Chapitre 158
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Traducteur/éditeur : Bébé qui tousse
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 158
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158.
J’ajustai soigneusement les fils de pouvoir magique qui se déployaient dans toutes les directions. En même temps, la présence de la barrière qui composait ce bâtiment commença peu à peu à s’estomper. Cette fois, je devais maintenir cet état pendant une dizaine de minutes.
Tout en affinant le pouvoir magique, je vis la porte s’ouvrir lentement. Je jetai un coup d’œil dans sa direction et aperçus Biogan. Il m’adressa un léger signe de tête, puis entra dans ma chambre.
Je m’inclinai à mon tour et lui souris avec légèreté. Gunda, qui était arrivé le premier, lui fit signe, visiblement content de le voir. Biogan, toutefois, ne réagit pas et s’assit simplement à la table.
Il affichait une attitude incroyablement distante. Gunda le regarda, puis se gratta la tête. Avec un rire gêné, il tourna les yeux vers moi.
« Pff, il n’a vraiment pas changé. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il me déteste. Il y a quand même une sacrée différence entre la façon dont il te traite et celle dont il me traite, non ? »
Je ris à ses récriminations presque enjouées. Puis je haussai les épaules et secouai la tête.
« C’est impossible. Biogan est juste un peu taciturne. S’il te détestait, Gunda, il n’aurait aucune raison de continuer à passer du temps avec nous. »
Je jetai un coup d’œil à Biogan, qui s’était déjà installé. Comme toujours, il restait assis, les yeux fermés et les bras croisés.
Une différence d’attitude. Bien sûr qu’il y en avait une. J’avais déployé pas mal d’efforts pour gagner sa faveur. Avec le temps, nous en étions au moins arrivés à nous saluer comme ça. Et pas seulement lui : j’avais aussi noué des liens avec les autres membres du groupe.
Peut-être parce que le temps s’écoulait différemment ici qu’à l’extérieur, cette compétition durait depuis un bon moment. J’avais ainsi réussi à devenir assez proche des membres du groupe pour pouvoir rire avec eux et les saluer.
Ils étaient comme des boucliers, prêts à s’avancer pour me protéger. Plus je me rapprochais d’eux, plus ils prêtaient attention à ce que je disais ; il n’était donc pas nécessaire de les tenir à distance.
Puisqu’ils étaient tous les deux là, il était temps de discuter. Je me tournai vers eux tandis qu’ils s’asseyaient et que j’ajustais les fils de pouvoir magique. Gunda me regarda, puis jeta un bref coup d’œil à la porte.
« L’ambiance est plutôt mauvaise en ce moment. Tout le monde a l’air épuisé. »
Il claqua doucement la langue. Même son expression renfrognée laissait transparaître un peu de fatigue.
J’acquiesçai. Comme il l’avait dit, l’ambiance au sein du groupe n’était pas au beau fixe. J’avais annoncé qu’il y avait un traître parmi nous, mais personne ne savait qui c’était vraiment.
« On n’y peut rien. Pour que la situation paraisse un peu plus réaliste, les autres doivent faire un sacrifice. Mais s’ils tiennent encore un peu, on devrait pouvoir démasquer le traître. Tout le monde sera alors satisfait. »
Je jetai un coup d’œil à l’horloge posée dans un coin de la table. Je l’avais fabriquée en sculptant un morceau de bois, tout simplement. Quoi qu’il en soit, nous n’avions plus beaucoup de temps à passer ici. Il ne restait qu’environ trois heures avant l’heure du départ que j’avais annoncée.
Gunda et Biogan regardèrent eux aussi l’horloge. Après avoir vérifié l’heure, ils se plongèrent chacun dans leurs pensées. Je les observai et fronçai légèrement les sourcils.
Si le traître était l’un de ces deux-là, il fallait qu’il agisse avant l’heure. Je leur avais seulement dit à tous les deux que j’avais conclu une alliance avec Ugo. Ils devaient transmettre cette information à l’autre camp.
