Chapitre 159
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Surviving in the Magic Academy
Chapitre 159
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159.
Je regardai Biogan. Il laissait son pouvoir magique s’écouler tout en examinant les alentours. Il avançait lentement, fouillant les lieux avec une prudence extrême.
En le voyant faire, je haussai légèrement les épaules. Il aurait beau chercher, il ne trouverait rien. L’endroit où nous nous trouvions n’était qu’une petite clairière que j’avais aménagée à la hâte pour pouvoir discuter avec lui.
Comme je l’avais créée rapidement, je n’y avais placé aucun piège. Et je n’en avais pas eu l’intention. À quoi bon ? Si nécessaire, je n’avais qu’à le maîtriser avec les autres.
C’était pour cela que j’avais préparé cet endroit. S’il voulait s’enfuir, il pouvait le faire à tout moment. Je pensais donc que même lui s’y sentirait un peu plus à l’aise.
Bien sûr, s’échapper ne serait pas si facile. Je sentais le pouvoir magique vaciller au-delà de la clairière. Les autres s’étaient éloignés un instant pour nous laisser discuter. Je les avais convaincus que j’avais quelque chose à voir avec lui.
Dans ces conditions, s’il tentait de fuir, les autres ne resteraient évidemment pas les bras croisés. Il ne voudrait pas prendre un tel risque sans raison.
À voir sa tête, toutefois, il n’avait toujours pas abandonné ses soupçons. Enfin, c’était normal. Cela ne faisait pas longtemps qu’on l’avait démasqué comme traître.
Bien entendu, je n’avais pas l’intention de lui faire quoi que ce soit. Si je le pressais ainsi, je ne ferais qu’éveiller sa résistance. Or, puisque je voulais discuter avec lui, cela ne m’apporterait que des ennuis.
« D’abord, je vais nous faire des sièges. On ne va pas discuter debout comme ça.
Je souris légèrement et agitai la main. Le pouvoir magique s’écoula le long de mes doigts et se répandit sur le sol, traçant peu à peu un cercle magique. Celui-ci frémit doucement, puis le sol se souleva.
Sous l’effet de la magie, le monticule de terre prit la forme d’une table et de chaises. L’ensemble était parfaitement équilibré et si lisse qu’on aurait eu du mal à croire qu’il provenait d’un tas de terre.
Satisfait, je hochai la tête et m’assis le premier. Puis je désignai la chaise en face de moi.
— Je vous en prie, asseyez-vous. Si vous êtes plus à l’aise debout, vous pouvez rester comme ça. Enfin, inutile de vous inquiéter outre mesure. Vous venez de le constater : je suis le seul dans les parages.
Je sentis Biogan me regarder et soutins son regard. Ses yeux perçants, chargés d’un peu de pouvoir magique, semblaient me jauger.
Comme s’il avait perçu ce regard, la marionnette de Cassian se rapprocha légèrement de moi. Elle effleura son épée et se tourna vers Biogan.
Tant qu’elle montait la garde, il était impossible de me prendre en otage. C’était aussi pour cela que je pouvais rester seul ici. Au moins, il pouvait toujours sortir mon corps d’ici.
Biogan finit par détourner les yeux. Il examina la table, puis s’assit avec précaution. Sa méfiance ne l’avait pas quitté : il libéra son pouvoir magique et tâta soigneusement les environs.
Celui-ci forma bientôt une sorte de barrière, comme une membrane qui nous enveloppait. Elle devait nous isoler de l’extérieur. Je ne pris pas la peine de bloquer son pouvoir magique.
S’il se sentait plus à l’aise ainsi, la conversation n’en serait que plus facile. Biogan dut estimer ses préparatifs terminés, car il rappela bientôt tout son pouvoir magique.
Je me frottai le menton en silence et l’observai. Comme pour esquiver mon regard, il ferma doucement les yeux. Assis là sans un mot, il semblait incroyablement calme et taciturne.
À le voir ainsi, il avait vraiment l’allure acérée d’un épéiste. J’avais failli me laisser berner par cette apparence. J’avais presque cru qu’un épéiste ne nous trahirait jamais.
