Chapitre 191
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 191
──────
191.
Je sentis la chaleur du soleil onduler autour de moi, mêlée au pouvoir magique. Je libérai le mien et l’enveloppai lentement. Puis je reportai mon attention sur l’assiette que je tenais entre les mains.
Un pouvoir magique glacial s’éleva doucement de l’assiette, protégeant ce qui s’y trouvait du pouvoir magique du soleil. En maîtrisant soigneusement le mien, j’avançai d’un pas prudent.
Je devais faire attention au moindre mouvement. Si le contenu de l’assiette venait à trembler, ne serait-ce qu’un peu, tout serait gâché. Je ne pouvais pas laisser un instant d’inattention ruiner quelque chose que j’avais mis si longtemps à préparer.
Après avoir transporté le plat avec autant de précautions, j’atteignis enfin la table. La lumière du soleil qui inondait la pièce à travers le mur de fenêtres était si éclatante qu’elle en éblouissait les yeux.
Et la professeure Irian, baignée par ces rayons, paraissait encore plus belle. J’inclinai légèrement la tête et posai l’assiette sur la table. C’était le repas que je lui avais préparé.
La professeure, qui regardait distraitement par la fenêtre, dut sentir mon pouvoir magique, car elle baissa les yeux vers le plat. Son mécontentement était impossible à dissimuler ; je le sentais émaner d’elle. Elle leva les yeux vers moi.
Je soutins son regard et lui adressai un léger sourire. Mais la professeure n’y répondit pas. Elle se contenta de me fixer. Pour une raison ou une autre, je crus déceler dans ses yeux quelque chose qui ressemblait à de la possessivité.
« Aujourd’hui, j’ai essayé de préparer quelque chose de cru. Le plat est à base de lotus, avec plusieurs sauces. J’ai équilibré les saveurs pour que vous puissiez le déguster légèrement avant de partir. »
Je désignai le plat. De petites fleurs y reposaient. Même protégées par mon pouvoir magique, elles dégageaient une vitalité d’une fraîcheur exceptionnelle.
Je les avais apportées dès que j’avais terminé la préparation. Ainsi, les ingrédients conserveraient toute leur fraîcheur et la magie qu’ils contenaient resterait à son apogée. Le résultat me satisfaisait ; il ne me restait plus qu’à attendre l’avis de la professeure.
Elle tapota l’assiette. Un froid plus vif s’en dégagea aussitôt.
J’avais sculpté l’objet avec une grande délicatesse afin que la température des ingrédients ne change pas et qu’ils restent parfaitement stables. L’assiette elle-même était une marionnette.
« … Des fleurs ? »
Elle pencha légèrement la tête, l’air contrarié. C’était compréhensible : dans cette assiette peu profonde, seules quelques fleurs flottaient sur l’eau.
Comme elle aimait la viande, il était évident que ce genre de repas ne lui plairait pas. Mais j’avais une raison de le préparer. Dès qu’elle mettrait l’une de ces fleurs dans sa bouche, elle comprendrait d’elle-même.
Avec un léger sourire, je posai devant la professeure l’ustensile prévu pour ce repas. Il avait été conçu spécialement pour l’occasion. Comment le décrire ? Une cuillère capable de contenir une fleur entière ? Elle aussi était imprégnée d’une magie semblable à celle de l’assiette.
« Goûtez-en une, je vous prie. Ça n’en a peut-être pas l’air, mais je suis sûr que cela vous plaira, professeure. »
Je fis légèrement bouger mon pouvoir magique. Des filaments s’écoulèrent sur l’assiette, puis commencèrent lentement à défaire le sceau qui l’enveloppait.
Les fleurs qui flottaient sur l’assiette s’épanouirent peu à peu, libérant un magnifique pouvoir magique. La professeure dut le sentir elle aussi, car son expression se fit un peu plus intéressée. Je m’inclinai devant elle.
La professeure prit la cuillère et ramassa un petit lotus qui flottait sur l’assiette. Elle le contempla d’un air quelque peu réticent, puis ferma légèrement les yeux et le mit dans sa bouche.
