Chapitre 150
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 150
──────
150.
J’avançai lentement dans les airs, insufflant du pouvoir magique dans mes pieds. À mesure que je m’élevais, les nombreux bâtiments alentour se dévoilèrent. Certains étaient assez vastes pour accueillir des centaines de personnes, tandis que d’autres étaient si petits qu’ils ne pouvaient en contenir qu’une ou deux.
Les bâtiments qui flottaient dans les airs adoptaient toutes sortes de formes. Je voyais de nombreuses personnes circuler entre eux, et chacune d’elles était une marionnette de la professeure On.
Mira promena lentement son regard sur les bâtiments. Puis elle avança d’un pas tranquille et sourit légèrement. L’ambiance animée semblait lui plaire.
Tandis qu’elle continuait à regarder autour d’elle, ses yeux se mirent bientôt à briller, comme si elle avait repéré quelque chose. Elle leva les yeux vers moi et tira doucement sur mon bras.
« On va par là ? J’ai l’impression que quelque chose m’appelle. »
Elle hocha légèrement la tête en direction d’un endroit. Je suivis son geste du regard et aperçus un petit étal installé dans un recoin un peu à l’écart. J’aurais passé mon chemin sans même le remarquer si elle ne m’en avait pas parlé.
Elle me tira par le bras et prit la tête. Je la suivis en jetant un coup d’œil à l’étal. À mesure que nous approchions de la petite bâtisse ouverte de tous côtés, je vis un homme chauve d’âge mûr empiler divers objets.
L’homme, qui s’affairait à ranger son étal, nous aperçut et nous adressa un grand sourire en se frottant les mains. Son geste était si naturel qu’il semblait vraiment humain. Difficile de croire qu’il s’agissait d’une marionnette.
« Bienvenue ! Que vous faut-il ? Prenez votre temps et regardez. »
L’homme désigna les objets devant lui des deux mains. Je suivis son geste et examinai les articles étalés là. Ils étaient entassés en désordre, comme s’ils avaient été déposés au hasard.
J’en pris un. C’était un morceau de papier en forme de petit talisman. Le pouvoir magique qui s’en dégageait était bizarre.
Après l’avoir examiné, je le reposai sans un mot. Même en lui insufflant du pouvoir magique, je ne parvenais pas à comprendre à quoi il servait. Je jetai un coup d’œil à l’étal. Les autres objets dégageaient la même énergie étrange.
Je me frottai le menton en silence et les examinai. Certains ressemblaient à des pieux, d’autres à des ornements finement travaillés. Entassés sans lien apparent, ils avaient presque l’air d’antiquités.
Ils avaient pourtant un point commun : leur pouvoir magique. Celui qui émanait de ces objets disparates semblait provenir à la fois d’une bête magique et d’une personne. Comme si toutes sortes de choses avaient été mélangées.
J’examinais les objets quand je clignai des yeux. J’avais repéré parmi eux quelque chose d’étrangement familier. Je tendis prudemment la main et le pris.
Était-ce vraiment ce que je croyais ? À cette pensée, je lui insufflai discrètement du pouvoir magique. Celui-ci s’infiltra dans le petit flacon de verre que je tenais. Puis il toucha la chose rouge sombre à l’intérieur et la stimula légèrement.
Peut-être avait-elle senti mon pouvoir magique, car elle tressaillit. Au même instant, son corps se mit à luire d’une lueur rouge. En voyant cela, je hochai la tête.
Je tripotai doucement le flacon. Aucun doute, c’était bien Frétillant n° 1, la chose qui s’était autrefois infiltrée en Mira et dans la tortue.
Je jetai un coup d’œil à Mira. Elle s’était éloignée et fouillait parmi les objets de l’étal. Ses yeux pétillaient d’un plaisir pur tandis qu’elle se perdait dans ses découvertes.
Comme l’homme chauve derrière son étal, elle avait en elle une naturalité humaine. On pouvait dire que c’était l’une des possibilités offertes par Frétillant n° 1.
Il avait modifié le corps d’une marionnette pour lui donner un aspect plus humain. Lorsque j’avais réussi la première épreuve, la professeure On me l’avait offert en récompense spéciale. Tiena m’en avait aussi donné un en avance sur le paiement d’une requête.
C’étaient les deux seuls exemplaires que j’avais reçus. Par la suite, j’avais essayé plusieurs fois d’en obtenir d’autres, curieux de connaître sa composition, mais j’avais échoué. Même en réussissant d’autres épreuves, les récompenses que je recevais n’étaient pas aussi intéressantes.
