Chapitre 166
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 166
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166.
Je comptais répondre au moins en partie à la demande de Tiena pendant ce concours. Je montrerais à tout le monde que c’était possible et je les laisserais bouche bée. Après ça, la victoire serait quasiment à moi.
Bon, ce n’était pas parce que je me le disais que les choses devenaient simples. Je me grattai la tête. Je n’avais toujours pas pleinement saisi le concept nécessaire à la création de cette marionnette.
J’avais l’impression qu’il ne me manquait qu’un petit effort pour y parvenir, mais franchir ce petit écart se révélait extrêmement difficile. Je poussai un léger soupir et croisai les bras.
Faire en sorte qu’une marionnette et une personne aient un enfant. J’avais fait d’innombrables tentatives en ce sens. Et j’avais échoué tout autant de fois. Depuis trois ans, j’enchaînais les échecs.
Créer un nouveau corps était facile. Comme je l’avais fait en étudiant le corps de Mira, il me suffisait de cultiver un nouveau corps à partir de cette chair.
Il grandissait tranquillement dans mon atelier, prenant chaque jour un peu plus de volume. Il ne tarderait sûrement pas à s’éveiller. Éveiller son esprit serait tout aussi simple.
Mais cela ne restait qu’une marionnette issue de Mira. Difficile de l’appeler son enfant. Leur seul lien était physique.
La vie héritait naturellement des traits de ses parents. De chacun des trois éléments qui la constituaient. Or, dans toutes mes tentatives jusqu’ici, ces traits ne s’étaient pas manifestés.
J’en avais tiré une conclusion : les marionnettes étaient faites d’une matière différente des êtres humains. Et cela ne tenait pas simplement au fait qu’elles appartenaient à une autre espèce.
La vie naissait parfois même entre espèces différentes. Il existait des cas d’unions entre des bêtes magiques et des humains, comme entre des humains et des espèces non humaines.
C’était ainsi que naissait la vie : par l’union des corps, l’échange des esprits et la division de l’âme. Au terme de ce processus, une nouvelle vie voyait le jour.
Mais les marionnettes n’avaient rien qui puisse être appelé une âme. Elles n’en possédaient qu’une imitation, un faux-semblant. C’était pour cela qu’on ne les considérait pas comme une nouvelle espèce. Elles n’étaient que des marionnettes.
Même placer l’âme d’un autre être dans une marionnette n’y changeait rien. Elle ne faisait que l’aider à mieux bouger. Au bout du compte, on ne pouvait pas dire qu’il s’agissait de l’âme de la marionnette.
Voilà pourquoi ces marionnettes ne pouvaient pas non plus donner naissance à la vie. Mira en était un exemple. Son corps n’était, en définitive, qu’un réceptacle pour le Cœur de brume.
En ce sens, mes propres marionnettes n’étaient rien de plus que des corps dans lesquels j’avais placé une Fausse Âme. J’avais maquillé ma magie innée pour lui donner une apparence réelle, mais, au bout du compte, il était impossible de créer une nouvelle vie avec ces seules marionnettes.
Et je n’étais pas le seul à le savoir. Pas plus que je n’étais le seul à avoir échoué.
De nombreux marionnettistes avaient côtoyé Tiena. Beaucoup avaient dû recevoir cette demande avant moi, et les chefs d’association avaient sûrement aussi mené leurs recherches. Le professeur On avait dû faire de même.
Ils avaient tous dû essayer, mais, finalement, la demande m’était revenue. Cela signifiait qu’ils avaient eux aussi continué d’échouer. À ne compter que le temps, plus de mille ans d’échecs avaient dû s’accumuler.
Je haussai légèrement les épaules. Dans ces conditions, il était normal que je n’aie pas encore réussi. Comment étais-je censé accomplir quelque chose que même le professeur On n’avait pas pu faire ?
Malgré tout, j’avais décidé de répondre cette fois à une partie de la demande, car j’avais découvert une sorte de raccourci. Une idée qui m’était venue après trois ans à tâtonner.
Je jetai un coup d’œil à la marionnette derrière moi. Peut-être parce qu’elle savait qu’il n’y aurait plus de combat pour le moment, elle avait repris sa forme de liquide argenté. À l’intérieur de son corps, je distinguais les couleurs d’une âme qui dérivaient çà et là.
Cette chose pouvait imiter la « vie » suffisamment bien pour me servir de corps. En ce sens, je comptais créer un faux qui aurait l’air tout aussi réel.