Elle s’immobilisa un instant, comme si elle percevait le pouvoir magique, puis commença à mâcher lentement. Bientôt, elle ouvrit de grands yeux en me regardant. Sa bouche était complètement pleine.
Je souris en voyant la surprise se peindre sur son visage. Heureusement, ce plat semblait aussi être à son goût. C’était un nouveau défi pour moi, et il semblait avoir été couronné de succès.
« Je suis heureux que cela vous plaise. »
Plusieurs semaines s’étaient déjà écoulées depuis la fin du cours de la professeure On. Pendant tout ce temps, j’avais poursuivi mes recherches sur la branche d’arbre qu’elle m’avait donnée. Je devais la comprendre parfaitement avant même de songer à créer une nouvelle vie.
Pourtant, malgré plusieurs semaines de travail, la structure de l’arbre restait extrêmement difficile à comprendre. Je claquai doucement la langue. On pouvait dire qu’un arbre faisait partie de l’âme. C’était pour cela qu’on retrouvait aussi dans celui-ci une trace de la magie de la professeure On.
Si je n’arrivais pas à analyser cette branche, c’était parce que le niveau de magie de la professeure On était sans commune mesure avec le mien. Je m’y attendais, mais je ne pensais pas échouer à saisir le moindre indice.
Et la branche de la professeure On n’était pas la seule difficile à comprendre. Celle de Tiena était tout aussi complexe. Sa structure m’était inconnue.
Je devais malgré tout les comprendre entièrement. C’était la seule façon d’établir les fondations nécessaires à la création d’une nouvelle vie. Il m’était également impossible d’utiliser l’arbre de quelqu’un d’autre. Je souris avec amertume.
Cette magie unique, que j’avais baptisée Fausse Vie, consistait à tisser des âmes ensemble pour créer une imitation convaincante. Elle reposait sur la combinaison de deux âmes seulement. Cela signifiait que poursuivre les expériences avec l’âme de quelqu’un d’autre ne servirait à rien.
Peut-être parce que ces deux âmes étaient si puissantes, elles me semblaient d’une difficulté incomparable à celle des Jeunes pousses que j’avais tissées auparavant. Il me faudrait bien plus de temps pour les comprendre.
Malgré tout, ces quelques semaines de recherches m’avaient apporté certaines choses. Je souris doucement en regardant la professeure mâcher la fleur. Cette dernière en faisait partie.
Pour ce plat, j’avais utilisé neuf lotus qui avaient absorbé l’essence d’un lac pendant des centaines d’années. Ils étaient plus petits que ma paume, mais la force vitale qu’ils renfermaient était incroyablement puissante.
Je les avais trouvés par hasard en suivant le courant de la vie. On pouvait dire que j’avais eu beaucoup de chance. J’avais utilisé les fleurs que j’avais moi-même récoltées pour préparer ce plat.
J’avais aussi dû faire de gros efforts pour les transporter vivantes. Même le liquide dans l’assiette provenait directement du lac où elles avaient poussé. En repensant à tout ce processus, je secouai doucement la tête.
Mais tous ces efforts avaient peut-être renforcé leur force vitale : elle était désormais plus grande qu’au départ. Je percevais en elles un courant de vie plusieurs fois plus intense qu’avant.
C’était parce que j’avais gravé un nouveau grain dans ces fleurs. J’avais découvert ce courant en étudiant la branche de la professeure On. Et le courant que j’avais gravé dans les fleurs avait dépassé toutes mes attentes.
Je n’aurais jamais cru qu’elles gagneraient une force vitale aussi puissante, alors que je n’avais fait qu’imiter le courant du pouvoir magique. Je compris une fois de plus que la professeure On ne m’avait pas lié par un contrat provisoire sans raison.
Même des traces de magie pouvaient naturellement se trouver dans un arbre. En ce sens, la branche de la professeure On pouvait aussi me servir de manuel. Ces fleurs étaient un sous-produit de mes recherches.
Je regardai la professeure fermer les yeux pour savourer le parfum et la saveur de la fleur, puis hochai la tête. Comme prévu, je savais que ça lui plairait.
