Chapitre 187
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 187
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187.
[Bon voyage. Je prendrai bien soin de la tour.]
Isabella baissa la tête et traça ces mots. Après l’avoir remerciée, je jetai un regard derrière moi et vis la tortue se redresser en poussant un doux cri. Il était temps de rejoindre la tour du professeur On.
« Tu es sûre de ne pas vouloir venir avec nous ? Tu pourrais avoir des nouvelles d’Ugo.
— Je préfère rester ici. »
Isabella m’adressa un sourire amer, puis secoua légèrement la tête. Elle refusait avec tant de fermeté que je dus insister. Je m’inclinai légèrement et me levai.
Sans doute lui restait-il des souvenirs de l’époque où elle était sous l’emprise d’Ugo : depuis qu’elle avait repris ses esprits, Isabella semblait éviter les marionnettistes. Pourtant, je pensais qu’elle serait au moins curieuse de savoir ce qu’il était devenu.
Je l’observai discrètement. À l’évocation du nom d’Ugo, son expression se troubla un peu. Je pensais qu’une personne comme elle éprouverait au moins un désir de vengeance, mais je m’étais apparemment trompé.
Il devait y avoir entre eux une histoire que j’ignorais. Je devais donc respecter son choix. Et puis, c’était bien pratique d’avoir quelqu’un pour s’occuper de la tour.
Le numéro zéro apparut sur le dos de la tortue. Il venait avec moi, lui aussi ; si Hao ou Cassian provoquait un accident, la situation risquait de dégénérer. À cet égard, j’étais content d’avoir une personne de plus à qui confier la tour.
« Bon, j’y vais. »
Je m’inclinai devant Isabella. Elle esquissa un sourire et recula. Puis je montai sur la tortue avec Mira.
La tortue se mit en marche. À chacun de ses pas lourds, le sol tremblait, des arbres s’écrasaient et le cours des ruisseaux changeait. Assis sur son immense dos, je fermai doucement les yeux.
Le voyage jusqu’à la tour du professeur On se déroula sans encombre. C’était grâce à Mira. Je sentais son pouvoir magique circuler autour de nous.
Les petites bêtes magiques s’approchaient de la tortue, percevaient son pouvoir magique et s’enfuyaient. Quant à celles qui étaient assez puissantes pour ne pas se laisser intimider, elles se faisaient engloutir par la brume et disparaissaient, devenant les proies de la tortue.
Après une longue course, la tortue traversa un courant dense de pouvoir magique. Je sentis le mien se troubler et rouvris lentement les yeux. Ce courant indiquait que la tour du professeur On était proche.
Comme pour le confirmer, une énorme sphère perchée au sommet d’une montagne apparut à notre vue. Elle attirait le pouvoir magique de toutes parts et en canalisait le flux. Peut-être à cause de cela, les arbres alentour semblaient un peu plus petits que ceux des autres régions.
C’était la tour créée par le professeur On. On aurait dit un autre monde, perfectionné au fil de plusieurs millénaires. Pas étonnant qu’elle ait une forme aussi étrange.
J’avais profondément ressenti la puissance du professeur On au cours de toutes ces années. J’avais aussi fini par comprendre que suivre son cours était une occasion rare. Et aujourd’hui, c’était la dernière fois que je pourrais en profiter.
Je me tapotai doucement la poitrine. La dernière épreuve donnée par le professeur On se trouvait dans ma bourse spatiale. Je sentis sa présence et souris faiblement.
Je croisai les bras et regardai la tour se rapprocher. Il y avait une chose que j’avais apprise en assistant aux cours du professeur On pendant cinq ans : il était bien plus assidu que ne le laissait croire son air indifférent.
À en juger par sa façon de parler, personne n’était plus détaché que le professeur On. Il ne nous appelait toujours pas par nos noms, après tout. Peut-être qu’à ses yeux, tous les humains se ressemblaient, à l’exception de ses marionnettes.
Pourtant, malgré cette indifférence apparente, il était méticuleux en toute chose. Il donnait ses cours dans le strict respect des principes et des règles, et n’avait jamais délégué une tâche à quelqu’un d’autre sous prétexte qu’elle l’ennuyait.
Cette attitude m’avait profondément marqué. Elle était à l’opposé de celle de la professeure Irian. Je laissai échapper un petit rire amer.