Je croisai les bras et hochai la tête. Mais au bout du compte, j’avais découvert toute la vérité. Hum… Peut-être avais-je senti dès le début qu’il y avait quelque chose de louche chez lui. Non, j’en étais certain.
Un mage-épéiste ? Cela n’existait pas. Comment un mage pouvait-il devenir épéiste simplement en tenant une épée ? Les épéistes et les mages différaient jusque dans leurs racines.
Au bout du compte, une imitation ne pouvait jamais égaler l’original. Je jetai un coup d’œil à la marionnette de Cassian. C’était précisément le cas : elle ne faisait qu’utiliser les informations sur l’épéiste nommé Cassian, mais, au final, ce n’était qu’une marionnette.
En ce sens, le faux manieur d’épée qui se trouvait devant moi était peut-être encore plus dangereux qu’un mage ordinaire. Savoir que personne n’était plus honnête qu’un épéiste, puis essayer de l’imiter… Quelle sournoiserie !
Je frissonnai légèrement. Si je n’avais pas senti dès le départ qu’il y avait quelque chose de suspect, je n’aurais pas pu le juger traître. En fin de compte, mon flair avait fait mouche.
Bon, assez d’autosatisfaction. Avec un sourire amer, je regardai Biogan. Il attendait tranquillement, les yeux fermés, sans dire un mot. On aurait dit qu’il attendait que je lance la conversation.
Je tapotai la table et laissai mon pouvoir magique s’écouler du bout des doigts. Il courut sur la surface, puis en fit surgir un service à thé. Je pris une tasse, la remplis de thé grâce à la magie et la tendis à Biogan.
Le pouvoir magique qui circulait autour de nous s’était rigidifié, comme s’il percevait la tension de Biogan. Il fallait d’abord détendre un peu l’atmosphère.
Je lui adressai un sourire chaleureux et fis osciller la tasse. Le doux parfum qui s’en dégageait se mêla à mon pouvoir magique et se répandit dans toutes les directions. Même les filaments rigides de pouvoir magique furent repoussés par cette fragrance et disparurent peu à peu.
Je me servis une tasse et en bus une petite gorgée. Une fleur artificielle fondit sur ma langue, libérant des notes sucrées qui se déployèrent les unes après les autres.
Ce thé était préparé avec des feuilles qui apaisaient l’esprit ; le genre de boisson que n’importe quel mage apprécierait. Biogan devait donc l’aimer lui aussi. Il était temps d’entrer dans le vif du sujet.
« Hum… Je ne vous demanderai pas pourquoi vous nous avez trahis, Biogan. Je suis sûr qu’il y a une histoire derrière tout ça.
Je haussai légèrement les épaules. À mes mots, il entrouvrit les yeux et baissa le regard vers la tasse devant lui. Je croisai ses yeux et lui souris avec éclat.
Pourquoi as-tu fait ça ? Gunda le lui avait demandé plusieurs fois en chemin. Mais Biogan n’avait pas donné de réponse claire. Il s’était contenté de garder le silence.
À voir comment les choses se passaient, il ne me dirait pas non plus la raison de sa trahison autour de cette table de négociation. Inutile, donc, de poser la question à nouveau.
Et puis, ce n’était pas si important pour moi. Il n’était même pas un véritable épéiste. Quelle importance pouvait bien avoir son histoire ? Ce qui comptait davantage, c’était que j’avais enfin affronté le traître.
« Au lieu de revenir sur le passé, j’aimerais que nous parlions de quelque chose d’utile. Je ne sais pas qui se trouve derrière vous, Biogan. J’ignore aussi pourquoi cette personne s’en prend à nous. J’aimerais donc que vous me la présentiez.
Biogan fronça légèrement les sourcils. Je décelai une pointe de méfiance dans son regard. Je secouai doucement la tête et levai les deux mains.
— Je ne cherche pas à lui faire du mal. C’est même tout le contraire : j’ai l’intention de coopérer. Comme je l’ai dit tout à l’heure, c’est la meilleure façon de faire avancer les choses dans l’intérêt de tous. Voilà pourquoi j’ai organisé cette rencontre.
