Chapitre 161
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 161
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161.
Je tapotai le devant bombé de mes vêtements et souris, satisfait. Puis je pris la tasse posée sur la table et en bus une petite gorgée. L’arôme amer s’attarda dans ma bouche et m’apaisa.
Ce fut un bref instant de répit, le genre de moment dont je ne pouvais profiter qu’en des temps paisibles comme ceux-ci.
Je promenai mon regard autour de moi. Même si je n’étais pas certain qu’on puisse qualifier la situation de normale.
Les autres discutaient autour des marionnettes entassées sur la table. C’étaient les trophées pris aux personnes que nous avions chassées. Ils souriaient de contentement en les récupérant.
En les regardant, je haussai légèrement les épaules. Prendre les affaires des autres et s’en réjouir autant… Ils avaient tous quelque chose de très mage.
« Quelle barbarie… »
Je marmonnai, puis me tapotai les lèvres. Mes véritables pensées m’avaient échappé par inadvertance. La scène devait donc être particulièrement déplaisante.
Je me caressai doucement le menton. Je connaissais bien la valeur des marionnettes. Tout l’amour qu’elles ressentaient était voué à leur propriétaire.
J’étais le seul à le comprendre… Non, il y en avait un autre. Je jetai un coup d’œil à Biogan. Lui aussi se tenait là, silencieux, les bras croisés.
Il ne se joignait pas non plus au groupe qui examinait les marionnettes. C’était un traître, mais le fait qu’il comprenne la valeur d’une marionnette le rendait meilleur que les autres.
Oui, tout comme je chérissais mes marionnettes, les autres tenaient naturellement aux leurs. Les leur arracher de force en riant de si bon cœur… Quel acte barbare.
Les mages étaient vraiment comme ça. Je secouai la tête, désolé pour eux. Si ce n’était pas une compétition, jamais je ne participerais à une chose pareille. Moi, j’étais différent.
« Pour quelqu’un qui dit ça, tu n’as pas été le premier à choisir une marionnette ? Et, cette fois, je crois bien que tu as été le plus enthousiaste quand on s’est occupés de nos adversaires. »
Gunda s’approcha de moi en penchant la tête. Une expression légèrement aigre se dessinait sur son visage. Il s’arrêta à côté de moi, l’air renfrogné.
Il avait dû entendre mes pensées. Un peu embarrassé, j’évitai son regard. Puis je toussotai et haussai les épaules.
« Hum… Puisque je participe, autant prendre ce que je peux. »
Je me grattai la tête et regardai les autres. Contrairement à eux, j’avais le cœur parfaitement pur. C’était pour ça qu’au début de l’attaque, les marionnettes ne m’avaient pas tellement intéressé. J’avais même envisagé de les laisser tranquilles.
Mais après en avoir vu une qu’ils contrôlaient, j’avais changé d’avis. Je tâtai discrètement l’intérieur de mes vêtements. La marionnette que j’avais prise était là.
Je la sortis. Sa texture étrange glissa sous mes doigts. Je la tendis légèrement vers Gunda.
« Gunda, même toi, tu ne pourras pas y résister quand tu l’auras vue. Fascinante, non ? Son éclat, sa structure, jusqu’à son matériau. J’éprouve un vrai respect pour la personne qui l’a fabriquée. »
Je la contemplai, les yeux brillants. Elle avait la forme d’une brume noire. Sa fonction consistait à troubler les sens de quiconque y pénétrait.
On aurait dit une version très affaiblie du brouillard de Mira. À ce titre, c’était une marionnette vraiment fascinante. Même après la perte de son propriétaire, elle conservait cette forme brumeuse.
À cause de son corps informe, il n’était pas facile non plus de comprendre la structure de la marionnette. Comment aurais-je pu passer mon chemin devant une pièce aussi intéressante ? En la démontant, je pourrais peut-être acquérir de nouvelles connaissances.
Je la caressai en souriant, satisfait. Je n’avais pas le choix, il fallait que je l’emporte. Je regardai les autres, qui fendaient des marionnettes en deux. Si je ne l’avais pas prise, elle aurait fini entre leurs mains, à coup sûr.
En un sens, on pouvait même dire que j’avais sauvé cette marionnette. Elle n’était pas tombée entre les mains de gens incapables de comprendre cet amour, et n’avait pas été démantelée comme les autres.
