Chapitre 173
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Surviving in the Magic Academy
Chapitre 173
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173.
Je retournai la pièce entre mes doigts et poussai un soupir. Le successeur du professeur On… Je n’aurais jamais cru que le sens gravé sur cette petite pièce serait aussi lourd de conséquences.
Pas étonnant que tout le monde se soit montré aussi agressif. La plupart de ceux qui avaient reçu des fragments de pièce devaient savoir ce qu’ils signifiaient. Si je l’avais su, moi aussi, j’aurais pris les choses bien plus au sérieux.
Dans un sens, Mauro avait peut-être eu raison de ne rien me dire. J’avais pu m’en servir pour obtenir la coopération de Miorang et, en plus, j’avais même réussi à mettre la main sur Ugo.
Bien sûr, au bout du compte, la pièce avait été complétée. Mais Mauro devait s’y attendre. C’était pour cela qu’il avait modifié les règles du pari en coulisses.
Il avait su tirer parti du fait que les chefs d’association ne resteraient pas les bras croisés à regarder quelqu’un d’autre prendre la place de successeur. En se tenant mutuellement à l’œil, ils avaient fini par faire tomber Aronia, qui était la candidate la mieux placée, grâce à ma victoire.
Le pari était donc devenu caduc et la pièce était revenue à Mauro. Puis il me l’avait refilée. Je claquai légèrement la langue.
Comme Mauro l’avait dit, c’était une sorte de bon pour un vœu. Les chefs d’association étaient tous au stade de l’Accomplissement, autrement dit au neuvième étage ou au-delà. Avoir la possibilité de demander quelque chose à des gens pareils n’était pas une occasion qui se présentait tous les jours.
Mais cette pièce était à la fois un bon pour un vœu et un insigne de successeur. Les chefs d’association ne me laisseraient donc certainement pas tranquille s’ils convoitaient cette pièce.
Bien sûr, je n’avais pas à craindre pour ma vie. Il était évident que détenir cette pièce ne faisait pas de quelqu’un le successeur. Tant que Mauro, le successeur actuel, ne le déclarerait pas, le titre ne serait pas transmis.
C’était sûrement pour cela que Mauro me l’avait tendue avec autant de désinvolture. Enfin, même ainsi, les ennuis étaient inévitables. La raison pour laquelle il me l’avait donnée était limpide.
On pouvait voir ça comme une sorte de déclaration aux autres chefs d’association. Il leur disait qu’il me confiait la décision concernant la succession.
Dans ce cas, la solution était tout aussi simple : je n’avais qu’à refiler la pièce à quelqu’un d’autre. Mais je n’en avais pas l’intention. Elle pouvait me mettre directement en relation avec les chefs d’association.
Je fronçai légèrement les sourcils. Je voulais étendre mon influence au sein de cette association. Mauro l’avait clairement compris et me l’avait donnée pour cette raison. Après tout, c’était probablement le meilleur cadeau qu’il pouvait m’offrir.
J’avais pourtant fait de mon mieux pour cacher mes pensées. Je ne m’attendais pas à ce que Mauro les devine aussi facilement. L’expérience, ça ne se prenait vraiment pas à la légère. Je secouai doucement la tête.
Bien sûr, c’était lourd à porter. Le pouvoir des chefs d’association n’avait rien à voir avec le mien. Mais le danger n’allait jamais sans une occasion à saisir. Cette compétition n’avait-elle pas été pareille ?
« À titre personnel, je trouve que ce serait très bien qu’Evron devienne le successeur. Ça a l’air plus amusant, comme ça. »
Mira sourit d’un air espiègle et me serra contre elle. Sous sa pression, je m’enfonçai tout doucement dans ses bras. Une profonde senteur de rose émanait de cette étreinte chaleureuse.
Je toussotai et m’enveloppai d’autant de pouvoir magique que possible. Puis je secouai légèrement la tête. Comme l’avait dit Mira, si je gardais cette pièce, je pourrais devenir le successeur du professeur On. Après tout, Mauro m’avait reconnu.
Mais je n’avais aucune raison d’aller jusque-là. J’étais déjà à moitié lié à la tour de la professeure Irian. Et pas seulement à cause du contrat : tout mon parcours de progression s’était construit là-bas.