J’avais eu tout le loisir de l’observer et j’avais clairement compris pourquoi elle aimait la viande. Bien sûr, elle était carnivore parce que c’était un dragon, mais surtout, elle accordait de l’importance à la force vitale.
De ce point de vue, le lotus était petit, mais sa force vitale était très concentrée. Cette minuscule fleur qu’elle venait de mettre dans sa bouche contenait autant de force vitale qu’une bête magique de la taille d’une maison.
En plus, j’avais décoré la fleur avec du miel de pierre centenaire, utilisé comme sauce, afin qu’elle l’apprécie davantage. Je l’avais façonné en sphères imprégnées d’un parfum magique.
Ce miel de pierre, présenté sous forme de petites capsules, regorgeait lui aussi du courant de la vie. Quand les capsules éclataient et se mêlaient à la fleur, le parfum de la vie emplissait sa bouche.
Ainsi, chaque étape de la préparation visait à renforcer la saveur naturelle et la force vitale des ingrédients. En réduisant la cuisson au strict minimum, j’avais réussi à créer un plat vivant, presque magique.
La professeure avala délicatement la fleur qu’elle mâchait, puis en glissa rapidement une autre dans sa bouche. Ses joues rebondies exprimaient un bonheur profond. Elle souriait radieusement, ravie.
Je ne pus m’empêcher de sourire en la regardant. Elle était si satisfaite que, moi qui avais préparé le repas, je ne pouvais qu’en être reconnaissant. Je posai discrètement une main sur ma poitrine.
La cuisine pouvait elle aussi être considérée comme une forme de magie. Elle comprenait, elle aussi, trois éléments comparables à ceux de la magie. Était-ce pour cela ? En regardant la professeure savourer la fleur, je sentis une petite révélation poindre en moi.
Je fermai doucement les yeux tandis que cette sensation de révélation se répandait dans ma poitrine. On pouvait dire que je venais d’ouvrir une nouvelle voie en cuisine. Je sentis cette assurance imprégner mon arbre et l’ancrer plus solidement.
Pendant que je réfléchissais brièvement à cette révélation, la professeure continua à manger les fleurs une à une. Chaque lotus avait une saveur différente. J’avais préparé plusieurs sauces pour qu’elle ne s’en lasse pas trop vite.
Bientôt, elle eut fini toute l’assiette. Elle la contempla, puis hocha la tête.
« Mmh… Délicieux. Ça faisait longtemps que manger ne m’avait pas procuré autant de plaisir. »
La professeure s’adossa distraitement à sa chaise. Elle se tapotait le ventre, l’air parfaitement satisfaite. Pour le prouver, son ventre s’était arrondi.
Difficile de croire qu’elle n’avait mangé que quelques fleurs. Cela montrait aussi à quel point le plat que j’avais préparé était riche en force vitale.
Je m’approchai d’elle avec un sourire doux, puis lui tendis la tasse que j’avais préparée à l’avance. Elle contenait un liquide limpide. Quand je la posai sur la table, un parfum profond commença à se répandre.
« Voici le dessert et le thé du jour. J’ai apporté quelque chose qui s’accorde avec le plat que j’ai préparé. »
Je ne l’avais pas préparé avec la magie du Thé Noir Parfait. C’était un autre plat, que j’avais moi-même fait bouillir longuement. Je m’inclinai légèrement devant elle.
Mais la professeure ne regardait pas le thé que j’avais préparé. Elle fixait mon poignet, celui qui tenait la tasse. C’était là que le contrat provisoire avec la professeure On avait été gravé.
En le voyant, le visage de la professeure Irian se décomposa peu à peu. Ah, je venais de lui montrer quelque chose de désagréable. Je retirai discrètement ma main et cachai mon poignet.
Mais il était trop tard. La professeure croisa les bras et se mit à libérer un puissant pouvoir magique. En sentant ce pouvoir onduler violemment autour de moi, je n’eus d’autre choix que d’afficher un sourire vague.
« Ça m’agace chaque fois que je vois ça. Pourquoi as-tu encore fait une promesse pareille ? »
Elle claqua la langue. Je me grattai un instant la tête. Je n’avais pas voulu conclure un tel accord non plus, mais comment aurais-je pu refuser ? La différence de puissance était trop flagrante.