Je repensai aux professeurs que j’avais rencontrés jusque-là. Il y en avait eu trois, je crois : le professeur On, le professeur Heisen et la professeure Irian. Tandis que je repassais leurs traits en mémoire, je m’interrompis.
Peut-être que le professeur On n’était pas si assidu. Peut-être que c’était notre professeure qui était à part. Le professeur Heisen, lui aussi, était très consciencieux, non ? Il avait même été assez passionné par son cours pour me donner des documents supplémentaires.
En comparaison, la professeure Irian était l’incarnation même de la paresse. Même en tenant compte de sa nature de dragonne, elle allait trop loin. C’était donc simplement son caractère.
Je haussai légèrement les épaules. Ironiquement, de mon point de vue, je devais peut-être remercier la professeure Irian pour sa paresse et son manque d’assiduité. Si elle avait été consciencieuse, elle n’aurait jamais songé à me prendre comme serviteur.
Je devais donc aussi lui rendre cette faveur. Je l’aiderais à ses côtés pour qu’elle puisse continuer à vivre dans la paresse. C’était ainsi que je pourrais lui témoigner ma gratitude.
Sentant les pas de la tortue ralentir jusqu’à s’arrêter, j’acquiesçai. Nous étions arrivés à la tour. Lorsque nous descendîmes, la tortue poussa un « Mêêh » et secoua le corps.
Elle concentra du pouvoir magique en elle et rapetissa peu à peu. Une fois assez petite pour tenir dans ma paume, elle grimpa sur ma poitrine.
Je lui caressai la tête tandis qu’elle bâillait, puis levai les yeux vers la tour. De son pied jusqu’au sol s’étiraient des escaliers transparents.
Le numéro zéro prit la tête et commença à gravir les marches. Il avait l’air un peu abattu. Je comprenais parfaitement pourquoi. Pour lui, ce cours avait dû être une pluie bienvenue après une longue sécheresse, qui venait combler ses lacunes.
C’était peut-être pour cela que le numéro zéro s’était tant préparé pour le cours du jour. Il n’avait qu’un objectif : satisfaire le professeur On. Moi-même, je n’avais pu retenir un hoquet d’admiration en découvrant la marionnette qu’il avait fabriquée.
Encore une fois, je n’avais eu d’autre choix que de m’incliner devant la magie du professeur Heisen. Plus j’en apprenais sur les ombres, plus je me rendais compte à quel point le numéro zéro était extraordinaire. À part le professeur Heisen, personne n’aurait pu créer une ombre pareille.
Si l’occasion se présentait, ce serait une bonne idée d’emmener de nouveau le numéro zéro assister à un cours. Plus il progresserait, plus il me serait utile. Je suivis le numéro zéro avec Mira et lui caressai doucement la tête.
Quand nous franchîmes la porte reliant la tour à l’extérieur, un brouhaha nous parvint. Il venait de la foule qui remplissait les lieux. La tour était pleine de monde, comme ça.
Je plissai les yeux pour les observer. Ils avaient l’air humains, mais c’étaient tous des marionnettes créées par le professeur On. Même en imprégnant mes yeux de pouvoir magique pour examiner leurs corps, je ne percevais rien d’autre que des humains.
Je claquai doucement la langue. J’avais fait beaucoup de recherches ces cinq dernières années, mais il m’avait été impossible de créer des marionnettes comme celles-là. Et ce n’était pas seulement parce que mon niveau était insuffisant.
Si c’était le cas, d’autres marionnettistes auraient eux aussi pu en fabriquer de semblables. Après tout, ces marionnettes à l’apparence humaine avaient une structure très simple. Pourtant, à part le professeur On, je n’avais jamais vu personne en créer de telles.
Mauro m’avait dit quelque chose, un jour : ce qui comptait dans l’art de la marionnette, ce n’était pas la taille du bois. Il avait raison. Dans cet art, le savoir, l’expérience et le talent passaient avant le pouvoir magique.
Si le niveau avait été le facteur déterminant, je n’aurais pas remporté la dernière compétition. À cet égard, l’art de la marionnette était une magie qui me convenait parfaitement.
Alors, un jour, je réussirais sûrement à créer des marionnettes comme celles-là. Et aujourd’hui, j’allais le prouver. Je posai discrètement la main sur ma poitrine.