Tout en parlant, j’étudiai discrètement le visage de Biogan. Mes paroles l’avaient peut-être un peu tenté, car sa méfiance s’atténua.
— Bien sûr, si vous refusez, nous devrons éliminer Biogan par mesure de sécurité. Mais si je parle avec l’autre camp et que nous parvenons à un accord convenable, nous n’aurons aucune raison de nous débarrasser de Biogan. Au bout du compte, le conflit sera réglé comme il faut.
Je terminai sur un sourire éclatant. Pas besoin d’en dire davantage. Il valait mieux qu’il accepte de lui-même plutôt que je continue à le convaincre.
Biogan croisa les bras et se plongea dans ses pensées. Je l’observai en silence. S’il rejetait ma proposition, se rendait et quittait la compétition, ce serait aussi une grosse perte pour moi. Sa force était au cœur de mon groupe de boucliers de viande.
Mais il était hors de question que Biogan refuse cette offre. Ce n’était pas un épéiste, mais un mage. Un mage, toujours guidé par la raison, ne manquerait pas de calculer soigneusement son propre intérêt.
Un bon moment passa ainsi. Puis Biogan, après avoir mis ses idées en ordre, ouvrit les yeux et croisa mon regard. Comme je m’y attendais, il hocha lentement la tête.
Je lui souris avec éclat. Bien sûr, au fond de moi, je baissai encore d’un cran la confiance que je lui accordais. C’était aussi la dernière occasion de vérifier s’il était vraiment un épéiste.
Mais il avait une fois de plus choisi la trahison. En ce sens, le qualifier de faux épéiste était encore trop généreux. Il serait plus juste de dire que c’était un vrai mage. Dissimulant mes pensées, je frappai doucement dans mes mains.
« Alors, pourriez-vous prendre contact avec lui ? Nous allons bientôt devoir bouger, nous aussi. Ce ne serait pas le meilleur moment pour discuter ?
Après un instant d’hésitation, Biogan sembla prendre sa décision et glissa la main dans ses vêtements. Il en sortit un petit miroir. Dans cet objet, qui mesurait à peine la largeur d’une phalange, je sentais un pouvoir magique complexe et vacillant.
Il le posa sur la table et traça un cercle magique simplifié à côté. Le pouvoir magique qui le traversait fit apparaître un petit écran dans les airs, centré sur le miroir.
C’était le résultat de l’amplification de la magie gravée dans le miroir. Je me frottai le menton en l’observant. On pouvait appeler ça un appareil de communication. Il remplissait une fonction semblable à celle de mes insectes-miroirs.
Mes yeux brillèrent discrètement. Je m’étais demandé comment Biogan transmettait des informations, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il ait un objet de ce genre. Pas étonnant qu’il ait été si difficile de trouver la moindre trace, malgré toutes mes recherches.
J’étais un peu impressionné par cet adversaire inconnu. Contrairement à mes insectes-miroirs, les moyens de communication de ce genre avaient une structure très complexe. Leur prix était donc considérable.
Et pourtant, ils avaient pensé à en apporter un à l’avance. Vu le soin avec lequel ils s’étaient préparés, ils avaient l’air sacrément compétents.
Je regardai l’écran devenir peu à peu plus net. Une fois l’image stabilisée, il commença à émettre une lueur sombre. Puis le pouvoir magique vacilla et dessina bientôt la silhouette d’une personne de l’autre côté.
[J’ai reçu votre rapport urgent tout à l’heure, mais je ne pensais pas que vous me contacteriez aussi vite. Je vous avais dit de faire attention à son utilisation : il ne reste que deux utilisations. Que s’est-il passé ?]
J’écoutai en me frottant le menton. J’avais déjà entendu parler de miroirs comme celui-ci, mais c’était la première fois que j’en voyais un en action. Ce n’est donc que maintenant que j’appris que leur nombre d’utilisations était limité.