Je ne le dis pas à voix haute, cependant. Si je répondais de travers, son pouvoir magique risquait de me frapper sur-le-champ. Pour l’instant, mieux valait tâter le terrain.
Je jetai un coup d’œil à son visage. Son froncement de sourcils trahissait une irritation profonde. Malgré tout, elle était bien plus calme qu’au début.
C’était le résultat de mes efforts répétés pour la consoler et lui faire goûter de nouveaux plats, comme les fleurs que je venais de préparer. La première fois qu’elle avait vu le contrat, elle s’était tellement mise en colère qu’elle avait presque piqué une crise.
Le pouvoir magique qu’elle avait alors libéré avait même fait léviter la tour. Le choc avait endommagé certaines de ses fonctions. Heureusement, les cours étaient déjà terminés et aucun étudiant ne se trouvait dans les parages.
Comparée à ce moment-là, la professeure était bien plus calme. Je la vis gonfler les joues, l’air mécontent. Pour l’instant, elle se contentait de manifester son insatisfaction de cette façon.
À quel point avais-je paniqué dans cette tour flottante ? Je m’en souvenais encore parfaitement. Je ne m’étais pas attendu à ce qu’elle réagisse aussi violemment.
Je frottai légèrement mon poignet. À proprement parler, ce contrat provisoire ne lui faisait aucun mal. Même si je restais un moment dans la tour de la professeure On, mon contrat avec la professeure ne disparaîtrait pas.
Je reviendrais donc ici une fois les choses terminées là-bas. C’était aussi pour cette raison que j’avais accepté la promesse. Même si je restais là-bas, cela ne m’empêchait pas de m’occuper de cette tour.
Contrairement à ce que je pensais, la professeure s’était mise dans une colère noire. Au point qu’elle avait failli aller trouver la professeure On elle-même. C’était peut-être la nature des dragons. Comme l’indiquait son regard, ils étaient extrêmement possessifs.
Je me sentis malgré tout un peu fier. Si elle s’était mise dans un tel état, c’était bien que je comptais beaucoup pour elle, non ? Vu la façon dont elle m’avait traité comme un vulgaire outil quand nous nous étions rencontrés, c’était un progrès énorme.
Pour l’instant, devais-je essayer de la calmer ? J’enveloppai doucement le contrat de mon pouvoir magique et fis un pas vers elle. Puis je lui tendis la tasse tandis qu’elle claquait la langue.
« Ne vous inquiétez pas. Je ne quitterai pas la tour. Comment pourrais-je jamais m’éloigner de vous, professeure ? »
« Tu sais vraiment y faire avec les mots. Comment veux-tu que je te croie alors que tu as reçu le sceau d’un successeur ? »
La professeure grommela, les sourcils froncés. Je sentis son pouvoir magique effleurer mon corps et me grattai le menton. Mmh, heureusement que j’avais laissé la pièce à l’atelier. Si je l’avais sur moi, elle aurait sûrement trouvé autre chose à me reprocher.
Elle allait ajouter quelque chose quand j’approchai prudemment la tasse de ses lèvres. Elle pinça la bouche et se figea. Puis elle huma le liquide et je vis son expression s’adoucir un peu.
Je soufflai doucement : « Ah… » La professeure entrouvrit la bouche. C’était le fruit de tous les essais répétés depuis le début. J’inclinai délicatement la tasse pour lui faire boire son contenu.
La professeure savoura le thé et se calma un peu, adossée à sa chaise. En la regardant, je laissai échapper un petit rire.
Au début, la professeure avait fait toute une histoire en découvrant ce contrat provisoire, mais il y avait aussi eu quelques bons côtés. Comme maintenant : elle avait commencé à me garder un peu plus près d’elle. Pouvais-je dire qu’elle s’était mise à éprouver un soupçon de possessivité ?
Elle se méfiait de ceux qui pourraient vouloir s’en prendre à moi. C’était peut-être pour cela qu’elle me laissait la nourrir ainsi. On pouvait dire qu’elle avait commencé à m’accorder autant d’importance.