Bien sûr, elles avaient tout de même une valeur considérable. Malgré tout, je n’avais jamais cessé d’espérer en retrouver un jour. Je n’aurais pourtant jamais cru en dénicher à nouveau dans ce petit étal.
« Combien coûte celui-ci ? »
Je m’adressai à l’homme chauve. Il enfila une paire de lunettes et observa Frétillant n° 1 dans ma main. Puis il sourit légèrement et se frotta les mains.
« Ah, Frétillant n° 1. Un bel objet. Il coûte 30 pièces. »
À ces mots, je commençai à sortir mon insecte miroir, puis m’arrêtai. Je regardai l’homme chauve. Il soutint simplement mon regard avec le même sourire.
« Des pièces… Vous dites ? Vous n’acceptez pas les points ? »
L’homme chauve secoua légèrement la tête. Devant son refus catégorique, je fronçai les sourcils. Il n’acceptait pas les points ? Je ne m’y attendais pas du tout.
« C’est sans doute votre première visite. J’ai entendu dire que, dans le monde extérieur, on utilisait une monnaie appelée points. Mais elle n’a aucune valeur pour nous, voyez-vous. Nous n’acceptons que ceci. »
L’homme tira une pièce d’or de ses vêtements. Un pur pouvoir magique la parcourait, dessinant les traits du visage de la professeure On gravé sur sa surface.
Ce pouvoir magique se servait du visage de la professeure On comme d’un circuit pour tracer un cercle magique complexe. L’homme chauve l’avala avec soin. Au même instant, le pouvoir magique qui circulait dans son corps se renforça. Il affichait un air satisfait.
« C’est notre monnaie et notre pouvoir magique. Madame Tiena l’a fabriquée. Pendant cette assemblée générale, vous autres mages de l’extérieur devrez aussi respecter nos règles. Ici, seules ces pièces ont de la valeur. »
L’homme chauve eut un large sourire. Je croisai les bras face à lui. Ils n’avaient pas besoin de points. Alors, où étais-je censé trouver ces pièces ? Tandis que je me posais la question, l’homme me dévisagea et leva légèrement la main.
Il désigna les différentes plateformes en contrebas. L’endroit d’où émanait ce pouvoir magique étrange qui obstruait fortement mon champ de vision. La marionnette sourit légèrement et leva l’index.
« Vous aurez vous aussi l’occasion de gagner des pièces. Après tout, c’est un festival ! De nombreuses activités que nous avons préparées auront lieu là-bas. En y participant, vous pourrez facilement acheter des objets comme celui-ci. »
« Des activités, dites-vous. »
Je marmonnai ces mots et hochai la tête. Pas étonnant qu’ils aient si bien dissimulé ces lieux. La compétition à laquelle j’allais participer devait elle aussi se dérouler dans l’un d’eux. Ce devait être l’une des activités prévues pour le festival.
À cet instant, je sentis quelqu’un me décroiser doucement les bras. La caresse de cette main douce s’accompagna d’un léger parfum de rose qui me frôla les narines.
Quand je baissai les yeux, je vis Mira glisser doucement son bras sous le mien. Elle tapota ma poitrine, puis croisa mon regard et sourit des yeux.
Elle avait fini de regarder autour d’elle. Je jetai un coup d’œil à sa main. Elle tenait un objet que je n’avais jamais vu. Elle le secoua légèrement.
« Hé hé, c’est celui que je préfère. Je crois que c’est lui qui m’a attirée ici. »
C’était une petite broche ornée d’une gemme rouge. Le pouvoir magique qui ondulait à l’intérieur de la pierre me rappelait celui que renfermait son corps.
« Je peux essayer de la porter ? »
Mira se tourna vers l’homme chauve et lui adressa un sourire malicieux. Il rougit légèrement et se racla la gorge. Quand il acquiesça en précisant qu’elle pouvait l’essayer une seule fois, Mira l’épingla sur sa poitrine.
Au même instant, la gemme de la broche se mit à onduler. Son pouvoir magique s’écoula comme s’il était vivant et, bientôt, la broche elle-même devint rouge. Puis elle s’enfonça tout droit dans la poitrine de Mira.
La broche disparut sans laisser la moindre trace. Mira posa une main sur l’endroit désormais vide et sourit doucement. Puis elle ferma les yeux et laissa s’échapper un peu de brume du bout des doigts.
