Chapitre 174
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 174
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174.
Je restai là, les bras croisés, à observer Ugo. Il faisait un excellent public. Il réagissait vivement à chaque partie de mon histoire, si bien que je me laissai emporter et finis par en raconter beaucoup plus que prévu.
Mais c’était terminé, à présent. Je n’avais plus rien à lui raconter. La petite âme qui s’était échappée et observait Ugo lui tira la langue, puis se glissa tout droit dans ma poitrine.
Je ne m’étais pas attendu à une telle réaction. Elle avait probablement éprouvé un rejet instinctif à son égard. Après tout, Ugo avait précipité son âme originelle dans la déchéance.
Ugo l’avait fixée de ses yeux injectés de sang, mais il se mit alors à me fusiller du regard. Je haussai légèrement les épaules. Inutile de le provoquer davantage ici.
De toute façon, Ugo allait désormais emprunter un chemin difficile. Ce n’était que le début. Je levai les yeux vers Mira et effleurai doucement son corps du doigt.
À mon signal, Mira me regarda. Elle m’adressa un sourire ravi et me caressa la tête. J’ouvris la bouche pour lui parler.
« Alors, allons-y. Je n’ai plus rien à dire à Ugo. Puisqu’il a l’air de se porter à merveille, je vais prendre congé. »
J’adressai un léger sourire à Ugo. Puis je croisai son regard et me frottai le menton. Combien de temps cette intensité dans ses yeux allait-elle durer ? Je l’ignorais, mais j’espérais qu’il resterait aussi longtemps que possible sans se briser.
« Si jamais vous avez quelque chose à me demander, vous pouvez venir me trouver quand vous voulez. Je ne repousse pas ceux qui viennent à moi avec de bonnes intentions. »
J’inclinai légèrement la tête devant Ugo. Puis je remis dans la bourse spatiale la marionnette féminine qui était sortie. Je sentis l’âme prisonnière de la gemme observer Ugo un bref instant.
Ugo cria quelque chose depuis l’intérieur du cristal, mais je ne l’entendis pas du tout. Je n’avais d’autre choix que de deviner ses paroles à partir de ses gestes. Je les observai attentivement.
Bientôt, je hochai la tête. Son intention m’était clairement parvenue. Il me demandait sans aucun doute de bien prendre soin de cette marionnette à sa place. Dans ce cas, je devais hériter dignement de sa volonté.
Je souris et lui fis un pouce levé. Puis je saluai Ugo de la main. Si je partais maintenant, Dieu seul savait quand je le reverrais.
Mira se retourna et quitta la prison. Ugo nous regardait partir, et le pouvoir magique qui pesait sur tout mon corps se dissipa lentement. Lorsque Mira eut entièrement quitté la zone d’influence de la prison, elle se redressa légèrement.
Mira me tapota doucement la tête, puis jeta un coup d’œil en direction de la prison. Une légère brume se mit à onduler dans ses yeux plissés.
« Ça te suffit ? À ta place, je pourrais m’occuper de lui sans que personne ne le sache. Il suffirait de faire croire qu’une bête magique l’a attaqué. »
Je sentis une épaisse intention meurtrière s’écouler de la brume qui s’échappait d’elle. Je souris d’un air las. Comme elle le disait, son brouillard pouvait rendre l’assassinat possible. Même en contournant les restrictions de l’université.
Bien sûr, les conséquences risquaient d’être nombreuses. Malgré tout, je comprenais pourquoi elle soulevait la question. Si Ugo restait en vie, il deviendrait forcément un problème persistant. La rancune qu’il nourrissait contre moi devait être profondément gravée en lui.
Dans cette optique, tout régler une bonne fois pour toutes serait effectivement plus net, comme elle le disait. Mais à quoi bon ? Je secouai doucement la tête. Il fallait respecter les règles. De ce point de vue, la situation actuelle me convenait.