Je claquai doucement la langue. Bien sûr, je n’étais toujours pas certain d’y arriver. Le plan n’existait que dans ma tête. C’était un territoire inconnu, que je n’avais jamais exploré.
Mais il y avait suffisamment de chances pour que cela vaille la peine d’essayer. Mauro et Aronia ne nous avaient-ils pas dit la même chose avant de nous envoyer ici ? Donnez le meilleur de vous-mêmes et consacrez-vous à la tâche. C’était exactement ce que je devais faire.
Je promenai tranquillement le regard autour de moi. Toutes sortes d’outils s’entassaient dans la pièce scellée. Mes yeux s’illuminèrent tandis que je me dirigeais vers le centre. J’avais repéré quelque chose de très intéressant.
Un établi débordait de pouvoir magique. Il était également équipé de différents types de magie destinés à faciliter la fabrication des marionnettes.
J’utilisai sa magie intégrée de transformation des formes pour le modifier. Comme s’il avait lu dans mes pensées, il prit la même forme que l’établi dont je me servais d’habitude.
Je le caressai et hochai la tête. Comme Mauro l’avait dit, les outils pour fabriquer des marionnettes ne manquaient vraiment pas. Cet établi était si bien conçu que j’avais envie de l’arracher du sol pour le ramener à mon atelier.
Les autres salles devaient être pareilles. Et les participants se serviraient sûrement de ces outils pour donner le meilleur d’eux-mêmes.
Je me frottai le menton. J’avais décidé de créer une marionnette comme je n’en avais encore jamais fait. C’était ainsi que je dominerais les autres.
Et si je fabriquais une marionnette ordinaire, comme d’habitude ? Bien sûr, cela suffirait quand même à les battre. Non seulement les élèves de mon cours, mais même les vieux briscards comme ceux de Miorang.
Mais pouvais-je vraiment appeler cela donner le meilleur de moi-même ? Non. Je secouai discrètement la tête. Une marionnette de ce genre ne montrerait pas clairement l’écart entre eux et moi.
Je devais leur montrer de quoi j’étais capable. Pour en avoir la certitude, il fallait que je les écrase sans appel. Autrement dit, je devais choisir une méthode qui me garantirait une victoire parfaite.
Et c’était la méthode que j’avais choisie. À la fois un défi et un choix stratégique. Je plissai les yeux et tapotai l’établi.
Le professeur On m’avait dit de fabriquer une marionnette qui lui plairait. Mais cela ne signifiait pas qu’il suffisait de plaire au professeur.
Quelqu’un comptait plus que le professeur On : Tiena. Le professeur On tenait énormément à Tiena, sa propre marionnette. Alors satisfaire Tiena reviendrait à satisfaire le professeur On.
C’était pour cela que je comptais créer une marionnette qui correspondrait parfaitement à ses goûts. On pouvait dire que ce choix tenait même compte des intentions de l’examinateur. Si j’y parvenais, la première place serait assurée.
Bien sûr, encore fallait-il réussir à fabriquer la marionnette. Je hochai doucement la tête et ouvris la poche spatiale accrochée à ma poitrine. Puis je mobilisai mon pouvoir magique et en sortis précautionneusement son contenu.
C’étaient des marionnettes brisées, fendues, décolorées et fissurées. Je les avais récupérées pendant la première manche du concours. Elles serviraient aussi de matériaux pour la deuxième.
Il y en avait une dizaine environ, de formes très variées. Je me frottai doucement le menton en les observant. Je les avais choisies moi-même, pourtant, je ne percevais pas la moindre cohérence entre elles.
Je m’approchai de la première qui avait attiré mon regard : la marionnette de singe blanc. Comme elle avait été soigneusement fendue en deux, sa structure interne était bien visible.
C’était la marionnette principale du grand singe qui produisait en série des marionnettes de singes-bombes. C’est grâce à elle que j’avais compris le fonctionnement des explosions. Les connaissances qu’elle renfermait étaient si particulières.
Les autres marionnettes avaient elles aussi leurs particularités. L’une produisait des ombres, tandis qu’une autre ressemblait au brouillard de Mira.
J’avais donc rassemblé uniquement les marionnettes spéciales qui avaient piqué ma curiosité. Peut-être pour cette raison, chacune d’elles affichait sa propre personnalité. Et cette personnalité était aussi un trait distinctif de la marionnette, qu’on ne pouvait pas bafouer à la légère.