Bien sûr, c’était un mensonge. Mais ils n’avaient aucun moyen de savoir si c’était vrai. Après tout, ils étaient coincés sous terre. Pour en avoir le cœur net, ils devaient contacter leur complice.
J’envoyai ma volonté à ma marionnette. Elle s’était répandue dans tout ce souterrain et répondit à mon signal. Personne n’en était sorti, m’indiqua-t-elle. Ils n’avaient toujours pas bougé ?
Je me frottai le menton sans rien dire. J’avais organisé les choses de façon à faire croire à une urgence pareille ; je pensais donc que le traître se trahirait facilement.
Pour cela, j’avais même orienté les soupçons dans une autre direction et leur avais révélé toute la structure de cette barrière. S’ils avaient voulu quitter le souterrain, ils auraient pu s’éclipser à tout moment.
Et s’ils l’avaient fait, les sens de ma marionnette les auraient repérés et leur identité aurait été révélée sur-le-champ. C’était ce que je cherchais à provoquer. Mais, quel que soit le traître entre ces deux-là, il se montrait extrêmement prudent. Il n’avait pas bougé d’un pouce.
Il n’avait visiblement pas renoncé à se méfier de la situation. Mais il finirait par agir. J’allais l’y pousser. Les préparatifs étaient déjà terminés. Je souris légèrement et posai des tasses devant Gunda et Biogan.
Au bruit des tasses, ils tournèrent les yeux vers moi. Je traçai un cercle magique rudimentaire et remplis leurs tasses de thé. J’en humai le parfum et hochai la tête.
« Alors, l’un de vous a-t-il repéré quelqu’un de suspect ? »
Je regardai Gunda. Il but une gorgée de thé et se gratta la tête. Après un instant de réflexion, il haussa les épaules. Il leva les yeux au ciel avec une certaine gêne.
« Hum… Je ne sais pas trop. Tout le monde est tellement occupé à se méfier des autres que chacun fait attention à ses gestes, tu vois. Et puis, j’étais aussi occupé à réparer mon armure. J’ai eu du mal à surveiller les autres. »
Il eut un rire gêné. Je le détaillai du regard. Sous sa robe, qui avait remplacé son armure, son corps était couvert d’une masse de muscles impressionnante.
Le contraste avec la silhouette svelte de Biogan était frappant. À les voir, Gunda avait davantage l’air d’un épéiste.
Mais surtout, il y avait son armure. Je repensai à son état et hochai légèrement la tête. Gunda se tenait au centre de l’explosion. Son armure avait donc été gravement endommagée elle aussi. À en juger par l’état de leurs marionnettes, personne n’avait sans doute été plus durement touché que lui.
Comme nous allions bientôt partir, il avait l’air décidé à la réparer encore un peu. Je plissai les yeux. Peut-être en avait-il besoin pour s’enfuir. Enfin, je n’en étais pas encore sûr.
« Alors, continuez encore un peu. Si j’étais le traître, je pense que je commencerais bientôt à bouger. Il finira forcément par laisser une ouverture. »
Gunda acquiesça. Je tournai les yeux vers Biogan. De nous tous, c’était celui qui semblait le moins abîmé. Il avait réussi à s’éloigner suffisamment de la zone de l’explosion.
À cet égard, il en savait clairement plus que Gunda. C’était aussi à sa demande que je venais de brouiller le pouvoir magique de la barrière. Il m’avait demandé de créer une brèche assez grande pour laisser passer une personne.
S’il m’avait fait une telle demande, c’est qu’il avait sûrement repéré quelqu’un de suspect. Biogan ouvrit tranquillement les yeux et me fixa. Puis il hocha légèrement la tête.
« J’ai repéré quelqu’un de suspect. Cette personne s’est tenue près de la barrière pendant un moment, au moment où elle s’affaiblissait. »
À ces mots, j’ouvris de grands yeux. Gunda devait être tout aussi surpris, car il fixait Biogan, les yeux écarquillés comme moi. Avait-il vraiment remarqué ce mouvement ?