Avec un léger sourire, je continuai à lui faire boire le thé. Pendant ce temps, je sentis son pouvoir magique se relâcher lentement. En la regardant fermer légèrement les yeux pour savourer le thé, je pris la parole.
« Comme j’ai fait du lotus l’ingrédient principal du plat, j’ai préparé un dessert qui s’accorde avec. J’ai fait bouillir la viande de la bête magique qui abritait les lotus pour en faire un bouillon, puis je m’en suis servi comme base pour une nouvelle soupe. »
J’avais fait mijoter ce bouillon avec soin afin d’harmoniser les saveurs. La professeure Irian ne pouvait que l’apprécier. Comme je m’y attendais, elle vida rapidement une tasse.
La professeure releva légèrement le menton. Je compris aussitôt ce qu’elle voulait, remplis une autre tasse et la lui tendis. Elle continua à boire le thé.
C’était aussi une inversion de perspective : je renversais le rapport entre le dessert et le plat principal. Malgré cela, l’harmonie entre les deux n’en était nullement troublée. Il devait bien y avoir un moyen d’appliquer cette idée à la magie aussi.
Tout en y réfléchissant, j’inclinai délicatement la tasse. La professeure la vida bientôt, puis secoua la tête. Elle semblait plutôt satisfaite. Elle croisa les bras et me lança un regard noir.
Je décelai une pointe d’insatisfaction dans ses yeux. Quelque chose continuait à la tracasser.
« Toi. Montre-moi encore ça. »
Je tripotai mon poignet un instant, puis libérai mon pouvoir magique. Le contrat avec la professeure Irian apparut, ainsi que le contrat provisoire avec la professeure On, qui le recouvrait légèrement.
La professeure claqua doucement la langue en le voyant. On pouvait parler à la fois d’une sorte de faille et d’une malédiction. C’était un moyen d’imposer une promesse en s’appuyant sur un contrat.
Pour intervenir ainsi dans un contrat, il fallait posséder une puissance bien supérieure à celle des parties concernées. Cela prouvait clairement que la professeure On était plus forte que la professeure Irian. C’était pour cela qu’elle ne pouvait pas le défaire.
Bien sûr, il était possible de le briser par la force. Si le contrat avec elle était effacé, le contrat provisoire qui y était rattaché disparaîtrait sûrement aussi. Mais le contrecoup laisserait une grave blessure dans mon corps.
La professeure ne semblait pas vouloir l’effacer à ce point. Elle se contenta donc de pousser un léger soupir. Les sourcils froncés, elle secoua légèrement la tête.
« Ce vieux est parti de l’université, alors je ne peux même pas lui dire ce que j’en pense. Bon sang, il s’est enfui comme un lâche. »
Le vieux. Elle parlait de la professeure On. Je souris avec amertume. Elle avait quitté l’université ? Je ne l’apprenais qu’aujourd’hui.
« Tu sais où ce vieux est allé ? »
La professeure me regarda, les yeux plissés. Je secouai la tête. Comment l’aurais-je su ? À ma réponse, elle claqua la langue et se plongea dans ses pensées.
Je ne savais vraiment pas où elle était partie. J’avais toutefois une petite idée. Après tout, j’avais pas mal discuté avec la professeure On.
Je pensai à mon père, sur l’île. Il était probablement un mage puissant, lui aussi. Je le sentais à présent. Mais il n’atteignait sûrement pas le niveau de la professeure On. J’imaginai son air décontenancé et souris légèrement.
Après avoir compris le grain de vie, la professeure On m’avait demandé d’où il venait. Elle avait tout de suite remarqué que je n’étais pas à l’origine de ma compréhension du grain. Cela signifiait qu’elle en saisissait le fonctionnement en profondeur.
Lorsqu’elle m’avait demandé son origine, je lui avais répondu sans attendre. Je lui avais parlé du vieil homme qui avait installé un étal et continuait à graver. Quand je lui avais expliqué que cette technique venait d’une mauvaise herbe, les yeux de la professeure On s’étaient mis à briller. J’y avais perçu un intérêt intense.