Pour cette marionnette, rencontrer quelqu’un comme moi tenait de la chance inouïe. De leur côté, ils auraient de toute façon subi cette attaque. Je tapotai la marionnette, puis la glissai de nouveau sous mes vêtements.
Gunda m’observa et secoua doucement la tête. Il ne comprenait visiblement pas la profondeur de mes sentiments. Enfin, comment un mage aurait-il pu comprendre ce que j’avais dans le cœur ? Je haussai discrètement les épaules.
Mais surtout, cette chasse avait duré plus longtemps que prévu. Je levai les yeux vers le ciel et claquai doucement la langue. Le cercle avait encore rétréci.
Et, à mesure qu’il diminuait, le nombre de participants baissait lui aussi. Peut-être était-ce pour cette raison qu’il devenait difficile de croiser qui que ce soit. Même au cours de cette chasse, nous avions mis plus longtemps à trouver des gens.
Cela signifiait aussi que nous en avions chassé autant. Je dépliai la carte. Le chemin que nous avions parcouru était maintenant parfaitement dégagé.
Nous avions ainsi continué à traquer les gens en avançant. C’était une sorte d’élagage : le processus qui consistait à réduire leur nombre.
Nous n’avions pas d’autre raison d’agir ainsi. Le cercle qui rétrécissait dans le ciel indiquait que la compétition approchait de sa phase finale. Seules dix personnes pouvant passer au deuxième tour, il nous fallait réduire leur nombre autant que possible.
Je tapotai doucement la table. Tous ceux que nous avions rencontrés faisaient partie d’un petit groupe de quatre personnes au maximum. À cause de cela, les autres ne pouvaient pas facilement faire face à la supériorité numérique que nous avions créée.
Ce n’était pas parce que les autres n’avaient pas réfléchi comme moi qu’ils n’avaient pas formé de grands groupes. Leurs choix étaient le fruit d’un jugement rationnel.
Si l’on ne considérait que les chances de passer, elles étaient probablement meilleures que les nôtres. Comme Miorang l’avait montré, il était très facile de créer un traître.
S’ils augmentaient trop leurs effectifs, ils finiraient forcément par tomber dans des pièges, comme nous. C’était pour ça qu’ils ne formaient des groupes qu’avec quelques membres de la même association ou des connaissances.
Miorang avait fait pareil. Il avait formé un groupe avec plusieurs personnes de la même association. Il connaissait sûrement bien le danger de la trahison, lui qui nous avait trahis.
Malgré tout, j’avais constitué ce groupe parce que j’étais sûr de pouvoir me protéger. De toute façon, ma conscience pouvait se déplacer dans un corps dérivé. La trahison ne représentait pas un problème majeur pour moi.
En ce sens, aucun groupe n’était aussi nombreux que le nôtre. C’était pour ça que nous pouvions avancer sans la moindre crainte.
De l’autre côté, Miorang, qui avait noué une relation de coopération avec nous, devait lui aussi procéder à cet élagage. Pour qu’au bout du compte, il ne reste que son groupe et le nôtre. Voilà quel était notre objectif.
Et nous n’étions sûrement pas les seuls à nous réjouir de cette baisse des effectifs. Je fronçai légèrement les sourcils et vérifiai la carte. Il ne restait plus beaucoup de chemin.
Notre destination se trouvait juste devant nous. Je croisai les bras et baissai les yeux vers la carte. Nous nous dirigions vers le centre du cercle gravé dans le ciel.
C’était là que s’achèverait ce premier tour de la compétition. D’après Miorang, l’endroit clairement indiqué sur la carte était la « ligne de qualification ». C’était le point de qualification où l’on ne pouvait entrer qu’une fois le cercle rétréci et le nombre de participants réduit à dix.
Je jetai un coup d’œil aux autres. Ceux qui avaient fini de se partager les marionnettes murmuraient entre eux. Je frappai dans mes mains pour attirer leur attention et me levai.
« Bon, en route. Il est temps d’avancer. »
À ces mots, les autres acquiescèrent. Je les observai un par un. Ce bref repos était le dernier répit que je leur avais accordé.