« Je veux qu’Ugo vive longtemps. Tant que cet homme sera en vie, les avantages seront plus grands. »
Cela ne faisait pas longtemps que j’avais formé une sorte d’alliance pour traquer Ugo. On pouvait même dire que c’était la première organisation que j’avais fondée depuis mon arrivée à l’université. Je devais donc resserrer les liens entre ses membres.
Et pour tisser ce genre de liens, rien ne valait un ennemi commun comme Ugo. Nous nous unirions en le poursuivant.
Je souris de toutes mes dents en regardant la prison. En ce sens, Ugo était vraiment quelqu’un qui se montrait généreux avec moi. J’éprouvais une profonde gratitude pour son aide. J’avais même hâte de voir ce qu’il m’apporterait la prochaine fois.
Ainsi, au fil des faveurs et des rancunes, Ugo dépérirait peu à peu. Et un jour, il finirait par atteindre ses limites et s’agenouiller devant nous. C’était ce que je voulais.
Je plissai les yeux et esquissai un sourire. Mira me piqua doucement la joue. Je m’empressai de changer d’expression. Elle me contempla, puis hocha la tête.
« Hum, c’est une idée amusante. Ce serait plus réjouissant. Alors, je vais le laisser tranquille, moi aussi. »
L’intention meurtrière qui se lisait sur le visage de Mira disparut comme neige au soleil. Elle sourit radieusement, puis me serra fort contre elle. Ensuite, elle baissa les yeux vers moi et son regard se mit à étinceler.
« Qui aurait cru que cette personne si sombre deviendrait aussi adorable ? J’adore. Et si tu restais comme ça dans la tour ? Non, je pense que tu pourrais même rester ainsi toute ta vie. »
Elle croisa mon regard. Des émotions étranges s’y mêlaient et s’en déversaient. J’avalai ma salive. Pour une raison ou une autre, j’avais l’impression que mon corps était en danger.
À la sensation de danger qui montait dans ma poitrine, je laissai échapper une toux sèche. Il fallait vite détourner son attention. Je regardai autour de moi, puis pointai brusquement le ciel du doigt.
« Alors, on monte ? Je dois tenir ma promesse. »
« Une promesse ? »
Mira essuya discrètement la salive au coin de sa bouche. Je hochai la tête. Avant le début de la compétition, je lui avais promis de lui acheter ce qu’elle voulait si je gagnais.
Je devais donc maintenant tenir parole. Une promesse, ça se respecte. Dans la direction que je montrais se trouvait un petit étal. C’était l’endroit que j’avais visité avec elle auparavant.
Mira suivit mon geste du regard et sourit légèrement. Puis elle m’enlaça la tête et se mit à me caresser doucement.
« Hé hé, comme tu es attentionné. Je ne savais pas que tu t’en souvenais. Ça me touche. »
« Je me souviens toujours parfaitement de toutes les conversations que j’ai avec toi, Mira. Comment pourrais-je oublier ? »
Je bombai le torse en parlant. Mira m’enlaça alors et sourit, satisfaite.
Elle me caressa la tête et s’éleva dans les airs. Puis elle se dirigea d’un pas léger vers l’étal. Ses pas baignés de brume étaient d’une légèreté infinie.
Une fois devant l’étal, elle laissa échapper un peu de brume. L’homme chauve, qui somnolait appuyé contre l’étal, se réveilla en sursaut. C’était une marionnette à l’apparence humaine, fabriquée par le professeur On.
En nous voyant, l’homme se redressa à la hâte. Il se frotta les mains et se mit à rire d’un air sournois. Son attitude était parfaitement naturelle ; rien ne laissait deviner qu’il dormait l’instant d’avant.
« Oh là là, des clients ! »
Il nous détailla rapidement. Son regard, qui s’était brièvement attardé sur Mira, se posa bientôt sur moi. Dès qu’il me vit, ses yeux s’écarquillèrent. Un vif intérêt s’y alluma.
