Chapitre 172
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Surviving in the Magic Academy
Chapitre 172
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172.
Une fois la compétition terminée sur ma victoire, une petite cérémonie de remise des prix fut organisée pour nous. Les récompenses furent distribuées devant le château, sous les yeux de tous les marionnettistes rassemblés.
Le professeur On trouvait toute cette procédure terriblement agaçante, mais Tiena, qui l’encourageait à ses côtés, ne lui laissa pas le choix : il fallut aller jusqu’au bout. Les prix furent remis, les participants bénis, et la compétition prit enfin fin.
Je tripotai discrètement la bourse spatiale dans mes bras. Il me semblait y sentir un léger poids. Notre récompense était simple : des pièces, la monnaie en usage dans ce monde.
En tant que vainqueur, je reçus cinq cents pièces en tout. La pilule Frétillant n° 1, qui donnait à une marionnette l’apparence de la vie, coûtait trente pièces. Même convertie en points, cette somme dépassait donc largement plusieurs millions : une excellente affaire.
Et, comme je l’avais promis lors de la première manche, je les distribuai généreusement. J’en donnai près de deux cents aux autres. Un peu plus que ce que je leur avais promis.
Mais je n’avais pas du tout l’impression de gaspiller mon argent. Ce qui comptait davantage, c’était l’image que je m’étais forgée auprès des membres de l’association : quelqu’un de fiable, qui tenait toujours parole.
De ce point de vue, distribuer ces pièces pouvait aussi être considéré comme un investissement. J’aurais encore affaire à cette association pendant longtemps. Dans ces conditions, j’étais certain que la bonne volonté dont j’avais fait preuve me serait utile à l’avenir.
Après en avoir ainsi distribué près de deux cents, il m’en restait trois cents. Avec ça, je pouvais sans doute acheter presque tout ce que je voulais. Bien sûr, pour l’instant, je n’avais pas vraiment la tête à faire tranquillement les boutiques.
J’avais plus important à faire : sortir de la crise qui se présentait à moi. Mon corps tressaillit légèrement. C’était une sorte de réflexe dû au fait que j’étais resté agenouillé trop longtemps.
Je n’avais plus ressenti ça depuis que le pouvoir magique avait pris le contrôle de mon corps. Depuis que j’avais hérité de ce corps fragile, je ne pouvais plus le maîtriser avec mon pouvoir magique comme avant ; voilà pourquoi ça m’arrivait.
Je n’aurais jamais cru que ne plus pouvoir contrôler mon propre corps serait aussi frustrant. Bien sûr, si je m’étirais les jambes, ça irait mieux très vite. Mais je ne pouvais pas me le permettre pour le moment.
Je levai les yeux. Mira me regardait de haut, les bras croisés. Dès la fin de la cérémonie, elle m’avait entraîné à l’écart et m’avait fait mettre à genoux.
Depuis plusieurs dizaines de minutes, je tentais discrètement de deviner son humeur. Mais elle se contentait de me regarder sans un mot. De toute évidence, sa colère avait atteint un niveau inquiétant.
J’avais même essayé de lui tendre discrètement les pièces que j’avais apportées, mais elle avait reniflé avec mépris avant d’en sortir encore plus que moi. Je n’avais aucune idée de l’endroit où elle avait pu en trouver autant.
Contrairement à la compétition, dont la solution était évidente, cette crise était d’une ambiguïté sans fin. Je ne trouvais donc aucun moyen convenable d’apaiser sa colère et ne pouvais que rester là, à essayer de deviner son humeur.
Après m’avoir longuement observé, elle poussa enfin un soupir. Puis elle posa une main sur son front et secoua légèrement la tête. No. 0, qui attendait non loin, lui présenta alors délicatement une chaise.
Mira jeta un coup d’œil à No. 0, puis s’assit. Elle posa le menton dans sa main et me regarda. Quand nos regards se croisèrent, j’avalai prudemment ma salive.
« Tu sais pourquoi je fais ça, n’est-ce pas ? »
Mira plissa les yeux et me foudroya du regard. Elle claqua doucement la langue, puis me caressa légèrement la tête.
« Si j’avais su que ça finirait comme ça, je n’aurais pas dû envoyer Evron tout seul. Je ne pensais pas que tu me surprendrais de cette façon. Jamais je n’aurais imaginé qu’Evron se déchaînerait sans comprendre à quel point sa propre vie est précieuse. »
Je sentais sa colère bouillonner dans ses yeux. Je surveillai donc attentivement son expression. Son regard était toujours aussi glacial. Sous cette œillade acérée, je baissai les yeux vers le sol.