Mes recherches m’avaient appris une chose avec certitude : je n’avais pas encore assez d’expérience ni de connaissances pour fabriquer des marionnettes comme celles-là.
Mais ces cinq années avaient peut-être porté leurs fruits, car j’étais maintenant capable de les imiter un peu. Le résultat de cette épreuve était une création fondée sur mes recherches. J’avais aussi hâte de voir la tête que ferait Tiena en la découvrant.
Après avoir attendu un moment au milieu des marionnettes, je sentis une petite ondulation près de nous. Je tournai les yeux vers cette vague de pouvoir magique et remarquai qu’un carrosse transparent s’était arrêté devant nous, sans que je m’en aperçoive.
[Veuillez monter. Je vais vous conduire à la salle de cours.]
Une force profonde et déterminée émanait du pouvoir magique qui animait le carrosse. Il ouvrit la porte et créa un chemin de pouvoir magique jusqu’à nous. Nous montâmes lentement à bord en suivant ce chemin, puis la porte se referma sans bruit.
Comme toujours, il était venu nous conduire à la salle de cours. Nous étions seuls dans le carrosse. Je sentis qu’il traversait lentement le mur et m’adossai à mon siège.
« Ce carrosse est vraiment confortable. Si je le pouvais, je le ramènerais dans notre tour.
— Hé hé, j’imagine. Irian l’aurait adoré si elle l’avait vu, alors c’est vraiment dommage. S’il était arrivé dans notre tour, il aurait fini au huitième étage.
— Il y avait beaucoup d’amis intéressants, là-haut. Ils me manquent, eux aussi. »
Mira se lécha discrètement les lèvres. Après avoir marmonné ces mots, elle sourit des yeux.
Puisque c’était Mira qui le disait, elle ne devait pas se tromper. Ce carrosse était donc du même niveau qu’un trésor du huitième étage ? À cette pensée, je fis circuler un peu de pouvoir magique vers lui. Le carrosse le repoussa naturellement, et j’acquiesçai.
Pour moi, qui me souvenais d’avoir perdu connaissance et de m’être effondré au septième étage, le dépôt du huitième était une zone inconnue dont je pouvais à peine m’approcher. J’ignorais même ce qui s’y trouvait.
Je n’avais donc pas compris que ce carrosse était si puissant. Enfin, le professeur On était lui aussi un mage qui s’entraînait depuis des millénaires. Il devait forcément posséder beaucoup de trésors de ce genre.
Il y avait un dicton comme ça, non ? Plus un mage est âgé, plus il a d’or dans le ventre. C’était vrai aussi pour le professeur On.
« Le huitième étage, hein… C’est difficile à imaginer. »
Je regardai par la fenêtre. Le carrosse traversait l’espace d’une façon vraiment étrange. Les trésors du huitième étage devaient tous avoir des propriétés de ce genre. Je n’étais pas sûr de pouvoir les maîtriser.
Mais un jour, j’y arriverais. Comme j’avais décidé de tenter le septième étage cette fois-ci. Je me frottai légèrement le menton. En préparant le prochain cours, je comptais tenter une fois le dépôt du septième étage.
Plus les effectifs augmenteraient, plus il faudrait partager le pouvoir avec des trésors. Comme il devenait difficile d’en recruter davantage au sixième étage, il était temps de monter plus haut.
Tandis que je discutais ainsi avec Mira, le carrosse traversa l’espace et arriva bientôt à la salle de cours. La porte s’ouvrit d’elle-même et nous poussa lentement dehors. Une fois sorti, je saluai le carrosse d’un petit geste.
Il disparut aussitôt et traversa l’espace. Comme lorsqu’il était arrivé, je perçus à peine son départ. Il reviendrait à la fin du cours.
En regardant autour de moi, je vis ceux qui étaient arrivés avant nous dans la salle. Nous étions apparemment les derniers. Sentant leurs regards converger vers moi, je baissai légèrement la tête.
« Ravi de vous revoir. Ça fait un moment.
— Ah, te voilà ! »
Gunda leva haut la main et me fit signe. Son corps cuirassé était toujours aussi musclé. Il s’approcha et m’examina de la tête aux pieds.
« J’ai appris que tu étais monté au troisième étage. Ça fait dix ans, c’est bien ça ? Tu débordes vraiment de talent. Félicitations. »
Gunda sourit et me tapota légèrement l’épaule. La nouvelle s’était déjà répandue jusque-là, à ce qu’il semblait. Je souris à mon tour et baissai la tête.