Les autres m’avaient regardé comme s’ils ne comprenaient pas mes choix. Et pour cause. Contrairement à moi, ils s’étaient concentrés sur une seule caractéristique et avaient choisi leurs marionnettes en fonction de celle-ci.
En se répartissant les marionnettes, tout le monde avait gardé à l’esprit la deuxième manche du concours. Dès qu’ils avaient choisi leurs matériaux, ils avaient donc déjà commencé à réfléchir au genre de marionnette qu’ils fabriqueraient.
Gunda, par exemple, avait pris des pièces de grandes marionnettes robustes, sans doute parce qu’il comptait fabriquer une armure. Biogan, lui, avait choisi des marionnettes faites de minéraux. De toute évidence, il prévoyait de fabriquer une sorte d’épée.
Chacun avait donc pris des matériaux adaptés aux marionnettes qu’il savait fabriquer. Voilà pourquoi leurs choix étaient cohérents. À l’inverse, celles que j’avais rassemblées n’avaient aucun point commun.
Au lieu de réfléchir à la marionnette que je fabriquerais, je m’étais surtout attaché à récupérer des marionnettes uniques qui éveillaient ma curiosité. À cause de leurs particularités, il serait difficile de les réunir en une seule marionnette.
Du point de vue des autres, elles seraient sans doute difficiles à utiliser. En ce sens, j’avais pu les récupérer sans peine. Je pourrais donc examiner plus clairement les connaissances qu’elles renfermaient.
Bien sûr, devoir fabriquer une marionnette à partir de ces matériaux me donnait du fil à retordre, même à moi. Je ne pouvais pas effacer leurs particularités et, si je les assemblais de force, leurs éléments entreraient forcément en conflit.
Mais ce n’était pas grave. C’était précisément ces particularités que je recherchais. Les matériaux n’avaient de toute façon pas tant d’importance pour moi. Ma façon de fabriquer des marionnettes différait un peu de celle des autres.
Il restait une semaine. L’évaluation intermédiaire aurait lieu exactement à mi-parcours. Alors, pourquoi ne pas commencer par les examiner ? Avant de fabriquer la marionnette, je devais mieux comprendre les matériaux.
Je reposai la marionnette-singe. Puis je tendis lentement la main et tapotai du doigt la marionnette qui m’intriguait le plus. C’était celle qui m’avait toujours rendu le plus curieux.
Une femme couverte de fissures était assise, les yeux paisiblement clos. Son visage était calme, comme si elle s’était endormie profondément. En la voyant, je souris, satisfait. Comme prévu, cette expression lui allait mieux.
N’avait-il pas dit qu’elle avait été faite à partir de son maître ? C’était la marionnette que j’avais prise à Ugo. Pour l’instant, je m’étais contenté de retoucher un peu son expression. Je pouvais enfin examiner lentement son intérieur.
Je caressai délicatement le corps de la marionnette. Sous ma main, son corps lourdement fissuré trembla de façon instable. Il y avait une raison évidente pour laquelle les autres me l’avaient si facilement cédée. La rancune d’Ugo était une chose, mais cette marionnette serait aussi difficile à utiliser dans le concours.
Même retoucher son expression m’avait demandé beaucoup de travail. Et j’avais alors appris qu’il m’était impossible de la modifier davantage. La marionnette était abîmée à la perfection, à l’intérieur comme à l’extérieur.
Il était désormais impossible de la réparer. Comme elle avait été fabriquée à partir d’un corps humain, ajouter d’autres matériaux et les tisser à l’intérieur ne servirait à rien. Cela la rendait encore plus difficile à utiliser comme matériau.
Mais son état avait aussi un avantage : sa structure m’était plus facile à comprendre. En temps normal, le système de défense installé par son propriétaire m’aurait empêché d’examiner la marionnette.
Je jetai un coup d’œil aux autres marionnettes. Elles portaient encore les traces de ce système. Le contourner m’avait demandé pas mal d’efforts.
Mais je n’avais pas besoin de le faire pour celle-ci. Surchargé jusqu’à ses limites, son système de défense s’était brisé en même temps qu’elle. Explorer son corps était donc très facile.
Je déployai lentement mon pouvoir magique et le laissai s’écouler comme un fil. Il s’enfonça dans le corps de la marionnette devant moi et se mit à circuler. En même temps, sa structure se transmettait faiblement à mon esprit.