À partir de maintenant, chacun devrait faire de son mieux s’il voulait survivre. Combien d’entre eux resteraient ? Même moi, je l’ignorais.
Le talent individuel compterait davantage désormais. Je pouvais dire que j’avais rempli ma part du marché en les utilisant comme boucliers humains et en les menant jusque-là. Bien sûr, cela ne voulait pas dire que j’avais fini de les utiliser.
Je cachai ces pensées et leur adressai un grand sourire. Puis je rangeai les affaires et me remis lentement en route avec les autres. Une fois encore, moi et ma marionnette en tête.
Personne ne nous barrait la route. C’était le résultat de notre nettoyage méthodique. Grâce à cela, nous arrivâmes assez vite aux abords de notre destination.
Je me caressai doucement le menton. Une petite colline arrondie apparut. Je sortis la carte et la comparai lentement au terrain. Après avoir tout vérifié, j’acquiesçai doucement.
D’après la carte, c’était bien le centre. Le cercle dans le ciel pointait lui aussi dans cette direction. Je chargeai mes jambes de pouvoir magique, pris appui sur le sol et bondis. Puis je me postai au bord de la colline et regardai autour de moi.
Du sommet, je pouvais voir clairement le paysage dans toutes les directions. Le pouvoir magique s’y rassemblait également, formant un courant unique. En ce sens, l’endroit était une sorte de forteresse naturelle, entièrement à découvert sur ses flancs.
Le terrain suffisait à montrer l’importance du lieu. Je restai immobile et laissai le pouvoir magique s’écouler. Puis je fronçai les sourcils et surveillai les environs.
Mon pouvoir magique ne détecta rien. Après avoir ainsi inspecté la zone, je laissai échapper un léger soupir. Puis je rassemblai du pouvoir magique et commençai à tracer un cercle magique au sol.
C’était une sorte de magie de dissimulation. À l’intérieur du cercle magique, qui émettait peu à peu du pouvoir magique, je sentis ma présence s’effacer progressivement. Après m’en être assuré, je fis un signe du menton à ma marionnette.
Celle qui avait pris l’apparence de Cassian sentit ma volonté et acquiesça doucement. Puis elle sortit lentement du cercle magique et commença à inspecter les environs. C’était une sorte de reconnaissance.
Elle fouilla la colline, puis se dirigea vers le centre. Là, elle découvrit une marque étrange. Dix petits cercles y étaient disposés.
Ce devait être le passage menant à la prochaine épreuve. Il s’activerait sans doute quand il ne resterait plus que dix personnes. Après avoir vérifié cela, la marionnette revint près de moi.
Avec elle, je renforçai encore le cercle magique. Puis j’examinai le résultat et souris, satisfait. C’était parfait.
Ceux qui viendraient ici ne le découvriraient pas facilement. J’étais assez sûr de moi en matière de magie de dissimulation. Après tout, j’avais entreposé des marionnettes dans la tour sans me faire remarquer par la professeure Irian.
Après avoir inspecté une nouvelle fois le cercle magique, je m’assis en son centre et fermai doucement les yeux. Il fallait que je reste ainsi quelque temps. Eux aussi auraient besoin d’être rassurés.
Combien de temps s’écoula ainsi ? Mes yeux tressaillirent légèrement. Une partie du courant de pouvoir magique, tout près, avait changé.
Sa direction avait changé de façon très naturelle, comme sous l’effet du vent. Rien ne semblait étrange ; c’était comme un phénomène naturel.
Mais ce courant enveloppait précisément la barrière que j’avais dressée. Comme j’étais resté sur mes gardes et que j’avais continué à disperser du pouvoir magique, je remarquai à quel point c’était suspect.
Après m’en être assuré, je souris légèrement. Ils se décidaient enfin à bouger ? Je me levai, époussetai mes vêtements et regardai autour de moi. Je ne distinguais aucune trace, mais quelqu’un s’en prenait clairement à ma barrière.
C’était normal. Cet endroit était la zone clé de la compétition. Il devait forcément être occupé par quelqu’un.
Si je m’étais dissimulé ainsi, c’était pour attirer des gens comme eux. Je baissai les yeux sur mon corps. Mes vêtements étaient en piteux état. Ceux de ma marionnette aussi.
