Chapitre 137
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 137
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D’ordinaire, je ne prêtais pas beaucoup d’attention à ma vie antérieure. Une vie antérieure n’était qu’une vie antérieure, séparée de la personne que j’étais aujourd’hui. C’était ainsi que je voyais les choses.
Si j’accordais si peu d’importance à cette vie passée, c’était pour une raison simple : les souvenirs qu’elle contenait étaient toujours flous.
Ces souvenirs insignifiants, qui surgissaient de nulle part, m’effleuraient comme des fragments, puis s’évanouissaient rapidement. Impossible de les rassembler pour en faire un tout. C’est pourquoi ils ne m’avaient jamais beaucoup influencé.
À cet instant, je sentis un fragment d’âme effleurer le bout de mon doigt. Il souffla un vague souvenir directement dans ma tête. Celui-ci ne contenait qu’une scène fragmentaire : je marchais sur une bombe, qui explosa sous mes pieds.
Une douleur, comme si mon corps tout entier avait été réduit en morceaux, sembla me parvenir d’au-delà du souvenir. Je le parcourus lentement, me demandant s’il n’y avait pas autre chose.
Mais à part ce souvenir fragmentaire, je ne percevais rien d’autre dans le fragment d’âme. Celui qui m’avait transmis ce souvenir se laissa porter par le courant et disparut quelque part.
Je secouai doucement la tête. Ce fragment d’âme n’était rien de plus qu’un éclat porteur d’un petit souvenir. Beaucoup de ceux qui m’avaient effleuré auparavant étaient semblables.
Ainsi, chaque fragment d’âme qui traversait mon lac intérieur, et chaque souvenir qui en naissait, ne portait en lui qu’une sorte de trace.
Je baissai les yeux vers le lac. D’innombrables fragments d’âme s’y écoulaient. Il y en avait tellement que je ne pouvais même pas tenter d’en deviner le nombre.
Et ces fragments brisés ne faisaient que suivre le courant de mon âme. En ce sens, l’être qu’on appelait « moi » ressemblait à une colonie formée par l’agrégation de minuscules fragments d’âme.
Voilà sans doute pourquoi je n’avais jamais réussi à reconnaître correctement ces souvenirs. Les souvenirs contenus dans les fragments d’âme étaient morcelés ; l’être qu’on appelait « moi », constitué de leur assemblage, ne pouvait donc les conserver que de manière floue.
Pourtant, en les parcourant, je distinguai clairement une chose : la plupart des paysages que renfermaient ces fragments d’âme avaient pour origine la guerre.
La plupart avaient été des êtres errant de champ de bataille en champ de bataille. Peut-être l’être qu’on appelait « moi » était-il un amas de spectres nés de ces guerres.
Je me rappelai les innombrables soldats que nous avions croisés en chemin, ainsi que leur forte odeur de fer. Elle semblait gravée profondément en eux.
S’ils nous avaient barré la route sous ces formes, c’était probablement parce que la plupart des souvenirs contenus dans mon âme s’étaient forgés sur des champs de bataille. Eux aussi devaient faire partie de ces fragments.
Je sentis les fragments d’âme s’éveiller et s’écouler. À vue de nez, il y en avait bien plus de dizaines de milliers. Peut-être étaient-ils les traces des soldats que nous avions dû combattre pour avancer. Ils étaient morts, puis avaient de nouveau été enfermés dans mon âme.
Mais ils n’étaient pas les seuls. Je plongeai la main au fond du lac. J’y touchai alors un fragment durci. Il ne se laissait pas porter par le courant et reposait simplement, englouti au fond.
Le lit du lac en était couvert. Il y en avait davantage qui dormaient là-dessous que de fragments emportés par le courant. Eux aussi faisaient partie de mon âme : des fragments qui ne s’étaient pas encore pleinement éveillés.
Je posai doucement une main sur ma poitrine, puis dirigeai ma volonté vers l’arbre qui se trouvait au-delà. Cet arbre était une cristallisation de magie, qui poussait autour de mon âme. C’est pourquoi il renfermait lui aussi les particularités révélées par celle-ci.
Au début, il s’était manifesté sous la forme magique élémentaire appelée Respiration Profonde Magique. Elle était devenue ma magie innée et avait donné plus de vie à mes marionnettes.
Cette simple respiration… Peut-être était-ce le souffle unique que ces fragments d’âme désiraient. Cette pensée me traversa l’esprit. Ils voulaient exhaler leur vie, ne serait-ce que par la magie.
