Chapitre 148
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 148
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148.
Je regardai autour de moi. La première chose qui attira mon attention fut le pouvoir magique, calme et stable, qui s’écoulait silencieusement dans l’espace. Son courant passait entre les marionnettes et faisait légèrement osciller leurs corps.
Je soulevai la tasse de thé posée devant moi et fermai doucement les yeux. Je me faisais cette réflexion chaque fois que je venais ici, mais cet endroit ne changeait vraiment jamais. Cette impression que seules des marionnettes existaient dans ce silence paisible m’était devenue tout à fait familière.
J’étais venu plusieurs fois au fil des ans, mais, à part quelques changements parmi les marionnettes exposées, l’endroit m’offrait toujours le même spectacle. Même dans plusieurs décennies, j’avais l’impression qu’il serait exactement pareil.
Cette impression d’immobilité semblait refléter la nature de son propriétaire. Je tendis légèrement la main et laissai mon pouvoir magique s’écouler. Une petite marionnette le suivit jusque dans ma paume.
C’était une marionnette de bois dépourvue du moindre ornement. Mon pouvoir magique circulait doucement en elle. Son circuit intérieur était d’une simplicité presque absurde. Et pourtant, il était beau.
Je hochai doucement la tête. Cette structure efficace me paraissait toujours aussi novatrice. Devais-je dire que j’en percevais d’autant mieux la profondeur que je la comprenais ? Je fis un léger mouvement du poignet et reposai la marionnette à sa place.
Cette efficacité ne reposait pas sur une seule structure. Chaque marionnette suspendue ici l’exprimait à sa manière.
C’était bien du Mauro, sans doute. Ses marionnettes étaient vraiment fascinantes. Je jetai un coup d’œil dans sa direction. Le pouvoir magique qui ondulait autour de son corps tandis qu’il se caressait la barbe ressemblait beaucoup à celui, calme, qui circulait dans les lieux.
C’était aussi la preuve que cette boutique lui appartenait. Hum, une boutique… En le regardant siroter son thé, je me frottai un instant le menton. Une question venait de me traverser l’esprit.
La boutique de Mauro était incroyablement silencieuse. Et si elle était si calme, c’était aussi parce qu’elle n’avait pas de clients. Dans ce cas, faisait-elle vraiment de l’argent ?
Cette rue des Marionnettes regorgeait de boutiques en tout genre. Quand je venais, il m’arrivait de voir des gens entrer dans les autres.
Chacune avait sa clientèle d’habitués. Les marionnettes qu’on y fabriquait étaient très spécialisées. Chacune avait une fonction bien précise.
Mais les marionnettes de Mauro n’avaient rien d’autre que leur efficacité. Bien sûr, elle était remarquable, mais seuls des marionnettistes comme nous pouvaient en comprendre pleinement la valeur.
C’était pourquoi sa boutique baignait toujours dans le silence. Pourtant, Mauro était parfaitement détendu. Peut-être que vendre ses marionnettes ne lui importait pas beaucoup.
Peut-être ne gardait-il cet endroit que pour représenter l’association. Je hochai doucement la tête. Mes pensées dérivèrent ensuite vers la boutique. Si j’en ouvrais une dans cette ville, quelle sorte de commerce pourrais-je tenir ?
Je croisai les bras et me tapotai légèrement l’un d’eux du doigt. Puisque nous étions dans la rue des Marionnettes, je vendrais probablement des marionnettes, moi aussi. Je ne pouvais vendre que ça.
Et parmi elles, celle que j’étais le plus sûr de pouvoir vendre était le scarabée miroir. Sa fonction de communication serait incroyablement pratique pour les mages.
En ce sens, le scarabée miroir était l’objet le plus efficace et le plus novateur. Bien sûr, il était impossible de le vendre.
Je claquai doucement la langue. À peine eus-je envisagé de vendre des scarabées miroir que le texte du contrat gravé sur mon poignet vibra légèrement. C’était le contrat qui me liait à Miryeong et Myra. Tant qu’il existerait, je ne pourrais pas diffuser ces scarabées miroir.
Elles ne voulaient pas que ce moyen de communication se répande dans toute l’université. Elles voulaient être les seules à s’en servir. Je ne pouvais pas refuser ce contrat.
Depuis que je l’avais conclu, je m’étais parfois rendu à la Compagnie commerciale générale Arcana pour vérifier où étaient passés les scarabées miroir que je lui avais remis. Après tout, ils m’appartenaient toujours.