Pour l’instant, nous avions l’air de fugitifs qui avaient perdu leur groupe et échoué ici. Nous nous étions volontairement rendus minables, pour donner l’impression de nous être cachés au centre en espérant saisir une dernière chance.
En ce sens, nous étions une proie tentante pour n’importe qui. Et comme pour le prouver, ceux qui occupaient les lieux réagirent à notre apparence.
Je sentis le pouvoir magique qui entourait la zone augmenter peu à peu et se mettre à circuler. Il se déplaçait comme une tempête et commença à envahir les circuits de la barrière. Leur attaque débutait pour de bon.
J’envoyai rapidement ma marionnette à l’extérieur. Elle leva son épée et la planta dans le courant de pouvoir magique. Aussitôt, le pouvoir magique qui tentait de briser mon cercle magique s’évanouit.
Le danger immédiat avait été écarté. Mais je ne pouvais pas me détendre. Leur objectif était probablement d’attirer ma marionnette hors de la barrière, comme ça. Je sentis le pouvoir magique dispersé reprendre forme.
Il ne disparut pas. Au contraire, il attaqua ma marionnette. Il se transforma en une sorte de sort et entrava son corps comme des chaînes. C’était une magie de restriction.
J’esquissai un sourire amer. Je sentais clairement dans ce sort l’intention de m’engloutir tout entier. Je tendis la main et libérai du pouvoir magique. Il coula sur le corps de la marionnette et trancha rapidement ses liens.
La marionnette retrouva vite sa liberté grâce à mon pouvoir magique. Mais l’adversaire ne laissa pas passer le bref instant où elle avait été entravée. Je fronçai légèrement les sourcils en sentant le pouvoir magique affluer de toutes parts.
Les barrières derrière lesquelles nos adversaires s’étaient cachés s’ouvrirent. Des marionnettes en jaillirent et se ruèrent sur la mienne. Elles fonçaient à toute vitesse.
Ma marionnette leva son épée de justesse et para leurs attaques. Des étincelles jaillirent et son épée fut repoussée. En examinant les marionnettes adverses, j’écarquillai légèrement les yeux.
Elles tenaient des épées, comme la mienne. Elles venaient sûrement de la Cité du Canyon, comme Biogan. Comme pour prouver que ces marionnettes n’étaient pas le fruit du hasard, elles acculèrent rapidement la mienne.
Quand l’une bloquait un coup, une autre épée glissait par-dessus ; quand ma marionnette l’esquivait, une troisième venait la frapper. Leur coordination était aussi naturelle que l’écoulement de l’eau, et d’une rapidité indescriptible.
Ma marionnette tenta de se défendre, mais ne put soutenir cette attaque en tenaille que quelques instants. Les ouvertures apparurent inévitablement au fil de leurs assauts coordonnés, et l’adversaire ne laissa pas passer ces brèves occasions.
Des blessures lui entaillèrent le corps en un instant. Sous cette pression, elle n’eut d’autre choix que de reculer lentement vers ma barrière.
Et, au moment où son corps frôla presque la barrière, certaines de ces marionnettes armées d’épées foncèrent sur moi. Elles cherchaient à neutraliser d’abord le propriétaire de la marionnette.
Avant que leurs épées chargées de pouvoir magique ne m’atteignent, ma barrière s’effondra. Les lames s’abattirent droit sur moi. Je reculai et dressai une barrière de pouvoir magique pour les arrêter, mais elle ne fit que freiner leur élan un instant.
Je vis une lueur d’épée jaillir à travers les fissures de la barrière. Ma marionnette la bloqua. Dans ce mouvement précipité, son ouverture s’élargit encore.
Les marionnettes adverses brandirent rapidement leurs épées. La lueur des lames balaya alors le corps de la mienne. Leur cible était le bras qui tenait l’épée.
Je vis ce bras tomber au sol avec l’arme et mon expression se durcit. Puis j’envoyai un signal à la marionnette. À ce rythme, nous n’avions aucune chance.
Après avoir reçu mon signal, elle fit demi-tour et s’enfuit. Je perturbai à mon tour le pouvoir magique, effaçai les liens qui la poursuivaient et battis rapidement en retraite.
C’étaient donc ceux qui occupaient le centre ? Le pouvoir magique que je sentais chez eux était extrêmement puissant. Leurs marionnettes aussi.
