Chapitre 153
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Surviving in the Magic Academy
Chapitre 153
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153.
Je m’époussetai légèrement tout en regardant les rayons de lumière tomber du ciel. Ma robe, toute froissée après que j’eus roulé plusieurs fois par terre, absorba du pouvoir magique et reprit doucement sa forme initiale. Le combat était terminé ; plus besoin de lutter.
Je regardai les gens disparaître peu à peu dans ces rayons de lumière. Ils s’étaient montrés si obstinés et avaient refusé de se rendre avec tant d’entêtement qu’on avait failli frôler l’incident. Mais, après avoir trouvé un accord convenable, ils avaient fini par céder et s’en allaient ainsi.
Bien sûr, nous aurions pu les tuer sans accepter leur reddition. Les restrictions s’étaient affaiblies, après tout. Mais nous n’étions pas venus risquer nos vies dans un combat. Nous voulions seulement montrer ce talent aux membres de l’association.
Tous ceux qui se trouvaient à l’extérieur nous observaient sûrement. Que penseraient-ils si nous tuions des gens à tour de bras ? Leur réaction ne serait certainement pas bonne.
Ils pourraient même nous en vouloir d’avoir tué des membres de l’association. Comme j’essayais de faire de cette immense association de marionnettistes ma protectrice, je ne pouvais pas laisser cela arriver. Inutile de prendre ce risque.
Bien sûr, si j’utilisais ces cadavres, je pourrais probablement fabriquer des marionnettes intéressantes. Mais je n’avais pas besoin d’aller jusque-là. Examiner simplement les marionnettes qu’ils manipulaient avait déjà beaucoup de valeur.
Je jetai un coup d’œil à ma marionnette. Celle qui avait l’apparence de Cassian rengainait lentement son épée. Les marionnettes qu’elle avait abattues gisaient, tranchées net en deux, les entrailles à découvert.
Le combat avait été assez violent pour dévaster complètement les alentours. Je sentais une grande quantité de pouvoir magique converger vers l’endroit où il avait eu lieu.
Au cœur de cette énergie magique se tenait un homme de forte carrure. Il respirait le pouvoir magique et remettait lentement son corps en état. Il était couvert de blessures, preuve de la violence du combat.
À travers l’énorme entaille qui lui barrait le corps, j’apercevais même ses organes. Ses blessures étaient assez profondes pour menacer sa vie.
Pourtant, il était vivant. Dans ce cas, il finirait sûrement par se rétablir. Je hochai la tête en le regardant réguler lentement son corps grâce au pouvoir magique.
Ses blessures se refermaient peu à peu, à mesure que le pouvoir magique affluait. Dans cet état, il se réveillerait bientôt. Surtout, nous étions arrivés juste à temps. Si nous étions parvenus jusqu’ici ne serait-ce qu’un peu plus tard, il aurait peut-être été celui qui serait tombé.
Je n’aurais jamais cru que lui, entre tous, puisse se retrouver en danger. C’était le plus fort parmi ceux que je voulais retrouver. Autant dire que les gens qu’il avait affrontés cette fois étaient aussi puissants que ça.
J’examinai la marionnette de Cassian, qui venait de réparer son corps et s’approchait de moi. Elle s’était effondrée plusieurs fois pendant le combat. Évidemment, elle avait vite récupéré.
Les marionnettes qu’ils manipulaient étaient très particulières. Chacune avait sans doute ses propres caractéristiques. Et parmi elles, il y en avait une qui me plaisait : celle qui utilisait les ombres.
Je donnai discrètement un petit coup de pied à cette marionnette. Une sensation étrange, comme si elle se trouvait quelque part entre la réalité et l’illusion, remonta le long de mes orteils.
Je me léchai légèrement les lèvres. Je pouvais leur laisser tout le reste, mais celle-ci, je devais la prendre. Sa façon de manier les ombres était extrêmement singulière. Il y avait sûrement des choses intéressantes à en tirer.
Sur cette pensée, je jetai un coup d’œil à Biogan. Dès la fin du combat, il s’était appuyé contre un arbre tout proche et avait fermé les yeux.
Il apaisait tranquillement sa respiration. Je sentais le pouvoir magique circuler au rythme de son souffle, allant de l’épée suspendue à sa taille jusqu’à son cœur.
