Chapitre 165
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 165
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165.
Mon corps scintilla faiblement et se laissa porter par le pouvoir magique. Une étrange sensation m’enveloppa, comme si je franchissais les frontières de l’espace. Puis, après un temps impossible à mesurer, je sentis mon corps se poser quelque part.
Aussitôt, la sensation du réel recomposa mon corps. La première chose que je sentis fut le pouvoir magique pur qui m’entourait et s’infiltrait en moi.
Ce pouvoir magique se calma bientôt. La lumière qui m’entourait s’estompa en même temps, et j’ouvris lentement les yeux. Un rideau noir m’encerclait.
Il suivait le cercle tracé au sol, là où je me tenais. C’était sans doute la magie qui avait permis le transfert. Comme si sa tâche était achevée, il s’effaçait lentement.
Je restai là et ouvris puis refermai la main plusieurs fois. Cette sensation désagréable et bien distincte que j’avais éprouvée sur le terrain de compétition — cet étrange courant qui bridait mon pouvoir magique — avait disparu. Cela voulait dire que j’avais quitté les lieux.
Le rideau noir disparut bientôt complètement. Je sortis prudemment du petit cercle sous mes pieds. Ce n’est qu’alors que je pus observer les alentours.
Je n’étais pas seul. Tous ceux qui avaient passé le premier tour de la compétition sortaient d’un cercle et vérifiaient leur état, comme moi.
« On dirait que nous voilà tous réunis de nouveau. »
J’inclinai légèrement la tête et souris. Les autres me rendirent mon salut. Tout le monde semblait plutôt détendu. La tension qui s’était attardée sur leurs visages s’était considérablement dissipée.
J’étais sans doute dans le même état. Évidemment. Si nous nous retrouvions face à face ainsi, c’était que le premier tour de la compétition s’était achevé sans encombre.
Plus besoin de nous méfier les uns des autres. D’après Mauro, il n’y aurait pas de combat au deuxième tour. Nous n’avions donc aucune raison de nous affronter maintenant.
Même si je l’avais voulu, je n’aurais pas pu. Je posai une main sur ma poitrine. Je sentis une sorte de contrat se lier à l’arbre enraciné en moi.
C’était la restriction que j’avais reçue en entrant à l’université : l’interdiction de violer la zone de survie ou les droits de propriété d’autrui. Cette règle me liait de nouveau.
Il était désormais impossible de nous entretuer ou de voler des marionnettes comme avant. Je sentais clairement que j’avais quitté le terrain de compétition. Voilà pourquoi tout le monde avait l’air si soulagé.
« On dirait qu’on est à l’extérieur, alors. »
Gunda regarda autour de lui en disant cela. Je me frottai le menton et hochai la tête. L’endroit était fermé de tous côtés et ressemblait à une salle de réception.
Il n’y avait pas beaucoup de meubles, certes, mais la pièce était emplie d’un pouvoir magique chaleureux. Je clignai doucement des yeux. Pour une raison ou une autre, l’endroit m’était familier.
Où avais-je déjà senti une atmosphère pareille ? Après un instant de réflexion, je frappai doucement dans mes mains. C’était le même confort que celui que je ressentais dans le salon quand je rendais parfois visite à Tiena après les cours.
Nous étions donc dans la tour du professeur On. Le deuxième tour se déroulerait maintenant à l’extérieur. Après tout, nous n’avions plus de raison de nous battre ; inutile de retourner sur le terrain de compétition.
Tandis que je restais immobile, je sentis le pouvoir magique de la pièce nous envelopper et dissiper notre fatigue ainsi que nos blessures. C’était semblable à l’infirmerie de la tour de la professeure Irian.
« Je vais me reposer un peu. Vu la situation, ils nous appelleront sans doute le moment venu. »
Je haussai les épaules, trouvai un coin et fermai les yeux. Avant le deuxième tour, je devais remettre mon corps en état. Gunda acquiesça, puis s’éloigna.