« Merci, c’est gentil. Mais je n’ai eu que de la chance. Je vais avoir du mal à continuer d’avancer à ce rythme. Je me rends compte à quel point la route jusqu’au quatrième étage est longue.
— Si quelqu’un peut aller plus loin, c’est bien toi. … Mais j’ai quelque chose à te dire.
— Je t’écoute. »
Gunda se gratta la tête, puis reprit avec un sourire un peu gêné.
« La présidente de notre association est venue me voir. Comme le cours touche presque à sa fin, elle m’a demandé de te dire que tu devrais envisager de passer dans notre ville. »
Aronia me cherchait ? J’acquiesçai légèrement. J’avais moi aussi prévu de rencontrer les responsables des associations cette fois-ci. Après tout, je devais utiliser mon billet de vœu.
« Voilà, c’est tout ce que j’avais à te dire. Allez, donnons le meilleur de nous-mêmes pour le dernier cours. Cette fois, je ne peux pas perdre non plus. Je dois défendre ma fierté de mage du quatrième étage, pas vrai ?
— J’ai hâte de voir ça. »
Gunda rit et me salua de nouveau, puis retourna à sa place. Je m’inclinai légèrement à mon tour et regardai autour de moi.
Les élèves du cours discutaient entre eux. Ils étaient devenus assez proches, comparé au début.
On pouvait appeler ça un changement dû à la dernière compétition. Ceux qui, au départ, n’auraient été que des inconnus avaient tenu leurs promesses pendant l’épreuve et appris à se faire un peu confiance.
Et c’était moi qui étais au cœur de cette promesse. Comme Gunda, les autres vinrent me voir et échangèrent tranquillement avec moi quelques nouvelles et affaires. Je leur répondis poliment en souriant.
Ces liens perdureraient sûrement même après la fin du cours. Nous étions tous unis par la grande structure de l’association des marionnettistes. À cet égard, on pouvait aussi parler d’influence que j’avais créée.
Cela me serait utile, petit à petit, pour mes activités au sein de l’association. Bien sûr, pour l’instant, ils n’étaient rien de plus que des concurrents. J’examinai discrètement leurs visages. Certains semblaient à moitié résignés ; d’autres débordaient d’assurance.
Comme le cours auquel j’avais assisté auparavant, celui-ci ferait aussi le tri entre ceux qui réussiraient et ceux qui échoueraient. Nous étions douze en tout ; deux au maximum seraient reçus. Peut-être même qu’il n’y en aurait qu’un.
Je ne pouvais donc pas baisser ma garde. Peu importait que j’aie remporté la dernière compétition, ça ne garantissait pas ma réussite à ce cours.
Seul le contenu du cours déterminerait qui réussirait. À cet égard, quelqu’un d’autre avait plus de chances que moi de réussir. Je me dirigeai vers Biogan, qui avait croisé les bras et fermé les yeux.
Plus je m’approchais, plus je sentais le pouvoir magique acéré qui ondulait autour de lui. Il émanait de l’épée qu’il tenait dans ses bras, celle qu’il avait forgée lors de la compétition précédente et que le professeur On avait renforcée.
« Ça fait un moment, Biogan.
— Oui. J’ai quelque chose à te demander. »
Biogan remarqua ma présence et ouvrit lentement les yeux. Il m’adressa un petit signe de tête. Après avoir vérifié les alentours, il baissa la voix.
« Dis à Miorang que j’ai appris la nouvelle au sujet d’Ugo, la dernière fois. Je te serais reconnaissant de lui remettre ceci aussi.
— Bien sûr. »
Je sortis un rouleau de ma bourse spatiale et le lui tendis. Biogan le prit et le glissa dans ses vêtements, puis se mit à manipuler le fourreau. Un papier caché à l’intérieur passa entre ses mains et les miennes.
Il venait de Miorang. Après en avoir parcouru rapidement le contenu, j’acquiesçai. Je baissai un instant les yeux sur Biogan, qui avait de nouveau fermé les yeux et s’était plongé dans le silence.
Je me rappelai qu’il nous avait trahis pendant la compétition. À l’époque, je ne m’étais pas demandé pourquoi. Dès que j’avais découvert le traître, connaître la raison de cette trahison n’avait plus eu d’importance.