Pourquoi aurais-je convoité cette tour ? De plus, pour m’emparer de la succession, je devrais affronter des adversaires redoutables, bien plus puissants que moi : les chefs d’association.
Je n’avais donc aucune raison de convoiter ce titre et de me mettre à dos ces gens. D’autant qu’il restait encore très longtemps avant que le professeur On ne s’en aille.
Deux cents ans. C’était l’avenir lointain, mais aussi un délai incroyablement court. Pour devenir professeur, il fallait d’abord dépasser le stade de l’Accomplissement. Ce n’est qu’ensuite que ce domaine pouvait être considéré comme achevé.
Pour moi, qui n’étais encore qu’au deuxième étage, c’était hors de portée. Je ne pourrais pas atteindre un tel domaine en seulement deux cents ans. Dans ces conditions, cette affaire encombrante n’avait pas beaucoup de valeur à mes yeux.
Je n’avais donc qu’à en tirer le plus de bénéfices possible, sans m’attirer l’hostilité des chefs d’association et d’une manière qu’ils puissent accepter. Voilà la voie que je suivrais désormais.
Je me léchai les lèvres et regardai autour de moi. Je remarquai alors de nombreuses boutiques qui flottaient près de ce parc suspendu. Des marionnettes s’activaient entre elles.
La compétition avait dû durer un bon moment, car plusieurs personnes entraient dans ces boutiques et en ressortaient. Elles devaient faire des achats. Je glissai la pièce dans mes vêtements.
Pour l’instant, inutile de me préoccuper davantage de cette pièce. Je m’en occuperais plus tard. Ils viendraient de toute façon me trouver les premiers ; je n’aurais qu’à agir ensuite. Pour le moment, je devais profiter de cette fête.
Plus tôt, en concluant la compétition, j’avais pris confiance en moi et compris quelque chose. Cette compréhension m’avait aussi permis de mieux saisir la piste qui me mènerait à progresser.
Mais la compétition de base à laquelle j’avais participé n’était qu’une partie de ce rassemblement. En réalité, les mages du quatrième étage et des étages inférieurs n’y occupaient pas une place très importante. C’était pour cela qu’on leur avait confié l’événement d’ouverture.
Les épreuves les plus importantes allaient forcément venir ensuite. Dans ce sens, tout n’était pas encore terminé. De nombreux événements nous attendaient.
Mes yeux brillèrent discrètement. S’il y avait une compétition de base, il devait forcément y avoir une compétition avancée. Koite avait dit qu’il y participerait, non ? Si j’allais y jeter un œil, je pourrais peut-être apprendre encore davantage.
Je devais donc me dépêcher. Je perdrais au change si je ne profitais pas des autres événements.
J’essayai de bouger un peu pour sortir de ce cocon, mais il me retenait fermement. Je levai les yeux vers Mira. Elle croisa mon regard et me caressa la tête.
En la voyant rire d’un air espiègle, je laissai échapper un léger soupir. Elle n’avait clairement pas l’intention de me lâcher. Apparemment, j’allais devoir me déplacer comme ça.
Je lui adressai un sourire un peu amer. Je pouvais deviner les malentendus que les autres risquaient d’avoir, mais je n’y pouvais rien. Dans mon état actuel, impossible de m’échapper.
« La compétition est terminée, alors nous devrions y aller aussi. Tu as envie d’aller quelque part ? »
Puisque j’étais de toute façon lié à Mira, son avis comptait. À ma question, elle posa légèrement un doigt sur son menton. Puis elle sourit de toutes ses dents et haussa les épaules.
« N’importe où me va. Allons là où Evron veut. »
Je hochai légèrement la tête. D’après ce que je voyais, toutes sortes d’événements se déroulaient dans la clairière. On pourrait aussi aller y jeter un coup d’œil. Mais avant de vérifier ce qui s’y passait, quelque chose de plus important m’attendait.
« Alors, si on allait d’abord à la prison ? Il y a quelqu’un que je dois voir là-bas. »
« Ah, tu veux d’abord aller voir cette personne. Hum… ça a l’air amusant. Ça m’intéresse aussi. »
Mira plissa les yeux en souriant. Je hochai la tête et me frottai le menton. Plusieurs personnes étaient mortes pendant cette compétition. C’était arrivé au cours de la sélection d’un successeur.
Et cela avait provoqué quelques remous. Quelqu’un ne pouvait pas profiter de la fête : Ugo. J’avais brièvement appris avant la cérémonie de remise des prix qu’il avait été scellé.