D’après Hwaryeong, ils étaient désormais envoyés au-delà de cette ville, vers d’autres cités. Le réseau clandestin que Myra avait mis sur pied s’étendait ainsi toujours davantage vers l’université.
J’aurais pu obtenir ce résultat, moi aussi. Mais elles me l’avaient arraché. Je grimaçai et posai une main sur ma poitrine. Je sentis l’arbre en moi émettre la même volonté que la mienne.
C’était une forme de rancune. À la bienveillance, la bienveillance ; à l’hostilité, l’hostilité. Depuis avant même mon entrée à l’université, j’avais toujours pensé qu’il fallait rendre au centuple quand on se vengeait.
Mais j’étais encore terriblement loin de pouvoir les atteindre. Elles étaient immenses, et moi, terriblement faible.
Malgré tout, il y avait des choses que seuls les faibles pouvaient faire. Attendre en silence, tout simplement. Si je patientais ainsi, elles finiraient un jour par baisser leur garde. Le moment venu, je devrais m’engouffrer dans la brèche avec toute la ténacité dont j’étais capable.
Je me frottai légèrement le menton. Mes pensées s’étaient égarées. Ne réfléchissais-je pas à une affaire, tout à l’heure ? Quoi qu’il en soit, vendre un réseau de communication grâce aux scarabées miroir était impossible.
Alors, en laissant cette idée de côté, à quoi pouvaient servir mes marionnettes ? Je réfléchis à ce qui les distinguait de celles des autres marionnettistes.
Leur particularité sautait tout de suite aux yeux. Des fragments de mon arbre et de mon âme se mêlaient à l’intérieur, leur donnant une conscience propre.
Grâce à cela, contrairement aux autres marionnettes, elles pouvaient fonctionner presque indéfiniment, même hors de ma portée. Seule la communication m’était interdite. Rien ne m’empêchait de diffuser les marionnettes elles-mêmes.
Et si j’en répandais dans toute la ville ? Si elles restaient auprès des gens et se chargeaient de toutes leurs corvées, tout le monde serait satisfait. Comme les étudiants de la tour.
Oui, j’allais faire entrer le monde dans une nouvelle ère, où chacun aurait sa marionnette. J’affichai un sourire satisfait, puis haussai les épaules. Au bout du compte, tout ce que j’imaginais n’était que pure fantaisie.
« À quoi pensez-vous donc avec tant de bonheur ? J’aimerais bien le savoir, moi aussi. »
Mira me posa la question en s’appuyant légèrement contre moi. Je secouai doucement la tête.
« Je me laissais aller à quelques rêveries. J’imaginais ce qui se passerait si j’avais une boutique comme celle-ci. »
Mira porta la main à sa bouche et sourit doucement. Pourtant, si je réfléchissais autant à cette ville, ce n’était pas sans raison. Je sentis une légère ondulation sous la main posée sur ma poitrine.
C’était la sensation du territoire de l’arbre d’ombre qui s’étendait peu à peu. La distance que mes marionnettes pouvaient parcourir augmentait.
À mesure que mon pouvoir magique augmentait et que mon domaine s’approfondissait, ce territoire s’agrandissait lui aussi. Au début, il couvrait à peine quelques montagnes. Mais à présent, il s’étendait sur une zone plusieurs fois plus vaste.
C’était le résultat de mes vols répétés de pouvoir magique aux trésors. Grâce à cette base, j’avais obtenu un territoire plus vaste que celui auquel j’aurais pu prétendre au départ.
Si je l’étirais comme un fil, il pouvait désormais, tout juste, relier la tour à la ville. Bien sûr, si je tentais de remodeler mon territoire de force de cette façon, il s’effondrerait rapidement.
Quoi qu’il en soit, il continuait de s’étendre. Si j’atteignais le troisième étage et consolidais davantage mon domaine, son ampleur augmenterait sûrement encore. Je pourrais alors le réajuster un peu pour qu’il s’étende suffisamment jusqu’à la ville.
La tour, mais aussi la ville, entreraient dans ma sphère d’influence. La Cité des stalactites appartenait à la Compagnie commerciale générale Arcana. Si je continuais à développer mes capacités ici, le jour viendrait peut-être où je pourrais leur faire face.
Bien sûr, cela relevait encore d’un avenir lointain. Pour l’heure, je devais d’abord me demander si je réussirais la prochaine évaluation de progression. Je haussai doucement les épaules.