Je savais très bien pourquoi Mira était aussi furieuse. Elle se trouvait dans la marionnette que j’avais fabriquée. Plus ce corps devenait complet, plus le lien entre son corps principal et la marionnette se renforçait.
À mesure que ce processus avançait, elle pouvait révéler une grande partie de son pouvoir. Et, en contrepartie, cela signifiait aussi que ce corps était devenu une sorte de contrainte pour elle.
C’était également le marché que nous avions conclu. Cette restriction devait lui permettre de se déplacer librement dans un endroit comme l’université. Dans cette optique, elle comportait aussi de nombreuses garanties.
La plus importante était que nos vies étaient liées. Si je mourais, son corps cesserait lui aussi de fonctionner. Son corps principal, le Cœur de brume qui y était relié, subirait alors naturellement une blessure fatale.
Quand je mourus, Mira fut donc si bouleversée qu’elle dévasta le terrain de compétition. En ce sens, ma vie ne m’appartenait pas qu’à moi.
Je me grattai discrètement la tête. Même moi, je ne m’étais pas attendu à mourir la première fois. Si j’avais su que ça se passerait comme ça, je lui aurais parlé de ma marionnette avant.
« Je suis vraiment désolé. Je ferai attention la prochaine fois. »
Je baissai profondément la tête. Pour l’instant, je n’avais pas d’autre choix que de m’excuser ainsi. Pourtant, même après mes excuses, Mira ne dit rien.
Quand je relevai timidement la tête, je la vis plisser les yeux. Elle soutint mon regard. Une profonde méfiance s’y attardait.
« Ta formulation est un peu étrange. “Je ferai attention la prochaine fois”, dis-tu. À mes oreilles, ça revient à dire que tu recommenceras si l’occasion se présente. »
Mira se caressa doucement le menton du bout du doigt. Mon corps tressaillit. Il fallait vraiment être perspicace pour déduire tout ça de mes paroles. J’avais essayé de noyer le poisson, mais ça ne marcherait pas. Je claquai doucement la langue et roulai des yeux.
Si une nouvelle occasion se présentait, comme cette fois-ci, de sacrifier mon corps et mon âme pour en créer une nouvelle, est-ce que je sacrifierais encore ma chair ? Je me posai la question. Et je ne pus que répondre oui.
À ma place, je le ferais sans aucun doute. N’étais-je pas censé toujours donner le meilleur de moi-même ? Pour le moment, c’était impossible : mon arbre et mon âme étaient encore trop faibles. Mais dès qu’ils seraient suffisamment développés, je pensais déjà réessayer.
Elle avait percé à jour le fond de ma pensée. Je me raclai la gorge. Bien sûr, si je voulais sortir de cette crise sur-le-champ, il me suffisait de lui promettre que je ne recommencerais pas.
Mais je n’arrivais pas à dissimuler ce que je pensais vraiment. Même si je mentais maintenant, elle finirait bien par le découvrir. Je devais donc plutôt clarifier ma position. J’ouvris grand les yeux et la regardai.
Mira me fixa en silence, puis poussa bientôt un soupir. Elle se frotta doucement la joue et claqua la langue.
« On dirait que tu n’as pas l’intention de changer d’avis… Enfin, je me doutais bien qu’Evron serait comme ça. »
Mira plissa les yeux. Puis elle souffla de la brume dans ma direction. Je la sentis lentement recouvrir mon corps.
En un instant, la brume m’enveloppa et m’entrava comme un cocon. Elle me souleva ainsi et eut un rire malicieux.
« Dans ce cas, je n’ai pas d’autre choix que de te punir à ma manière. Jusqu’à notre retour à la tour, Evron ne pourra pas s’échapper de mes bras. Je vais devoir te surveiller de près pendant tout ce temps. Je ne sais pas quel nouvel accident tu pourrais provoquer. »
Elle me serra contre sa poitrine. Dans ses bras, je clignai des yeux en silence. Un instant, je ne compris pas la situation. Puis je réalisai soudain dans quel état je me trouvais.
J’étais suspendu dans les bras de Mira, les quatre membres ligotés. Elle comptait vraiment m’emmener jusqu’à la tour comme ça ? Je n’avais aucune idée de ce que dirait le professeur en me voyant.
Je me tortillai pour protester. Mais plus je bougeais, plus les bras de Mira se resserraient autour de moi. Elle souffla bientôt un peu de brume. Son léger parfum de rose s’insinua en moi.