Je songeai à la prison où se trouvait Ugo et étirai les lèvres en un sourire. Il m’avait généreusement tout offert, pour moi. Il fallait donc que j’aille le réconforter, maintenant qu’il était enfermé.
Je devais aussi lui expliquer comment la situation évoluait. Ce serait la dernière étape pour conclure cette compétition. Et l’aboutissement de ma vengeance.
Comme je riais tout seul, Mira me donna une petite tape sur la joue. Puis elle se mit à me masser les commissures des lèvres avec ses deux mains. Quand je levai les yeux, je la vis secouer la tête d’un air sévère.
« Tu ne dois pas faire une tête aussi sinistre. En ce moment, Evron est très mignon. Cette expression est interdite à partir de maintenant. »
Sur ce ton catégorique, je ne pus que cligner des yeux en silence. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle cherche à maîtriser jusqu’à mes expressions. Ses yeux brillaient. Son regard posé sur moi exprimait une envie intense, d’une manière ou d’une autre.
Mira ne se contenta pas de me prévenir à l’oral. Je sentis une brume s’épanouir au bout de ses doigts et s’infiltrer en moi. Elle se mit naturellement à transformer mon expression.
Mira préleva un peu de brume, la façonna en miroir et le plaça devant moi. Dans le reflet, j’affichais un grand sourire radieux. Mais Mira ne sembla pas s’en contenter et pencha la tête.
Après un instant de réflexion, elle rit doucement et se mit à me tripoter le visage. Mon reflet se transforma lentement sous ses doigts.
Mes cheveux bouclés se lissèrent en douceur et mes yeux, ternis par la fatigue, se mirent à briller. Quant à mes joues un peu rouges et rebondies, je ne savais pas comment elle avait réussi à les créer, mais c’était impressionnant. Dans le miroir, je devins ainsi un enfant à l’air parfaitement innocent.
Une fois mon visage arrangé, Mira parut satisfaite et hocha la tête. Puis elle éloigna lentement ses doigts. La brume qui maintenait mon visage en place commença à se dissiper.
J’essayai de reprendre mon visage habituel. Le résultat pouvait paraître plausible, mais pour moi, qui devais le porter, c’était extrêmement inconfortable. Ma tentative échoua rapidement.
Je levai les yeux. Dès que j’essayai de mobiliser mon pouvoir magique, Mira me tapota doucement la joue du doigt. C’était une sorte d’avertissement.
En voyant ses yeux brillants, je relâchai discrètement mon pouvoir magique. Hum, tant qu’elle me tenait comme ça, j’allais devoir me plier à ses envies. Sinon, elle risquait même de vouloir changer mes vêtements.
Une fois de retour à la tour, il faudrait que je termine rapidement de construire mon corps. Sinon, je risquais de continuer à subir ce genre de choses. À partir de maintenant, je devais prendre un peu mieux soin de mon corps.
Mira me caressa légèrement la tête, puis se mit à marcher lentement. Après avoir quitté le parc, elle se chargea de pouvoir magique et traversa les airs.
Après avoir descendu tout le chemin jusqu’au sol, nous aperçûmes un immense château. C’était là qu’avait eu lieu la deuxième épreuve de la compétition. Le professeur On et Tiena devaient encore s’y trouver.
Nous nous dirigions vers un endroit adossé à l’un des murs du château. Le coin le plus isolé de la clairière, peut-être ? Plus nous nous en approchions, plus le pouvoir magique se faisait pesant.
Après avoir traversé cette force magique qui écrasait les environs, nous arrivâmes devant une petite porte. Ugo se trouvait là. Mira ouvrit la porte et entra sans hésiter.
L’intérieur de la prison était très sombre. Il faisait tout de même assez clair pour distinguer ce qu’elle contenait. Je plissai les yeux et regardai autour de moi.
La pièce était gravée de nombreux sorts. En son centre, j’aperçus un cristal transparent, semblable à de la glace. Ugo se trouvait à l’intérieur, les yeux tranquillement clos.
Dans les bras de Mira, je m’approchai lentement de lui. Sans doute sentant notre présence, Ugo ouvrit peu à peu les yeux. Je croisai son regard et lui fis un petit signe de la main. J’étais vraiment content de le revoir.