Mais après la compétition, sa motivation avait commencé à m’intriguer. En échangeant ainsi des lettres avec Miorang pour obtenir des informations, j’avais fini par l’apprendre.
Je glissai le papier contre ma poitrine et secouai la tête. Je m’étais trompé en le prenant pour un traître. Il n’avait jamais été de notre côté, pour commencer.
Miorang ne venait pas d’une grande famille, mais il était le fils d’une famille de mages qui dominait toute une région. Fidèle à ses origines, il avait aussi plusieurs hommes à ses ordres à l’université. Biogan était l’un d’eux.
À cet égard, on ne pouvait pas parler de trahison. Biogan était déjà lié à Miorang avant la compétition. S’il avait toujours été un homme de Miorang, en quoi pouvait-on dire qu’il nous avait trahis ?
Je devais revoir mon jugement, moi qui l’avais méprisé en le traitant de faux épéiste. Il s’était simplement montré loyal envers son maître.
À cause de cela, je ne pouvais qu’admirer le talent de Miorang. Il avait placé l’un de ses hommes dans une association d’une autre ville. Je comprenais parfaitement ses intentions.
Comme moi, il cherchait à étendre son influence dans l’association des marionnettistes. Il devait sûrement avoir quelques hommes à ses ordres dans d’autres associations aussi.
Il était vraiment remarquable. Dès que j’avais appris cela, j’avais pris une décision : je devais entretenir de très bonnes relations avec Miorang.
J’ignorais ce qu’il cherchait à accomplir au sein de l’association, mais je n’avais aucune raison de m’opposer à lui. Pourquoi créer des tensions alors qu’il existait une méthode toute simple : la coopération ?
Nous étions ainsi parvenus à une sorte d’accord. C’était lui aussi qui m’avait indiqué où se trouvait Ugo. J’avais ensuite transmis cette information à ceux qui le traquaient.
Ne serait-il pas préférable d’absorber peu à peu l’association des marionnettistes en coopérant de cette façon ? À cet égard, Biogan était un bon intermédiaire. Il m’était utile comme source d’informations, comme à l’instant.
Bien sûr, pour le moment, il était mon concurrent le plus sérieux. Il avait réussi chacune des épreuves données par le professeur On. Son talent pour les marionnettes était bien réel.
C’était aussi pour cela que je le respectais ainsi. Miorang avait déjà payé le prix de ce malentendu sur la trahison. Après avoir terminé cette brève conversation avec Biogan, je me levai.
Le cours allait bientôt commencer. Je me déplaçai et m’assis sur une chaise. Mira et le numéro zéro s’installèrent à côté de moi.
Le professeur On apparut dans la salle à l’heure prévue. À ses côtés, Tiena souriait, la tête posée sur son épaule. Le pouvoir magique du professeur On se répandit lentement et attira notre attention.
Dans la salle silencieuse, le professeur On monta sur l’estrade, puis promena lentement son regard sur nous. Son visage exprimait un profond ennui.
Tiena lui donna un léger coup de coude. Le professeur On acquiesça et la serra dans ses bras. Il lui adressa un petit sourire, puis prit la parole.
« C’est donc le dernier cours ? Voilà déjà cinq ans que je vous enseigne. C’est bien trop court, comme je m’y attendais.
— Je ne veux pas que ça se termine… »
Le professeur On nous fixa en silence. Ses yeux brillèrent d’une lueur indifférente. Il reprit lentement :
« J’ai suivi l’évolution de vos marionnettes. Certaines ont atteint le niveau requis, d’autres non. Et il y en a que je n’avais encore jamais vues. »
Je sentis le regard du professeur On passer brièvement sur moi. Je baissai légèrement la tête.
« Nous n’avons pas le temps, alors passons rapidement au cours de clôture. Ensuite, je récupérerai vos travaux. Ce sera le dernier critère sur lequel je m’appuierai pour vous évaluer. »
Le professeur On agita la main. Du pouvoir magique jaillit du bout de ses doigts et nous atteignit. Porté par ce flux, un livre fut remis à chacun de nous. C’était le manuel utilisé pendant le cours.
Il comptait vraiment faire cours. Le numéro zéro ouvrit son livre d’un air ravi, puis regarda le professeur On. Je ressentais la même chose. Le professeur On promena les yeux sur nous et se mit à parler lentement.