Quand il se concentrait, son corps était d’une propreté irréprochable. Plus encore que le mien, qui avais roulé par terre, et que celui de la marionnette de Cassian, qui portait encore les traces de ses multiples effondrements.
Rien ne laissait penser qu’il y avait eu un combat. C’était notre première bataille depuis que je lui avais demandé de coopérer. Et j’avais compris à cette occasion qu’il était sacrément doué.
Je regardai sa taille. L’épée parcourue de pouvoir magique brillait d’un éclat profond. Il en prenait manifestement grand soin. Cette occasion m’avait permis de comprendre clairement pourquoi il en avait fait une marionnette.
Même en le voyant de mes propres yeux, j’avais du mal à suivre ses mouvements. C’était la première fois que je le voyais se battre. Malgré ses pouvoirs magiques limités, il avait fait preuve d’une maîtrise remarquable.
S’ils s’affrontaient de front, il pourrait peut-être abattre ma marionnette de Cassian en un instant. Ma marionnette n’avait pas développé ses compétences par l’expérience, comme lui. Elle ne faisait que reproduire les informations que j’y avais intégrées.
Bien sûr, cette chose ne mourrait pas et continuerait à s’accrocher à lui ; et tant que Biogan ne m’incapaciterait pas, le combat ne se terminerait pas facilement.
Hum… Je savais qu’il était fort, mais je ne m’étais pas rendu compte qu’il l’était à ce point. Je me caressai légèrement le menton. Pour moi, Cassian était la référence en matière d’épéiste. Je n’avais jamais vu de talent comme le sien.
Alors, entre Biogan et Cassian à l’heure actuelle, lequel aurait l’avantage ? Pour une raison ou une autre, je les sentais assez proches. Bien sûr, avec le temps, Cassian prendrait un peu d’avance. Elle était épéiste, tandis que Biogan était mage.
Alors pourquoi avait-il pris une épée, lui, un mage ? Je penchai la tête en regardant l’arme. Peut-être avait-il senti mon regard, car Biogan ouvrit les yeux.
Il tourna vers moi ses yeux d’un calme absolu. Je soutins son regard, souris légèrement et lui fis signe de la main.
« Désolé si je t’ai dérangé. Haha, je trouvais juste fascinant que tu utilises une épée comme marionnette. J’ai aussi observé les membres de cette association, mais je n’avais jamais vu personne manier une épée. »
Je levai les yeux au ciel et haussai les épaules. Chaque marionnettiste avait sa propre personnalité. Il existait tout de même un trait commun à tous.
Ils n’aimaient pas agir en personne. Comme moi. À cet égard, l’association de la Cité du Canyon avait aussi un comportement assez typique des marionnettistes.
Bien sûr, eux aussi utilisaient des épées et des lames, comme pour refléter les caractéristiques de leur ville. Mais, la plupart du temps, c’était une marionnette qui tenait l’épée, comme celle de Cassian que je contrôlais actuellement.
Même lorsqu’ils faisaient de l’épée elle-même une marionnette, personne ne la tenait directement comme lui. En ce sens, la manière dont Biogan utilisait une marionnette ressemblait plutôt à celle de ces gens-là.
Je regardai l’homme qui absorbait encore une grande quantité de pouvoir magique. Les blessures qui lui lacéraient le corps s’étaient déjà bien résorbées. Je vis aussi l’armure autour de lui se régénérer quelque peu, au rythme de son pouvoir magique.
Les gens de cette ville faisaient généralement de leur armure une marionnette. Ils unissaient leur chair et leur marionnette pour n’en faire qu’un.
Bien sûr, leur méthode était très différente de celle de Biogan. Cette armure n’était qu’une enveloppe protégeant le corps et un outil pour la magie. C’était comme s’ils avaient aménagé un petit atelier dans la marionnette.
À l’inverse, l’épée de Biogan ressemblait presque à celle d’un épéiste. Seule une force tranchante et du pouvoir magique circulaient le long de la lame. À cet égard, je le voyais moins comme un mage que comme un épéiste.
Comme Cassian, Biogan dégageait une impression tenace : il se tenait au bord de la mort. Devais-je appeler ça une vie en équilibre sur la pointe de son épée ? Si je n’étais pas allé à la Cité du Canyon et si je n’avais rien appris de la vie des épéistes, je n’aurais pas pu le ressentir correctement.