Ils étaient plus forts que je ne l’avais prévu. Il fallait donc que je quitte les lieux au plus vite. Sinon, ces liens ne feraient que se renforcer.
Je m’enfuis sans regarder derrière moi. Les marionnettes adverses, et même leurs marionnettistes, sortirent de la barrière qu’ils avaient dressée et se lancèrent à ma poursuite.
En sentant ce pouvoir magique onduler, je secouai la tête. Je les avais un peu mis à l’épreuve, et il était clair que je ne pouvais pas les affronter. L’attaque en tenaille de ces marionnettes était si puissante.
Si elle avait été plus intense encore, ma marionnette se serait effondrée plus vite. Si elle avait tenu aussi longtemps, c’était grâce à moi, mais aussi à l’attitude de l’adversaire.
Ils s’occupaient de ma marionnette avec précaution, comme s’ils la considéraient déjà comme leur propriété. Était-ce parce qu’elle maniait une épée ? Ils comptaient clairement la voler pour en examiner la structure.
Il fallait donc que je leur fasse regretter cette négligence. Je courus sans m’arrêter jusqu’à quitter la colline. Puis je me faufilai parmi les arbres.
L’adversaire me rattrapa très vite. Je sentis un pouvoir magique acéré et me baissai aussitôt en me retournant. Une lame s’abattait sur moi.
À ce rythme, je ne pourrais clairement pas l’esquiver. Ma marionnette bondit et me poussa légèrement sur le côté. Elle cherchait à me protéger de la trajectoire de l’épée.
Comme elle l’avait voulu, je fus projeté un peu plus loin. Mais le prix à payer était évident. L’épée l’avait transpercée à ma place.
En voyant cela, je me figeai. Les marionnettistes s’approchèrent lentement en m’observant. Je distinguais leurs sourires. Ils pensaient m’avoir coincé, maintenant que ma marionnette était hors d’état.
Je jetai rapidement un coup d’œil aux environs. Grâce au sacrifice de la marionnette, j’avais atteint l’endroit prévu sans subir le moindre dommage. Je reculai discrètement. En me voyant faire, ils avancèrent à leur tour.
Et dès qu’ils firent ce dernier pas, une puissance magique explosive enveloppa la zone. Après m’en être assuré, j’éclatai de rire. On se montrait le plus imprudent quand on croyait que tout était terminé.
Les cercles magiques cachés autour de nous s’illuminèrent. Ils lancèrent des sorts droit sur les marionnettes. C’étaient des sorts de restriction qui les neutralisaient en partie, comme celui qui avait frappé ma marionnette.
Les marionnettes entravées réagirent aussitôt. Elles dispersèrent les épées qu’elles tenaient et formèrent une sorte de petite formation d’épées. Le pouvoir magique qui circulait le long des lames créa un domaine destiné à résister aux liens qui entravaient leurs corps.
À cette vue, mes yeux brillèrent légèrement. C’était un sort incroyablement étrange. Ainsi, en réunissant assez de marionnettes armées d’épées, on pouvait les utiliser de cette façon.
Au cœur de cette formation, les liens s’affaiblirent rapidement. Mais ce n’était pas tout ce que nous leur avions réservé. Plusieurs marionnettes leur tombèrent dessus.
Ce groupe de marionnettes fondit sur eux de toutes ses forces. Les marionnettes armées d’épées, occupées à contrer les cercles magiques, ne parvinrent pas à repousser efficacement cette attaque. Comme la mienne, elles furent contraintes de reculer légèrement.
Profitant de l’ouverture ainsi créée, une marionnette s’élança. C’était une marionnette montée qui semblait formée par la fusion d’une bête magique ressemblant à un cheval et d’un humain.
Elle appartenait à Jurban. Comme Jurban était faible, il utilisait une marionnette spécialisée dans l’exploitation de ce genre d’ouverture. Et le trait de cette marionnette convenait parfaitement à notre plan.
La marionnette montée chargea droit devant, sa lance à la main. Puis elle passa à côté du groupe de marionnettes qui avait laissé une ouverture. Elle ne visait pas les marionnettes, mais leurs propriétaires, les marionnettistes.
