Chapitre 16
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Traducteur/Éditeur : Bébé qui tousse
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 16
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Trois jours passèrent. Il n’y eut aucune attaque.
La construction de la forteresse avançait étape par étape.
Pour construire ce labyrinthe, l’essentiel était de lui donner une défense physique suffisante pour empêcher les bêtes magiques de bas étage d’y passer facilement, et de s’assurer qu’il disposerait d’assez de puissance meurtrière pour les tuer sans relâche. Comme je l’avais expliqué à Hongryeong, c’était la meilleure défense à ma portée, puisque je ne disposais d’aucune attaque magique.
Je commençai par examiner le terrain avec le plus grand soin. Les montagnes étaient naturellement labyrinthiques. Plus le pouvoir magique d’un lieu était dense, plus c’était vrai. De ce point de vue, cette montagne possédait toutes les qualités d’un labyrinthe naturel. Les sillons qui couraient le long de ses pentes semblaient presque en dessiner les fondations.
J’établis les principales voies du labyrinthe en suivant ces sillons, puis je les reliai par plusieurs carrefours. Perdues dans ce dédale, les bêtes magiques seraient naturellement guidées vers les pièges. Les bases du labyrinthe étaient ainsi posées.
La conception prit un bon moment, mais la construction alla vite. Il me suffisait de disperser un grand nombre de marionnettes. Elles étaient mes mains et mes pieds : elles creusaient la terre et empilaient les pierres.
Les éléments essentiels du labyrinthe étaient des pièges capables de se débarrasser instantanément des bêtes magiques imprudentes. J’en installai de toutes sortes partout. Et les pièges les plus importants devaient pouvoir faire face à un nombre illimité d’ennemis qui se rueraient sur nous.
J’avais une masse gigantesque pour résoudre ce problème.
La tortue.
Pendant trois jours, je réparai consciencieusement la tortue. J’en profitai pour l’adapter au piège : sa carapace fut hérissée de pointes acérées et de lames étincelantes. Rien qu’en les écrasant de son immense corps, elle pourrait massacrer des hordes de bêtes magiques de bas étage.
Les zones les plus importantes étaient les carrefours. Ils avaient été conçus pour que les bêtes magiques s’y rassemblent naturellement. J’organisai les lieux de sorte que les carrefours s’étendent dans toutes les directions autour de la tortue, ce piège géant placé au centre.
Les bêtes magiques se perdraient, erreraient, s’amasseraient aux carrefours, puis finiraient par se diriger vers la tortue. Il serait très difficile d’inverser ce mouvement. Les nombreux carrefours serviraient de filtres et réguleraient le nombre de bêtes qui atteindraient la tortue.
Et surtout, il fallait entretenir le labyrinthe sans arrêt. Le plus gros problème venait des bêtes magiques assez puissantes pour le détruire. Je devais les écarter naturellement. Je leur aménageai donc une voie à part. J’ajustai les sillons de façon à ce que les bêtes suffisamment fortes puissent grimper naturellement sans se mêler au flux du labyrinthe ni avoir à affronter la tortue.
Ainsi, les bêtes magiques de bas étage resteraient piégées aux carrefours, tandis que les plus puissantes pourraient circuler entre les zones et quitter facilement les lieux. Elles monteraient plus haut, où Hongryeong se chargerait d’elles.
En construisant le labyrinthe, je ne cherchai pas à le rendre assez solide pour tenir deux semaines sans entretien. Je n’avais ni les ressources, ni le temps, ni la force nécessaires. Je ne savais pas combien de créatures viendraient ni de quelle sorte elles seraient. Dans ces conditions, le plus important, c’était que le labyrinthe soit facile à entretenir.
Le labyrinthe devait pouvoir être modifié instantanément selon la situation et réparé sans délai, même s’il était endommagé. Pour cela, je fis du labyrinthe lui-même une marionnette géante. Ce que j’avais construit n’était que la structure de base. Il me faudrait poursuivre les travaux d’entretien pendant les deux semaines à venir.
J’avais également tout prévu pour les créatures qui approcheraient par le sous-sol. Des carrefours reliés profondément sous terre par les sillons de mana les attireraient à la surface. Elles seraient ensuite massacrées dans les pièges.
Les bêtes magiques volantes ne m’inquiétaient pas du tout. Elles n’oseraient pas résister à la pression magique de la montagne. Et puis, il y avait aussi la barrière de vent installée par Hongryeong. Comment auraient-elles pu vaincre ce vent ?
Il me fallut trois jours entiers pour achever le labyrinthe. Aujourd’hui, c’était le quatrième jour. Je n’avais plus aucune raison de rester ici. Les marionnettes s’occuperaient de tout. Je pris directement le chemin du sommet. Je me rappelai ce que Hongryeong avait mentionné : la zone de défense commune, ou quelque chose comme ça.
Un sablier se trouvait au sommet. Environ vingt pour cent du sable s’était écoulé. C’était une épreuve plutôt clémente, à bien y penser. On nous accordait au moins ce temps pour construire une forteresse.