Biogan ne répondit pas à ma question. Il referma simplement les yeux et s’adossa de nouveau à l’arbre. De toute évidence, il ne voulait pas en parler.
Je haussai légèrement les épaules. Il avait toujours la langue aussi bien pendue qu’une pierre. Il m’avait bien fallu presque trois ans rien que pour apprendre son nom, non ? Son attitude n’avait donc rien d’étonnant.
Avec une bouche aussi hermétiquement close, il devait avoir beaucoup d’histoires et de secrets. Mais ce n’était pas important. Ce qui comptait pour moi, à présent, c’était uniquement que sa force me soit très utile.
Et puis, comme il était épéiste, il était digne de confiance. Cela signifiait que son caractère devait d’emblée être différent de celui des autres mages.
Je souris ainsi en regardant autour de moi. Peut-être à cause des suites du combat, le pouvoir magique qui circulait dans les environs était extrêmement agité. En plus, le sol avait été complètement retourné et jonché de nombreux morceaux de marionnettes déchiquetées.
Comme il nous fallait nous reposer un peu, le temps que son corps se rétablisse complètement, je devais rendre l’endroit aussi accueillant que possible.
Je fis un léger geste de la main et libérai du pouvoir magique. Plusieurs petites marionnettes jaillirent alors de ma poitrine. Elles ressemblaient à des blocs de bois solides, et leur forme était un peu grossière.
Je les avais fabriquées en m’appropriant les principes de la marionnette singe explosif que nous avions affrontée plus tôt. Bien sûr, j’étais incapable d’apprendre toute cette structure absurdement complexe. Je n’avais fait que reprendre la méthode rudimentaire de production en série de marionnettes qui en formait le cœur.
Elles ne pouvaient donc pas contenir une force aussi puissante que le singe explosif. Elles savaient tout de même utiliser une magie très simple.
Je les remplis de pouvoir magique et les éveillai ; elles se dispersèrent aussitôt. Elles s’éparpillèrent dans toutes les directions, tracèrent une sorte de cercle et se mirent à voler lentement tout en libérant du pouvoir magique.
Ce pouvoir magique commença à projeter dans les airs les différents sorts contenus dans leur corps. Ceux-ci luisaient faiblement au milieu de l’énergie magique ténue.
Le flux de pouvoir magique, qui semblait sur le point de disparaître à tout instant, se dirigea vers une autre marionnette. Ainsi, leurs magies se relièrent lentement et commencèrent à s’entrelacer.
Au sein du courant magique créé par toutes ces marionnettes, le cercle magique prit peu à peu une forme distincte.
De la magie de purification de l’environnement, un sort pour aplanir le sol et une magie simple pour apaiser doucement le pouvoir magique ambiant : des dizaines de sorts enveloppèrent ainsi les environs.
Comme je n’avais pas planté mes pièces de bois, je devais tout contrôler moi-même. Tandis que je manipulais soigneusement ce pouvoir magique, une voix retentit. Sombre, elle s’enfonça dans l’air comme une lourde lame.
« De là où je me tiens, le plus étrange, c’est toi. Tu n’utilises que des magies que les autres mages ne daigneraient même pas regarder. »
Je jetai un coup d’œil dans la direction d’où venait la voix. C’était Biogan qui avait parlé. Je le vis examiner lentement mes marionnettes, les yeux plissés.
Je ne m’attendais pas à ce qu’il m’adresse la parole ainsi. Je ferais mieux de considérer ça comme un rapprochement. Je laissai échapper un petit rire et bougeai la main.
Les marionnettes qui reçurent mon signal provoquèrent de petites explosions lumineuses. Le pouvoir magique, légèrement amplifié, fournit alors assez de force au cercle magique. Celui-ci émit une lumière éclatante et restaura rapidement le paysage dévasté qu’il recouvrait.
En voyant cela, je hochai la tête, satisfait. Sous le cercle magique, les traces du combat avaient déjà disparu. À la place se trouvaient une longue table, des chaises et de petits lits où l’on pouvait s’allonger.
L’endroit ressemblait à une aire de repos confortable. Le pouvoir magique s’était lui aussi apaisé et purifié. Bien sûr, nous ne resterions pas longtemps, mais si nous devions nous reposer, autant le faire comme il faut, non ?
Ça ferait l’affaire. Je souris de toutes mes dents et regardai Biogan.