« Qui était-ce ? »
Je posai la question sans attendre. Biogan tapota la table et fronça légèrement les sourcils. On aurait dit qu’il ne se rappelait pas bien son nom.
« Celui qui utilisait le cadavre d’une bête magique comme marionnette. Jurban… c’était bien ça ? Un nom dans ce genre. »
« Oui, alors c’est probablement Jurban. C’est le seul à contrôler le cadavre d’une bête magique. »
Je passai la liste en revue dans ma tête et acquiesçai. Jurban, donc. Comme ces deux-là, Jurban faisait partie des rares personnes en qui j’avais une certaine confiance. C’était pour cette raison que je lui avais également indiqué le véritable itinéraire plus tôt.
En ce sens, Jurban pouvait être considéré comme un suspect au même titre que ces deux-là. Mais contrairement à Gunda ou Biogan, j’avais vite cessé de le soupçonner.
La raison pour laquelle je faisais confiance à Jurban était simple : c’était la personne la plus faible du groupe. Son niveau était même inférieur au mien. Sa marionnette n’avait rien de particulier non plus.
C’était pour cela qu’il avait été très facile de vérifier son cas. J’avais remonté toutes les pistes et fouillé ses affaires en secret, mais je n’y avais rien trouvé de suspect. J’avais donc écarté tous mes soupçons à son égard.
Et voilà que cette même personne avait des gestes suspects. Je tapotai doucement la table. Si Biogan, qui s’intéressait peu aux autres, avait prononcé ce nom, c’est que Jurban avait bel et bien agi.
J’envoyai ma volonté à ma marionnette. Elle repéra les mouvements de Jurban et me transmit les détails. Jurban inspectait vraiment l’autre côté de la barrière affaiblie. Je me raidis légèrement et regardai Biogan.
« Jurban touche encore la barrière en ce moment même. Bien sûr, ça ne suffit pas à prouver qu’il nous a trahis. Alors, surveillez bien ses actes. S’il s’avère que c’est le traître, faites en sorte qu’il puisse quitter la barrière sans que ça paraisse suspect. »
Biogan acquiesça. Gunda prit lui aussi un air sérieux et se caressa le menton en silence.
« Est-ce que Jurban nous a vraiment trahis ? À y réfléchir, ça se tient. Si l’un de nous devait être éliminé, c’est lui qui aurait le moins de chances de s’en sortir. Il essaierait donc de nous vendre et de passer dans l’autre camp ? »
Gunda marmonna, puis claqua sèchement la langue. Je vis une lueur de mépris dans ses yeux. C’était compréhensible. Vendre ses camarades pour sauver sa peau… On pouvait vraiment parler d’un acte ignoble, digne d’un mage.
« Quel culot ! Si c’est vrai, je ne le laisserai pas s’en tirer comme ça ! »
Gunda serra le poing et cria. Biogan, lui, se contenta de poser calmement la main sur son épée. Une pointe d’intention meurtrière traversa son visage.
Face à eux, j’acquiesçai moi aussi en silence. Grâce à Biogan, j’avais appris quelque chose d’utile. Je m’inclinai légèrement devant lui et relâchai peu à peu le sceau qui protégeait la porte.
Gunda et Biogan quittèrent ainsi ma chambre. Nous avions échangé suffisamment d’informations ; ils n’avaient donc pas besoin de s’attarder. Sans doute pour surveiller Jurban, ils dissimulèrent leur présence et sortirent du bâtiment.
Je regardai leurs silhouettes s’éloigner et souris légèrement. Puis je me frottai le menton en silence. Les gestes de Jurban étaient vraiment suspects. Bientôt, ces deux-là le surveilleraient et se convaincraient que Jurban était le traître.
Il y avait bel et bien un traître dans notre groupe. Ma marionnette avait personnellement confirmé sa présence, et Ugo l’avait également laissé entendre. Grâce à ces indices, j’avais même compris que le traître était l’un de ces deux-là.
Mais une autre question me préoccupait. N’y avait-il vraiment qu’un seul traître ?