« Oh là là, quel enfant intéressant. Je ne pensais pas qu’il tenterait de prendre possession de mon corps dès le départ. Hé hé, un garnement pareil mérite une punition, tu ne crois pas ? »
Elle dispersa la brume dans son propre corps. Alors, un pouvoir magique rouge jaillit de l’intérieur. Il se tordit comme s’il criait, reprit la forme de la broche et se posa sur sa poitrine.
« Comme tu es mignon. Si tu m’obéis comme ça, je ne te gronderai plus. Bien, montre-moi un peu de quoi tu es capable. »
Elle caressa doucement la gemme de la broche. Celle-ci ondula sous l’effet du pouvoir magique rouge. Avec plus de précaution que tout à l’heure, il s’infiltra dans son corps.
Mira se contenta de rire légèrement et libéra davantage de brume. Celle-ci s’épaissit et sa silhouette commença peu à peu à se brouiller. Puis j’entendis un petit craquement au milieu du brouillard.
Bientôt, la brume se dissipa et Mira réapparut. En la voyant, je ne pus que cligner des yeux. Elle avait pris l’apparence d’une petite fille.
Son corps avait considérablement rétréci. Et ce n’était pas la seule chose qui avait changé. Mes yeux s’écarquillèrent à la vue de ses magnifiques cheveux dorés qui brillaient sur sa tête.
Elle s’était transformée en professeure Irian. Elle tourna légèrement sur elle-même, puis me sourit des yeux. Ce sourire séducteur ne convenait pas du tout à la professeure.
« Alors, qu’en dis-tu ? Je ressemble à la professeure ? »
Je hochai la tête, abasourdi. Puis je l’examinai de la tête aux pieds. Peu importe à quel point mes marionnettes ressemblaient à la professeure, je n’avais jamais réussi à la reproduire parfaitement.
Mais la forme que Mira avait prise ne présentait pas la moindre différence avec celle de la professeure. À part son pouvoir magique et son aura, elle était identique en tout point. Mira posa une main sur sa poitrine et sourit, satisfaite.
« Hmm, on dirait que le pouvoir de transformation de cet enfant est particulièrement compatible avec mon corps. »
« C’est vraiment incroyable. Les autres marionnettes s’adaptent mal à cette transformation, voyez-vous. Cette broche permet à nos corps de marionnettes de prendre la forme qu’ils désirent. Si la cible est quelqu’un que vous avez déjà vu, ne serait-ce qu’une fois, elle peut lui voler son corps. »
L’homme chauve sourit largement et se frotta les mains. Mira hocha légèrement la tête, puis s’enveloppa de nouveau de brume. À l’intérieur, elle prit plusieurs formes. Elle se transforma en Cassian, puis en moi.
La transformation était incroyablement fluide. Avec mon visage, elle m’adressa un sourire malicieux et commença à se toucher le corps.
Non, il serait plus juste de dire mon corps. En voyant ça, j’esquissai un sourire amer. Puis je regardai l’homme chauve.
« L’Akur a peut-être servi de matériau pour la fabriquer ? »
« Oh, vous êtes au courant. Madame Tiena a un jour obtenu son cœur, et cet objet a été fabriqué à partir d’un fragment de celui-ci. Vous pouvez l’acheter pour 100 pièces ! »
Je hochai silencieusement la tête. Mira avait dit qu’elle s’était sentie attirée par la broche, et je crois que je comprenais pourquoi. Je la regardai continuer à se transformer.
En la voyant faire, je me rappelai qu’elle avait déjà montré ce genre de transformation lorsqu’elle avait habité ce corps pour la première fois. Ce pouvoir résidait dans ce corps, et provenait de la colonne vertébrale de la bête magique Akur qu’il contenait.
« Hé hé, c’est amusant, mais je suis quand même plus à l’aise sous ma forme d’origine. »
Mira marmonna ces mots et reprit sa forme initiale. Je me léchai les lèvres en silence. Avec cet objet, elle pourrait maîtriser encore mieux ce pouvoir. Cela me donnait terriblement envie de l’avoir, moi aussi.
Bien sûr, je ne pouvais pas l’acheter pour le moment. Je secouai légèrement la tête. Sans la moindre pièce, c’était comme une pierre précieuse dans un tableau. Il fallait donc que je gagne des pièces.
Mira posa de nouveau une main sur sa poitrine et agita sa brume. Guidée par celle-ci, la broche reprit entièrement forme. Elle glissa son bras sous le mien et la reposa sur l’étal.