Puis je regardai Mauro, assis non loin. Il discutait avec un homme aux cheveux hérissés dans tous les sens. Ses yeux nerveux, visibles malgré ses grosses lunettes, me marquèrent.
C’était Dagon, le seul mage du septième étage de l’association des marionnettistes. Je promenai le regard autour de moi. Cet endroit, d’ordinaire inchangé, avait aujourd’hui une atmosphère un peu différente.
Je vis de nombreuses personnes assises entre les marionnettes suspendues dans les airs. Certaines s’appuyaient contre les tables, d’autres s’étaient carrément assises par terre.
Ils étaient tous membres de l’association des marionnettistes. Éparpillés dans la boutique de Mauro, ils passaient le temps à leur guise. Au loin, j’aperçus Amelia, que je pouvais considérer comme ma supérieure directe.
Amelia était adossée au mur, les bras autour d’une marionnette de loup-garou. Son regard se voilait tandis qu’elle contemplait la marionnette.
Elle caressa tranquillement son corps, puis laissa échapper un petit rire détendu. Je la regardai s’absorber dans son monde avec elle et secouai la tête. Une scène digne d’une marionnettiste.
La plupart des autres étaient pareils. Ils regardaient leurs créations avec des yeux où le miel semblait prêt à dégouliner. Leurs marionnettes s’agrippaient fermement à eux, elles aussi.
Je me frottai doucement le menton. Est-ce que je donnais moi aussi cette impression aux autres ? Hum… probablement pas. J’étais un peu plus normal qu’eux.
On pouvait dire de moi que j’étais un mage capable de se maîtriser. Exactement. Je hochai la tête pour moi-même.
Ils s’étaient tous réunis pour assister à l’assemblée générale, comme moi. Pour l’association, il était plus pratique de voyager en groupe.
Après avoir attendu ainsi en silence, Dagon termina bientôt sa conversation avec Mauro et se leva. En regardant Mauro se caresser la barbe, je levai légèrement la main. Je tirai ensuite du pouvoir magique du bout des doigts et le dirigeai vers lui.
Mauro le sentit et se tourna vers moi. Je m’inclinai légèrement et portai un doigt à mes lèvres pour lui faire comprendre que j’avais quelque chose à lui dire.
Mauro se leva alors et s’approcha lentement. Il s’assit à côté de moi et laissa échapper un rire chaleureux.
« Ho ho, ça fait plaisir de vous voir. Alors, qu’y a-t-il ? »
« Je voulais vous parler de la demande que vous m’avez faite. »
Je ris un peu nerveusement en disant cela. Mauro posa les bras sur la table et me regarda ; je poursuivis prudemment :
« Je crois que j’avais dit que je participerais au concours avec Mira. J’aimerais revenir un peu là-dessus. Mira ne participera pas cette fois-ci. Je tenais à vous prévenir. »
Au même moment, je sentis une légère pression sur mon bras. En baissant les yeux, je vis Mira qui le serrait contre elle en me regardant. Quand nos regards se croisèrent, elle plissa les yeux et rit.
Mauro se caressa légèrement la barbe et cligna des yeux. Après avoir promené le regard entre Mira et moi, il pencha la tête.
« Vous comptez donc utiliser une autre marionnette. Un problème sérieux est survenu entre vous deux ? »
Je me grattai un instant la tête. Il n’y avait aucun problème avec Mira. En réalité, son pouvoir avait beaucoup augmenté depuis que j’avais accepté la demande. Après tout, je n’avais cessé de renforcer son corps.
« Mira est incontestablement forte. Je suis certain que personne dans ce concours ne peut la battre. »
Je regardai tranquillement Mira. Elle pencha légèrement la tête vers moi. J’accueillis son poids avec douceur et secouai la tête.
« Mais vous savez, Mauro, elle n’est pas entièrement issue de moi. C’est pourquoi j’aimerais tenter le concours avec ma seule marionnette, cette fois. »
Mauro se caressa la barbe en silence. Il semblait réfléchir. Mira me tapota légèrement la poitrine et rit. Je toussotai, tant ses doigts appuyaient fort.
« Hé hé, je ne pensais pas que tu aurais une idée aussi mignonne. Moi aussi, j’ai été surprise quand je l’ai appris. »
Mira me regarda avec un sourire malicieux. Je lui rendis un sourire amer. Je lui avais demandé de comprendre ma décision à l’avance, et elle avait accepté. Même si elle boudait un peu, comme maintenant.