J’ignorais qui avait introduit ce traître parmi nous. J’ignorais également quelle méthode l’autre camp avait employée pour le pousser à nous trahir.
Bien sûr, je pouvais avancer quelques hypothèses. Peut-être lui avait-on promis une place dans la prochaine compétition. Ou peut-être lui avait-on offert des avantages en dehors de la compétition.
Dans ce cas, un mage avide de profit personnel trahirait évidemment les siens. Il se dirait qu’en rejoignant le camp capable de manigancer une trahison aussi subtile, il aurait davantage de perspectives qu’en restant avec ce groupe de débutants.
Et c’était aussi ce qui m’inquiétait. Si un premier traître était apparu, un deuxième pouvait tout à fait surgir. Si quelqu’un avait été tenté, cela signifiait qu’il existait une faille susceptible d’attirer d’autres personnes.
Je devais donc aussi penser à la possibilité d’autres traîtres. Je tapotai doucement la table. Ce rythme calma peu à peu mon esprit.
C’était pourquoi l’arnaque que j’avais montée cette fois servait de piège à double détente. Elle ne visait pas seulement ces deux-là. C’était un vaste piège où chaque personne présente dans ce souterrain était suspecte.
Puisque Jurban avait bougé le premier, s’il y avait un autre traître, il agirait après l’avoir vu. Le traître parmi ces deux-là ferait de même.
Je sentis leur présence à travers ma marionnette et me caressai le menton. Il était temps de mettre fin à cette enquête. Je ne pouvais pas rester éternellement coincé ici.
Jurban se mit alors à sonder la barrière de plus en plus profondément. Il sortit brièvement du bâtiment et erra même dans le souterrain avec sa marionnette.
Gunda et Biogan le surveillaient attentivement. Les autres commencèrent eux aussi à remarquer à quel point Jurban était suspect. Peu après, un incident se produisit et leur donna encore plus de raisons de s’en méfier.
Jurban s’était discrètement échappé à travers la barrière. Gunda fut le premier à s’en rendre compte. Il dit avoir fouillé la chambre de Jurban, mais n’y avoir trouvé aucune trace de lui.
Je me précipitai dans sa chambre. Comme Gunda l’avait dit, il n’y avait rien. Les bagages et la marionnette de Jurban avaient disparu.
Il ne restait qu’un seul cercle magique, qui diffusait une faible lueur. J’en examinai la structure en silence. C’était une sorte de magie d’illusion destinée à faire croire que quelqu’un se trouvait encore dans la pièce.
Grâce à cela, les autres n’avaient pas remarqué que Jurban était parti. Gunda s’essuya légèrement le front.
« Pff, on dirait que Jurban avait vraiment décidé de partir pour de bon. »
Gunda claqua la langue, l’air contrarié. Je soutins son regard et acquiesçai. Il ne faisait aucun doute que Jurban avait quitté les lieux.
« On dirait qu’il a décidé qu’il ne pouvait plus rester. Maintenant qu’on a révélé la présence d’un traître, il a dû penser qu’on avait un moyen de le démasquer. C’est sûrement pour ça qu’il s’est enfui. »
« Alors, je vais le poursuivre tout de suite. On ne peut pas le laisser s’échapper comme ça. Ce serait bizarre de ne rien faire, non ? »
Gunda avait raison. Nous avions clairement voulu pousser le traître à sortir. Il fallait donc aussi suivre sa piste. Et, au bout du compte, nous devrions le capturer et l’interroger. Ce n’est qu’alors que les informations sembleraient plus crédibles à l’autre camp.
Gunda se raidit et libéra son pouvoir magique. Il effaça le cercle magique qui en diffusait encore, puis scruta les environs. Biogan caressa lui aussi le fourreau de son épée, prêt à passer à l’action.
« Alors, vous deux, partez chacun dans une direction différente. Je conduirai les autres et poursuivrai les recherches. »
Ils acquiescèrent, puis partirent rapidement et franchirent la barrière. Je les regardai s’éloigner, les yeux plissés.