« Eh bien, vous voilà de retour. J’ai beaucoup apprécié le spectacle que vous nous avez offert cette fois-ci. Qui aurait cru que vous iriez jusqu’à sacrifier votre propre corps pour fabriquer une marionnette ? »
Il me regarda, concentra du pouvoir magique au bout de son doigt et provoqua une petite explosion. Puis il hocha doucement la tête, l’air ému, avant de poursuivre lentement.
« Nous aussi, nous avons été très touchés en regardant ça. Peut-être à cause de ça, tout le monde est devenu votre fan. Alors, dites-moi ce qu’il vous faut et je vous le céderai à bon prix. »
Je me grattai doucement la tête. Cet homme aussi avait donc assisté à ma compétition. Après tout, les marionnettes pouvaient circuler librement ici, tout comme les mages.
Qui aurait cru que ma méthode serait reconnue de cette façon ? Comme prévu, les marionnettes me comprenaient toujours. Je hochai la tête avec un sourire satisfait. Mira claqua la langue en me regardant.
« Nous sommes venus parce que nous voulions revoir l’objet qui nous avait intéressés la dernière fois. »
Je l’expliquai à l’homme. Nous étions venus ici auparavant parce que Mira avait réagi à cet objet. À l’époque, je n’avais pas assez de pièces et j’avais dû repartir sans l’acheter. Mais les choses avaient changé. L’homme esquissa un large sourire et acquiesça.
« Je me doutais que vous reviendriez, alors je l’ai mis de côté. Un objet devrait finir entre les mains de la personne qui lui convient, n’est-ce pas ? »
Il regarda Mira et lui fit un clin d’œil. Elle ne lui accorda pas le moindre regard et continua de me caresser. L’homme prit un air dépité et se pencha sous l’étal.
Après avoir fouillé en dessous, il se redressa bientôt. Il tenait une petite broche. Sertie d’une gemme rouge, elle dégageait une aura semblable au pouvoir magique qui émanait du corps de Mira.
C’était probablement parce qu’elle était faite du même matériau que la colonne vertébrale qui composait le corps de Mira. L’homme m’avait expliqué qu’il s’agissait d’un fragment du cœur d’une bête magique appelée Akur, que je n’avais encore jamais vue. Il posa la broche sur l’étal.
« Elle coûtait cent pièces à l’origine, mais je vous la laisse à bon prix. Quatre-vingt-dix pièces seulement. J’aimerais encore baisser un peu, mais si je descends davantage, il ne me restera plus rien non plus. »
Il se caressa la tête. Je m’inclinai pour le remercier. L’homme me fit signe de ne pas m’en faire et rit. Puis il se remit à fouiller sous l’étal.
« À ce propos, j’ai quelques autres objets à vous montrer. Je pense qu’ils vous plairont à tous les deux. »
Il sortit les objets. C’étaient deux petites bagues. En les voyant, mes yeux s’illuminèrent discrètement. Une énergie semblable à celle de la broche s’en dégageait.
Les gemmes rouges serties dans les bagues étaient clairement des fragments de ce cœur, elles aussi. Bien sûr, elles étaient plus petites que celle de la broche. Mira semblait intéressée et les prit.
Je mobilisai également mon pouvoir magique pour les examiner avec soin. Comme il l’avait dit, ces objets me plaisaient beaucoup. Après avoir étudié leur structure, je hochai la tête. L’homme nous regarda et sourit légèrement.
« Comme vous pouvez le sentir, elles ressemblent sans doute à cette broche. Après votre visite de la dernière fois, j’ai fait d’autres recherches, au cas où. Ce sont les objets que j’ai ainsi réunis. Ils ont tous été façonnés par Madame Tiena. »
« Je vais les prendre aussi. »
Je répondis sans hésiter. L’homme acquiesça et tendit les bagues et la broche à Mira. Puis il forma un cercle avec ses doigts et prit la parole.