Mon corps récupéra rapidement au contact de ce pouvoir magique. La magie qui brûlait doucement le ramena à son état optimal. Les autres durent le sentir aussi : l’un après l’autre, ils trouvèrent un endroit où se reposer confortablement.
Puis, après un temps impossible à mesurer, je sentis une faible ondulation de pouvoir magique. Sous son effet, le mur de la pièce commença lentement à s’ouvrir. Un passage se dessina.
Il nous invitait à passer par là. Un chemin venait de s’ouvrir devant nous : il fallait avancer. Je m’époussetai et me levai, puis regardai les autres en leur adressant un sourire discret.
Les visages qui se faisaient face affichaient une grande assurance. Puisqu’il s’agissait désormais d’un concours individuel, chacun pensait clairement à la victoire. Bien sûr, ce serait moi qui l’emporterais.
Je suivis donc lentement le passage avec les autres. Il n’était pas très long. Nous en atteignîmes bientôt le bout et entrâmes dans une autre pièce.
C’était un vaste hall dont les murs étaient couverts d’ornements. Comme pour nous féliciter de notre victoire, ils brillaient et éclairaient le chemin devant nous. Au-delà, j’aperçus une haute estrade.
Dès que tout le monde en vit le sommet, nous nous arrêtâmes. Puis nous inclinâmes discrètement la tête. Je fis de même et claquai légèrement la langue.
Même de cette distance, je sentais nettement le pouvoir magique dense qui émanait de l’estrade. Ses multiples courants s’entremêlaient en passant près de nous. Chacun portait la marque distincte de son propriétaire.
J’examinai l’estrade en silence. Les propriétaires de ces pouvoirs magiques y étaient assis : le professeur On et Tiena, ainsi que les chefs des associations de chaque ville.
Tandis que je me demandais ce qu’ils faisaient là, je vis quelqu’un me faire signe. Le pouvoir magique que je percevais chez lui était extrêmement faible. Il l’était même davantage que le mien.
Une seule personne avait un pouvoir magique de ce niveau : Mauro, le chef de notre association. Quand nos regards se croisèrent, il éclata d’un rire sonore.
Il nous fit signe d’approcher. Suivant son invitation, nous avançâmes lentement vers le devant de l’estrade. Une fois arrivés, le professeur On nous observa sans un mot.
Son regard était totalement dépourvu d’émotion et terriblement froid. Tiena, qui s’appuyait contre son bras, lui tapota doucement le bras. Il lui adressa alors un sourire tendre.
Après lui avoir embrassé doucement le front, il tourna les yeux vers nous, hocha la tête et prit la parole.
« Vous avez bien travaillé. Venez vous asseoir. Je vais vous expliquer le deuxième tour de la compétition. »
Le professeur On fit un geste. Des chaises surgirent devant nous, une pour chacun. Le pouvoir magique qui émanait de lui nous attira et nous installa rapidement sur les sièges.
Je savais déjà comment se déroulerait le deuxième tour. Et pourtant, il allait nous l’expliquer de nouveau ? On aurait dit que quelque chose avait changé. J’attendis donc calmement qu’il poursuive.
À cet instant, je sentis un regard se braquer sur moi. Impossible de savoir à qui appartenait ce regard dissimulé, mais je percevais son hostilité.
Un pouvoir magique m’atteignit en même temps que ce regard. J’y sentis une intention meurtrière chargée d’une épaisse odeur de sang. Je ne pus que me figer, comme une grenouille devant un serpent.
Il se pressa lentement contre mon corps. Je me raidis et libérai mon pouvoir magique, mais celui qui s’insinuait en moi le déchira aussitôt.
J’étais incapable de résister à cette force. Ce n’était qu’un affrontement de pouvoirs magiques, mais l’écart de niveau était bien trop grand. S’il pouvait m’écraser aussi facilement, c’est que son propriétaire était un chef d’association.
Je devinai aussitôt de qui il s’agissait. Le pouvoir magique qui s’insinuait en moi se dirigeait vers ma poitrine. On aurait dit qu’il cherchait à blesser mon arbre.