Elle baissa les yeux vers la broche et plissa légèrement les paupières. Je distinguai un soupçon de regret dans son regard. Elle leva les yeux vers moi et sourit doucement.
« Quel enfant intéressant. C’est dommage que je doive le laisser ici. »
« Si je réunis assez de pièces, je te l’achèterai tout de suite. »
« Hé hé, tu le penses vraiment ? Je te fais confiance et je vais attendre. »
Mira posa doucement la tête contre moi. Je hochai silencieusement la tête. Si elle désirait quelque chose, je devais le lui offrir.
Je lui devais beaucoup, moi aussi. Je baissai les yeux vers la broche. Et je devais admettre que l’objet m’intéressait également.
Au fait, la broche et ces pièces avaient toutes été fabriquées par Tiena, c’est bien ça ? Je l’ignorais, mais il semblait qu’elle avait un talent exceptionnel pour la transformation des matériaux. Qui aurait cru qu’elle pouvait enfermer tout ce pouvoir de transformation dans une petite broche ?
Surtout, un objet comme celui-là coûtait 100 pièces. Je me frottai le menton. La colonne vertébrale de l’Akur, celle qui se trouvait dans le corps de Mira, m’avait coûté près de plusieurs millions de points. Je l’avais obtenue à la maison de vente aux enchères en échange d’un contrat.
Je ne m’attendais pas à trouver ici quelque chose de semblable. Bien sûr, ce n’était qu’un fragment. Malgré tout, cela me donnait une vague idée de la valeur des pièces.
Je continuai ainsi à examiner les objets de l’étal. Et lorsque j’eus évalué la valeur de chacun, je fus plutôt surpris. Il y en avait même plusieurs qui valaient davantage que la broche.
Je compris soudain ce que Mauro avait voulu dire en me confiant sa requête. En plus de celle-ci, il m’avait expliqué qu’en remportant la compétition, je pourrais obtenir de nombreux produits dérivés.
Il devait parler de ces objets. Je pourrais acheter quantité de souvenirs de ce genre avec des pièces. Je hochai silencieusement la tête. J’avais une raison de plus de gagner à tout prix.
« Hé hé, allons voir l’endroit suivant. Même si on ne peut rien acheter, c’est amusant de se promener comme ça. Je suis sûre qu’il y aura plein d’autres choses curieuses ailleurs. »
Mira sourit doucement et me tapota la poitrine. Après avoir brièvement salué l’homme chauve, nous repartîmes.
Elle se dirigea ensuite vers un bâtiment en forme de rouleau géant. À l’intérieur, des livres étaient empilés partout. Mais contrairement à l’étal où nous étions passés, on n’y vendait pas d’objets étranges.
Cette librairie vendait plutôt une sorte de savoir. Des ouvrages écrits par la professeure On et de nombreux livres de magie sur la marionnettique, datant d’autrefois, y étaient soigneusement disposés.
Chacun d’eux renfermait un savoir d’une grande valeur. Les prix étaient donc sans doute tout aussi exorbitants. Nous nous contentâmes de regarder avant de repartir.
L’endroit suivant, puis celui d’après, étaient pareils. Avions-nous déjà visité environ la moitié des bâtiments ? Mira affichait un air légèrement satisfait. Elle semblait en avoir vu assez.
Je jetai discrètement un coup d’œil autour de moi. Je me demandais s’il y avait un endroit où l’on acceptait les points, mais tous ne voulaient que des pièces. Les points n’avaient aucune valeur ici.
Une fois encore, je compris que cet endroit formait un monde à part. Un monde où seules les marionnettes existaient et où seules les choses utiles aux marionnettes avaient un sens.
On pouvait dire que cette tour était un monde que la professeure On avait créé pour les marionnettes seules. Combien de temps avait-elle passé à façonner un tel espace ? Je n’en savais rien. Je ne pouvais que supposer qu’il lui avait fallu facilement des milliers d’années.
« Hé hé, et si on se reposait un peu ? »
Mira me guida vers une vaste étendue de terrain flottant dans les airs. Aménagée comme un parc, elle semblait servir de lieu de repos. Une fois sur place, je jetai un regard en contrebas.
De nombreux mages se déplaçaient au sol. Ils ne prêtaient guère attention aux bâtiments suspendus dans les airs, comme s’ils savaient qu’il n’était pas nécessaire de les examiner pour le moment.
Je me grattai discrètement la tête. Je comprenais mieux pourquoi Koite avait affiché un sourire malicieux en partant. Il devait savoir que les pièces étaient indispensables. Voilà pourquoi il ne s’était pas donné la peine de monter. Sans pièces, inutile de visiter les lieux.