À ma vue, le visage d’Ugo se crispa légèrement. Hum, il devait être content de me voir, lui aussi. Je le détaillai de la tête aux pieds et claquai légèrement la langue.
« On dirait que tu n’es pas très à l’aise ici. Tu as vraiment mauvaise mine. »
Emprisonné dans le sceau, Ugo avait l’air lamentable. Il était exactement comme lorsque nous l’avions vaincu pendant la compétition. On aurait dit qu’on l’avait amené ici dès son élimination. En le voyant ainsi, je haussai les épaules.
« Malgré tout, tu as de la chance. On dirait que le professeur On ne te tuera pas, Ugo. On te libérera dès que le rassemblement sera terminé. »
Ugo grinça des dents en silence. Il avait probablement déjà entendu ce qui l’attendait. Je soutins son regard avec un sourire détendu.
« Oh, on ne va pas le tuer ici ? Alors, j’aurai ma chance, moi aussi. Héhé, j’ai vraiment hâte. »
Mira arborait un sourire doux. Ses yeux se plissèrent en croissants de lune, et j’en vis s’échapper une intention meurtrière diffuse. Elle imprégna les environs.
Si elle dégageait une telle intention meurtrière, c’était certainement parce qu’Ugo m’avait tué. Après tout, ma vie lui appartenait. Je hochai la tête.
Du point de vue du professeur On, il n’y avait aucune raison de tuer Ugo. Celui-ci avait participé à la compétition tout à fait normalement. Tuer des gens et utiliser leurs cadavres pouvaient, au bout du compte, être considérés comme des actes conformes au but de la compétition.
J’observai Ugo en silence. S’il avait été capturé de cette façon, c’était malgré tout parce qu’il avait enfreint les règles de l’association, celle qui interdisait de faire volontairement du mal aux autres membres.
Si quelqu’un était mort par erreur ou accident au cours d’un combat, il n’y aurait eu aucune raison de l’enfermer ainsi. On n’aurait pas considéré ça comme intentionnel. Un simple avertissement aurait suffi.
Mais la manière dont il traquait les gens était d’une cruauté absolue. Il tuait ses adversaires d’un coup, avant même qu’ils aient le temps de se rendre. Comme il l’avait fait avec moi.
Bien sûr, son pouvoir magique agissait avec une grande discrétion. Ceux qui se trouvaient à l’extérieur avaient dû le voir et croire à un accident. C’était pour cela que j’avais tenté de révéler ses actes dès ma sortie.
Mais il se passa alors quelque chose que je n’avais pas prévu. Une avalanche de témoignages sur ses agissements avait déjà déferlé. Et ils venaient de ceux qu’il avait tués.
La méthode pour recueillir le témoignage des morts était très simple : on avait ressuscité ceux dont l’âme était encore vaguement présente. C’était l’œuvre du professeur On.
Je me grattai le menton. Une fois de plus, je constatai que le pouvoir du professeur On était sans limite. Il avait reconstitué les corps des morts, puis leurs âmes y avaient été directement intégrées.
D’après ce que Mauro m’avait raconté, c’était parce qu’un trop grand nombre de personnes étaient mortes cette fois-ci. S’il n’y en avait eu qu’une ou deux, cela aurait peut-être été différent, mais autant de décès attireraient forcément l’attention de l’université.
Pas étonnant que le professeur On n’ait pas prêté grande attention aux agissements d’Ugo. À ses yeux, la mort n’était qu’une chose insignifiante. Voilà pourquoi il ne l’avait pas tué et lui avait simplement laissé la dette liée au coût de la reconstitution de ces corps.
À certains égards, ils me ressemblaient donc un peu. Leurs âmes s’étaient installées dans des corps de marionnettes. Et ces personnes ressuscitées avaient témoigné contre Ugo.
Comme elles étaient celles qui étaient mortes, elles avaient dû percevoir facilement le pouvoir magique d’Ugo. C’est ainsi qu’il avait été enfermé en prison, en guise de punition. Ça s’était produit avant même la fin de la compétition.
Ugo, et plus encore Gaon, le chef de son association, avaient sûrement prévu qu’une telle situation se présenterait. Et pourtant, ils l’avaient fait quand même. Je n’avais pas compris pourquoi jusque-là, mais à présent, je voyais clairement la raison.