Si la professeure On avait quitté l’université, elle était donc probablement partie sur mon île natale. Elle n’avait aucune autre raison de quitter l’université.
Je jetai un coup d’œil à la professeure. Elle semblait prête à partir aussitôt à la poursuite de la professeure On si elle apprenait où celle-ci était allée. Je devais donc dissimuler les déplacements de la professeure On. Si la professeure quittait l’université sans raison, les choses se compliqueraient.
Elle était partie sur l’île, hein ? Si c’était la professeure On, elle n’aurait pas besoin d’un aéronef pour traverser la mer. Je ne pouvais pas prévoir le remue-ménage qu’elle provoquerait une fois arrivée là-bas.
Comme je l’avais déjà vu à plusieurs reprises, elle pouvait remonter dans le temps pour revivre le passé. Ou peut-être ressusciter le vieil homme, comme elle l’avait fait pour les autres membres de l’association.
Bien sûr, ressusciter un vieil homme mort depuis des décennies serait sans aucun doute difficile. Son âme avait déjà dû quitter l’île. Mais, si c’était la professeure On, elle aurait peut-être une solution.
Je touchai discrètement ma main. Le courant du grain façonné par ce vieil homme était si remarquable que la professeure On s’était empressée d’agir. Et, en échange, le vieil homme n’avait reçu de moi que quelques pièces d’or.
J’avais donc une grande dette envers lui. Parler de lui à la professeure On était aussi une façon de m’en acquitter. Si le vieil homme avait un talent hors du commun, la professeure On ne passerait pas simplement son chemin, pas plus qu’elle ne l’avait fait cette fois-ci.
À partir de là, tout dépendait de ce vieux fossile. Si son âme était toujours là, il serait peut-être possible de le ressusciter. Sinon, la professeure On n’extrairait probablement que ses souvenirs et les ferait revenir. J’étais moi aussi curieux de voir les souvenirs de ce vieux fossile.
Bien sûr, comme la professeure On était partie ainsi, la professeure Irian n’avait personne sur qui déverser son irritation et s’en prenait encore davantage à moi. J’avais trouvé qu’elle était plus irritable ces derniers temps. Était-ce parce que la professeure On était partie ?
Je sentis le pouvoir magique de la professeure onduler un peu plus fort et lui portai de nouveau le thé aux lèvres. Après l’avoir calmée de cette façon, le repas prit fin.
C’était maintenant l’heure de la toilette. Je sortis un peigne et m’approchai d’elle. Puis je commençai à lui arranger les cheveux avec précaution.
Je remis délicatement ses cheveux en ordre à l’aide de mon pouvoir magique. La professeure leva tranquillement la tête et me regarda. Elle plissa les yeux et croisa les bras.
« Toi. Je vais t’aider un peu à tenir cette promesse, alors assure-toi de la régler. Compris ? »
Elle allait m’aider ? Je hochai discrètement la tête. Je ne m’étais pas attendu à ce qu’elle, qui détestait tant les complications, se soucie autant de moi. J’en étais vraiment reconnaissant.
« Pourquoi a-t-il fallu que tu te fourres dans une histoire aussi compliquée ? »
La professeure claqua la langue et marmonna. Puis elle s’adossa à sa chaise. Après être restée un instant plongée dans ses pensées, elle leva de nouveau les yeux vers moi.
« Alors, les préparatifs sont terminés ? »
On aurait dit que l’affaire du contrat provisoire s’arrêtait là. À sa question, je vérifiai un instant l’insecte-miroir. Après avoir lu le message qu’il contenait, je hochai la tête.
« Oui, la Compagnie commerciale générale Arcana nous a également contactés. Vous n’avez plus qu’à partir. »
À mes paroles, la professeure fronça les sourcils. Elle poussa un léger soupir et s’affaissa. Elle semblait n’avoir aucune envie de bouger.
Mais nous n’avions pas le choix. C’était un ordre du président. Nous devions maintenant nous rendre au centre d’évaluation d’admission.
Je baissai les yeux vers la professeure, qui s’appuyait contre moi et ne cachait pas combien la tâche l’ennuyait. Sans elle, l’évaluation tournerait au fiasco. C’était aussi pour cela que je ne lui avais pas révélé où était partie la professeure On.