Cette odeur enivrante était très faible. Mais mon corps actuel était si fragile qu’il ne pouvait même pas y résister. Je n’eus donc d’autre choix que de me laisser aller et de me blottir en silence contre elle.
« Héhé, tu es vraiment mignon comme ça. Si seulement tu m’écoutais aussi bien tout le temps ! Je crois que tu pourrais même continuer à vivre sous cette forme. »
Mira rit en me caressant la tête. Enivré par le parfum, je ne pus rien répondre. Peut-être attirée par cette fragrance brumeuse, la petite âme dans ma poitrine sortit la tête.
Elle flotta dans les airs, puis se mit à regarder tour à tour Mira et moi. Elle avait l’air fascinée.
Elle s’approcha de Mira, les yeux brillants. C’était sans doute parce que la forme de son pouvoir magique était si étrange. Après tout, elle n’était ni humaine ni marionnette. Mira la regarda et plissa les yeux.
« Maintenant que j’y pense, il y a aussi ça. »
Mira agita légèrement un doigt dans sa direction. Elle grimpa dessus. En la regardant, Mira souffla de la brume.
Cette brume l’enveloppa et captura son corps. Comme moi, elle fut enfermée dans un cocon de brume. Elle roula dans la paume de Mira, qui en observa l’intérieur avant de claquer doucement la langue.
« Je suis très déçue. Créer une vie avec quelqu’un d’autre alors que je suis là… On pourrait appeler ça une trahison, non ? »
Mira me serra fort contre elle. Son geste était taquin. Le parfum de rose qu’elle dégageait commençait à m’enivrer complètement. Avant qu’il ne prenne le dessus sur mon esprit, je secouai vivement la tête.
« Qu’est-ce que tu racontes ? C’est le résultat de la combinaison des imperfections d’une marionnette et de mon propre potentiel. On pourrait appeler ça une nouvelle voie de développement que j’ai créée… »
Mira leva un doigt et me ferma la bouche. Elle baissa les yeux vers moi en souriant doucement. Puis elle agita légèrement ce doigt et prit la parole.
« Hmm, donc tu admets les avoir mélangés. J’ai très bien entendu. »
Ses paroles me firent réfléchir un instant. Cette chose contenait-elle un fragment de mon âme ? Oui. Et l’âme de cette femme ? Oui aussi.
Avais-je mélangé les deux pour créer une nouvelle âme ? Hum, c’était vrai aussi. À bien y réfléchir, son point de vue se défendait. Comme elle l’avait dit, il y avait eu une sorte de mélange.
Mais je n’avais pas eu le choix. Sans ce raccourci fondé sur mon âme, il aurait été impossible de créer cette âme. Je ne pouvais donc que me sentir injustement accusé.
Tandis que je clignais doucement des yeux, Mira posa le menton sur ma tête. Puis elle se mit à rire tout bas.
« Héhé, je sais à quoi pensait Evron. Alors, je te pardonne pour cette fois. Mais désormais, je resterai juste à côté de toi pour te surveiller. Si tu traites encore ta vie à la légère, je t’attacherai comme ça, même dans la tour. »
Mira sourit des yeux et me tapota légèrement la tête. Pour une raison ou une autre, ce geste léger me donna un frisson glacial. La petite âme sur sa paume sembla ressentir la même chose, car elle trembla comme moi.
Mira baissa les yeux vers elle, puis agita légèrement la main. Le cocon de brume qui l’entourait disparut. Libérée, elle observa l’humeur de Mira avant de flotter tranquillement dans les airs.
« Alors, comment s’appelle cet enfant ? »
Elle posa la question avec un doux sourire aux lèvres. On aurait dit que le fait de me porter ainsi avait un peu apaisé sa colère.
Je me léchai légèrement les lèvres. Si ça suffisait à calmer sa colère, tant mieux. De toute façon, je ne pouvais pas m’échapper par mes propres moyens, alors je n’avais qu’à l’accepter.
Mais surtout, son nom. Je regardai la petite âme et souris légèrement. J’avais déjà trouvé un nom parfait pour elle. Sentant qu’elle croisait mon regard, je hochai la tête.
« Elle s’appelle Myoil. »
La petite âme — non, Myoil — avait élu domicile dans ma poitrine sous la forme d’une nouvelle vie : une seule Jeune pousse.