Pas étonnant qu’on ne s’en serve pas souvent. À cet instant, une idée lumineuse me traversa l’esprit. Les insectes-miroirs et les marionnettes que j’avais dispersés dans la tour fonctionnaient tous presque indéfiniment.
C’était peut-être pour ça qu’ils ne rapportaient pas beaucoup de points, en dehors des frais fixes. Mais si je leur imposais une limite de ce genre ? Je pourrais les faire se casser petit à petit avec le temps.
Oh, alors les points pourraient affluer encore davantage. Après tout, tout le monde était déjà accro à leur praticité. Toutes sortes d’idées me venaient à l’esprit.
Mais je rangeai soigneusement ces pensées dans un coin de ma tête. Pour l’instant, il était temps de parler de quelque chose de plus important. Je me ressaisis discrètement et regardai Biogan.
Biogan acquiesça à l’intention de la personne derrière l’écran, puis tourna les yeux vers moi. Il devait me faire signe de parler. Je m’éclaircis la gorge et orientai l’écran vers moi. Puis je m’inclinai profondément devant l’autre personne.
« Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, mais je suis Evron. Nous nous sommes déjà rencontrés. J’ai demandé à Biogan de vous contacter parce que je voulais vous parler. C’est au moins un plaisir de vous revoir ainsi. Miorang.
Je parlai avec un sourire amical. Mais la silhouette qui se tenait derrière l’écran — Miorang — resta silencieuse, peut-être un peu décontenancée en me voyant. Je sentais qu’il étudiait attentivement mon visage.
Je l’observai moi aussi. C’était un jeune homme qui avait l’air très gentil. Comme pour montrer qu’il appartenait à la même association que Gunda, il portait une armure épaisse.
Je ne m’étais pas attendu à ce qu’il place un traître parmi nous. Je me rappelai l’avoir vu autrefois dans le parc, à la tête des autres. Il cherchait alors à obtenir des informations sur les nouveaux venus. Était-ce une manœuvre préparatoire ? Je n’en savais toujours rien.
[… Ah, je vois. Alors vous avez fini par vous faire prendre.]
Le regard de Miorang s’assombrit lentement. Il semblait avoir compris toute la situation. Il claqua légèrement la langue et jeta un coup d’œil à Biogan. Je décelai une pointe de reproche dans ses yeux.
« Inutile de reprocher quoi que ce soit à Biogan. Il a bien caché son identité jusqu’au bout. Le vrai problème, c’était le piège d’Ugo, l’autre fois. C’est à partir de là que j’ai pu réduire peu à peu la liste des suspects.
[Ugo, hein ? Tss. Je l’ai envoyé pour éliminer les vôtres. Mais je ne pensais pas que vous deux coopéreriez. J’ai été surpris quand Biogan me l’a appris.]
Miorang plissa les yeux en me regardant. Il semblait avoir cru aux fausses informations que j’avais utilisées pour démasquer Biogan. Je haussai légèrement les épaules. Apparemment, mon mensonge avait bien fonctionné.
« Ah… vous croyez vraiment que j’aurais coopéré avec ce fou ? C’était une sorte de ruse. Elle devait me permettre de débusquer le traître, puis de parvenir jusqu’à Miorang. Puisque nous nous sommes finalement rencontrés, je dirais que ça a plutôt bien marché.
Miorang se tut à mes mots. Je lus un soupçon de panique dans ses yeux. Biogan aussi. Quand les yeux de ce dernier s’écarquillèrent légèrement, je lui souris.
Bien sûr, il avait montré jusqu’au bout qu’il doutait de ces informations. Mais puisque Jurban lui-même avait agi, il avait dû se résoudre à les transmettre telles quelles à Miorang. Et voilà où nous en étions.
Si l’on comparait seulement nos forces, Biogan ou Miorang était sans aucun doute plus fort que moi. Mais, pour les coups tordus de ce genre, je n’étais pas en reste. Pour survivre, je devais toujours garder l’esprit en éveil.
Mais je n’avais pas organisé cette rencontre pour me vanter. Je voulais coopérer avec eux. Et avant d’aborder cette coopération, il y avait quelque chose que je devais d’abord éclaircir. Je me frottai le menton et pris la parole.