Grâce à Jurban, ils avaient quitté cet endroit et pouvaient se déplacer librement. Nous allions donc enfin découvrir qui nous avait trahis. Difficile d’imaginer une meilleure occasion de transmettre des informations que celle-ci.
Je souris et rassemblai les autres. Puis nous quittâmes à notre tour le souterrain et partîmes lentement à la poursuite de Jurban. Mais les environs étaient déjà plongés dans l’obscurité.
Il était trop tard. Peut-être à cause de l’heure, même en nous dispersant largement et en fouillant soigneusement chaque recoin, nous ne trouvions aucune trace. Impossible de savoir jusqu’où Jurban était allé.
Bien sûr, je ne m’inquiétais pas trop. Je n’avais pas besoin de poursuivre Jurban moi-même. Le traître parmi Gunda et Biogan finirait sûrement par le trouver.
Je n’avais donc qu’à surveiller attentivement ces gens. Pendant qu’ils fouillaient les environs, je dissimulai ma présence derrière eux et les observai.
Bientôt, j’acquiesçai. Heureusement, ils ne firent rien de notable. Ils se contentaient de fouiller la jungle, déterminés à retrouver le traître.
On aurait dit qu’aucun autre traître n’était apparu. Bien sûr, je ne pouvais toujours pas en être certain. Mais la probabilité était très faible. Si j’avais eu des informations à divulguer, je n’aurais pas laissé passer une occasion pareille.
En ce sens, ces gens m’avaient donné suffisamment de raisons de leur faire confiance. Et les autres ? À cette pensée, je sentis un léger signal résonner dans ma poitrine.
C’était la faible pulsation de volonté transmise par ma marionnette. Elle m’appelait. Je souris de toutes mes dents. Ah, on dirait que ma marionnette avait enfin repéré sa proie.
« Maintenant, tout le monde, par ici. Ma marionnette a l’air d’avoir trouvé quelque chose. »
Si nous déboulions sur les lieux, tout le monde découvrirait l’existence du traître. Leurs liens n’en seraient que plus forts. Il fallait donc faire vite. Si nous tardions trop, ma marionnette ne tiendrait pas le coup.
Nous avançâmes ainsi avec les autres et trouvâmes une barrière. Cette magie dissimulait la zone aux regards extérieurs. Une fois la barrière brisée et franchie, nous découvrîmes Jurban.
Jurban était couvert de sang. Je le vis, adossé à un arbre et haletant, et lui adressai un grand sourire. Puis je lui fis un léger signe de la main.
« Tu as tenu bon. Grâce à toi, nous avons pu arrêter le traître. »
Jurban me regarda, les yeux brillants derrière ses lunettes épaisses. Peut-être parce qu’il n’avait plus aucune force, il s’affaissa sur place. Devant lui se tenait ma marionnette, sous l’apparence de Cassian, l’épée levée.
Son corps était couvert de blessures de toutes sortes. Elle avait encaissé les coups pour protéger Jurban. Bien sûr, grâce à sa régénération, sa chair se reconstituait rapidement.
Malgré tout, si nous étions arrivés un peu plus tard, Jurban aurait peut-être été éliminé sur place. La marionnette de Cassian récupéra rapidement et se tourna de nouveau vers son adversaire.
Je regardai moi aussi cette personne. Les environs baignaient dans l’obscurité, si bien que je ne distinguais pas son expression. Je pouvais au moins deviner qu’elle était un peu décontenancée en nous voyant.
« Hum, tu es un peu surpris ? »
Je me grattai tranquillement la tête. Puis je jetai un coup d’œil à Jurban, effondré par terre. Jurban avait de bonnes raisons de nous trahir. Parmi nous, c’était celui qui avait le moins de chances d’accéder à la prochaine compétition. Voilà pourquoi personne ne doutait qu’il était le traître.
Pourtant, contrairement à ce que tout le monde soupçonnait, Jurban n’était pas le traître. C’était même la première personne à qui j’avais révélé l’existence du traître.