Comme mon arbre, elle grandirait peu à peu. Et cette Fausse Vie ne serait pas la dernière. À ce titre, on pouvait l’appeler Jeune pousse de l’âme n° 1.
Myoil fit une grimace de dégoût. C’était aussi le nom que je lui avais donné à sa création. Mais chaque fois qu’elle l’entendait, elle avait tendance à faire cette tête.
Elle n’était sans doute pas habituée à ce nom. Pendant la compétition, j’avais donc tenu compte de ses sentiments et évité exprès de l’appeler ainsi. Maintenant que la compétition était terminée, je devais l’appeler correctement par son nom.
Mira baissa les yeux vers moi et esquissa un sourire ironique. Puis elle caressa doucement la tête de Myoil.
« Tu as dû beaucoup souffrir avec un nom aussi bizarre. Ne t’inquiète plus, je vais t’en trouver un autre. »
Myoil sourit de toutes ses dents et serra le doigt de Mira dans ses bras. En les voyant se rapprocher à toute vitesse, je me sentis profondément lésé.
Qu’est-ce que mon nom avait de si mauvais pour qu’ils réagissent comme ça ? Je l’avais choisi après y avoir longuement réfléchi. Après tout, un nom devait porter un sens qui révélait ce qu’était la personne.
De ce point de vue, rien n’était plus excellent et intuitif que le nom Myoil que j’avais inventé. J’avais prévu d’appeler Myoi la prochaine vie que je créerais. On pouvait dire que cette structure révélait parfaitement l’ordre de la série.
J’envoyai une pensée à No. 0, juste à côté de moi, comme pour lui demander son avis. Son corps à moitié immergé dans l’ombre croisa mon regard et secoua doucement la tête. No. 0 se désigna du doigt et m’envoya une pensée protestataire.
Elle disait qu’elle non plus n’aimait pas son nom. Quoi ? Même toi, No. 0 ? Tortue ajouta une voix à ce camp. Elle trouvait elle aussi que j’étais nul pour choisir les noms.
Comment était-ce possible ? Mes créations rejetaient donc à ce point les noms que je leur donnais ? Je n’eus d’autre choix que de me laisser aller. Je n’aurais jamais cru être rejeté par mes propres créations.
À cet instant, je sentis quelqu’un s’approcher. Nous logions dans un jardin suspendu dans les airs. Si quelqu’un venait jusqu’ici, c’était qu’il avait affaire à nous.
En jetant un coup d’œil dans cette direction, je vis Mauro s’approcher. Aronia et Miorang l’accompagnaient. Je plissai les yeux. Pourquoi étaient-ils venus nous chercher ?
Mauro nous observa, Mira et moi, puis éclata d’un rire sonore. Il me fit un clin d’œil avant de lisser sa barbe.
« Ho ho, vous allez très bien ensemble. Désolé de vous interrompre alors que vous vous amusez. Que diriez-vous de discuter un instant ? »
Nous nous amusions ? Il se méprenait clairement sur la situation. Je m’apprêtais à répondre quand Mira me bâillonna avec de la brume.
Mira baissa les yeux vers moi et rit doucement. Puis elle se leva et s’approcha d’eux. Elle inclina légèrement la tête.
« Héhé, vous avez assisté à quelque chose d’un peu gênant. Evron s’est trop emballé, cette fois, alors je lui donnais une petite leçon. »
Aronia jeta un coup d’œil à Mira, qui me tenait dans ses bras, et claqua la langue. Puis elle plissa les yeux et hocha la tête. Son regard posé sur moi me mettait mal à l’aise.
« À le voir collé à sa marionnette, on comprend qu’il fasse partie de l’association de Mauro. Il est peut-être même pire que les autres. »
Aronia secoua la tête. J’ouvris grand les yeux. J’étais la personne la plus normale de notre association. Contrairement aux autres marionnettistes, qui ne regardaient que leurs marionnettes, je réfléchissais toujours rationnellement.
Mais même si je voulais protester, je ne pouvais rien dire. Mira m’avait enfoui contre sa poitrine. Je ne pouvais donc que garder le silence. Aronia poursuivit :
« Hum, c’est vrai qu’il avait l’air d’avoir besoin d’une leçon. En le regardant, je me suis dit qu’il n’existait pas de fou pareil. Faire exploser son propre corps pour fabriquer une marionnette… Enfin, j’imagine que c’est pour ça qu’il a gagné. »
Aronia poussa un soupir. À côté d’elle, Mauro se lissa la barbe. Il lui tendit la main en riant d’un air satisfait.