« Elles coûtent un peu moins cher que la broche. Elles sont plus petites, et elle m’a dit que c’étaient aussi des pièces d’entraînement. Broche comprise, je vous laisse le tout pour deux cents pièces. »
« Je vous fais une sacrée réduction », ajouta-t-il en me regardant. Je triturai doucement la bourse spatiale dans mes bras. Deux cents pièces. Si je les dépensais, il ne m’en resterait que cent.
Au départ, je comptais seulement acheter la broche. Avec le reste, j’avais prévu de m’offrir quelques objets qui m’intéressaient. Vu le prix, je devais faire un peu attention.
Mais dès que je vis ces bagues, je compris aussitôt. Si elles étaient liées à la broche, elles renfermeraient une puissance encore plus grande. Je devais donc y investir autant de pièces que possible.
En plus, je ne comptais pas m’en servir moi-même. Je jetai un coup d’œil à Mira. Elle jouait avec les bagues, l’air ravi.
En la voyant, je hochai doucement la tête. C’était un cadeau pour elle. Sa force assurait ma sécurité ; peu importait donc que je dépense un peu plus.
« Alors, je vous les prends tout de suite. »
Je plongeai la main dans la bourse spatiale et en sortis un paquet de pièces. L’homme, en les recevant, esquissa un sourire si large qu’il aurait pu lui fendre le visage. Il semblait ravi.
Il fourra une pièce dans sa bouche et la mâcha. Je sentis le pouvoir magique qui émanait de lui augmenter peu à peu. Bientôt, il se tapota le ventre et acquiesça.
« Ha ha, vous êtes généreux, finalement. Voulez-vous jeter un œil à quelques autres objets ? Je vais bien m’occuper de vous. »
L’homme se frotta les mains et se mit à déplacer l’étal dans tous les sens. De nombreux objets défilèrent dessus. Il nous les présenta un à un.
Pendant cette brève visite, je trouvai plusieurs objets à mon goût. Mais je ne pouvais pas les acheter maintenant. Les pièces qui me restaient avaient une autre utilité. Je quittai donc l’étal à regret.
« À bientôt ! N’hésitez pas à revenir quand vous voulez ! »
L’homme cria en s’inclinant profondément. Je lui fis signe de la main et Mira s’éleva doucement dans les airs. Après un moment, elle s’arrêta et sourit.
Cette dépense imprévue m’avait tout de même rendu un peu fier, tant elle semblait satisfaite. Elle baissa les yeux vers moi, puis m’enlaça doucement et me tendit les accessoires qu’elle tenait.
Pourquoi me les tendait-elle ? Je la regardai, interrogateur. Elle sourit doucement et croisa mon regard.
« Evron, tu pourrais me les mettre ? C’est un rendez-vous, alors il faut créer une certaine ambiance, non ? »
Elle appuya le haut de son corps contre moi. Une odeur de rose commença à se dégager de cette étreinte toute douce. Je claquai discrètement la langue. C’était une forme de coercition. Dans ma situation, impossible de refuser.
Je secouai légèrement la tête et pris les accessoires. Elle tapota sa poitrine. Elle voulait que j’y accroche la broche. Je m’exécutai et l’épinglai soigneusement à cet endroit.
La gemme émit alors une lueur et commença à se lier à elle. Elle se mit à trembler de tous côtés. On aurait dit qu’elle se souvenait encore de ce qu’elle avait vécu auparavant.
Elle laissa la brume de Mira pénétrer en elle et la retint dans son corps. Ainsi, la gemme rouge s’entremêla à la brume et se mit à briller d’un éclat étrange. Mira caressa la broche et hocha la tête, satisfaite.
Cela suffisait-il ? Tandis que je me posais la question, elle me serra encore plus fort contre elle et tendit la main. Elle voulait que je lui mette aussi les bagues. Je les glissai docilement à ses doigts.
« Hé hé, merci. Je vais les garder précieusement. »
Mira sourit avec bonheur et caressa les bagues. Elle se mit à absorber dans son corps le pouvoir gravé en elles. Elle était en train de subir une sorte de transformation.