Les adversaires réagirent rapidement à cette attaque, eux aussi. Ils dressèrent ensemble une barrière et tinrent bon. La marionnette montée se jeta dessus.
Elle planta sa lance dans la barrière. Portée par son élan, la pointe la transperça à moitié. Mais elle ne put aller plus loin. Elle s’arrêta là, incapable de continuer.
La marionnette fut repoussée dans la direction opposée. En voyant cela, je souris légèrement. La première attaque avait échoué, mais elle leur avait infligé de sérieux dégâts.
Leurs visages avaient un peu pâli à force de rassembler rapidement du pouvoir magique. Ils étaient déjà tombés droit dans notre piège.
Aussi forts soient-ils, ils ne pourraient pas, au bout du compte, venir à bout de notre supériorité numérique. Il ne nous restait donc qu’à les acculer peu à peu et à les contraindre à se rendre.
Sur cette pensée, je fis un pas en avant. Puis mon visage se figea brusquement.
« Tout le monde, par ici ! »
Je reculai et criai aux membres du groupe. Puis je posai une main sur ma poitrine. Je sentais mon arbre trembler. Un sinistre pressentiment m’envahissait comme une inondation.
Ce sentiment de danger ne venait pas simplement d’eux. C’était plus direct : une intuition me soufflait que quelque chose menaçait ma vie.
C’était aussi le sixième sens que possédait chaque mage. Je n’étais apparemment pas le seul à le ressentir, car tout le monde s’était arrêté. Nous comme nos adversaires.
À mon appel, les membres du groupe s’approchèrent rapidement. Je les vérifiai et dispersai du pouvoir magique. Puis je dressai en hâte la barrière que j’avais préparée à l’avance. Je mis en place une magie de protection.
Je jetai un coup d’œil aux autres. Si j’avais raison, cette barrière ne suffirait pas à elle seule. Alors les autres se placèrent à côté de moi et la renforcèrent rapidement.
La barrière se forma en un instant et recouvrit aussitôt les environs. C’était le fruit des nombreuses répétitions que nous avions faites avant de venir ici. Et dès qu’elle fut achevée, je sentis une immense déferlante de pouvoir magique surgir des profondeurs du sol.
C’était un pouvoir magique brûlant, comme si un mage avait utilisé toute son énergie pour se faire exploser. Il remonta à travers le sol et provoqua une explosion. Puis il frappa de plein fouet la barrière que nous avions dressée.
Le choc me retourna les entrailles. Je crachai un peu de sang et claquai la langue. Même préparée à l’avance, notre barrière fut à moitié détruite en un instant.
La puissance de l’explosion était trop grande. C’était logique. Cette explosion familière, j’en avais déjà subi une semblable.
Je regardai au-delà de la barrière. L’explosion ne s’était pas abattue que sur nous. Les adversaires que j’avais attirés dehors avaient été pris dedans, eux aussi.
Ce que je vis d’abord, ce furent leurs marionnettes. Frappées par l’explosion, elles étaient à moitié réduites en morceaux. La formation d’épées avait atténué le choc, mais elles n’avaient malgré tout pas résisté à l’explosion.
Les marionnettistes adverses avaient eux aussi été emportés et projetés dans toutes les directions. Je les vis perdre du pouvoir magique et vomir du sang un peu partout. Ils étaient dans un sale état. C’était probablement parce qu’ils n’avaient pas anticipé l’explosion comme nous.
« Hum, je comptais tout balayer d’un coup. Je ne pensais pas que vous résisteriez aussi bien. C’est grâce à votre expérience de la dernière fois ? »
Une petite voix s’éleva dans le nuage de pouvoir magique créé par l’explosion. En même temps, une légère odeur de sang me frôla les narines. Je fronçai les sourcils et regardai vers l’origine de la voix.
Quelqu’un sortit lentement du pouvoir magique. C’était Ugo, le garçon aux yeux bridés. Un sourire espiègle aux lèvres, il nous fit signe de la main.
Après nous avoir rapidement examinés du regard, il se dirigea droit vers les marionnettistes adverses. Il observa leurs visages un par un, puis concentra bientôt son pouvoir magique sur l’un d’eux.
Comme nous n’avions pas senti sa présence, son pouvoir magique était lui aussi extrêmement furtif. Le marionnettiste sentit peut-être qu’il se dirigeait vers lui, car il releva légèrement la tête.