Contrairement à la dernière fois, le sablier était enveloppé d’un rideau de vent extrêmement puissant. À première vue, c’était l’œuvre de Hongryeong. Une magie si puissante que je n’aurais jamais pu la percer par mes propres moyens. Tout autour, une mare de sang l’entourait. C’était la magie d’Ailey. Les structures défensives créées par leurs deux sorts dégageaient un pouvoir magique si dangereux que personne n’oserait s’en approcher.
À ce rythme, je n’aurais rien à faire. J’esquissai un sourire amer.
Je me contentai donc de placer quelques marionnettes en guise de gardes, pour laisser une trace de mon passage. Puis je rangeai rapidement les lieux. J’apportai un gros rocher, en fis une table et des chaises, puis les travaillai avec la magie. J’abattis aussi quelques arbres pour fabriquer un pavillon rudimentaire.
Une fois la table et les chaises installées dans le pavillon, l’endroit avait belle allure. Cela devrait suffire à prouver que j’étais passé par là. Je regardai autour de moi. Sieger et Shaking Rope n’étaient pas encore venus, semblait-il.
Devrais-je aller voir ce qu’ils faisaient ?
À cette pensée, je dirigeai mon esprit vers les marionnettes que j’avais disséminées dans chaque zone. J’en avais placé quelques-unes un peu partout sur la montagne, et également à l’extérieur.
La montagne se dressait au milieu d’une forêt sans fin, qui s’étendait jusqu’à l’horizon lointain.
À l’est, Sieger avait tiré parti du terrain rocheux pour bâtir de hauts murs. Disposés en plusieurs rangées, ils empêchaient les bêtes magiques de grimper à leur guise. Plus on s’enfonçait vers l’intérieur, plus les murs devenaient épais et élevés. Leurs sommets étaient couverts de sorts d’interception destinés aux bêtes magiques volantes.
Au centre se trouvait un espace dégagé, où se tenait Sieger. Les murs bloquaient tous les chemins, à l’exception d’un passage facile d’accès, afin d’attirer les bêtes magiques en un seul endroit. L’essentiel, ici, c’était d’avoir assez de force pour les écraser. Sieger se tenait au milieu. Quelle confiance en soi !
Que ce soit réellement la bonne stratégie ou non, je ne le saurais qu’une fois les deux semaines écoulées.
Je me connectai à une autre marionnette. Une forêt violette apparut dans son champ de vision. C’était la zone occidentale, dont Shaking Rope avait la charge. Personne ne pouvait s’y aventurer à la légère. Toutes sortes de poisons et de malédictions s’étaient mêlés pour former une sorte de forêt maudite, où même les marionnettes fondaient.
Les bêtes magiques mourraient à la seule approche des lieux. L’air toxique de la forêt affectait même mon labyrinthe voisin, ce qui m’avait donné un peu de fil à retordre.
Restait le nord. Cette fois, je ne pris pas le contrôle d’une marionnette : j’y allai en personne. J’esquissai un sourire amer. Je n’avais pas le choix. Quand j’avais dispersé les marionnettes sur la montagne, celles qui étaient entrées sur son territoire avaient aussitôt perdu le contact.
Une seule avait réussi à m’envoyer un signal avant de disparaître. Elle la tenait dans ses mains et souriait. Elle m’avait dit d’arrêter d’espionner et de venir lui rendre visite moi-même. Après ça, comment aurais-je pu m’enfuir ?
En me dirigeant vers le nord, j’aperçus une rivière rouge sang. Quand je m’en approchai, l’odeur du sang emplit l’air. La vallée où coulait autrefois une rivière était désormais teintée de sang, qui gagnait les alentours.
Au pied de la montagne, la rivière formait un immense lac. Celui-ci dégageait une puissante soif de sang et un pouvoir magique considérable. Un frisson me parcourut l’échine. À en juger uniquement par la puissance des forteresses construites par les membres de mon groupe, cette rivière était de loin la plus redoutable.
Ailey flottait à la surface du lac.
À mon approche, l’eau de la rivière s’enroula instantanément autour de mon corps. La soif de sang acérée qui s’en dégageait me fit perler une sueur froide dans le dos. Avant même que je m’en rende compte, j’étais immobilisé. Je levai les deux mains en signe de reddition. Ailey s’approcha lentement.
« Eh bien, que me vaut cette visite ? »
« Vous m’avez laissé un message pour me demander de venir, alors je suis passé après avoir terminé ma forteresse. C’est un cadeau. »
L’une des marionnettes qui me suivaient s’avança devant elle. Elle l’examina attentivement à l’aide de son pouvoir magique, puis sourit, satisfaite. Lorsqu’elle tendit la main, le sang de la rivière jaillit et prit la forme d’une table.
La marionnette s’approcha de la table et lui tira une chaise. Elle sourit et s’assit. La marionnette s’empressa de préparer du thé.
« Mmm, j’avais envie d’en boire. »
Elle en savoura l’arôme. Mais le goût serait différent de ce qu’elle imaginait. J’avais déjà analysé toutes ses préférences. Pendant le trajet jusqu’à cette montagne, je lui avais servi des saveurs légèrement différentes. Et depuis trois jours, chaque fois que j’avais un moment de libre en construisant la forteresse, je réfléchissais au goût qui lui plairait le plus.