« Mais est-ce vraiment nécessaire d’aller si loin ? Ce serait plus simple de m’utiliser. Je serai toujours là pour toi. Alors, peu importe ce qu’Evron fait de moi. »
Mira murmura ces mots en continuant de me tapoter la poitrine. Un léger parfum de rose émanait d’elle. La facilité, hein ? C’était vrai. Son pouvoir était d’une utilité infinie.
Mais c’était justement le problème. Je secouai doucement la tête. Au fil des ans, j’avais beaucoup réfléchi à Mira, surtout depuis l’incident de la Hache de sang. Ce jour-là, j’avais pris conscience de mes propres limites.
J’avais toujours énormément compté sur Mira. Bien sûr, ce n’était pas si grave. Faire appel à son pouvoir correspondait aussi à la voie que je suivais.
Qu’y avait-il de mal à s’appuyer sur les forts ? Mira était pour moi un soutien des plus fiables. Et puis, à bien y regarder, on pouvait aussi la considérer comme ma marionnette. Il n’y avait aucune raison que l’usage de ce qui m’appartenait pose problème.
C’était pareil pour ce concours. Si Mira entrait en scène et déployait son pouvoir, les autres marionnettes tomberaient les unes après les autres. Je remporterais facilement la victoire.
Mais qu’est-ce que j’y gagnerais, exactement ? Bien sûr, j’obtiendrais la récompense. Mais à part ça, il ne me resterait rien.
Ce concours n’était pas un endroit où combattre des ennemis. Il s’agissait plutôt d’une occasion de montrer pleinement son talent. En ce sens, c’était aussi une chance de mettre mes capacités de marionnettiste à l’épreuve.
Parmi les autres nouveaux venus, parmi ces talents qui avaient intégré l’université, jusqu’où pouvais-je aller ? Je voulais le vérifier. Et je voulais aussi renforcer mes propres capacités.
Je posai une main sur ma poitrine. Je sentis les fragments d’âme circuler dans l’arbre.
Si je les battais tous, je pourrais insuffler davantage de confiance à cette âme imparfaite. La certitude qu’elle pouvait accomplir de grandes choses même sans être parfaite. Que mon talent n’était pas sans valeur.
Et cette confiance me ferait assurément progresser encore. J’en avais la conviction. Après tout, les occasions venaient toujours avec leur lot de dangers.
En ce sens, le grand pouvoir de Mira était devenu un problème. Tout ce qui aurait pu représenter un danger s’écartait de lui-même. Je ne pouvais pas progresser dans un tel confort.
C’était pour cela que j’en avais parlé à Mauro. Celui-ci, qui était resté un instant songeur, hocha la tête sans hésiter.
« Eh bien, ça ne me dérange pas. Je ne vous ai pas choisi seulement à cause de mademoiselle Mira, qui vous accompagne. J’ai vu votre potentiel. Alors, ayez confiance. »
Sur ces mots, Mauro leva discrètement le pouce. Je ne pouvais qu’être reconnaissant de la confiance qu’il m’accordait. Quand je m’inclinai doucement, il éclata d’un grand rire.
« Cela dit, assurez-vous de gagner. Sinon, je n’aurai pas eu de raison de vous verser une partie de la récompense à l’avance. »
Mauro me fit un petit clin d’œil. Je hochai la tête et regardai Mira.
Elle souriait d’un air satisfait en caressant le collier autour de son cou. Ce collier d’argent, parcouru de pouvoir magique, diffusait une lueur élégante.
Au centre se trouvait un Cœur de lanterne. Une brume noire semblait onduler à l’intérieur. Ce n’était probablement pas une illusion. Cette chose était déjà à moitié soumise au pouvoir de Mira.
C’était la récompense que Mauro m’avait offerte à l’avance. Elle avait énormément de valeur. C’était peut-être pour cela que Mira semblait l’apprécier autant, comme elle le montrait à présent.
Si je ne menais pas la demande à bien, je devrais le rendre. Je devais donc être à la hauteur des attentes de Mauro. Gagner, hein ? C’était bien normal. J’avais confiance en moi, moi aussi.
Je continuai ainsi de discuter tranquillement avec Mauro. Entre-temps, la petite boutique se remplit de plus en plus. À mesure que l’heure du départ approchait, les membres de l’association affluaient.