Après avoir pris mon apparence, puis celle du professeur, elle reprit bientôt sa forme originelle. La brume qui s’échappait de son corps était devenue plus étrange et plus calme qu’avant.
Elle avait déjà terminé de s’y adapter, semblait-il. En l’observant, je me frottai doucement le menton. Ce pouvoir de transformation était fascinant. Assez pour que j’aie envie de l’étudier moi aussi. Une fois de retour à la tour, il faudrait que je le lui emprunte quelques fois pour l’examiner.
« Alors, où allons-nous maintenant ? Tu peux m’emmener où tu veux, Evron. »
Mira me caressa doucement la tête. Je tâtai mes vêtements. Pour une raison ou une autre, ma poche me semblait plus légère. C’était forcément parce que j’avais dépensé deux cents pièces. En points, cela devait facilement dépasser le million.
Comment dépenser ce qu’il me restait ? J’avais déjà pris ma décision. Je regardai l’un des nombreux bâtiments flottant dans les airs, une construction en forme de rouleau. C’était là que se trouvait tout le savoir accumulé par le professeur On.
La puissance dont le professeur On avait fait preuve cette fois-ci était irréprochable. C’était sans aucun doute le mage le plus puissant que j’avais rencontré jusqu’alors. Bien sûr, il y avait aussi le président. Mais lui était loin d’être parfait. Il n’était lui aussi qu’une sorte de fragment.
La perfection dont le professeur On avait fait preuve ne se limitait pas à la marionnettique. Le professeur On avait même ramené les morts à la vie. En ce sens, la magie permettant de maîtriser librement le temps et l’espace m’avait encore plus marqué.
Peut-être le professeur On quittait-il l’université à cause d’un pouvoir de ce genre. Je regardai autour de moi. Les marionnettes de la tour ressemblaient aux humains à un degré presque inimaginable.
Le professeur On l’avait déjà dit. Nous devions tous créer ensemble un monde de marionnettes. En ce sens, la structure de cette tour prouvait presque que le professeur On avait failli achever son propre domaine.
Je claquai doucement la langue. À quoi pouvait ressembler le savoir d’une personne aussi parfaite ? J’avais envie de l’explorer. De le lui voler et de me l’approprier.
Ce désir traversa naturellement le lien qui nous unissait et parvint jusqu’à Mira. Elle rit doucement et se dispersa en brume. Ainsi, nous pûmes entrer dans la librairie.
L’endroit était bondé. Il n’y avait pas que des marionnettes : d’autres mages s’y promenaient aussi. L’ambiance était très différente de celle de ma première visite.
Ils avaient probablement tous gagné quelques pièces et étaient venus ici. Le premier que je vis fut Miorang. Il avait dû venir dès notre séparation. Je croisai son regard et le saluai d’un léger signe des yeux.
Inutile d’en dire davantage ici. Et il n’était pas le seul visage familier. Je croisai le regard de quelqu’un qui me dévisageait d’un air gêné.
C’était Jugang, avec la marionnette-singe perchée sur son épaule. Ravivée par le pouvoir magique de Jugang, elle me regarda et laissa échapper une pointe d’hostilité. Elle semblait avoir instinctivement compris que j’avais manipulé son corps.
Mais pourquoi Jugang faisait-il cette tête ? Quand je lui avais rendu la marionnette, il m’avait pourtant remercié à plusieurs reprises. Je clignai doucement des yeux, puis compris la raison.
Contrairement à la dernière fois, Mira me serrait actuellement contre elle et me caressait la tête. Jugang nous regarda tour à tour, puis recula. Il semblait s’être mépris sur la situation.
Mais avant que je puisse m’expliquer, Jugang s’éloigna. Je n’eus d’autre choix que de me gratter la tête. Si nous nous revoyions, il faudrait que je lui explique correctement.