J’avais déjà soumis Jurban à toutes sortes de vérifications. Et j’en étais arrivé à la conclusion qu’il n’était pas un traître. Dans ce cas, je n’avais aucune raison de ne pas me servir de lui.
C’était pourquoi j’avais conclu cette alliance avec Jurban. Même s’il m’avait réellement dupé et nous avait trahis, cela n’aurait rien changé. Le déroulement de ce plan serait resté le même.
L’appât destiné à ferrer le traître aurait simplement paru un peu plus crédible. Oui, Jurban était une sorte de faux traître que j’avais préparé. Un appât pour les mettre davantage en confiance.
S’ils ne bougeaient pas, il suffisait de les y pousser. Cette agitation autour de la fuite avait été mise en scène dans ce but. Ce n’est qu’en croyant qu’ils n’avaient pas été démasqués qu’ils finiraient par laisser des traces. Et comme vous le voyez, j’avais réussi à en attraper un.
« Maintenant, viens par ici. »
Jurban se redressa légèrement. La marionnette en forme de serpent, une bête magique, s’enroula autour de son torse et le soutint. Il chancela un instant, rassembla son pouvoir magique et s’approcha lentement de moi.
Le traître jeta un regard à Jurban, mais ne se hâta pas de libérer son pouvoir magique. Tous ceux qui étaient présents observaient la scène.
En voyant les blessures qui marquaient le corps de Jurban, je fronçai légèrement les sourcils. Le traître avait employé des méthodes d’une extrême cruauté. Il avait clairement tenté de pousser Jurban au bord de la mort pour le forcer à se rendre.
« Je ne pensais vraiment pas qu’on m’attaquerait. »
Jurban eut un rire amer. Avec sa petite carrure, l’incident avait dû le secouer : son visage était devenu livide. Je baissai légèrement la tête en le regardant.
« Merci pour ton aide. »
Jurban avait beaucoup souffert. Si je l’avais entraîné dehors de cette façon, c’était pour obliger le traître à agir. Dès qu’il était sorti, le traître avait sûrement transmis toutes les informations. Puis il était venu vérifier l’état de Jurban.
Cette personne avait deux possibilités. La première consistait à aider Jurban à s’échapper. Si Jurban était vraiment le traître et que nous le capturions, il risquait de révéler des informations sur son complice.
La seconde possibilité était semblable. Elle consistait à éliminer Jurban de la compétition, comme il venait de le faire. Ainsi, nul besoin de se donner la peine de l’aider à s’enfuir et aucun risque que les informations soient divulguées.
En réalité, la seconde solution était plus pratique pour le traître. Jurban n’aurait pas pu résister à son pouvoir. Il avait dû se dire qu’il pourrait s’en débarrasser et lui faire porter toute la responsabilité de la trahison.
C’était pour cette raison que j’avais placé ma marionnette aux côtés de Jurban. Je m’étais attendu à quelque chose de ce genre. Quand on manipule ainsi les actes de quelqu’un, il finit par ne plus voir ce qui se trouve sous ses pieds et tombe dans le piège.
Je laissai mon pouvoir magique couler au bout de mes doigts. Il forma bientôt des circuits qui dessinèrent un cercle magique. Une masse de lumière brûlante apparut en son centre.
Cette masse illumina vivement les environs plongés dans l’obscurité et fonça vers le traître. La lumière lui piquait peut-être les yeux, car il leva la main pour les couvrir. Je secouai doucement la tête en le voyant.
« C’est donc cette personne qui nous a trahis ? »
L’un des membres du groupe, derrière moi, marmonna à voix basse. Je soutins son regard et acquiesçai. Puis je désignai Jurban à côté de moi.
« Exactement. Je ne m’attendais pas non plus à ce résultat. Mais nous l’avons pris sur le fait, alors ça ne fait aucun doute. »
La personne qui vérifiait l’état de Jurban prit bientôt un air grave et claqua la langue. Les autres firent de même. Combien de temps s’écoula ainsi ? Un léger bruissement m’apprit que quelqu’un approchait, chargé de pouvoir magique.