Cette assemblée générale devait se tenir régulièrement, alors tous ceux qui y avaient déjà participé devaient le savoir. Avec un sourire amer, je me dirigeai vers la table au centre du parc.
Puis je m’adossai à l’énorme table et observai les gens qui flottaient dans les airs. Les seuls à l’ignorer étaient probablement ceux qui visitaient les lieux pour la première fois, comme moi. Des gens comme eux.
Eux aussi examinaient les étals, l’air plutôt morose. La plupart des visages m’étaient familiers. La plupart avaient assisté à ce cours.
Bien sûr, quelques autres personnes flottaient également là-haut. C’étaient sans doute des membres qui avaient rejoint l’association au cours des vingt années séparant les assemblées générales. Des gens qui avaient suivi les cours de la professeure On avant nous.
Après avoir regardé autour d’eux, ils se dirigèrent vers l’endroit où je me trouvais. Leurs mouvements étaient très naturels. Le parc flottait au centre des bâtiments, après tout.
Une fois dans le parc, ils nous rejoignirent bientôt à la table. Je croisai leur regard, puis inclinai légèrement la tête pour les saluer. Ils prirent eux aussi place l’un après l’autre et s’installèrent à leur aise.
En parcourant leurs visages du regard, je hochai légèrement la tête. Tous les participants au cours étaient réunis. Je ressentais une certaine camaraderie envers eux. Nous n’étions évidemment pas si proches. Nous avions simplement échangé nos noms.
« Hum, vous participez tous à la compétition, vous aussi ? »
Alors que nous nous reposions en silence, l’un des membres du groupe prit la parole. En regardant dans sa direction, je vis Gunda, un homme vêtu d’une armure épaisse.
Des circuits complexes parcouraient cette armure, imprégnés d’un pouvoir magique très net. J’avais du mal à en saisir les détails.
S’il posait cette question, c’était qu’il participait lui aussi à la compétition. Cette armure était-elle la marionnette qu’il comptait utiliser ? À cette pensée, je hochai franchement la tête.
Les autres en firent autant. On aurait dit que les douze allaient participer à la compétition. Je jetai un coup d’œil à Gunda, qui avait parlé le premier. Parmi eux, c’était celui dont je devais le plus me méfier. Aucun mage ici n’était plus fort que lui.
C’était un mage du quatrième étage. S’il suivait le cours de marionnettique avec nous, c’était parce qu’il ne manipulait ce talent que depuis peu. Au début, il avait paru un peu maladroit.
Mais il avait progressé rapidement pendant le cours. Il appartenait également au groupe de la femme hostile à Mauro. Il me jeta un regard et esquissa un sourire gêné. Il ne s’était visiblement pas encore habitué à l’ambiance de cette association.
Je m’inclinai légèrement à mon tour, puis regardai quelqu’un d’autre. C’était un homme qui portait une épée à la taille. Les traits acérés, il se tenait silencieusement, les yeux fermés.
C’était un autre homme que je devais surveiller. C’était le seul participant au cours à avoir réussi toutes les épreuves de la professeure On. Il s’appelait Biogan, non ? Comme il parlait si peu, je n’en étais même pas sûr.
Sentant peut-être mon regard, il ouvrit lentement les yeux et croisa les miens. Son regard calme s’enfonça dans le mien sans un bruit. Il avait quelque chose d’une lame.
Je lui adressai un sourire discret et inclinai la tête. Il referma tranquillement les yeux. Je me grattai légèrement la tête. Était-ce parce qu’il venait de la Cité du Canyon ? Il avait une présence aussi tranchante que celle de ces épéistes.
Nous nous mîmes à discuter. Nous parlâmes de l’assemblée générale et de la compétition. Mais puisque tout le monde y participait pour la première fois, personne n’avait d’histoire utile à raconter. La conversation se poursuivit sans rien apporter de bien concret.
« Au fait… »
Gunda, qui s’apprêtait à parler, se tut brusquement. Quelqu’un approchait. Une vague de pouvoir magique montait du sol.
Cette masse de pouvoir magique ne provenait pas d’une ou deux personnes. Plusieurs individus semblaient monter en même temps. Un groupe de mages pénétra ainsi dans le parc.
Je les observai. Ils venaient peut-être de villes différentes, car leurs vêtements variaient beaucoup. Leur pouvoir magique était plus puissant que le mien, mais il dégageait tout de même une impression assez proche. Il s’agissait clairement de mages du quatrième étage ou d’un étage inférieur.