Je fronçai les sourcils et libérai autant de pouvoir magique que possible. Puis je regardai le professeur On. Il n’avait pas pu ne pas remarquer qu’on me harcelait aussi ouvertement.
Pourtant, il se contenta de me fixer sans chercher à intervenir. C’était bien lui, ça : rien ne l’intéressait en dehors des marionnettes.
À cet instant, un autre pouvoir magique m’enveloppa doucement. Il trancha celui qui m’enserrait. Je laissai échapper un souffle grave et lourd.
Puis je claquai la langue. Pour tout dire, j’étais devenu très sûr de moi après avoir remporté le premier tour. Je n’aurais jamais cru m’effondrer ainsi sous le seul effet d’un pouvoir magique. Au bout du compte, cette compétition opposait encore des gens bien au-dessus de moi. Il fallait savoir rester humble.
Et je n’étais pas le seul à respirer péniblement. Miorang semblait lui aussi avoir été envahi par un pouvoir magique, et s’efforçait de reprendre le contrôle. Les autres n’avaient rien. Une seule personne pouvait s’en prendre à nous deux de cette façon.
« Tss, quelles sottises ! Même si les choses ne se sont pas déroulées comme tu le voulais, tu devrais au moins savoir accepter le résultat. »
Une femme aux cheveux blancs claqua la langue et fit un geste. C’était Aronia, la cheffe de l’association de Miorang. À son signal, son pouvoir magique s’étira comme un fil et se rassembla.
C’était elle qui nous avait aidés. Comme je m’y attendais, son regard se posa sur Gaon. Celui-ci croisa les bras et renifla.
« Je n’ai fait que laisser passer un peu de pouvoir magique. Ils n’ont tout simplement pas réussi à le supporter. »
La raison de son geste était évidente. Nous avions sans doute éliminé Ugo, celui qu’il avait choisi. Il exprimait ainsi son ressentiment.
Je n’aurais jamais cru qu’il réagirait aussi violemment, même en présence du professeur On. Cela montrait à quel point le rôle d’Ugo comptait pour lui. Dans ce cas, il n’aurait pas dû lui demander de s’en prendre à moi.
Je plissai les yeux en le regardant. Je n’oubliais pas les rancunes. Je n’avais donc pas oublié qu’il avait ordonné à Ugo de détruire ma marionnette.
Son influence faisait partie des raisons qui m’avaient poussé à éliminer Ugo du premier tour. Comme je ne pouvais pas m’en prendre directement à Gaon, j’avais au moins tenté de faire échouer son plan.
À en juger par sa réaction, j’avais plutôt bien réussi. Avec un sourire satisfait, j’inclinai la tête devant Aronia.
Je la remerciais d’avoir interrompu les représailles de Gaon. Elle me jeta un coup d’œil, puis hocha la tête. Mauro, assis à côté d’elle, se caressa la barbe et prit la parole.
« Ho ho, merci d’avoir aidé le jeune Evron. Il m’était difficile de déployer mes forces, voyez-vous. Hum, si vous, qui prenez rarement les devants, vous êtes donné la peine de l’aider, c’est que le jeune Evron vous plaît bien. »
Mauro éclata d’un rire sonore, puis tourna la tête vers moi. Je lus dans son regard une pointe d’excuse. Était-ce parce qu’il n’avait pas pu intervenir lui-même ?
Je secouai légèrement la tête. J’avais déjà vérifié l’état de Mauro. Pour l’instant, il n’était qu’au stade de la Jeune pousse. Avec un tel corps, impossible pour lui de bloquer leur pouvoir magique.
Je me remis à m’interroger sur son histoire. S’il se tenait au coude à coude avec des gens pareils, c’est qu’il avait autrefois atteint un niveau similaire. Je n’arrivais pas à imaginer comment il avait pu tomber si bas.
« Hmph, j’ai simplement été intriguée. J’ai compris qu’il ne faisait pas que tripoter des marionnettes, contrairement à tes subordonnés. Sa marionnette était intéressante aussi. Alors, toi, continue de progresser. Tu es gâché auprès de quelqu’un comme Mauro. »
Aronia renifla en me regardant. Son expression n’avait plus rien à voir avec celle qu’elle affichait lors de notre première rencontre. À l’époque, son regard était froid, comme si elle ne voyait aucune valeur en moi.