C’était sûrement le suspect parti dans une autre direction. Il avait dû sentir que nous nous déplacions et s’était empressé de nous rejoindre. Celui qui apparut bientôt observa la scène, puis se gratta légèrement la tête.
« Euh… Je ne suis pas sûr de bien comprendre la situation. Qu’est-ce qui se passe, exactement ? »
« Nous avons attrapé le traître. Jurban et moi avons travaillé ensemble. Je ne peux que m’excuser de ne pas vous avoir prévenus à l’avance. »
Je baissai la tête devant les membres du groupe. Le suspect, dont les charges venaient d’être levées, Gunda, cligna des yeux, perplexe.
Il me regarda, puis observa Jurban et Biogan, qui se tenait dans la lumière éclatante. Bientôt, comprenant sans doute ce qui se passait, il laissa échapper un petit rire amer.
Le pouvoir magique de Biogan ondulait avec violence. Mais il n’arrivait peut-être pas à se résoudre à affronter autant de monde à la fois, car il n’attaqua pas tout de suite. En le voyant ainsi, n’importe qui aurait compris qu’il était suspect.
Gunda se caressa le menton et me regarda. Une pointe de malaise et de soulagement se mêlait dans ses yeux.
« À voir comment ça s’est terminé, tout ce que tu nous as raconté était faux, non ? Tu ne nous as pas caché la vérité parce que tu nous faisais confiance. Tu cherchais à savoir lequel de nous deux t’avait trahi. Quelle fourberie. »
Gunda prit un air écœuré. Je lui souris légèrement et haussai les épaules. On dirait que je les avais vraiment bien dupés. Bien sûr, je ne pouvais pas être d’accord avec le mot « fourberie ».
Mais surtout, puisqu’il s’était dévoilé ainsi, je pouvais désormais écarter une autre possibilité. Je relâchai légèrement mon pouvoir magique. C’était le sort de protection que je préparais depuis l’apparition de Gunda.
Je l’avais prévu au cas où il attaquerait. Il était possible que les traîtres ne soient pas l’un ou l’autre, mais tous les deux. Heureusement, ce n’était pas le cas.
« Euh… Bref, je n’aurais jamais cru que tu nous trahirais. »
Gunda détourna le regard vers Biogan. Je secouai moi aussi la tête, profondément déçu. Biogan se contenta de me regarder calmement, l’épée dégainée, tandis que son pouvoir magique continuait de gronder.
J’avais eu confiance en lui jusqu’au bout, mais je n’aurais jamais cru qu’il me décevrait ainsi. Comme quoi, même si on manie une épée, on reste un mage. Au fond, on ne pouvait pas faire confiance à un faux épéiste.
Le pouvoir magique que je percevais en lui devenait de plus en plus dense. Il semblait vouloir forcer le passage et s’enfuir. En le voyant, je souris doucement, puis levai les deux mains.
Du pouvoir magique s’écoula au bout de mes doigts. C’était une façon de me rendre. À mon geste, Biogan eut un mouvement de recul. Après avoir ainsi épuisé la majeure partie de mon pouvoir magique, je m’approchai lentement de lui.
« Alors, qu’en dis-tu ? On discute ? Dans une direction qui arrangera tout le monde. »
Je lui souris et lui tendis la main. Bien sûr, j’étais déçu, mais ce n’était pas une raison pour l’éliminer. Il baissa les yeux vers ma main sans rien dire.
Si j’avais fait tant d’efforts pour démasquer le traître, ce n’était pas pour me débarrasser de lui. Gunda et Biogan étaient tous les deux des piliers de notre groupe.
Il serait donc impossible de combler le vide s’ils disparaissaient. Inutile de faire quelque chose d’aussi stupide.
Au contraire, je voulais lui demander de coopérer. Non seulement au traître, mais aussi à l’autre camp qui se tenait derrière lui. Le démasquer était la première étape de cette alliance. Exactement comme maintenant.
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