« À ce propos, il y a quelque chose que je ne comprends pas. J’imagine que vous avez déployé des efforts considérables pour faire de Biogan un traître. Mais est-ce que nous en valions la peine ?
Je jetai un coup d’œil à Biogan. Il avait les bras croisés et les yeux fermés. À quel moment nous avait-il trahis ? Avant la formation de notre groupe ou après ? Je l’ignorais.
« Notre groupe n’est composé, au fond, que de nouveaux venus. Nous participons à la compétition pour la première fois, alors notre niveau est relativement faible. Je ne m’attendais pourtant pas à ce que vous créiez un traître comme ça, et que vous prépariez même des pièges en plus.
Miorang me regarda, puis poussa un profond soupir. Il croisa les bras et prit lentement la parole.
[… Intéressant. Puisque vous avez révélé une vérité, je suppose que je devrais vous en révéler une à mon tour. Il y a plusieurs raisons, mais la principale, c’est Jugang.]
J’inclinai légèrement la tête. Jugang. C’était la première fois que j’entendais ce nom. Miorang croisa mon regard et sortit un petit objet de ses vêtements. C’était le jeton utilisé dans le pari entre les chefs d’association.
[J’ai entendu dire que vous en aviez un autre. Ça veut dire que vous avez éliminé son propriétaire.]
Je sortis le mien de mes vêtements. Miorang le fixa, puis finit par hocher la tête.
[Comme je m’y attendais. Je sais maintenant où se trouvent tous les jetons. Jugang était propriétaire de celui que vous avez pris. Cette personne avait terminé troisième lors de la compétition précédente. Quand j’ai essayé de suivre ses déplacements, la piste s’est interrompue dans les faubourgs. Les seuls à s’être approchés de cet endroit, c’était votre groupe. Je n’avais donc pas d’autre choix que de me méfier.]
Je tripotai le jeton. Le propriétaire de cette immense marionnette-singe avait fini dans le classement lors de la compétition précédente ? Pas étonnant. Même pendant le combat, j’avais senti que quelque chose clochait.
Je l’avais éliminé très tôt dans cette compétition. C’était peut-être pour ça que son territoire et ses marionnettes n’étaient pas encore au point.
Malgré tout, je me rappelais encore très bien à quel point il avait été difficile de m’en débarrasser. Si le système de production en série s’était mis à fonctionner correctement, je n’aurais même pas pu m’approcher.
J’avais vraiment été en danger. Si je n’avais pas préparé une petite ruse en utilisant la régénération de la marionnette de Cassian, c’est moi qui aurais été vaincu.
Jugang, donc. Jusqu’ici, j’ignorais même son nom, mais je venais enfin de l’apprendre. Je me grattai la tête. Au bout du compte, le traître et le piège étaient-ils tous deux liés à quelque chose que j’avais provoqué ?
L’attitude d’Ugo s’expliquait soudain. Miorang et Ugo avaient dû agir prudemment, car aucun des deux n’était certain de la force de notre groupe. Ils avaient essayé de l’évaluer l’un par l’intermédiaire de l’autre.
Bien sûr, j’étais certain que ce n’était pas leur seule raison. Ils cachaient probablement eux aussi quelque chose, comme moi. Mais inutile de tout déterrer ici. J’en avais assez appris.
« Puisque nous avons chacun révélé une vérité, disons qu’un peu de confiance s’est installée entre nous. Alors, laissons le passé derrière nous et parlons de quelque chose d’un peu plus utile. Je vais donner ce jeton à Miorang.
Je fis tournoyer le jeton d’une pichenette. Il fit un tour dans les airs avant de revenir dans ma main. Miorang fronça légèrement les sourcils en me regardant.
[Pourquoi ?]
« Parce qu’il ne m’apporte que des ennuis. Et je n’ai éliminé Jugang que par hasard. Si je garde ce jeton, Ugo va forcément essayer de s’en prendre encore à moi, comme la dernière fois. Je l’ai déjà affronté et sa puissance m’a semblé difficile à contrer. Je pense donc qu’il vaut mieux le remettre à quelqu’un de plus fort que moi.