« Bon, maintenant que tout le monde est là, je vais récupérer le jeton. Allez, donne-le-moi. »
Il agita la main. Aronia le foudroya du regard et libéra son intention meurtrière. Mauro ignora cette pression et éclata simplement de rire.
Face à cette attitude détendue, Aronia claqua bientôt bruyamment la langue et fit signe à Miorang. Celui-ci, qui se tenait à côté d’elle, esquissa un sourire amer et sortit une pièce de sa veste.
C’était le jeton du pari que j’avais aperçu sur le terrain de compétition. Après que Miorang le lui eut remis, Aronia grimaça légèrement et le lança à Mauro. La pièce, chargée de pouvoir magique, fila vers lui avec violence.
Mauro eut du mal à l’attraper et s’essuya le front. Il examina la pièce sous toutes les coutures, puis hocha profondément la tête. La satisfaction se lisait sur son visage.
« Ho ho, c’est bien l’original. Je l’accepte donc avec gratitude. »
Je fixai Mauro. Comme il l’avait demandé, j’avais même remporté la victoire. Pourtant, je ne savais toujours pas exactement ce qu’était cette pièce. Qu’avait-elle de si particulier pour que les chefs d’association y tiennent autant ?
Mauro sentit peut-être mon regard, car il croisa mes yeux. Il rit doucement et haussa les épaules.
« Je suis désolé pour toi. Tu ne savais probablement pas ce que c’était. »
« Vous ne lui avez vraiment rien expliqué ? »
Aronia fronça légèrement les sourcils et jeta un coup d’œil à Mauro. Une pointe de confusion passa dans son regard. Mauro rit.
« Je craignais que le jeune Evron ne se sente accablé s’il apprenait ce que c’était. Alors, je ne lui ai volontairement pas expliqué en détail. Et puis, nous avons obtenu un si beau résultat, non ? J’avais raison, pas vrai ? »
Mauro fit un clin d’œil à Aronia. Son visage se crispa ; elle chargea son pied de pouvoir magique et lui donna un coup dans le tibia. Mauro l’esquiva vivement et secoua la tête en se caressant la barbe.
« Comment peux-tu te montrer aussi violente simplement parce que tu as perdu le pari ? Si tu refuses d’accepter le résultat, tu ne feras que te ridiculiser. »
Mauro ricana, puis me lança la pièce. Mira leva un nuage de brume et l’attrapa.
« C’est ta récompense. Grâce à ta victoire, le pari est terminé. »
Mira examina la pièce en silence. Peu après, elle la plaça dans mes bras. Je clignai des yeux en sentant cet étrange pouvoir magique.
« Si tu la présentes, les autres chefs d’association exauceront l’une de tes demandes. C’était la promesse faite lors du pari. Alors garde bien cette pièce. »
Je touchai la pièce à travers le cocon. Était-ce donc la compensation pour la demande qu’il avait formulée ? Un ticket de vœu à utiliser auprès des autres chefs d’association. Un objet d’une valeur considérable.
« Il n’y aura pas de prochaine fois. Je gagnerai à coup sûr. … Et maintenant, je sais aussi qu’il y a un fou dans le lot. Allons-y. Je ne veux plus voir leurs têtes. »
Aronia inclina légèrement le menton vers Miorang. Elle tourna les talons et s’éloigna rapidement sans se retourner.
Miorang suivit son dos du regard, puis s’approcha de moi. Il inclina légèrement la tête et prit la parole avec un sourire amical.
« J’ai beaucoup appris grâce à Evron, cette fois. En sortant, j’ai été stupéfait de voir comment tu avais fabriqué ta marionnette. C’était une méthode vraiment remarquable. Après avoir vu ça, je n’ai eu d’autre choix que de reconnaître ma défaite. »
Dans les bras de Mira, je m’inclinai devant lui. J’avais moi aussi été impressionné par sa marionnette. Sa méthode de fabrication était vraiment excellente.
Dans ces conditions, si nous nous étions affrontés selon les méthodes orthodoxes, j’aurais certainement perdu. Je n’avais pas acquis ce genre de fondations. Ma victoire reposait sur une sorte de raccourci.
Je croisai son regard, puis esquissai un sourire. Lors de la première manche, les pièges et les manigances qu’il avait déployés m’avaient beaucoup impressionné.
Même moi, je n’avais démasqué les traîtres qu’après avoir été frappé par Ugo. Miorang était quelqu’un dont l’intelligence égalait le talent de marionnettiste. Voilà pourquoi j’avais aussi dû me méfier de lui plus que des autres.