Ses yeux trahissaient une certaine hésitation. Il regarda tour à tour notre groupe et Ugo. Puis il esquissa un sourire amer et prit la parole.
« Je… me rends. »
Un amas de lumière descendit sur lui. Ses compagnons le virent et annoncèrent à leur tour qu’ils se rendaient. D’autres amas de lumière enveloppèrent les environs. À l’intérieur, les participants disparurent rapidement.
« Eh bien, ils se sont encore enfuis. »
Ugo claqua la langue et secoua la tête. Il se dirigea droit vers l’endroit où l’adversaire avait disparu. Puis il fouilla parmi les objets laissés sur place et finit par ramasser un petit fragment de pièce.
Il l’examina et sourit, satisfait. Celui qui venait de se rendre et de partir avait lui aussi été choisi par le chef d’une autre association. Je le savais déjà, mais son pouvoir était lui aussi plus puissant que prévu.
« C’est dommage que tout le monde s’enfuie dès que la situation devient incertaine. Je me demande d’où viennent les rumeurs à mon sujet. C’est ta faute, parce que tu as fui, comme prévu ? »
Ugo fit jouer le fragment entre ses doigts et me jeta un coup d’œil. Mon visage se figea légèrement, puis j’esquissai un sourire amer. Inutile de chercher des excuses. Il avait raison.
Notre groupe avait affronté beaucoup de monde en chemin. Mais nous avions aussi laissé partir certaines personnes. Et si nous les avions épargnées, c’était pour faire courir le bruit qu’Ugo s’en prenait aux gens.
Mes efforts avaient dû porter un peu leurs fruits. Vu la façon dont nos adversaires venaient de crier qu’ils se rendaient sans hésiter, ils avaient sûrement entendu les rumeurs que j’avais répandues.
Et cette explosion était, comme je le pensais, probablement due à l’explosion de marionnettes cadavériques, comme la dernière fois. Je regardai à côté de lui. Environ trois marionnettes cadavériques s’y tenaient. Face à leurs visages inexpressifs, je claquai doucement la langue.
Si j’avais répandu ces rumeurs, c’était pour empêcher Ugo de recevoir de nouvelles marionnettes cadavériques. Si tout le monde restait sur ses gardes, il ne lui serait pas facile de provoquer des « accidents ». Malgré tout, pas mal de gens avaient dû se faire prendre.
Je vérifiai l’état des autres. L’explosion les avait tous durement secoués. Heureusement, nous n’étions pas au point de devoir fuir complètement, comme la dernière fois.
Une personne était toutefois dans un état assez grave. Je regardai Jurban. Son visage était pâle et il vomissait une gorgée de sang.
Jurban avait envoyé une marionnette attaquer les marionnettistes adverses. Elle avait donc été prise de plein fouet par l’explosion et complètement détruite. Le contrecoup avait manifestement aussi perturbé le pouvoir magique de Jurban.
Après avoir perdu à la fois sa marionnette et son pouvoir magique, Jurban ne pouvait plus tenir. Il me regarda et poussa un petit soupir. Puis il murmura : « Je me rends. » Un amas de lumière descendit alors et enveloppa son corps.
Jurban fut le premier membre de notre groupe à être éliminé. En le regardant partir, j’acquiesçai. Il s’était sacrifié pour rendre possible la situation actuelle.
Il l’avait fait en se fiant à ma promesse de lui donner des pièces en échange, puisqu’il avait peu de chances d’avancer. Je tiendrais donc parole, sans faute. Jurban esquissa un sourire amer, puis disparut en un instant.
« Merci beaucoup. Grâce à vous tous, j’ai obtenu un fragment sans difficulté. »
Ugo s’approcha de notre barrière, les bras écartés. Puis il fouilla dans ses vêtements et en sortit un fragment de pièce. Il libéra du pouvoir magique et relia les fragments entre eux.
Les fragments de pièce s’entrelacèrent dans le pouvoir magique et fusionnèrent. Je plissai légèrement les yeux pour l’examiner. La pièce qu’il tenait était à moitié reconstituée. Ugo la fit tinter et croisa mon regard.