Une trentaine de personnes occupaient bientôt les lieux. Mauro vérifia leur nombre et se caressa légèrement la barbe. Il me tapota l’épaule et se leva.
« Hum, on dirait que tous ceux qui devaient venir sont là. Alors, on y va ? Les autres nous rejoindront en chemin. »
À ces mots, les gens se levèrent tant bien que mal. Puis ils quittèrent rapidement la boutique exiguë. Sortir de la ville ne posa pas davantage de difficulté.
Les marionnettistes montèrent chacun sur leur propre marionnette et se mirent en route. Il nous faudrait plusieurs jours pour atteindre notre destination. Nous devions donc avancer sans traîner.
Mira les regarda en souriant des yeux. Le bras lié au mien, elle observait le spectacle avec intérêt.
« Oh là là, tout le monde chevauche quelque chose d’intéressant. »
« C’est vrai. »
Je hochai la tête et promenai le regard autour de nous. Ils avançaient tous dans la même direction, à distance les uns des autres, chacun juché sur sa propre marionnette.
L’un fit flotter un immense bateau fantôme dans le ciel, tandis qu’un autre s’enfonça dans le sol et y nagea.
Dagon était le plus impressionnant. Il serra contre lui la marionnette cylindrique qu’il portait sur le dos, puis disparut. Quand il réapparut, il se trouvait près de la limite de mon champ de vision. Il avait replié l’espace pour se déplacer.
Les particularités des marionnettes étaient vraiment variées. Bien sûr, notre tortue n’avait rien à leur envier. Je tapotai doucement la tortue suspendue à ma poitrine.
Elle se jeta au sol et grandit rapidement. En un instant, elle atteignit la taille d’une montagne et souffla avec force. Quand Mira et moi montâmes sur sa carapace, celle-ci se transforma et fit apparaître une petite table.
Au centre se dressait une grande tige. C’était l’arbre planté au moment où j’avais fait de la tortue une Lune. Autrefois semblable à une pousse, il commençait à ressembler à un arbre.
C’était le résultat de l’évolution de la marionnette, de l’étoile qui s’y était logée et de l’agrandissement de la Lune. La tortue avait ainsi accru son pouvoir. Comme la tortue originelle, elle se perfectionnerait avec le temps.
Tandis que la tortue filait, nous nous installâmes à la table. Avec autant de mages en déplacement au même endroit, les bêtes magiques ne nous attaqueraient certainement pas à la légère.
« Alors, quel genre de marionnette vas-tu utiliser ? »
Mira, assise à côté de moi, me toucha doucement le bras. Quand je tournai les yeux vers elle, elle croisa mon regard et posa tranquillement le menton sur sa main.
« Je parle de la marionnette que tu utiliseras pour ce concours. Je suis très curieuse. Une marionnette pour me remplacer. Ça me rend jalouse. »
Elle sourit doucement et me piqua la poitrine du doigt. Je caressai tranquillement le devant de ma robe, là où se trouvait la bourse spatiale.
« Attends de voir. On pourrait dire que c’est la meilleure marionnette que j’aie fabriquée jusqu’ici. Quand nous arriverons à l’assemblée générale et que tu la verras de tes propres yeux, tu comprendras. »
Les yeux de Mira brillèrent légèrement. Mes paroles avaient éveillé sa curiosité. Je me frottai doucement le menton. Plus de trois ans s’étaient écoulés depuis que j’avais commencé à suivre le cours du professeur On.
J’avais beaucoup appris pendant cette période. J’avais assisté aux cours du professeur On et, en étudiant ce qu’était une marionnette, j’avais aussi mieux compris ma propre nature.
J’avais également réussi, au cours de ces années, à atteindre au moins une partie de l’objectif qui m’avait poussé à suivre les cours du professeur On. Le résultat se trouvait dans cette bourse. On pouvait dire qu’il s’agissait du sommet de tout l’art des marionnettes que j’avais développé jusqu’ici.
Mira s’appuya légèrement contre moi et regarda la bourse spatiale. La marionnette que j’avais préparée pour l’occasion dormait à l’intérieur. Elle n’était pas encore tout à fait stabilisée. Je l’avais créée après de longues années de réflexion.
« Pas étonnant que tu passes plus de temps seul à l’atelier, ces derniers temps. C’était pour fabriquer cette marionnette ? Alors, comme tu l’as dit, je vais l’attendre avec impatience. Ça a l’air amusant. Même si je suis un peu déçue que tu ne m’utilises pas. »
Mira porta la main à sa bouche et rit doucement. Puis elle me fixa en souriant de ses beaux yeux. Ils pétillaient de malice.