Il y avait beaucoup d’autres personnes. On voyait non seulement des mages du quatrième étage et des étages inférieurs, mais aussi des mages des étages supérieurs, et même des chefs d’association. Je vis Aronia claquer doucement la langue en me regardant.
Je m’inclinai devant elle et observai les alentours. Il y avait clairement plus de monde qu’ailleurs. C’était inévitable. Après tout, le savoir était ce qu’il y avait de plus précieux pour les mages.
Le savoir, la magie, était toujours difficile à acquérir. On pouvait le considérer comme la somme de l’expérience d’un mage. En ce sens, ceux qui fondaient des familles contrôlaient naturellement ce savoir. C’était aussi pour cela que son prix augmentait.
À l’université, c’était pareil. Sans assez de points, on ne pouvait même pas s’en approcher. Et parmi ces connaissances, celles du professeur On se distinguaient particulièrement.
Parce qu’on ne pouvait les acquérir qu’ici. C’était une ressource rare, introuvable ailleurs. Voilà pourquoi j’étais venu, moi aussi.
Si je n’avais pas fait de promesse à Mira, j’aurais certainement dépensé toutes mes pièces ici. Mais c’était trop tard pour revenir en arrière, alors il me fallait trouver des objets dans la limite de ce qu’il me restait.
Je regardai la bourse spatiale qui contenait cent pièces et claquai la langue, contrarié. Bien sûr, c’était déjà une grosse somme. Mais il était évident que je ne pourrais pas acheter tout ce que je voulais.
Hum, tant pis. Je n’avais pas d’autre choix que de réduire un peu la liste. Sur cette pensée, je commençai à en rayer les objets un par un dans ma tête.
Une main m’enlaça doucement. Lorsque je levai les yeux, je vis Mira qui me regardait avec un doux sourire. Elle posa légèrement le menton sur ma tête et prit la parole.
« Puisque Evron m’a offert un cadeau, c’est à mon tour de lui en offrir un. Tiens, c’est un cadeau qui vient du fond du cœur. »
Elle sortit une bourse. C’était celle qu’elle m’avait montrée lorsque je m’étais agenouillé pour observer sa réaction. Elle était pleine de pièces. Il y en avait autant que dans la mienne.
Bien sûr, je savais qu’elle la possédait. Mais je ne pouvais pas considérer cet argent comme le mien. De même que j’avais gagné mes pièces tout seul pendant la compétition, je pensais qu’elle les avait gagnées de son côté.
Je n’avais donc rien dit. Je pensais qu’elle avait sûrement quelque chose qu’elle voulait, comme moi. Mais je ne m’étais pas attendu à ce qu’elle me dise qu’elle me les donnait.
J’avalai ma salive. C’était une somme bien trop importante pour que je puisse la refuser.
« Je peux en dépenser combien… ? »
Mira rit doucement, puis me tapota la tête.
« Fais comme tu veux, Evron. Ça ne me dérange pas que tu dépenses tout. Ça n’a pas vraiment d’importance pour moi. »
Ces paroles me touchèrent profondément. Les yeux brillants, je regardai Mira. Elle soutint mon regard et se lécha doucement les lèvres. Un désir profond s’éveillait dans ses yeux.
« Hé hé, comme tu es mignon. Mais si tu me regardes comme ça, j’ai envie de te dévorer. Fais attention. »
Elle mordilla mon crâne pour plaisanter. Je toussotai à la hâte et hochai la tête. Puis j’acceptai soigneusement la bourse qu’elle me tendait. Sentant son poids, je levai les yeux vers elle.
« Comment as-tu gagné tout ça ? »
Je me le demandais depuis la première fois où je l’avais vue. Mira haussa légèrement les épaules et rit.