Ce qu’elle portait maintenant à ses lèvres était le résultat de mes efforts. Elle garda une gorgée de thé dans sa bouche. Une fleur y éclot et s’y mêla. Dès qu’elle toucha sa langue et fondit, ses yeux s’écarquillèrent. Réussi. Elle continua à boire, l’air satisfait.
« Oh, le goût a changé. »
— « Oui. Je me suis demandé quelle saveur vous conviendrait, dame Ailey. »
« Mmm, mmm. C’est bon. C’est très bon. Vous me donnez cette marionnette, hein ? »
Ses yeux brillaient. Je hochai vivement la tête. Je l’avais préparée pour elle depuis le début, en la dotant de fonctions qui lui plairaient sans doute.
« Merci. Alors, je devrais moi aussi vous rendre la pareille. »
Après un instant de réflexion, elle reprit :
« Et si je vous inscrivais comme première personne à avoir contribué ? »
« Non, ce n’est pas la peine. Je ne tiens pas à être choisi comme premier contributeur. »
Pris de court, je m’empressai de faire non des mains. J’avais déjà donné ma voix à quelqu’un d’autre. Pourquoi accepter une chose pareille ? Ça ne m’apporterait rien. Pire, j’attirerais sans aucun doute trop l’attention.
« Je vois. Puisque vous êtes si proche de ce jeune maître. »
Elle semblait savoir que je m’étais allié à Hongryeong. Bien sûr que oui. Tout comme j’observais les autres, ils avaient dû surveiller la montagne à leur manière. Ils avaient donc découvert que je m’étais associé à Hongryeong. Je n’avais pas du tout essayé de le cacher ; je les avais délibérément laissés s’en apercevoir.
« Oui. En échange de ma coopération avec Hongryeong, j’ai accepté de l’aider à être choisi comme premier contributeur. »
« Hé hé, si vous étiez venu me voir, je vous aurais simplement aidé. »
Elle sourit de ses yeux. Elle restait difficile à comprendre. Cette atmosphère était l’une des raisons pour lesquelles j’avais choisi Hongryeong. Sa présence me mettait mal à l’aise, sans que je sache pourquoi.
« Si j’avais pris une zone près de vous, dame Ailey, je vous aurais sans aucun doute demandé de l’aide. Malheureusement, les autres ont choisi ce côté-là avant moi. Je n’ai pas eu le choix. »
« Hmm, vous êtes sûr de ne pas l’avoir fait exprès ? »
Elle dit cela d’un ton taquin.
« Bien sûr que non. »
Je m’empressai de faire non des mains. Elle devait savoir que, entre elle et Hongryeong, j’avais choisi ce dernier. Voilà pourquoi elle me lançait cette remarque pleine de sous-entendus. Je lui avais aussi apporté la marionnette pour me faire pardonner.
« Très bien. Disons que c’était bien ça. »
Elle se remit à boire son thé. Je m’assis en face d’elle et regardai autour de moi.
De près, le lac semblait assez profond. Le problème, c’était sa couleur rouge sang. Une ombre noire frémissait sous la surface écarlate. La créature qui s’approchait de la surface ne tarda pas à se montrer : un serpent géant. Il était grotesque, avec ses veines saillantes qui boursouflaient tout son corps.
« Il est mignon, non ? Il vivait dans cette eau, alors je l’ai un peu arrangé. »
« Oui, il est très mignon. Ahaha. »
Une sueur froide me coula le long du dos. Le serpent dégageait une quantité colossale de pouvoir magique. Ce n’était pas une créature ordinaire. Mais il ne lui restait rien de sa force d’autrefois ; il n’était plus qu’une masse de douleur et de folie. Je croisai son regard. Ses yeux étaient emplis d’un désespoir sans fond.
Le voir souffrir, incapable de mourir comme de vivre, acheva de me convaincre que j’avais eu raison de choisir Hongryeong.
« Ah, au fait. Je ne vais le dire qu’à vous. »
Ailey prit soudain la parole. Elle désigna le milieu de la forêt, au loin, puis bougea la main comme pour évaluer la distance.
« Encore deux heures, peut-être. »
« Avant quoi ? »
Ailey sourit.
« Avant que les masses de sang ne déferlent. »
« Des masses de sang… vous voulez dire des bêtes magiques ? »
« Oui. L’odeur du sang devient de plus en plus forte. Je la sens depuis qu’on est arrivés ici. Elles seront bientôt là. »
Je me levai précipitamment. Si les bêtes magiques fonçaient sur nous depuis trois jours, elles n’allaient pas tarder à arriver, comme elle le disait.
« Elles viendront de toutes les directions, alors tâchez de ne pas mourir. À la prochaine. »
« Merci. Je vais me dépêcher de rentrer pour me préparer, moi aussi. »
Elle agita la main et sourit comme si de rien n’était. Je m’inclinai devant elle et me hâtai vers ma zone.
Je devais y arriver au plus vite.
Le plus vite possible.
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