Cette sensation me fit sourire, satisfait. Elle était quelque peu endommagée, mais je pouvais tout de même examiner sa forme sans problème. J’inspectai sa composition en hochant la tête.
La marionnette que j’examinais était véritablement remarquable. À côté d’elle, mes propres créations semblaient grossières. Ugo avait beau avoir été mon ennemi, c’était un marionnettiste extrêmement doué.
Je m’en étais déjà rendu compte en voyant les marionnettes cadavériques dans l’arène du concours. Les explosions qu’elles avaient provoquées avaient été assez puissantes pour balayer tout notre groupe.
Même avec les mêmes matériaux, je n’aurais pas obtenu le même résultat que lui. J’aurais probablement créé une explosion assez puissante pour éliminer une seule personne, tout au plus. Cela montrait à quel point Ugo excellait dans la manipulation des gens.
Je tapotai légèrement la tête de la marionnette. Elle était le fruit du savoir d’Ugo. Je me léchai doucement les lèvres et souris.
À présent que j’avais accès à ce savoir, je devais en tirer le plus possible. Mon pouvoir magique continuait de s’écouler, s’infiltrant délicatement dans son corps. Peu à peu, la structure de la marionnette commença à se révéler clairement.
Les circuits et les sorts gravés à l’intérieur étaient d’une complexité incroyable. J’avais beaucoup de mal à les comprendre. Ce n’était pas seulement parce que la marionnette était endommagée. Ils dépassaient plutôt mes propres connaissances.
Cette découverte fit briller mes yeux. En la disséquant morceau par morceau, je le sentais : plus je creuserais, mieux je comprendrais les êtres humains et l’art des marionnettes.
Je suivis tranquillement les circuits. Ceux qui produisaient la magie étaient gravés sur le poignet. Ils se superposaient en plusieurs couches, formant une structure semblable à des tendons.
Je ne parvenais à en saisir que trois couches. Mais il y avait bien d’autres choses cachées dessous. Était-ce ainsi que la marionnette avait pu déverser autant de magie malgré son état de cadavre ?
Je n’avais jamais envisagé cette approche. Était-il vraiment possible de manipuler un corps humain avec autant de liberté pour en faire une marionnette ? Je ne cessais de m’émerveiller.
À chaque pas en avant, de nouvelles connaissances apparaissaient. Une fois que je les avais comprises et assimilées, un autre pas m’en révélait d’autres, qui m’étaient inconnues. Dans cette structure semblable à une énigme, je découvris quantité de choses.
Je continuai ainsi à explorer la marionnette sans relâche. J’en oubliai même que je me trouvais dans une arène de concours.
Ce n’était pas un simple apprentissage. Tout le savoir gravé dans cette marionnette était comme le condensé des expériences et des intuitions d’Ugo. Et moi, je le lui volais.
Je sentis cette satisfaction s’enraciner profondément dans ma poitrine. Ce n’était pas une simple émotion, mais le signe tangible d’une progression. Une sorte d’intuition s’écoula en moi comme la pluie et commença lentement à imprégner mon arbre.
Mon arbre l’accepta et grandit un peu. Et cette analyse ne s’acheva pas après un seul examen. Des couches et des couches de savoir restaient enfouies dans cette marionnette, hors de ma portée.
Porté par l’exaltation de cette découverte, je disséquai la marionnette et l’analysai avec mon pouvoir magique. Puis je me concentrai et absorbai peu à peu le pouvoir magique qui affluait vers mon arbre et moi.
Au terme de tout cela, je haletai. Je posai une main sur ma poitrine. Mon arbre dégageait un pouvoir magique un peu plus pur qu’avant. Je rassemblai lentement les intuitions que j’avais acquises et ouvris les yeux.
Je baissai les yeux vers la marionnette-femme fendue en deux et hochai la tête. Elle avait même servi de tremplin à ma progression. C’était vraiment une marionnette remarquable.
Je remerciai aussi Ugo, son ancien propriétaire. Il avait manifestement tenu énormément à elle. Il restait encore des choses que je ne comprenais pas. À cet égard, Ugo était vraiment un généreux donateur.
Tandis que je contemplais la marionnette avec un sourire satisfait, j’entendis soudain un tic. Je tournai la tête et aperçus une horloge. Ma marionnette avait pris la forme d’une horloge et affichait le temps restant.
Je clignai des yeux. Ah, oui. J’étais dans l’arène du concours. Je fabriquais une marionnette. J’avais oublié tout ça le temps de l’examiner.