« Ha ha, tous les nouveaux sont réunis ici, à ce que je vois. Je vous cherchais en bas et j’ai fini par monter jusqu’ici. Enchanté de vous rencontrer. »
Le jeune homme en tête du groupe sourit largement et nous fit signe de la main. Gunda claqua légèrement la langue en le voyant, puis inclina la tête.
« Vous voilà, Miorang. »
Le jeune homme accepta naturellement le salut et hocha la tête. Comme Gunda, il portait une marionnette semblable à une armure. Ils devaient appartenir à la même organisation. Leur hiérarchie semblait plus stricte que je ne l’avais imaginé.
« Allez-y, présentez-vous. Tous ceux qui sont réunis ici participent à cette compétition. Disons que vous êtes des rivaux amicaux, qui se battent pour le même objectif. Ha ha ! »
Le jeune homme appelé Miorang rit chaleureusement. Je comptai rapidement les gens derrière lui. En nous incluant, il y en avait une centaine environ.
Je me frottai légèrement le menton. J’avais entendu dire que certains participaient plusieurs fois à cette compétition, mais j’ignorais qu’ils seraient aussi nombreux. Je commençais à me dire que les choses n’iraient peut-être pas aussi facilement que je l’avais prévu.
« Hmm, je me demande si tout le monde suit bien les cours de la professeure On. J’aimerais bien y assister encore une fois. Bien sûr, cette occasion est déjà passée pour moi, alors profitez-en au maximum. Enfin… en voyant ici quelques marionnettes qui tiennent la route, je suppose que je n’ai pas à m’inquiéter. »
Le regard de Miorang effleura nos marionnettes. Il s’arrêta bientôt sur Mira. Après l’avoir observée un instant, il sourit des yeux.
« Il y a même une marionnette que notre chef d’association admire. Comment avez-vous réussi à en posséder une pareille ? Je vous envie vraiment. »
Mira rit doucement et posa la tête contre moi. Je me raclai discrètement la gorge et claquai la langue. Hmm, je ne pensais pas attirer autant l’attention. Ma rancune envers Mauro remonta d’un cran.
« Bien, parlons de la compétition. Je ne sais pas encore à quoi elle ressemblera, mais ne serait-il pas bon que tout le monde apprenne à se connaître ? Nous sommes tous marionnettistes et membres de la même association ! »
Miorang sourit largement et commença à mener la conversation avec naturel. Je lui rendis son sourire et hochai la tête.
Malgré tout, je continuai à nourrir mes soupçons à son égard. Ce type avait l’air particulièrement louche. Comment dire ? On aurait dit que je me regardais dans un miroir. Il avait l’air de mijoter quelque chose.
Je voyais son regard et son pouvoir magique balayer discrètement nos marionnettes. Je claquai doucement la langue. Se lier d’amitié, tu parles. Il était manifestement venu pour repérer les marionnettes que nous manipulions. Il serait ainsi plus facile de nous affronter.
Enfin, rien ne m’obligeait à refuser. Je jetai un coup d’œil à Mira. Ils penseraient que j’allais l’amener à la compétition. Si je pouvais en échange en apprendre davantage sur leurs marionnettes, cela m’arrangeait.
Je n’avais donc aucune raison de rejeter la proposition de Miorang. Et puis, la situation avait quelque chose d’étrange. C’était la première fois que je me retrouvais entouré d’autant de marionnettistes de mon niveau.
Bien sûr, peu d’entre eux étaient au même deuxième étage que moi. La plupart semblaient se trouver à l’orée du quatrième. Je touchai légèrement mes vêtements. En affrontant des gens comme eux, je pourrais mieux comprendre mes limites.
Je continuai ainsi à échanger des informations avec eux. Peut-être parce qu’elle attirait l’attention, Mira suscita beaucoup d’intérêt. Je souris et leur en racontai volontiers. Mira se contenta d’observer la scène, amusée.
Soudain, son regard se tourna d’un côté. Elle me tapota le bras, puis me désigna un endroit.
« Par là. Quelqu’un d’intéressant est en train de monter. »
Je regardai dans la direction qu’elle indiquait et vis quelqu’un s’élever vers le parc. Son pouvoir magique furtif était extrêmement étrange. Si Mira ne m’en avait pas averti, je n’aurais probablement pas remarqué son approche aussi facilement.