« C’est le genre de choses dans lesquelles je suis doué. Comme tu l’as sûrement remarqué, je n’ai vraiment aucun talent pour le combat. J’ai décidé de laisser ça aux autres et de me concentrer sur ce que je sais faire. Voilà le résultat. »
Il examina la magie que j’avais créée et hocha légèrement la tête. Puis il se dirigea vers la table. Je m’approchai lentement de lui tandis qu’il s’asseyait et s’adossait à une chaise.
Je traçai un petit cercle magique sur ma main et tapotai la table. Un service à thé s’éleva lentement de l’intérieur. Je pris la théière et la remplis de magie.
« Installe-toi confortablement. Nous repartirons dès que cet homme sera suffisamment rétabli. »
Sur ces mots, je lui servis du thé. Biogan l’accepta, but une gorgée et referma calmement les yeux. Je vis une expression légèrement satisfaite sur son visage.
Cette fois, j’avais préparé un thé dont l’amertume prononcée correspondait aux goûts habituels des épéistes. Il avait l’air d’apprécier ce genre de saveur.
Quand je pensai qu’il n’avait même pas voulu accepter ce thé au début, c’était un progrès incroyable. Le résultat de mes efforts constants pour me rapprocher de lui. Cette pensée me fit un peu plaisir, et je continuai à lui parler.
Mais il ne rouvrit pas la bouche. Comme si la parole était un luxe. Il était terriblement taciturne, mais cela ne faisait que le rendre plus digne de confiance. Oui, un épéiste parlait avec son épée, pas avec sa bouche.
Je m’assis à côté de lui et sirotai mon thé à mon tour. En même temps, je contrôlai une marionnette pour rassembler les restes des marionnettes que nous avions affrontées plus tôt. Puis je les empilai sur la table et démontai leurs structures une à une.
De toute façon, il faudrait un peu de temps pour que le corps de cet homme se rétablisse. Autant en profiter pour examiner les marionnettes.
Avec le temps, le pouvoir magique qui avait afflué sans arrêt commença peu à peu à se calmer. Au milieu de cette énergie, je vis un peu de couleur revenir sur le visage pâle de l’homme.
Il inspira lentement et ouvrit les yeux. Puis, avec un sourire un peu amer, il inclina la tête en direction de la table où nous étions assis.
« Je vous dois la vie. Je ne pensais pas qu’ils seraient trois à m’attaquer en même temps. »
« Quel danger Gunda aurait-il bien pu courir ? Même sans nous, tu t’en serais tiré sans problème. »
À mes paroles, Gunda, l’homme en armure, caressa la longue cicatrice qui lui barrait la poitrine et secoua la tête. C’était probablement cette marionnette qui la lui avait faite. Je fouillai dans les restes de celle que j’examinais.
C’était une marionnette à forme humaine. Le cercle magique gravé sur le dos de sa main était extrêmement particulier. Quand j’y insufflai du pouvoir magique, une lame acérée d’énergie magique jaillit dans un léger frémissement.
J’en approchai doucement la main. Je ne sentis rien du tout, mais le bout de mon ongle fut proprement tranché. Cassian s’était fait toucher par cette lame à plusieurs reprises, elle aussi.
Ces trois marionnettes étaient donc très différentes les unes des autres et puissantes. Bien sûr, elles étaient à nous, désormais.
Quand j’avais découvert Gunda, j’avais moi aussi été assez surpris. Son cœur était sur le point d’être transpercé. Si son adversaire avait été seul, il n’aurait pas été en danger. Mais ces trois-là s’étaient ligués contre lui.
Biogan et moi avions coopéré ; eux aussi savaient s’allier. C’était tout naturel. On pouvait appeler ça la manière dont les faibles survivaient.
Gunda se leva et s’approcha de la table où nous étions. Puis il se laissa tomber sur une chaise libre. Il nous observa tous les deux et prit tranquillement la parole. Je sentis une légère tension sur son visage.
« Hum, si vous m’avez aidé comme ça, c’est que vous attendez quelque chose de moi. Qu’est-ce que c’est ? »
« Quel prix te demanderions-nous ? Après toutes ces années à nous connaître, il va de soi que nous devions t’aider. C’est ce que ferait une personne convenable. »
Je dis cela en agitant l’index. Mais il grimaça à mes paroles. Il avait l’air de ne pas me croire. Pourtant, je n’avais fait que dire la vérité. Je haussai les épaules et ris doucement.