Mais à présent, je décelais une pointe de douceur dans ses yeux. Je m’inclinai de nouveau profondément. Mauro nous observa tous les deux et toussota sèchement.
« Hum, je croyais que vous aussi, vous voudriez le convoiter. Quel dommage. Je ne compte pas céder cet ami. Je ne peux pas laisser partir la nouvelle recrue qui a enfin rejoint notre association après tout ce temps. »
Mauro haussa les épaules comme pour la provoquer. Aronia lui envoya une vague d’intention meurtrière. Pourtant, son visage resta parfaitement calme.
Mauro continua de rire. Ne sentait-il pas cette intention meurtrière ? Non, à vrai dire, il semblait certain qu’elle ne pouvait rien lui faire.
Aronia fit onduler son pouvoir magique, le visage crispé, puis poussa bientôt un soupir. Elle le calma et se frotta le front avant de fusiller Mauro du regard et de claquer la langue.
« Tu n’as plus beaucoup de temps pour faire le malin comme ça, alors prépare-toi. Miorang a achevé la pièce. Tu ne pourras pas t’enfuir comme la dernière fois. »
« La compétition n’est même pas terminée. De quoi tu parles ? Les règles n’ont-elles pas changé par vote majoritaire ? Si le propriétaire de la pièce ne gagne pas, le pari sera considéré comme nul et non avenu. Tu étais d’accord, toi aussi, non ? »
Mauro me regarda et me fit un pouce levé. Il voulait dire que, comme il me l’avait demandé, je devais gagner. Je claquai légèrement la langue et regardai Miorang.
Il avait sorti la pièce et la faisait tourner entre ses doigts. Qu’est-ce que c’était, au juste, pour qu’ils y prêtent autant d’attention ? À en juger par l’ambiance, ce pari devait mettre en jeu quelque chose d’important.
Aronia jeta un coup d’œil aux chefs d’association et claqua légèrement la langue. Puis elle croisa les bras, l’air contrarié.
« Tout le monde essaie de me tenir en respect parce qu’on dirait que je vais gagner. Ça ne change rien. Le vainqueur viendra de notre association, de toute façon. Nos jeunes sont les plus nombreux pour le moment. Quant aux autres, ce ne sont que des nouvelles recrues, alors ça devrait être facile. »
« Ho ho, vous êtes en train d’ignorer notre jeune Evron ? »
Mauro désigna la marionnette derrière moi et esquissa un sourire. Aronia me regarda alors. Ses yeux exprimaient un mélange de curiosité et d’agacement. Mauro se caressa la barbe et poursuivit.
« Quand tu es mort, tout le monde a été stupéfait. Ta marionnette, mademoiselle Mira, a rassemblé une grande quantité de pouvoir magique et a tenté de faire sauter le terrain de compétition, voyez-vous. Heureusement, tu as vite ressuscité et tu l’as calmée. Ça n’en restait pas moins dangereux. »
Je me grattai légèrement la tête. J’avais caché la vérité sur la marionnette pour la surprendre. Mais Mira avait vraiment tenté une chose pareille ?
Je claquai doucement la langue. Il faudrait que je m’excuse auprès d’elle une fois dehors. Mais d’abord, je devais finir cette compétition.
Mauro me fit un clin d’œil. Je compris parfaitement ce que ce geste malicieux signifiait. Il voulait que je montre de nouveau ce corps secondaire.
On aurait dit qu’il comptait se servir de moi pour vanter les marionnettes. Mauro avait beau agir avec désinvolture, il était toujours le chef de mon association. Je devais donc le suivre.
J’envoyai ma volonté vers ma poitrine. La marionnette qui se tenait derrière moi s’approcha. Celle qui avait pris l’apparence de Cassian se liquéfia, puis adopta la mienne.