Mais la compétition était terminée. Nous n’avions donc plus besoin d’être hostiles l’un envers l’autre. Et puis, j’avais le sentiment que nous pensions de façon très similaire. La traque d’Ugo, que nous avions menée ensemble, s’était déroulée sans difficulté.
Entretenir de bonnes relations avec lui serait donc une bonne chose. Miorang semblait partager mon avis, car il eut un rire chaleureux.
« Si nous en avons l’occasion, j’espère que nous pourrons discuter tranquillement. Je pense que nous allons nous revoir souvent à partir de maintenant. »
Il s’inclina une nouvelle fois, puis se mit à quitter le jardin à la suite d’Aronia. Une fois arrivés au bord de ce jardin suspendu, ils plongèrent bientôt vers le sol.
Mauro ne les suivit pas et resta près de nous. Je lui jetai un coup d’œil, puis sortis la pièce du cocon et l’agitai légèrement. Mauro la vit et éclata d’un rire sonore.
« Maintenant que les autres sont partis, je peux te le demander. Alors, qu’est-ce que c’était, au juste ? »
Tout à l’heure, il avait dit que cette pièce était un ticket de vœu, une sorte de chèque en blanc. Si elle pouvait exercer une telle force contraignante sur les autres, c’est qu’elle avait une grande importance.
« Hum, maintenant que tout est terminé, je peux te le dire. C’est le jeton qui désigne le successeur du professeur On. »
Mauro sourit en se caressant la barbe. Je ne pus que le dévisager sans comprendre, en clignant doucement des yeux. Je n’arrivais pas à saisir ce que je venais d’entendre.
Je baissai les yeux vers la pièce. Celle où était gravé le visage du professeur On n’avait rien de spécial. Je me rappelais vaguement avoir entendu que Mauro était le successeur du professeur On. Était-ce le jeton qui le prouvait ?
Mauro regarda le château où se trouvait le professeur On et claqua doucement la langue. Une certaine amertume émanait de lui.
« Le professeur On quittera bientôt l’université. Il faudra donc que quelqu’un hérite de cette tour. Tous les autres chefs d’association convoitent ce poste. »
« Tu veux dire que le professeur On va partir ? »
Je fronçai légèrement les sourcils. Mauro haussa les épaules et secoua la tête d’un air détendu.
« Ne t’inquiète pas. Ça n’arrivera que dans deux cents ans. Pour toi, c’est encore très loin. Mais les autres chefs d’association n’ont pas l’air de voir les choses ainsi. »
Je hochai la tête. Deux cents ans. Pour moi, qui n’avais même pas encore vécu un siècle, c’était une échéance lointaine. Je me caressai discrètement le menton. Pas étonnant que la compétition ait été si féroce. Les chefs d’association menaient une guerre par procuration pour le poste de successeur.
Je compris tout de suite pourquoi Mauro avait essayé de me transmettre cette succession. Je jetai un coup d’œil à son corps. Il esquissa un sourire amer en remarquant mon regard.
« Eh bien, comme tu t’en doutes, il me sera difficile de rester en vie jusque-là. Les autres m’ont donc souvent poussé à transmettre le poste. Mais, sans doute à cause de mon attachement persistant, j’ai eu du mal à lâcher prise. Puis tu es arrivé. Le moment était bien choisi, alors je me suis dit que je pourrais te confier cet attachement qui me restait. »
« Mais, au bout du compte, il m’est revenu », ajouta Mauro en claquant la langue. Je tripotai la pièce. Pour une raison ou une autre, elle me semblait terriblement lourde.
En me voyant ainsi, Mauro éclata de rire. Il me caressa doucement la tête et regarda autour de lui, puis se mit lentement en marche.
« Assez parlé de choses sérieuses. Toi aussi, profite de la fête. Tu peux garder cette pièce. Ce que tu as montré pendant la compétition m’a beaucoup plu. Le poste de successeur pourrait peut-être te convenir. »
Mauro agita la main en s’éloignant. Il quitta le jardin et redescendit vers le sol. Je regardai son dos sans réagir, puis je revins brusquement à moi. Mon visage se décomposa.
« Eh bien, tu as reçu un objet bien encombrant. »
Mira prononça ces mots en souriant. Elle avait raison. Mauro l’avait joliment formulé, mais au bout du compte, il venait de me refiler son fardeau. Avec cette pièce en ma possession, les autres chefs d’association ne me laisseraient pas tranquille.
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