« Hum, j’ai quand même un objectif en tête. Je suis venu chercher Gunda pour lui demander de coopérer. Comme tu viens de te faire attaquer, tout le monde commence à se regrouper. Il ne sert donc à rien de voyager seul ici. Ceux qui débordent de confiance ont probablement déjà pris la direction du centre. »
« Nous, les nouveaux, devons d’abord rassembler nos forces », ajoutai-je en regardant Gunda. À ma demande de coopération, il réfléchit un instant. Puis il nous examina et hocha la tête.
« … Si ceux à qui je dois la vie me le demandent, je ne peux pas refuser. Au contraire, c’est plutôt à moi de vous le proposer. Vous avez l’air d’avoir de sacrées capacités. »
« Merci. Je ne pensais pas que tu accepterais si facilement. Ça me soulage de savoir que tu te joindras à nous, Gunda. »
Je souris et frappai dans mes mains. Biogan ne réagit pas à son arrivée et se contenta de boire son thé. Je vis son épée trembler légèrement. Était-ce sa façon de lui souhaiter la bienvenue ?
« Mais surtout, je ne m’y attendais pas. Ta marionnette, c’était Mira ? Je pensais que tu l’amènerais. »
Gunda parla en s’appuyant contre la table. Tandis que je lui versais du thé, je jetai un coup d’œil à ma marionnette. Celle qui avait l’apparence de Cassian se tenait tranquillement derrière moi.
« Hum, Mira est à l’extérieur. Elle est forte, elle aussi, mais cet ami est assez puissant. Ne t’inquiète pas. »
Je souris légèrement et tapotai son épée. Gunda, qui l’observait attentivement, hocha la tête. Hum, ma marionnette semblait l’intéresser un peu. Pourquoi ?
Je gardai cette question dans un coin de ma tête et regardai Gunda. Il croisa mon regard, esquissa un sourire gêné, se gratta la tête et sirota son thé.
« Hum, ta marionnette actuelle est effectivement assez forte. Elle est vraiment particulière. Je n’ai jamais vu de marionnette se régénérer aussi vite. »
Je haussai les épaules. Je ne savais pas pourquoi, mais s’il s’intéressait à ma marionnette, je n’avais qu’à lui révéler tous ses secrets.
« Ce serait plus juste de parler de résurrection que de régénération. Tant que tu ne me tues pas, cette marionnette ne tombera pas. Comme elle est constamment reliée à moi, je n’ai aucune raison de ménager son corps. »
« Oh ? C’est possible, ça ? Fascinant. »
Gunda regarda la marionnette de Cassian, les yeux écarquillés. Elle baissa les yeux vers lui et libéra légèrement du pouvoir magique. Celui-ci s’infiltra dans ma poitrine et commença à y créer une sorte de cycle.
« C’est une marionnette mêlée à ma technique secrète. Il n’y en a qu’une au monde. Même moi, j’aurais du mal à en fabriquer une autre. Ce qu’elle contient est assez particulier. »
Je fis un sourire amer en sentant ce cycle. Le matériau de base utilisé pour la fabriquer coûtait très cher. Les matériaux capables de se régénérer au sein du pouvoir magique étaient difficiles à trouver.
Mais plus important encore, il y avait la branche de mon arbre et la Fausse Âme créée à partir de celle-ci. Pour en produire une quantité suffisante, j’avais dû continuer à arracher des morceaux de mon arbre. Je levai les yeux vers lui.
Même en faisant un calcul sommaire du nombre de branches qui la composaient, elle devait en contenir cinq fois plus que mon arbre actuel. Le résultat de toutes ces tiges que j’avais régulièrement arrachées pour ce projet.
Peut-être avait-il senti ma sincérité, car les yeux de Gunda s’illuminèrent. Biogan ouvrit lui aussi légèrement les yeux et examina la marionnette de Cassian. Sentant leur intérêt, je souris faiblement.
N’importe qui pouvait se contenter de coopérer. Mais pour dépasser ce stade, il fallait de la confiance.
Et le meilleur moyen d’inspirer confiance, c’était de ne pas mentir. En leur révélant ouvertement mes informations, ils auraient sûrement davantage confiance en moi.
