous pourrions sûrement nous échapper. Gang et Jaun faisaient chacun leur travail comme il fallait. À ce rythme, les ombres finiraient par céder les premières. Nous pourrions en profiter pour nous faufiler dehors.
Mais nous n’étions pas le problème. Le problème, c’était Emery, qui s’était avancée la première. Je jetai un coup d’œil vers le combat et la vis brandir son éventail.
Au même instant, les flammes puissantes qui s’en échappèrent brodèrent l’air et jaillirent comme un rayon. Le coup était incroyablement puissant.
Mais le sort lancé par Emery se dispersa sans résistance sous l’anneau de lumière brandi par la fille. Quand celle-ci agita la main, l’anneau avala les flammes et se rua sur Emery.
Les marionnettes d’Evron s’interposèrent aussitôt pour bloquer l’anneau de lumière. Elles ne résistèrent qu’un bref instant avant de fondre, mais cela laissa à Emery le temps d’esquiver.
Emery évita l’anneau de justesse, mais ne put empêcher une blessure de s’ouvrir dans sa chair. Elle claqua la langue et insuffla de nouveau du pouvoir magique dans son éventail.
Seule Emery pouvait résister, même un peu, dans ces conditions. Si j’avais été à sa place, je me serais effondré sur-le-champ.
Mais il devenait de plus en plus difficile pour elle de tenir bon. Evron ne pourrait pas continuer à envoyer ses marionnettes non plus. Emery était forte, mais à ce rythme, elle finirait par s’effondrer, impuissante.
Ne devrions-nous pas nous enfuir avant que ça n’arrive ? Le pressentiment sinistre qui m’agitait la poitrine me fit regarder autour de moi. Si je partais, cet équilibre précaire s’effondrerait lui aussi.
Mais qu’est-ce que ça pouvait faire ? Ce qui comptait, c’était d’abord ma survie. Je repensai à la maxime inscrite sur le parchemin.
Troisième maxime : si la situation n’est pas claire, fuir d’abord. L’important, c’est de survivre. C’était exactement ce qui se passait. Et l’écran ne nous avait-il pas demandé de survivre ?
Pourtant, même en me le répétant, je n’arrivais pas à bouger. Chaque fois que j’essayais de m’enfuir, ma poitrine se mettait à trembler violemment, pour une raison ou une autre. C’était que cet endroit était le plus sûr.
Il m’était difficile d’aller contre mon instinct. Mais je ne comprenais tout simplement pas. En quoi cet endroit était-il sûr ? Emery semblait sur le point de s’effondrer à tout instant.
Et comme pour confirmer mes pensées, le combat d’Emery prit bientôt fin. Une onde de choc puissante la frappa avec l’anneau de lumière et la projeta en arrière. Elle se releva au milieu des décombres et renforça encore son pouvoir magique.
Celui-ci était terriblement instable. Elle avait clairement subi des blessures internes. Pour la soutenir, Evron envoya plusieurs marionnettes bloquer l’anneau de lumière. Mais elles s’effondrèrent rapidement sous le pouvoir magique.
« Pourquoi fallait-il nous attaquer ? Si vous étiez partis tranquillement, je vous aurais laissé filer. Bien sûr, j’en aurais mangé deux ou trois. »
L’homme claqua des lèvres et fit circuler encore plus de pouvoir magique. La fille qui le reçut tira de nouveau l’anneau de lumière. Emery éleva son pouvoir magique et tenta de le bloquer, mais celui-ci était instable.
Sans tenir compte des tremblements dans ma poitrine, je fermai les yeux avec force. Il ne nous restait plus qu’à fuir. Mais au moment où je fis un pas, une énergie tranchante tomba du ciel.
Elle repoussa l’anneau de lumière et frappa le sol. C’était une longue épée. L’homme claqua la langue en la voyant. Une femme apparut alors dans le ciel.
La femme ramassa l’épée et se plaça face à la fille et à l’homme. Un énorme ours se tenait à ses côtés. Sans perdre son calme, elle pointa son épée sur eux.
Elle attendit en silence, sans prononcer un mot. Son mutisme semblait rendre l’homme encore plus décontenancé. La femme jeta bientôt un coup d’œil à l’ours qui se tenait près d’elle.
Pour une raison ou une autre, je crus déceler de l’embarras dans ses yeux. L’ours fouilla alors dans sa poitrine, en sortit un morceau de papier et le lui tendit. Après l’avoir lu, les yeux de la femme s’illuminèrent.
« T-tu es un homme maléfique. Je vais… te condamner. »
Elle parlait si bizarrement qu’on aurait dit qu’elle lisait un livre. Devant cette maladresse, qui ne collait pas du tout à la situation, je ne pus que cligner des yeux en silence. Après avoir terminé sa réplique, elle roula des yeux. On aurait dit qu’elle guettait la réaction de quelqu’un.
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