Au départ, j’avais touché cette marionnette pour comprendre la nature du matériau. Mais sa structure était bien plus fascinante que prévu. Résultat : presque deux jours s’étaient écoulés pendant que j’organisais mes découvertes.
J’avais du mal à croire que tant de temps était passé. Pendant que les autres fabriquaient leurs marionnettes sans s’arrêter, j’étais resté assis sans bouger. L’intérieur de cette salle était probablement visible de l’extérieur, comme lors de la première manche du concours. Je pouvais donc imaginer la situation là-bas.
Ils devaient penser que je n’avais toujours aucune idée de la direction à prendre. J’imaginai Mauro en train de s’inquiéter et esquissai un sourire. Il était peut-être temps de m’y mettre.
J’avais appris tout ce que je voulais savoir. Bien sûr, cela m’avait pris beaucoup de temps, mais j’avais aussi pu me faire une idée de la manière dont je devais fabriquer la marionnette.
Je laissai mon pouvoir magique s’écouler comme un fil et restaurai lentement le corps fendu de la marionnette. Je n’avais pas encore tout appris, mais la dissection m’avait au moins permis de comprendre la structure de base de son corps. Je pouvais le sceller.
Je croisai les bras et fixai l’horloge. L’évaluation intermédiaire approchait. Il me fallait donc fabriquer au moins une marionnette simple. Je devais avoir quelque chose à montrer aux chefs d’association.
Je jetai un coup d’œil à la marionnette-femme sur l’établi. Même scellées, les fissures gravées sur son corps s’étaient encore élargies pendant la dissection et le nettoyage.
Elle en était arrivée au point où il était impossible de la toucher. Je claquai doucement la langue en la regardant. J’avais sans doute été trop enthousiaste.
Je haussai les épaules. La marionnette avait fini dans cet état, mais cela n’avait pas vraiment d’importance. Son corps ne me servait de toute façon à rien. Je pourrais m’occuper de cette chair en miettes plus tard.
Je rangeai la marionnette telle quelle dans ma poche spatiale. Un unique joyau, resté dans l’espace vide, attira alors mon regard. Ce n’était pas son corps que j’utiliserais pour fabriquer cette marionnette, mais ce joyau.
Je ramassai le joyau rouge. Je sentis une faible présence d’âme à l’intérieur. L’âme de la femme y était enfermée.
Elle avait été déchiquetée à l’intérieur du joyau et y souffrait. Peut-être était-ce pour cela qu’elle ressemblait à une âme d’un blanc pur, dépourvue de raison et de volonté.
Bien sûr, avec le temps, cette âme se remettrait elle aussi. Mais elle avait déjà été profondément modifiée. Il serait sûrement difficile pour elle de retrouver sa forme originelle.
Après l’avoir constaté, j’esquissai un sourire amer. Ugo avait dû faire exprès de la mettre dans cet état. On disait qu’il fallait respecter les goûts de chacun, mais là, c’était vraiment de mauvais goût.
Je tapotai légèrement le joyau. Pourtant, son état me permettait aussi de m’en servir. Je savais très bien comment manipuler les âmes instables.
J’utiliserais cette âme pour fabriquer une marionnette. Un précieux cadeau que je pourrais offrir à Tiena. Cette idée me vint en contemplant le joyau. Je portai tranquillement mon attention sur ma poitrine.
Mon arbre, qui avait pris du volume, entra en résonance avec moi et agita ses branches. Il avait tant grossi que je devrais peut-être le tailler, non ? Cette pensée me fit rire. Comme s’il avait senti ce qui l’attendait, l’arbre se mit à pendre mollement.
En résonance avec mon arbre, j’en tirai lentement du pouvoir magique. Je sentis celui-ci s’écouler selon ma volonté.
Il ne contenait pas que du pouvoir magique. Je percevais aussi la présence de fragments de mon âme. Je les gardai à l’intérieur et dessinai lentement un cercle magique sur le sol.
Je pris l’une des autres marionnettes et la plaçai dans le cercle magique. Pourquoi aurais-je dû préparer moi-même un corps ? J’en avais déjà un tout fait sous les yeux.
Je n’avais qu’à préparer ce que j’y mettrais. Sentant la présence de l’âme et du pouvoir magique circuler le long du cercle, je souris en silence. Ainsi, un jour passa et, au milieu du cercle magique, une petite marionnette se redressa.