C’était comme dévoiler mes propres faiblesses. Ils avaient désormais mes secrets entre les mains. Ils prendraient donc cette coopération un peu plus au sérieux.
Je jetai un coup d’œil à leurs marionnettes. J’ignorais quels pouvoirs se cachaient dans cette armure et cette épée. Mais ils ne semblaient pas avoir l’intention de révéler leurs secrets, contrairement à moi.
C’était normal, puisque ces objets étaient les sources de leur pouvoir. En fait, c’était plutôt étrange que je dévoile ainsi tous mes secrets. Bien sûr, la confiance n’était pas la seule raison pour laquelle je leur avais tout dit. Je haussai légèrement les épaules.
« Alors, Gunda, repose-toi un peu, toi aussi. Encore cinq minutes environ devraient suffire. Après, nous repartirons. »
« Ça ne me dérange pas de partir tout de suite, mais… »
Gunda fit tourner ses bras pour montrer qu’il allait bien. Devant lui, je sortis une feuille de papier. Elle flotta au-dessus de la table grâce au pouvoir magique.
Gunda baissa les yeux vers la feuille. La carte représentait en détail le terrain que nous avions traversé jusqu’ici. Elle contenait aussi toutes les informations sur cette compétition : la position des gens que nous avions rencontrés, ainsi que le moment où le mur se rétrécissait.
Le cercle se rétrécissait toujours au même moment. Je levai les yeux vers le ciel. C’était environ une fois par heure. Il se rétrécirait de nouveau dans cinq minutes. Partir à ce moment-là était donc plus efficace.
« Oh, tu as préparé tout ça ? »
Gunda hocha tranquillement la tête. Je pointai du doigt une région encore inexplorée sur la carte.
« Comme tu le vois, le mur va bientôt se rétrécir. J’essayais de faire coïncider notre départ avec ce moment. Ensuite, nous irons par là. »
« Tu comptes longer la périphérie ? »
Je hochai la tête. Nous étions nous aussi à la périphérie du cercle. Même là, des combats éclataient de temps en temps, comme à l’instant. Au centre, ce serait pire. Nous devions donc avancer lentement, en suivant le rétrécissement du mur.
« Oui. Et puis, nous ne sommes pas assez nombreux pour le moment. Nous allons recruter d’autres personnes. Rien qu’en regardant les trois qui se sont réunis ici, tu devrais comprendre. Nous cherchons les étudiants qui suivent le même cours que nous. »
Nous en avions déjà trouvé plusieurs un peu plus tôt. J’avais aussi noté leur position. Mais nous n’étions pas allés les voir. Je pensais qu’il était plus important de retrouver les deux personnes devant moi que de les convaincre.
Tous ceux qui assistaient au cours reconnaîtraient sûrement la force de ces deux-là. J’avais donc prévu d’étendre progressivement notre influence en m’appuyant sur eux. Maintenant que je les avais tous les deux avec moi, c’était tout à fait possible.
« Un grand nombre de gens vont se rassembler. Tu as l’intention de devenir le chef d’un tel groupe ? »
Je posai la question à Gunda. Il se gratta tranquillement la tête en m’écoutant. Après avoir roulé des yeux un instant, il me regarda.
« Le chef, tu dis ? »
« Oui. Quand les gens se rassemblent, il leur faut un centre. Sinon, ils se disperseront très vite. Je pense que Gunda est le mieux placé pour jouer ce rôle. C’est pour ça que je suis venu te chercher. »
Gunda croisa les bras et examina mon visage. Je sentis de la méfiance dans ses yeux, mêlée à la perplexité que lui inspirait ma proposition soudaine.
« Pourquoi pas toi ? »
À la question de Gunda, je jetai un coup d’œil à Biogan. Il ne semblait pas s’intéresser à notre conversation et buvait son thé en silence.
« Hum, je manque de force. Qui suivrait les ordres d’un mage qui n’en est qu’au deuxième étage ? Quant à Biogan… comme tu le vois, il rencontrerait plutôt beaucoup de résistance. En plus, parmi les gens qui suivent le cours avec nous, Gunda est aussi le plus fort. Je pense donc que tout le monde l’acceptera. »
Gunda se caressa tranquillement le menton en m’écoutant. Un peu d’ambition apparut sur son visage. Il hocha bientôt la tête. Je souris légèrement. Ce n’était pas une proposition qui lui ferait du tort. Je pensais donc qu’il accepterait sans tarder.