Je sortis la pièce de mes vêtements, la fis légèrement sauter du doigt et souris à Ugo.
« C’est ça que tu voulais, Ugo ? Regarde. La pièce a été complétée. D’une manière ou d’une autre, elle a fini entre mes mains. »
Ugo la vit et ouvrit de grands yeux. Il libéra alors son pouvoir magique à l’intérieur du cristal et tenta de s’échapper. Mais la force qui le retenait l’écrasa avec violence.
J’observai la scène en silence. Impossible de savoir quel genre de magie constituait ce cristal. Je pouvais néanmoins dire qu’il s’agissait d’une forme de magie spatiale.
La preuve, je n’entendais pas un traître mot de ce qu’il me disait. Mais à en juger par sa réaction, il semblait entendre ce que je racontais. Je ris doucement et fis tinter la pièce entre mes doigts.
Je comprenais parfaitement ce qu’Ugo avait eu en tête. Si Gaon obtenait la succession grâce à cette pièce, il avait dû estimer qu’ils pourraient absorber toutes les pertes, quoi qu’Ugo fasse.
Cette tour avait une telle valeur.
Je regardai autour de moi. Même l’endroit où se tenait la fête en ce moment ne représentait qu’une partie de la tour. À son départ, le professeur On la remettrait directement au successeur. Sa valeur dépassait l’imagination.
Mais ils avaient échoué, parce que j’avais mis Ugo hors d’état de nuire. Voilà pourquoi il était dans cet état misérable, à présent. Il devait me fixer avec autant de haine pour cette raison.
Je lui adressai un grand sourire. Pour une raison ou une autre, son regard m’amusait. Le rassemblement terminé, il serait naturellement libéré. Pourrait-il encore nourrir autant de rancœur à ce moment-là ? Le temps nous le dirait.
« Ah, et je vais garder cette marionnette avec plaisir. J’ai rendu les leurs aux autres, mais je suis désolé de dire que je ne peux pas en faire autant pour Ugo. Cette marionnette m’a choisi, voyez-vous. »
Je fouillai tranquillement dans mes vêtements et en sortis la sacoche spatiale. La marionnette féminine en jaillit. Son corps fissuré était toujours instable. Mira la regarda et claqua légèrement la langue.
Ugo vit cette marionnette et ouvrit de grands yeux. Son regard ne quittait pas la gemme rouge incrustée dans sa poitrine.
Un lien net avec moi émanait de la gemme. Il s’était formé lorsque l’âme qu’elle renfermait et la mienne s’étaient entremêlées. Ugo semblait l’avoir remarqué, lui aussi.
Les yeux injectés de sang d’Ugo répandirent leur intention meurtrière dans toutes les directions. En voyant son visage, je souris, satisfait. Oui, c’était bien cette expression que je voulais voir.
« Fais une jolie tête. C’est un avertissement. »
Mira me tapota la joue. Je sentis la brume frémir le long de son doigt. Je repris alors discrètement le même air innocent que tout à l’heure.
Mira hocha la tête, satisfaite. Hum, l’ambiance était complètement retombée. Je toussotai et regardai Ugo.
« Ça ne me dérange pas que tu le racontes à Gaon. Enfin, je ne sais pas si Gaon t’aidera, Ugo. Ça, tu devras t’en occuper toi-même. »
Ugo était membre de l’association de Gaon. Ce dernier lui faisait suffisamment confiance pour lui confier cette pièce. À ce titre, Gaon pouvait représenter une grande menace pour moi. La puissance d’un chef d’association m’était difficile à encaisser.
Mais allait-il vraiment chercher à se venger pour Ugo ? Je secouai légèrement la tête. Je ne le pensais pas. Lors de la deuxième épreuve, Gaon m’avait montré qu’il agissait en fonction de la raison.
S’il avait voulu se venger, il aurait tenté par tous les moyens de me faire tomber. Mais il avait pesé le pour et le contre, puis m’avait donné ma chance, à moi qui avais les meilleures chances de l’emporter. Je ne pensais pas qu’un homme comme lui chercherait inutilement à se montrer hostile envers moi.
Je tripotai la pièce en silence. Elle était entre mes mains, après tout. Il viendrait donc forcément me trouver d’une autre manière. Je n’avais moi non plus aucune envie de m’attirer sans raison l’hostilité de Gaon.