Mes yeux étincelèrent discrètement. Beaucoup de gens se rassembleraient au centre d’évaluation. L’événement serait filmé et transmis aux générations futures. Je devais donc soigner encore davantage la toilette de la professeure.
Je devais montrer à tout le monde sa perfection. Je jetai un coup d’œil à Butler, qui se tenait à côté de moi. À ce signal, Butler se mit discrètement à libérer son pouvoir magique.
Le pouvoir magique de Butler s’écoula bientôt lentement et se mêla à celui de la professeure pour former un seul courant. Grâce à ce lien, Butler commença à détendre soigneusement le pouvoir magique de la professeure.
C’était le massage magique que nous avions répété plusieurs fois auparavant. Seul Butler, qui avait grandi en recevant le pouvoir magique de la professeure, pouvait le faire. Tandis que ce courant de pouvoir magique raffiné se déployait, je pris encore plus soin de la toilette de la professeure.
Je brûlai sous ses yeux les petites choses comme les rognures d’ongles, à l’aide de mon pouvoir magique. Je ne pouvais pas laisser se reproduire ce qui s’était passé la dernière fois. Comment aurais-je pu refaire une chose pareille ? Inutile de la contrarier pour rien.
D’ailleurs, ce n’était plus nécessaire. Je m’éclaircis légèrement la gorge et poursuivis sa toilette. Je lui avais aussi préparé de nouveaux vêtements.
C’était une robe dorée assortie à ses cheveux. Je l’avais choisie avec soin pour elle, car elle préférait le confort. Je libérai mon pouvoir magique et l’enveloppai dedans.
La professeure se changea lentement derrière un voile de pouvoir magique, puis en ressortit. Je m’inclinai profondément devant elle en souriant.
« Vous êtes vraiment magnifique. »
« Tss. Quel flatteur. »
Elle me lança un regard noir et claqua la langue. Puis elle poussa un léger soupir.
« Ce fichu président. Pourquoi me fait-il faire une chose aussi pénible ? Je devrais être en train de dormir, là. »
Elle bâilla doucement. Je me rappelai la fin de son dernier cours. À l’époque, elle avait dormi environ trois mois d’affilée. Elle aurait sûrement fait pareil cette fois-ci si l’évaluation d’admission n’avait pas eu lieu.
Elle libéra son pouvoir magique, légèrement irritée. Je devais lui remonter le moral. Je sortis quelques biscuits de ma robe et les lui tendis.
Je les avais préparés avec beaucoup de soin. La professeure les mangea et parut un peu satisfaite. En la regardant, je désignai la clairière de l’autre côté de la fenêtre.
« Tout est prêt pour le départ. Vous devriez pouvoir voyager aussi confortablement que dans cette pièce. Ce sera pareil au centre d’évaluation. »
Dans la clairière, Isabella dirigeait des marionnettes avec le numéro zéro et décorait le dos de la tortue. La pièce, aménagée avec le plus grand soin, serait aussi confortable que celle-ci. La professeure la contempla et hocha la tête.
« Je n’aurai rien à faire, n’est-ce pas ? »
« Oui. Vous n’aurez qu’à vous y rendre et à y insuffler votre pouvoir magique. »
Je m’inclinai. La professeure en parut satisfaite. Si elle devait se déplacer malgré la corvée, c’était pour une raison simple : personne d’autre ne possédait un pouvoir magique comparable au sien.
Même si la compagnie commerciale installait un cercle magique, elle ne pourrait pas lancer le sort. À moins d’avoir le niveau d’une professeure, il était impossible de lancer et de maintenir une magie pareille.
Elle n’avait donc qu’à y insuffler son pouvoir magique. Je m’occuperais du reste. La professeure bâilla et se mit lentement en marche.
Je la suivis en laissant échapper un petit rire. Le moment était venu de satisfaire le ressentiment d’un étudiant de longue date. Quand la professeure, qui aimait tourmenter les autres, verrait le centre d’évaluation, elle serait sûrement comblée au-delà de toute mesure.
---
Rejoignez notre serveur Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>