Face à elle, je fermai doucement les yeux. Je laissai ma volonté et mon âme s’y écouler, puis ouvris les yeux à travers son corps. Peut-être parce que j’habitais tout son corps, sa chair me semblait incroyablement légère.
« Cet ami a déjà ouvert une voie qui lui est propre. Alors sa victoire est quasiment assurée. Qu’en pensez-vous ? C’est plutôt amusant, non ? »
Mauro sourit à pleines dents et se vanta auprès d’Aronia. Elle envoya son pouvoir magique vers le corps de ma marionnette, se frotta le menton et claqua la langue.
Le pouvoir magique des autres chefs d’association pénétra également dans mon corps. Chacun examina ma marionnette avec curiosité.
Mauro poursuivit son duel verbal avec Aronia. Pendant ce temps, je sentis les regards des personnes assises autour de nous converger sur moi. Je me tournai vers les autres.
Les personnes installées sur les chaises furent surprises en voyant la marionnette à mon image. Je leur souris. C’était une nouvelle possibilité que j’avais créée, la somme de mon art des marionnettes et de ma vie.
Maintenant que le premier tour était terminé, je n’avais plus besoin de leur cacher ma marionnette. Comme Mauro l’avait dit, tout le monde, à l’extérieur, était déjà au courant. Autant prendre les devants de cette façon.
C’était une marque d’assurance, mais aussi une sorte de déclaration. J’allais les vaincre et remporter la victoire. Ils l’avaient peut-être compris, car leurs visages se firent méfiants. Je réintégrai mon corps principal.
« Tu avais l’air étrangement détendu. Je comprends mieux : tu cachais un secret pareil. »
Gunda claqua la langue depuis le siège à côté de moi. Je haussai les épaules en souriant. Tout le monde avait un ou deux secrets.
Gunda observa ma marionnette, puis croisa les bras. Un sourire plutôt assuré se dessina sur ses lèvres.
« Eh bien, c’est une marionnette impressionnante, mais je n’ai pas l’intention de perdre non plus. Après tout, je dois offrir la victoire à la cheffe de mon association. »
Il regarda Aronia droit dans les yeux. Une légère rougeur lui était montée aux joues. Hum… chacun ses goûts.
Comme si elle ne supportait pas de perdre, Aronia fit apparaître les marionnettes des membres de son association, dont celle de Miorang. La scène prit des allures de combat par procuration entre marionnettes. Les survivants présentèrent chacun leur marionnette.
Puis, au milieu de cette scène chaotique, un pouvoir magique dense se mit à circuler. Le professeur On, qui nous observait jusque-là en silence, tapota doucement le sol. Aussitôt, les personnes qui faisaient du bruit se turent.
« Vous avez fini de discuter ? Alors, venons-en au fait. Cette compétition était intéressante. Bien sûr, quelques problèmes sont survenus, mais ils ont été réglés de façon satisfaisante. Cela ne vous concerne plus. Je vais donc parler uniquement de la compétition. »
Intéressante, vraiment ? Même si des membres d’association étaient morts, le professeur On restait parfaitement indifférent. Je jetai un coup d’œil à Gaon. Il avait les bras croisés et les yeux fermés en silence.
Il avait l’air de n’avoir aucun souci. Je fronçai discrètement les sourcils. Il pouvait rester aussi tranquille après avoir enfreint les règles de l’université ? Tiena, assise à côté du professeur On, affichait seulement un faible sourire amer.
« Le deuxième tour de la compétition est simple. Vous n’avez qu’à fabriquer une marionnette qui me satisfasse. Les personnes ici présentes seront chargées de vous évaluer. »
Le professeur On poursuivit. Je penchai la tête. Mauro ne m’avait-il pas dit que seul le professeur On participerait à l’évaluation ? On aurait dit que les modalités avaient changé. C’était sans doute pour cela que les chefs d’association étaient réunis ici.
Le professeur On balaya les chefs d’association du regard. Ils inclinèrent légèrement la tête devant lui. Il les observa en silence, puis reprit lentement la parole.