Dès que je perçus ce pouvoir magique, je sentis la forte puanteur de sang qu’il renfermait. Au début, ce n’était qu’une légère odeur, mais plus il approchait, plus elle devenait forte.
Lorsqu’il monta dans le parc et relâcha ce pouvoir magique, l’odeur se répandit avec assez de force pour envahir les environs. Il la révélait délibérément. Les conversations s’interrompirent et tout le monde tourna les yeux vers lui.
« Vous vous êtes tous réunis ici sans moi. Et moi qui me retrouve exclu… Je me sens vraiment seul. »
La première chose que je remarquai fut ses yeux plissés, entre lesquels luisait une faible lueur bleue. Il avait la taille d’un petit garçon. Avec son sourire malicieux de garnement, il s’approcha lentement de la table.
La puanteur de sang qui imprégnait les lieux émanait de la marionnette à ses côtés. Miorang lui sourit légèrement et ouvrit les bras.
« Exclu ? Vous vous méprenez. Nous n’avons simplement pas osé parler à Ugo, le précédent vainqueur. »
Miorang répondit avec un grand sourire. Mais derrière son visage souriant, je distinguais une vive méfiance.
« Oh, voyons. Vous avez beau être pitoyables, vous croyez que je vais même vous ignorer ? Je dois en apprendre davantage sur vous pour mieux savourer le moment où je vous piétinerai à mort. »
Le garçon nommé Ugo sourit de toutes ses dents. Le précédent vainqueur… Il parlait sûrement de l’assemblée générale d’il y a vingt ans. Je comprenais parfaitement pourquoi Miorang se méfiait de lui. C’était forcément à cause de la marionnette qui l’accompagnait.
Ugo balaya les marionnettistes du regard. Les autres croisèrent ses yeux et eurent l’air mal à l’aise. Quand son regard passa sur nous, il s’arrêta bientôt sur Mira.
« Si je suis venu, c’est à cause de cette marionnette. Le chef de notre association m’a dit de ne pas oublier d’écraser celle du nouveau. »
Sur ces mots, il s’approcha de moi. Ses yeux, qui examinaient Mira, étaient dissimulés derrière ses paupières étroites. Je claquai légèrement la langue. D’ordinaire, je lisais les émotions des gens dans leurs yeux.
C’était même l’un de mes points forts. Mais face à ces yeux plissés, impossible de le déchiffrer. Il fixa Mira et sourit largement.
« Hmm, elle ferait même une excellente compagne pour mon maître. On dirait qu’elle serait délicieuse à déchiqueter et à tuer. J’ai vraiment hâte de voir la tête du nouveau quand je briserai cette marionnette ! »
Briser une marionnette ? Quelle horreur. Je fronçai légèrement les sourcils. N’avait-il aucune considération pour les autres marionnettistes ? Pourtant, les autres ne réagirent presque pas. Comme si c’était normal.
Je regardai la marionnette à ses côtés. Elle avait l’apparence d’une femme et était d’une beauté remarquable. Elle aussi dégageait une aura humaine.
Mais son visage était profondément marqué par la douleur et la trahison, comme si l’expression exacte de cet instant avait été figée. La puanteur de sang qui se dégageait d’elle ressemblait à celle que j’avais sentie plus tôt émaner du grand chef d’association, Gaon.
Cela signifiait qu’elle aussi était faite à partir du corps d’une personne. Était-ce une spécialité de leur association ? Plus important, on lui avait demandé d’écraser ma marionnette. L’hostilité envers Mauro avait donc fini par me retomber dessus.
Sentant peut-être mon regard, Ugo afficha un sourire mauvais. Puis il fit asseoir la marionnette et lui caressa doucement le visage.
« Elle n’est pas magnifique ? C’est mon maître. Vous n’imaginez pas les efforts que j’ai dû faire pour obtenir son cadavre. J’étais tellement heureux quand je l’ai poignardée dans le dos, alors qu’elle était droguée aux aphrodisiaques et au poison. Ce visage empreint de trahison, cette expression qu’elle avait à ce moment-là… J’ai travaillé si dur pour les recréer. »
Il sourit avec éclat, puis serra dans ses bras la marionnette assise devant lui.
« Mon puissant maître est devenu ma marionnette et ne m’offre plus son amour qu’à moi. Comment pourrais-je ne pas être heureux ? Voilà pourquoi je ne peux pas m’arrêter d’en fabriquer. »
Je regardai autour de moi. Ces paroles ne suscitèrent pas davantage de réactions chez les autres. Il devait souvent se vanter ainsi de sa marionnette. Mira sourit doucement et s’appuya contre moi.