« Cette fois, je vais vous parler de l’achèvement des marionnettes. Regardons le livre ensemble. Ouvrez-le à la page 472. Ici… »
Le cours commença rapidement et se poursuivit sans interruption. En l’écoutant, je fronçai légèrement les sourcils. Quand je regardai autour de moi, les autres affichaient la même expression.
Ils ne semblaient pas comprendre correctement le contenu. Ce n’était pas étonnant. Si les cours précédents avaient été adaptés à notre niveau, celui-ci était rempli dès le départ de connaissances d’un tout autre ordre.
C’était pareil dans le manuel ouvert devant moi. Le professeur On insuffla du pouvoir magique dans l’air et dessina une figure. On aurait dit un cercle magique fortement comprimé. Il le tint dans sa main et nous regarda.
« Voici le cercle magique qui constitue le cours d’aujourd’hui. Vous ne le comprendrez probablement pas. Je vous le montre tout de même pour que vous le graviez dans vos mémoires. Si vous parvenez à le comprendre, vos marionnettes seront parfaitement abouties. »
J’observai attentivement le cercle magique. Il était petit, assez pour tenir dans la main du professeur On, mais le réseau de circuits qu’il renfermait était plus complexe que celui de tous les cercles magiques que j’avais vus jusque-là. Pas étonnant que je n’y comprenne rien.
Le professeur On poursuivit ses explications en tenant le cercle magique. À l’écouter, j’avais l’impression de saisir un peu son intention. Je me frottai discrètement le menton. Le mieux était de voir cela comme une transmission de savoir.
Puisque nous en étions au dernier cours et qu’il ne pourrait plus nous enseigner après, il traçait une voie claire pour nous permettre d’y réfléchir à l’avenir.
Il nous enseignait tout cela avec tant de sérieux jusqu’au bout. J’en fus un peu ému. À certains égards, il n’avait peut-être rien à envier à un vrai professeur.
Je devais donc respecter sa volonté et me souvenir de chacun de ses mots jusqu’à la fin. Je devais absorber autant de connaissances que possible. Après cela, je ne pourrais plus assister à ce cours.
Je restai concentré, et le cours se poursuivit encore longtemps avant de prendre fin. Le professeur On referma tranquillement le manuel et se tut. Puis il jeta un coup d’œil aux livres posés devant nous.
Après un instant de réflexion, il agita légèrement la main. Je sentis le pouvoir magique imprégné dans les livres se libérer lentement.
« Je pourrais vous les offrir. Voilà longtemps que les douze villes n’ont pas toutes envoyé des représentants. J’espère que vous les consulterez et que vous comprendrez mieux ma théorie. »
Je caressai doucement le manuel. Le savoir qu’il contenait valait mille pièces d’or. Et il nous l’offrait comme ça ? Je m’inclinai profondément devant le professeur On.
Je comprenais parfaitement son intention. Il voulait que nous continuions à progresser en nous appuyant sur cette base. Je n’aurais jamais cru trouver tant d’égards sous une apparence aussi froide. J’en étais profondément reconnaissant.
Les autres l’avaient compris eux aussi, car ils baissèrent la tête comme moi. Le professeur On ne leur prêta aucune attention et croisa le regard de Tiena. Puis il sourit faiblement et l’embrassa.
Après ce long baiser, il finit par nous regarder d’un air satisfait.
« Le cours est terminé. Il ne nous reste plus qu’à déterminer qui réussira. C’est la règle de l’université, après tout. »
J’avalai ma salive et manipulai la bourse spatiale cachée contre ma poitrine. L’évaluation des travaux allait commencer. Les résultats détermineraient qui serait reçu.
La dernière épreuve donnée par le professeur On était très simple. Elle ressemblait à certains égards à ce que j’avais fait lors de la compétition précédente : fabriquer la marionnette que l’on était le plus sûr de réussir.
C’était une épreuve idéale pour conclure le cours. Nous pouvions y montrer tout ce que nous avions appris. Et j’avais confiance en ma marionnette.
Je posai la main sur ma poitrine. Myoil, qui avait pris racine en moi, sentit ma volonté et passa la tête hors de ma poitrine. Je lui caressai la tête et fermai les yeux. La marionnette que j’avais fabriquée cette fois-ci était, elle aussi, destinée à Myoil.
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