Je la regardai et hochai la tête. C’était la marionnette-singe que j’avais obtenue de Jugang. Comme je l’avais récupérée en premier et que je comprenais mieux sa composition que celle des autres, je l’avais choisie comme corps de base.
Heureusement, elle se tenait debout sans problème. On pouvait appeler ça une marionnette d’essai rudimentaire. Elle avait un peu échoué, mais mon intention y était malgré tout présente, même si ce n’était qu’une faible trace.
Je pouvais l’envoyer à l’évaluation intermédiaire. Je tendis la main en jouant avec le joyau. Peut-être parce qu’elle avait senti ma volonté, la marionnette grimpa prudemment dans ma paume.
Je créai devant elle un petit miroir avec mon pouvoir magique. Elle toucha tranquillement son propre corps, croisa mon regard dans le miroir, puis se mit à cligner des yeux.
Je percevais une légère confusion dans ses yeux. Son lien avec moi n’était que très ténu, mais je parvenais tout de même à lire son émotion. Je souris un peu et lui grattai la tête.
Tandis que je m’occupais ainsi, l’horloge sonna. Le troisième jour venait de s’achever. Il était donc temps de faire face aux chefs d’association.
Je sentis un flux constant de pouvoir magique émaner du mur scellé. Il se renforça peu à peu, puis traça un chemin. Des lumières y clignotaient, comme pour m’inviter à les suivre.
Je suivis lentement le chemin. J’entrai alors dans une immense caverne, celle où j’étais déjà venu.
Je saluai respectueusement l’estrade. Les douze chefs d’association y étaient assis, comme la dernière fois. Toutefois, peut-être parce qu’il s’agissait de l’évaluation intermédiaire, le professeur On et Tiena étaient absents. Ils apparaîtraient sans doute plus tard.
Je me tins devant eux et croisai leurs regards. Une foule d’émotions agitait leurs yeux : de l’incrédulité, de l’intérêt, et même une pointe de stupeur.
Sous leurs regards, je me grattai tranquillement la tête. Pourquoi faisaient-ils cette tête-là ? Je n’y comprenais rien.
Mauro regarda la marionnette-singe dans ma main et toussota. Puis il m’examina de haut en bas avec une certaine méfiance.
« Ton arbre va bien ? »
Mon arbre ? Je posai un instant la main sur ma poitrine. Mon arbre souffrait énormément. C’était inévitable : j’en avais arraché environ un dixième.
Toutes les tiges que j’avais arrachées à mon arbre s’étaient infiltrées dans la petite marionnette assise dans ma main. Cette douleur m’était familière. C’était pareil pour mon arbre.
Je souris légèrement et hochai la tête.
« Oui, il va parfaitement bien. »
« … T’es dingue. Je te croyais parmi les plus normaux sous les ordres de Mauro, mais je me trompais. Je ne pensais pas que tu étais le plus cinglé de tous. »
Aronia marmonna avec une grimace de dégoût. Les autres semblaient d’accord avec elle. Même Gaon, qui m’avait auparavant accablé de son intention meurtrière, réagissait de la même façon.
Je compris alors pourquoi ils se comportaient ainsi. Ils m’avaient tous regardé fabriquer ma marionnette. Ils avaient dû assister à tout le processus, y compris au moment où j’avais coupé mon arbre pour en placer les morceaux à l’intérieur.
Je me frottai légèrement le menton. En y réfléchissant, c’était la première fois que je montrais aux autres ma manière de fabriquer des marionnettes. Hum… Était-ce vraiment si choquant ? Pour moi, ce n’était qu’une voie possible parmi d’autres dans l’art des marionnettes.
Bien sûr, ma façon de faire différait un peu de celle des autres. Avant de fabriquer une marionnette, je commençais par arracher une partie de mon arbre. Il ne devait pas y avoir beaucoup de gens qui utilisaient leur propre arbre comme matériau.
Non, j’étais peut-être le seul. Vu leur air stupéfait, c’était ce que je me disais. Mais c’était la voie que j’avais choisie pour créer des marionnettes. Chacune d’elles devenait une fondation pour moi.
Je me grattai de nouveau la tête. Je n’avais même pas encore vraiment commencé à fabriquer la marionnette. Pour créer celle que j’avais imaginée, il me faudrait bien d’autres sacrifices. Ils n’avaient donc vraiment pas besoin d’être déjà aussi surpris.
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