« J’ai trouvé cet endroit fascinant, alors j’ai flâné un peu partout et, à un moment, je me suis retrouvée avec quelques pièces. J’ai parié sur ta victoire, Evron, et j’en ai gagné beaucoup. En ce sens, c’est aussi grâce à toi. Alors, dépense-les sans culpabiliser. »
Je ne pus que cligner des yeux. Elle avait parié sur moi. Je réfléchis un instant, puis hochai la tête. Les gains devaient être élevés. Après tout, je n’étais qu’au deuxième étage. Cela signifiait aussi qu’elle m’avait fait confiance à ce point.
Mais elle avait réussi à gagner autant que moi pendant la compétition. Son talent était remarquable. Comme on pouvait s’y attendre de ma marionnette.
Je baissai les yeux vers la tortue accrochée à mon torse. Est-ce que ce petit-là aurait caché des pièces, par hasard ? Mais elle bâilla en laissant échapper un « meh ». Je souris d’un air las. Je m’en étais douté : évidemment que non.
Je laissai ma volonté s’écouler. Alors, le n° 0 sortit de mon ombre et regarda autour de lui. Il sembla comprendre aussitôt où nous étions, car ses yeux se mirent à briller.
Ce savoir allait enrichir non seulement mes connaissances, mais aussi les siennes. Nous choisîmes donc des livres ensemble, avec soin. Finalement, je parvins à sélectionner plusieurs grimoires.
Les Bases de la magie spatio-temporelle, Introduction à la marionnettique, et ainsi de suite. Pour l’instant, j’avais du mal à les comprendre. Mais si j’arrivais un jour à en saisir ne serait-ce que quelques bribes, leur valeur serait immense.
Je dépensai les pièces que Mira m’avait données pour les acheter. Le savoir ne fut pas simplement consigné dans des livres : il fut aussi gravé directement dans ma tête. Je frémis doucement et me laissai porter par la vague de connaissances.
Bien sûr, ce savoir avait seulement été placé dans mon esprit. Ce serait à moi de l’étudier et de le mettre en pratique.
Malgré tout, ces connaissances me rassuraient beaucoup. C’était forcément parce que j’avais dépensé tant de pièces. Leur valeur était exceptionnelle. Pour remercier Mira, je levai les yeux vers elle. Puis je me figeai.
Elle me regardait avec un sourire malicieux. Pour une raison ou une autre, un mauvais pressentiment commença à s’infiltrer dans ma poitrine. Mira me piqua la joue et laissa échapper un peu de brume.
« Maintenant que nous sommes passés à l’endroit où tu voulais aller, Evron, il est temps d’aller là où je veux aller, moi. »
Mira désigna au loin un petit bâtiment qui ressemblait à un nuage. De nombreuses tenues y étaient suspendues. Elle se mit lentement en marche.
« J’ai repéré cet endroit en me promenant. Ils proposent toutes sortes de tenues. Puisque tu es devenu mignon, autant t’acheter de nouveaux vêtements, non ? Je vais bien les choisir pour toi. »
Mira me serra fort contre elle. À ces mots, mon visage se crispa. Je ne m’y attendais pas. Je me tortillai pour résister de toutes mes forces, mais elle baissa les yeux vers moi d’un air triste.
« Oh là là, tu ne veux pas y aller ? J’ai dépensé des pièces pour t’acheter ces objets si précieux… Je ne pensais pas que tu refuserais même cette petite demande. »
Mes yeux s’écarquillèrent. Merde, c’était un piège. Je baissai les yeux vers la bourse. C’était la même méthode que celle dont j’avais été victime à la maison de vente aux enchères. Créer une énorme dette pour me forcer à faire ce qu’elle voulait.
Je n’avais donc pas d’autre choix que d’accepter cette demande aussi. J’avais juré de ne plus jamais me faire avoir, mais voilà que je me retrouvais coincé de cette façon. Elle était vraiment redoutable.
Je fermai les yeux et hochai la tête. Ce n’était qu’une brève humiliation. Il me suffisait de tenir bon. Les yeux de Mira s’illuminèrent, et elle m’entraîna vers cette étrange boutique.