Son raisonnement était très simple. Devenir le chef du groupe équivalait à obtenir une sorte d’assurance. Il pourrait diriger ses membres et augmenter ses chances de survie.
« Tu as bien choisi. En attendant, tu veux manger quelque chose ? Je vais préparer un bon repas pour aider ton corps à se rétablir. »
« Oh, merci. »
Après cette conversation, nous profitâmes d’un moment de répit ensemble. Même si cela ne dura que cinq minutes, c’était assez pour dissiper notre tension et notre fatigue. Le temps s’écoula ainsi, puis le cercle dans le ciel commença peu à peu à se resserrer.
Quand je m’en assurai, je me levai lentement. Il était temps de repartir.
« Alors, laissez-moi m’occuper de trouver des gens. Vous aurez tous de nombreuses occasions de mettre votre force à l’épreuve. »
Je souris légèrement et pris la tête du groupe. Puis je reliai les marionnettes au pouvoir magique et les envoyai dans toutes les directions. Ces petites marionnettes s’envolèrent, tracèrent des cercles magiques et se mirent à explorer les environs.
Je hochai la tête en voyant le terrain qu’elles cartographiaient apparaître naturellement sur la carte. Nous n’avions qu’à continuer ainsi. Si une marionnette se faisait bloquer en chemin, cela voudrait dire que quelqu’un se trouvait là.
Nous longeâmes ainsi rapidement la périphérie. Il nous fallait recruter autant de personnes que possible. La recherche se déroulait assez efficacement.
Grâce au léger réseau que j’avais créé en mélangeant marionnettes et magie de repérage, puis magie et pouvoir magique, je pouvais vite trouver les gens qui se déplaçaient dans les alentours.
Et parmi eux se trouvaient ceux que nous voulions retrouver. Après avoir fait à peu près le tour, je hochai la tête. Cela avait pris moins de temps que prévu.
Je pensais qu’il nous faudrait encore deux jours, mais tout était terminé en moins d’une journée. C’était probablement parce que le cercle rétrécissait sans arrêt et que la zone de recherche s’était réduite, mais aussi parce que nous avions évité les combats avec les autres.
Je jetai un coup d’œil derrière moi. Nous étions sept en tout, moi compris. Notre petite organisation avait déjà atteint cette taille. Nous avions ratissé la périphérie pour rassembler tout le monde.
Les cinq autres étaient introuvables. Ils avaient probablement déjà été éliminés. Je ne trouvais aucune trace d’eux.
Je claquai légèrement la langue. Je m’y attendais aussi. Je ne pouvais pas m’occuper de tout le monde. Mais il y avait moins de survivants que je ne l’avais imaginé. Cela signifiait que cette compétition était particulièrement féroce.
Je regardai autour de moi. Dans cette zone où il n’y avait absolument personne, seuls les arbres densément serrés dégageaient un puissant pouvoir magique. Comme le cercle n’avait cessé de se rétrécir, il ne restait plus personne dans les parages.
« Et si nous nous reposions ici quelques heures ? Je vais préparer l’endroit. »
Je dis cela à Gunda. Il hocha la tête et donna des instructions aux autres.
Je chargeai de pouvoir magique le bout de mes doigts et contrôlai les marionnettes. À l’intérieur du cercle magique qu’elles avaient créé, les arbres se fendirent, le sol se durcit et un bâtiment s’éleva de terre.
C’était un bâtiment provisoire, dont l’intérieur était pourtant parfaitement aménagé. On ne pouvait rêver meilleur endroit pour se reposer. Les gens commencèrent ainsi à y entrer.
Tandis que je les regardais, Gunda s’approcha de moi. Il se caressa le menton, les yeux brillants.
« Hum, tu connais beaucoup de magies intéressantes. Pour trouver des gens cachés, mais aussi pour construire une maison comme celle-ci. »
J’éclatai d’un petit rire. Puis je secouai doucement la tête et me grattai le crâne.
« C’est le résultat de quelques astuces. Comme je manque de force, je n’ai pas le choix : je dois bien utiliser ce genre de choses. »
Gunda aborda encore plusieurs sujets. C’étaient des histoires très simples. Puis, tandis que nous discutions et qu’il regardait autour de lui, il baissa légèrement la voix.