« Et si on faisait un pari, nous aussi ? Si Evron perd, je le punirai. Après m’avoir laissée de côté comme ça. »
Elle gonfla légèrement les joues. Une punition… De quel genre parlait-elle ? Je la regardai tandis qu’elle me caressait la poitrine et riait.
« Hé hé, j’ai souvent vu la petite Hari jouer, ces derniers temps. Si tu ne gagnes pas cette fois, je vais t’élever comme elle. Un an, ça suffira ? »
« Oh là là, maintenant que j’y pense, ce serait peut-être mieux que tu perdes. J’ai vraiment hâte. »
Mira ajouta cela avec un sourire malicieux. Je sentis une sueur froide me couler le long du dos.
Elle ne plaisantait pas le moins du monde. Elle songeait bel et bien à m’attacher. Je hochai doucement la tête. J’avais une raison de plus de gagner à tout prix.
Hum, devrais-je encore améliorer un peu la marionnette en chemin ? Je pourrais la rendre plus puissante. À cette pensée, je me grattai la tête et déglutis.
À cet instant, du pouvoir magique ondula et s’approcha rapidement de ma tortue. Il se posa sur elle en un instant. Une force magique onirique, traversée d’éclats violets.
« Hé, laissez-moi monter aussi. Je suis parti en vitesse et j’ai laissé derrière moi toutes les marionnettes sur lesquelles je pouvais voyager. »
Un homme corpulent émergea de cette énergie magique. Il n’y avait qu’un seul mage bâti comme lui : Koite. Il s’approcha de nous avec un sourire radieux.
Je ne l’avais pas vu au moment du départ. Il venait donc sans doute de nous rejoindre. En regardant autour de moi, je vis aussi ses employés s’activer.
« Content de vous voir. Installez-vous autant que vous voulez, il y a largement la place. »
Je tapotai légèrement le sol. La carapace se transforma et une autre chaise jaillit devant la table. Koite s’y assit et nous regarda.
« Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu vos deux visages. J’étais très blessé, vous savez. Vous n’arrêtiez pas de refuser mes appels. Enfin, j’ai un peu de temps libre maintenant. »
Koite haussa légèrement les épaules. Il avait l’air en pleine forme. Je sentis qu’un pouvoir magique plus puissant qu’avant s’écoulait de son corps. Il avait clairement progressé.
« Oh là là, tu portes un parfum un peu plus appétissant qu’avant. Félicitations. »
Mira sourit en salivant légèrement. J’essuyai sa bave et regardai Koite. Il sourit si largement qu’on lui voyait toutes les dents, puis hocha la tête.
« C’est grâce à ce fichu rêve. Il m’a donné du fil à retordre, mais il était tout aussi délicieux. »
Koite se lécha légèrement les lèvres. Il parlait sans doute de ce rêve extrêmement coûteux. J’avais entendu dire qu’il l’avait pris en charge avec succès. Il était devenu une immense structure magique, ou quelque chose comme ça.
S’il avait absorbé un rêve pareil, il était normal qu’il en ait retiré un tel résultat. Tout le monde progressait après avoir surmonté une crise de ce genre. Je devais en faire autant. Cette épreuve deviendrait une fondation de cette sorte.
Tandis que nous discutions avec Koite, la tortue poursuivit sa route en silence. Après avoir avancé régulièrement, nous arrivâmes à destination, là où se tiendrait l’assemblée générale.
Je levai tranquillement les yeux vers la tour sphérique. Il n’y avait qu’un seul endroit convenable pour rassembler les marionnettistes de l’association : la tour du professeur On.
Comme toujours, la tour aspirait puissamment le pouvoir magique alentour. D’ordinaire, j’aurais été ici à écouter un cours. Mais cette fois, il n’y en avait pas.
L’assemblée générale avait remplacé le cours. Et les étudiants qui y assistaient seraient bientôt tous mes concurrents.
Nous entrâmes dans la tour. Je clignai des yeux. Le décor intérieur avait légèrement changé. Le large couloir était toujours rempli de marionnettes impossibles à distinguer des gens.
Une immense porte se dressait au bout du passage. Au-delà, grande ouverte, s’étendait une vaste clairière que l’on pouvait embrasser du regard. Elle était bondée de monde. C’étaient sans doute les marionnettistes venus d’autres villes.
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