Il n’y avait pas de rancune personnelle entre nous. Ruiner son plan après qu’il avait tenté de me faire tomber suffisait comme vengeance. Ne serait-il pas préférable de régler les choses sans heurts ?
Dans ce cas, il ne restait qu’une seule personne qui m’en voulait : Ugo, juste devant moi. Et sa rancœur ne me paraissait pas si effrayante.
Je levai les yeux vers Mira. L’intention meurtrière qu’elle dégageait était particulièrement forte. Quelqu’un du niveau d’Ugo aurait sûrement du mal à la supporter. Mais ce n’était pas sur elle que je comptais.
Ugo m’en voulait. C’était probablement parce que j’avais fait échouer son plan. Mais sa rancœur pouvait-elle vraiment être plus forte que celle de ceux à qui il avait pris la vie ?
Les personnes ressuscitées dans de nouveaux corps avaient clairement retrouvé leur puissance d’origine. Mais même si le professeur On avait reconstitué leurs corps, quelques problèmes subsistaient.
Si je n’avais pas eu de mal à intégrer ce corps fragile, c’était à cause de l’imperfection de mon âme. Il suffisait que les fragments de mon âme se rejoignent pour n’en former qu’une seule.
Mais eux ne partageaient pas cette particularité. Leurs âmes étaient intactes, alors il leur faudrait beaucoup de temps pour s’adapter à leurs nouveaux corps. Cela limiterait sans doute aussi leur progression à l’avenir.
Pour un mage, progresser dans son domaine était la priorité absolue. La rancœur des morts pouvait donc être considérée comme gravée dans leur âme. Alors, maintenant que la marionnette féminine avait disparu, Ugo pourrait-il vraiment supporter leur ressentiment ?
« Tu ferais mieux de t’inquiéter pour les autres plutôt que pour moi. Ils se sont tous déjà rassemblés pour s’en prendre à Ugo. Comme Ugo a beaucoup fait pour moi, je suis venu te prévenir du danger, pour rendre la pareille à ta gentillesse. »
Ugo fronça légèrement les sourcils. Il semblait avoir compris la situation, lui aussi. Comme je l’avais dit, les personnes ressuscitées s’étaient alliées pour s’en prendre à Ugo. Et c’était moi qui les avais réunies.
Elles le traqueraient. Bien sûr, comme nous étions à l’université, il serait impossible de le tuer, mais le tourmenter ne serait pas difficile. Après tout, les mages savaient très bien entretenir ce genre de haine.
N’avais-je pas moi-même souffert de ce genre de choses ? Je connaissais donc parfaitement la nature sombre et perverse des mages. Au milieu de tous ces ennuis, il continuerait à souffrir.
Sans doute aussi longtemps qu’il resterait à l’université. Non, peut-être même après l’avoir quittée. Je haussai les épaules. C’était bien malheureux. Voilà pourquoi j’évitais autant que possible de créer des dettes et des rancunes.
Bien sûr, dès qu’une rancune naissait, il fallait la régler jusqu’au bout. Je plissai les yeux. Tout préjudice qu’on me causait devait être rendu au décuple. C’était aussi pour respecter cette règle que j’agissais ainsi.
Au départ, j’avais prévu autre chose pour Ugo, mais puisqu’une meilleure méthode s’était présentée, autant l’utiliser. Les ressuscités continueraient à faire pression sur lui.
Ugo avait dû s’en rendre compte, car son visage se décomposait. En le voyant, je laissai échapper un rire satisfait. Personnellement, j’espérais qu’il tiendrait longtemps. Plus il endurerait, plus les gens le verraient et se souviendraient de moi.
C’était ma vengeance, mais aussi le moment d’affermir mes convictions. Si quelqu’un s’en prenait à moi, je me vengerais jusqu’au bout. En revanche, si quelqu’un se montrait bienveillant envers moi, je lui rendrais la pareille. Je devais graver cette idée en moi, mais aussi dans l’esprit des autres.
À force de répétition, les autres finiraient eux aussi par me traiter avec bienveillance. Quoi de plus beau qu’un monde où la bienveillance serait la seule chose qui circule ? C’était le monde dont je rêvais.
J’éclatai de rire. Mira me lança un nouvel avertissement, et je n’eus d’autre choix que de modifier encore mon expression. Je repris mon air innocent et lui adressai un grand sourire. Ma vengeance s’achevait ainsi.
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