« Hé hé, quel personnage intéressant. Il a tellement de personnalité. »
Elle fixa la marionnette. Je la regardai aussi et haussai les épaules. Eh bien… Il devait avoir ses raisons de lui donner un visage aussi bizarre. Chacun ses goûts, après tout.
Quand cette marionnette avait-elle été fabriquée ? L’université avait mis en place des mesures de sécurité élémentaires. Il avait donc probablement transformé ce cadavre en marionnette avant d’y entrer.
On pouvait aussi dire que cela convenait à un marionnettiste. Les humains étaient les matériaux les plus adaptés pour fabriquer des marionnettes, après tout. Et plus un mage était puissant, plus son corps avait de valeur comme matériau.
Mais tout de même, poignarder son propre maître à mort pour fabriquer une marionnette pareille… Je hochai silencieusement la tête. C’était vraiment digne d’un mage. La trahison faisait partie de leur nature, après tout.
Une fois encore, je constatai clairement la différence entre leur association et la nôtre. Au moins, les marionnettistes de notre association ne dégageaient pas cette impression de mages. Enfin, c’était peut-être pour cela que nous avions si peu de membres. Cette pensée me traversa l’esprit.
La marionnette-cadavre avait l’air extrêmement puissante. Même si elle n’égalait pas Mira, elle dominait les marionnettes des gens autour de nous comme un drake parmi les vouivres. C’était sans doute elle qui lui avait permis de remporter la compétition la dernière fois.
Ugo me sourit de toutes ses dents. Je laissai tranquillement son regard glisser sur moi. Inutile de poursuivre la conversation dans ces conditions. Je fermai les yeux sans un mot.
Il prit bientôt un air boudeur et s’approcha des autres. Il leur lança lui aussi diverses insultes et s’amusa de leurs réactions. Après avoir tourné ainsi parmi eux, il sembla se désintéresser de la situation et redescendit au sol.
Quand je m’en fus assuré, je souris légèrement et me levai. Puisque l’hostile était parti, le moment était venu de reprendre ma collecte d’informations. Même les renseignements les plus simples pourraient m’être utiles d’une façon ou d’une autre.
Le temps passa ainsi. Entre-temps, la discussion semblait s’être achevée, car la porte du château où les chefs d’association étaient entrés commença lentement à s’ouvrir. Les chefs d’association apparurent alors à l’intérieur.
Je sentis leur pouvoir magique s’élever légèrement. Ils appelaient clairement les membres de leurs associations respectives. Ceux qui le remarquèrent cessèrent de parler et se levèrent d’un bond.
Les gens commencèrent peu à peu à quitter le parc. Dans leur sillage, Mira me caressa doucement la poitrine. Quand je croisai son regard, elle me sourit des yeux.
« Hé hé, il s’appelait Ugo, c’est ça ? Sa marionnette dégageait un parfum incroyablement doux. Ça veut sûrement dire qu’elle renferme de nombreux talents. Il te faudra mon aide pour l’affronter, non ? »
Je secouai doucement la tête et caressai mes vêtements. La marionnette à l’intérieur était loin d’égaler celle-là. Affronter cette puissance serait donc forcément difficile. Mais c’était précisément pour cela qu’elle avait de la valeur.
Si je parvenais à la vaincre, je gagnerais certainement confiance en moi. On pouvait dire que ce serait l’épreuve de ma valeur. Je n’avais donc pas besoin de l’aide de Mira.
« Ça ira. Allons-y, nous aussi. »
Sur ces mots, je me levai. Je voyais les membres de notre association se rassembler peu à peu auprès de Mauro. Mira me prit doucement le bras et hocha la tête.
Lorsque nous nous retrouvâmes devant Mauro, il m’adressa un sourire légèrement embarrassé. Je clignai des yeux. Qu’était-il arrivé dans le château ? En se caressant la barbe, il prit doucement la parole.
« Hmm… Cette compétition risque d’être un peu dangereuse. Tu pourrais mourir. Alors, sois prudent. »
« Oh là là, tu es vraiment sûr de ne pas avoir besoin de mon aide ? »
Mira murmura ces mots. Je me grattai la tête. Euh… Hmm, même si c’était une épreuve de ma valeur, est-ce que ça valait vraiment de prendre autant de risques ? Apprendre que je risquais de mourir me fit hésiter un peu.
---
Rejoignez notre Discord <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>