« Au fait, pourquoi as-tu évité les autres tout à l’heure ? Je pensais que ce serait mieux de les rallier à nous. »
À sa question, je me caressai le menton. Ce n’était pas moi, mais lui, le chef de ce groupe. Je devais donc aussi lui dire franchement ce que je pensais.
« Hum… Je pense que nous sommes déjà assez nombreux. Nous avons parlé de coopérer entre nous, mais il sera difficile de nous faire confiance. Si nous ajoutons encore des gens, ce sera impossible à gérer. Nous avons donc décidé de ne rassembler que des personnes que nous connaissons au moins de vue. »
« Nous, les nouveaux, devons faire de notre mieux ensemble », ajoutai-je avec un petit sourire. « Allez, entrons. »
Sur ces mots, je poussai doucement Gunda dans le dos.
Ces quelques heures de repos seraient sûrement notre dernière pause. Comme nous avions suffisamment parcouru la périphérie, il nous fallait maintenant rejoindre le centre. Là-bas, nous aurions du mal à profiter de ce genre de tranquillité.
À l’intérieur, les autres se détendirent peu à peu. Nous n’avions pas à craindre qu’on nous attaque à proximité. Le bâtiment avait été transformé en une sorte d’atelier. Ses défenses étaient extrêmement bien pensées.
J’entrai moi aussi dans la pièce qui m’était réservée et commençai lentement à dissoudre mon corps dans le pouvoir magique. C’est alors que je sentis une présence. En regardant sur le côté, je vis une vague argentée jaillir du sol.
Elle prit bientôt forme humaine. Celle qui avait l’apparence de Cassian m’envoya ses pensées : quelqu’un avait quitté le bâtiment.
Je dispersai légèrement du pouvoir magique. Je réussis alors à repérer une faible trace d’énergie magique. Cette présence était vraiment discrète. La personne avait franchi très facilement la barrière qui entourait le bâtiment.
Quand j’avais créé cet atelier, j’avais parlé à tout le monde de la barrière qui l’entourait. C’était probablement pour cela qu’elle avait pu bouger aussi naturellement. Je plissai les yeux.
Je ne parvenais pas à savoir clairement de qui il s’agissait. La personne avait recouvert tout son corps de pouvoir magique, et tous ceux qui se trouvaient dans le bâtiment étaient entrés dans leur chambre pour en renforcer la sécurité.
Je ne pouvais pas savoir qui était sorti. Je réfléchis tranquillement, puis hochai la tête.
« Laisse tomber. »
La marionnette de Cassian pencha légèrement la tête. Je m’étais de toute façon attendu à ce que quelque chose comme ça arrive. Quelle loyauté pouvait bien exister dans ce groupe soudé à la va-vite par un simple accord ?
Quelqu’un finirait forcément par chercher une solution plus avantageuse. L’inconnu resta un moment à l’extérieur, puis revint prudemment dans le bâtiment. Cela signifiait probablement qu’il avait envoyé un signal quelque part.
J’ignorais où le pouvoir magique était allé. Je savais seulement qu’il avait franchi la barrière. Je regardai la marionnette de Cassian. Les autres croyaient seulement que ma marionnette avait l’apparence de Cassian.
Mais cette chose pouvait changer librement de forme. C’était aussi pour cela qu’elle pouvait se déplacer à travers le bâtiment lui-même. Et c’était aussi pour cela que j’avais dévoilé la barrière dans ses moindres détails.
Si l’adversaire ne prêtait attention qu’à la barrière, cette chose pouvait détecter ses mouvements comme ça. Grâce à elle, j’avais découvert ce comportement suspect sur-le-champ.
La marionnette de Cassian perdit de nouveau sa forme, se transforma en liquide argenté et s’infiltra dans le bâtiment. Elle comptait apparemment surveiller les lieux encore plus attentivement.
Un traître, hein ? Peu importe. Je n’avais jamais cru que ce groupe tiendrait jusqu’au bout. Si quelqu’un nous trahissait, je n’aurais qu’à m’en servir.
Le seul en qui je pouvais avoir confiance, c’était moi-même. … Non, devais-je inclure Biogan ? Après tout, les épéistes étaient dignes de confiance. En tout cas, il ne serait pas le premier à nous trahir. Cette pensée m’arracha un petit rire.
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