Je lançai de nouveau le jeton. Cette fois, il ne revint pas vers moi, mais fila vers Biogan. Celui-ci ouvrit silencieusement les yeux et le rattrapa.
« Et puis, ce sera le gage de notre future coopération. Je vais donc le confier à Biogan. Il remettra le jeton à Miorang.
[Une coopération, dis-tu ?]
Miorang prononça ces mots en jetant un regard à Biogan. Comme Ugo, il semblait s’intéresser vivement au jeton. Il y avait peut-être toute une histoire derrière que j’ignorais.
Bien sûr, ça ne me concernait pas. Pour moi, ce n’était qu’un outil utile. Je haussai légèrement les épaules et poursuivis :
« Oui. Je ne veux qu’une chose. Je pense que Miorang s’y intéresse aussi beaucoup : chasser une bête magique. Si nous réglons cette affaire, je vous laisserai repartir tous les deux, Biogan et le jeton.
[Une bête magique ? Je ne pense pas qu’on puisse en trouver dans cette compétition.]
C’était vrai. Dans cette jungle dense, on ne trouvait pas la moindre trace de bête magique. Il n’y avait que des arbres à perte de vue. Bien sûr, il existait des créatures qui s’en rapprochaient.
Celles qui vivaient dans cette mer noire séparant le centre des faubourgs. Mais des gens comme nous ne pouvaient pas les chasser. Ce n’était pas à elles que je pensais. Je tapotai discrètement ma poitrine.
« Nous sommes des gens intelligents, n’est-ce pas ? Alors nous agissons tous selon le bon sens. C’est pour ça que j’admire tant Miorang. Vous avez montré comment combattre en respectant les règles de cette compétition, et même celles de l’association. Créer un traître pour faire s’effondrer un groupe de l’intérieur… C’était vraiment remarquable.
Je frappai doucement dans mes mains et ris. Puis je regardai tour à tour Biogan et Miorang avant de poursuivre.
« On ne peut pas vous en vouloir pour une telle méthode. Après tout, vous avez respecté les règles. Dans ce genre de situation, ne serait-il pas juste de dire que la personne qui en a fait les frais est responsable ? Je ne peux qu’admirer de telles manœuvres.
[Ah, nous nous comprenons, toi et moi.]
Miorang se frotta le menton. Je lui souris et inclinai la tête. Puis je plissai les yeux et tapotai la table.
« Mais j’ai appris que quelqu’un, dans cette compétition, chassait les gens. J’ai failli en faire les frais moi aussi. Je ne pense pas qu’on doive considérer quelqu’un qui enfreint ainsi les règles comme une personne. Il serait plus juste de le voir comme une bête magique.
[… Ah, je vois de quelle sorte de bête magique vous parlez.]
Miorang hocha lentement la tête. Un léger sourire apparut au coin de sa bouche. Lui aussi avait compris de qui je parlais.
« C’est pour ça que j’ai organisé cette rencontre par l’intermédiaire de Biogan. J’ai pensé qu’il nous serait difficile de capturer cette bête magique avec la seule force de notre groupe. Votre camp doit être dans la même situation. Alors, que diriez-vous de faire équipe pour abattre d’abord cette dangereuse bête magique ?
Nous nous sourîmes par écran interposé. Sans même rien dire, la conversation semblait avancer sans accroc. Nous devions plutôt bien deviner les pensées l’un de l’autre.
[C’est une idée intéressante. Elle me plaît.]
Miorang avait répondu. C’était une approbation à peine voilée. Je hochai légèrement la tête à mon tour. Mon ennemi dans cette compétition était désormais clairement désigné. Et, comme on dit, l’ennemi de mon ennemi est mon allié. Je n’avais donc aucune raison de refuser une alliance.
Nous continuâmes à discuter un moment. Puis l’image se brouilla peu à peu. La magie avait atteint sa limite. Je m’inclinai légèrement devant l’écran qui s’effaçait lentement.
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