Et là, il se passa vraiment beaucoup de choses. Il fallut aussi beaucoup de temps pour en sortir. Je triturai doucement mes cheveux. Les couettes qu’on m’avait tressées ne se défaisaient pas facilement.
J’adressai un regard reconnaissant à Koite, de l’autre côté de l’écran. Il participait à la compétition avancée. S’il n’était pas venu nous chercher, j’aurais peut-être été coincé là-bas jusqu’à la fin du rassemblement.
La compétition se termina très vite. Comme pour la mienne, le temps s’écoulait différemment à l’intérieur et à l’extérieur. Koite arriva huitième. On pouvait dire qu’il avait obtenu un très bon résultat, lui aussi.
Et, dans notre association de ville, nous n’étions que deux à participer à la compétition : Koite et moi. Les autres avaient préféré prendre part à d’autres activités.
Je les suivis moi aussi et gagnai des pièces, ce qui me permit d’obtenir quelques objets supplémentaires. Je tapotai ma fidèle poche. L’objet que j’avais acheté en plus grande quantité était le Frétillant n° 1.
On pouvait le considérer comme une forme de vie artificielle qui donnait l’impression qu’une marionnette était vivante. Sa manière d’imiter la vie était très convaincante. Je comptais donc l’utiliser pour mes recherches.
J’appris aussi qu’il existait un objet encore plus perfectionné : le Frétillant n° 2. Mais je n’osais pas y toucher. Son prix dépassait fièrement les mille pièces.
Je dus donc me contenter du Frétillant n° 1. Je me promis aussi d’essayer le n° 2 si l’occasion se présentait un jour.
Ainsi, environ une semaine s’écoula depuis mon arrivée. Les alentours étaient pleins de monde. Je regardai devant moi.
Je vis le professeur On debout sur une petite estrade, qui nous observait. Derrière lui, de nombreuses marionnettes s’affairaient à démanteler les bâtiments.
« Bon, maintenant, dispersez-vous. Le prochain rassemblement aura lieu dans vingt ans. »
Le professeur On lâcha ces mots d’un ton las. Ce fut la dernière chose que j’entendis avant que l’espace ne commence à nous envelopper. Puis il se déchira, et nous fûmes instantanément expulsés au-dehors.
Le rassemblement était terminé. Je pouvais enfin le sentir. Les gens partirent chacun de leur côté. Au milieu de la foule, je sentis plusieurs regards perçants.
C’étaient sans doute les chefs d’association. Il faudrait que je leur parle un jour. Moi aussi, je me mis à marcher lentement avec les membres de notre association. La tortue, qui avait grandi, laissa échapper un joyeux « meh ».
Le chemin du retour ne fut pas long. Je posai doucement une main sur ma poitrine et souris. Ce rassemblement m’avait comblé. J’avais confirmé mes progrès, acquis des certitudes et même ouvert une nouvelle voie.
Les marionnettistes étaient vraiment des gens d’une grande générosité. Je devais donc préserver mes liens avec cette association jusqu’au bout. Et ensuite, j’irais encore plus loin.
Fort de cette conviction, je ris à gorge déployée. Bien sûr, Mira me corrigea encore d’un geste.
De retour à la tour, je n’eus d’autre choix que de me gratter doucement la tête. C’était à cause des regards posés sur moi. Pleins de questions, ils parcouraient mon corps de haut en bas.
« … C’est lui, le type ? »
« Le massacre ? »
La petite professeure en tenue de lapin grimpa sur une chaise, croisa mon regard, puis pencha la tête. C’était Lapin, l’objet spirituel qui résidait dans la tour. Elle se compara à moi, puis afficha un sourire triomphant, comme pour dire qu’elle était plus grande.
« Il n’est pas vraiment adorable ? »
Mira me serra fort contre elle. Je sentis une lueur étrange s’allumer dans ses yeux. Elle claqua la langue. La professeure Irian, qui nous observait, prit un air gêné et croisa les bras.
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