« Je ne savais pas que vous viendriez ici. Si tu n’avais pas correctement repéré notre position, tu n’aurais pas pu préparer un piège pareil. »
Je haussai les épaules et fusillai Ugo du regard. Il me répondit par un grand sourire et tapota notre barrière de la main.
« Enfin, vous vous êtes déplacés en faisant tant de bruit que votre itinéraire était facile à prévoir. Je me suis donc servi de vous comme appât. Et j’ai réussi, comme tu vois. Très bien joué. D’ordinaire, j’aurais dû utiliser deux marionnettes. »
Après ce grand sourire, il se caressa le menton et me regarda. Puis il claqua légèrement la langue.
« Et j’ai aussi entendu par hasard une histoire intéressante. Vous auriez un autre fragment. Au départ, je ne comptais pas vous attaquer tous ensemble. Je pensais que Miorang était le seul à avoir encore un fragment. J’aurais dû affronter son pouvoir, tu comprends. »
Il fit sauter le fragment du doigt. À ces mots, mon visage se rembrunit légèrement. En me voyant, Ugo sourit d’un air détendu.
« Mais si vous l’avez, ça change tout. Si je le prends maintenant, j’aurai la majorité. Alors j’ai essayé de vous éliminer tous ici, d’un seul coup. »
Il recula légèrement. Puis il me tendit la main.
« Mais tout le monde va bien. Bien sûr, je peux m’occuper de vous tous, mais… ce serait dommage de gaspiller d’autres marionnettes. Si vous me donnez le fragment, je vous laisserai vivre. »
Derrière ses yeux bridés, ceux d’Ugo brillèrent tandis qu’il libérait son intention meurtrière. Les autres commencèrent à rassembler leur pouvoir magique. Il n’y prêta aucune attention et me sourit des yeux.
« Cette fois, même si tu t’enfuis, je te poursuivrai jusqu’au bout. Alors donne-moi tranquillement le fragment. Sinon, tu risques de subir un autre “accident”. Comme eux. »
Il tapota l’une des marionnettes cadavériques à côté de lui. À ces mots, je claquai violemment la langue. Puis je pris de nouveau ma décision, en mon for intérieur.
Pour une raison ou une autre, ce type ne se souciait pas le moins du monde des règles de l’association, ni même de celles de l’université. Il fallait donc l’éliminer. Il n’avait pas sa place dans l’association des marionnettistes que j’imaginais.
Je sortis discrètement le fragment. Puis je le chargeai de pouvoir magique et le fis voler d’une pichenette. Il fila droit vers Ugo et atterrit dans sa main.
Ugo le réceptionna avec précaution et examina le pouvoir magique contenu dans le fragment de pièce. Il vérifiait s’il était faux. Bien sûr, ce n’était pas nécessaire. Il était authentique. Je vis Ugo pencher la tête.
« Oh ? Je ne pensais pas que tu me le donnerais aussi facilement. »
Je haussai les épaules. Puis je levai les deux mains.
« Bien sûr que je dois te donner ce que tu demandes. De toute façon, ça ne signifie rien pour moi. »
Je lui adressai un sourire enjoué et hochai la tête. À ma réaction, son expression se durcit légèrement. Il avait clairement senti que quelque chose clochait. Mais il était trop tard. Tout en le regardant, je poursuivis :
« Parce que j’ai gagné assez de temps pour t’immobiliser. »
Il libéra du pouvoir magique et regarda autour de lui. Puis il en imprégna son corps et en brouilla les contours. Il cherchait clairement à utiliser sa technique de dissimulation propre.
Ugo se dissimula ainsi. Mais il ne pouvait plus cacher parfaitement sa présence comme avant. Une sorte de trace avait été gravée sur son corps. En le constatant, son visage se rembrunit.
« Tu nous as traités d’appâts ? C’est exactement ça. Tout comme tu t’es servi de nous pour obtenir un fragment, nous avons essayé de te faire sortir. Et nous avons réussi. Je suis vraiment ravi que tu aies agi exactement comme nous le voulions. »
Il me regarda, les yeux grands ouverts. Ce n’est qu’à cet instant que je pus voir les pupilles dissimulées derrière ses yeux bridés. Ses yeux bleus exprimaient une légère perplexité. Face à eux, j’éclatai de rire.
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