« Mauro, explique la suite. C’est vous qui avez changé les règles. »
Après quoi, le professeur On se tut et fixa Mauro. Celui-ci se caressa la barbe en esquissant un sourire. Puis il se racla légèrement la gorge et se leva.
« Hum… Le professeur semble trouver fastidieux de poursuivre les explications, alors je vais le faire à sa place. Chacun de vous fabriquera une marionnette dans les mêmes conditions, à partir des choses que vous avez récoltées. »
Je hochai doucement la tête. Je le savais déjà. Qu’est-ce qui avait changé, alors ? J’attendis qu’il poursuive. Mauro nous regarda tour à tour, puis reprit.
« Nous vous observerons et, grâce à des évaluations intermédiaires, nous déciderons qui éliminer. Si vous nous présentez une marionnette trop rudimentaire, nous vous éliminerons sur-le-champ. Alors, attention. Donnez le meilleur de vous-mêmes. »
Mauro ajouta ensuite de nombreuses explications. Nous aurions une semaine pour fabriquer une marionnette. Le temps serait déformé, si bien que seules six heures environ passeraient à l’extérieur. Et d’autres détails du même genre, plutôt intéressants.
Mais alors qu’il s’étendait en explications, son discours finit par s’égarer. Il se caressa la barbe et contempla le vide. Son regard se brouilla, comme s’il se remémorait le passé.
« Je m’étais vraiment bien amusé lors de ma première participation à la compétition. À l’époque, tout le monde aimait les marionnettes et rêvait ensemble. Mais aujourd’hui, j’ai l’impression que tout le monde est devenu trop avare. Regardez, des accidents se produisent, comme cette fois… »
Mauro revint un peu à lui et jeta un coup d’œil à Gaon. Son regard était réprobateur. Gaon renifla en le croisant.
« Ils étaient simplement faibles. »
« … Si tu le dis. Je n’ajouterai rien. Sache seulement que je garde l’œil ouvert. »
Mauro plissa les yeux en parlant. Gaon claqua la langue et ne répondit rien. Mauro le regarda un instant, puis se replongea dans ses souvenirs et poursuivit ses récits sur le passé.
Son histoire, un peu ennuyeuse, finit par plomber l’ambiance. Peut-être incapable de le supporter, quelqu’un scella la bouche de Mauro avec un pouvoir magique dense. Mauro tenta de l’arracher, mais ne parvint pas à vaincre cette force.
« Tu parles toujours trop. Ferme-la. Je vais conclure. »
Aronia soupira. Le pouvoir magique qui bâillonnait Mauro s’étirait depuis sa main. Elle nous désigna du menton.
« Tout ce qu’il fallait dire a été dit, alors bougez. Et vous tous, continuez de progresser. »
Elle déploya son pouvoir magique. Les chaises sur lesquelles nous étions assis se mirent à briller. La lumière enveloppa mon corps en un instant.
Puis elle m’attira et se mit à me transporter ailleurs. Le déplacement fut incroyablement rapide. Mon corps fut relâché, et une vive lumière dévoila les alentours.
Je regardai calmement autour de moi. C’était une grande pièce fermée de tous côtés. Aucun passage ne permettait d’en sortir. Littéralement une salle dont je ne pourrais m’échapper qu’en fabriquant une marionnette. Le message était clair : au travail.
Je ne m’étais pas attendu à ce que tout commence aussi brusquement. Une horloge accrochée au mur indiquait le temps qu’il me restait. Une semaine. Je devais fabriquer une marionnette pendant ce délai, une qui satisferait tous les chefs d’association et le professeur On.
Je croisai les bras sans un mot. J’avais déjà décidé du genre de marionnette que je fabriquerais. J’y réfléchissais depuis avant même de m’inscrire à cette compétition.
J’avais participé à cette compétition à la demande de Mauro. Mais j’avais une autre demande, bien plus importante à mes yeux. Celle de Tiena.
Tiena voulait avoir un enfant avec le professeur On. Ici, je comptais satisfaire au moins en partie sa demande. Pas parfaitement, mais en montrant qu’une voie suffisamment prometteuse était possible.
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