En ce sens, il était peut-être tout naturel que la forme de cette magie innée se développe et réapparaisse sous le nom de Fausse Âme. Cette magie devait être la forme que ces fragments désiraient.
Fausse Âme. Le sens qu’elle renfermait était limpide. On ne pouvait pas parler d’une âme complète. Pourtant, elle en avait tout de même la forme. Cela ressemblait à la nature de ces fragments d’âme.
Alors peut-être que les fragments d’âme qui se détachaient de moi entraient naturellement dans cette magie. Un petit fragment d’âme pénétrait dans le corps d’une marionnette avec la tige de mon arbre, devenant la racine à l’origine de son ego.
Je suivis légèrement le flux de magie innée gravé dans l’arbre. Mes pensées, portées par ma volonté, l’atteignirent elles aussi. Je le vis osciller un peu, comme s’il approuvait ma théorie.
Cette nature particulière de mon âme était-elle la raison pour laquelle mes marionnettes formaient si facilement un ego ? Mon talent de marionnettiste venait peut-être aussi de là.
Je retirai un instant ma main du lac et poussai un soupir. Peut-être parce que j’avais enfin reconnu la nature particulière de mon âme, j’avais un peu la tête qui tournait. Il fallait que je me repose, ne serait-ce qu’un moment.
Je m’assis doucement par terre, puis contemplai le lac devant moi. Il scintillait doucement de la lumière argentée émise par les fragments d’âme. Je voyais cette lueur onduler avec délicatesse.
Je l’observais, l’esprit ailleurs, quand je sentis la nonne s’approcher de moi. Je tournai les yeux vers elle. Elle croisa mon regard et sourit légèrement.
Au fait, que faisait le groupe de la Professeure ? Je détournai le regard et balayai les alentours des yeux. Ils étaient rassemblés près du lac, à l’observer comme moi. Je vis de l’intérêt dans leurs yeux.
« Qu’est-ce que ça fait de découvrir sa propre âme ? »
La nonne me salua d’un geste, un grand sourire aux lèvres. Je croisai son regard et lui adressai un sourire un peu amer. Mon âme ? C’était bouleversant, au-delà des mots.
« J’ai été vraiment surpris. Je ne m’attendais pas à ce que mon âme ait cette forme. »
« Ho ho, vraiment ? Eh bien, sans ce rêve, mon petit agneau n’aurait jamais eu l’occasion de se confronter directement à son âme. »
La nonne se couvrit la bouche et rit doucement. Je hochai la tête. À première vue, la forme de mon âme semblait tout à fait normale.
Si je n’avais pas ainsi exploré directement mon monde intérieur, je n’aurais jamais su que mon âme avait cette forme.
Je contemplai le lac avec la nonne. Je la sentis bouger et s’asseoir doucement à côté de moi. Je lui jetai un coup d’œil. Elle avait l’air parfaitement détendue.
Pourquoi m’avait-elle guidé jusqu’ici ? Cela ne pouvait que la désavantager. Cette idée me traversa soudain l’esprit.
Ce lac contenait mon âme telle qu’elle était. Dès lors, au moment où je reconnus la forme de cette âme, je compris naturellement pourquoi elle était obsédée.
Mes soupçons étaient fondés. Et ce que le Général avait dit était également assez juste. Il avait parlé de corps contaminés. Comme il l’avait dit, c’étaient des fragments de mon âme, mais contaminés par le pouvoir magique d’un trésor.
À l’aide de ce pouvoir magique, ils s’étaient échappés de mon lac. Ils s’étaient à moitié libérés des contraintes imposées par le flux de l’âme. C’était probablement pour cette raison que les soldats s’opposaient à eux. Ils tentaient de s’affranchir de mon âme.
Cela correspondait assez bien à ce que j’avais imaginé. En ce sens, on pouvait les considérer comme une sorte de démons intérieurs. Mais pourquoi les fragments de mon âme étaient-ils naturellement attirés par le pouvoir magique des trésors ?
Je tendis doucement la main vers le lac, puis attrapai un fragment d’âme qui suivait le courant. Un petit souvenir m’effleura. J’étais dans une ville.
Dans cette forêt de bâtiments gigantesques, emplie de fumée qui s’élevait, je sentis quelque chose frapper l’immeuble où je me trouvais. Le bâtiment s’effondra sous le choc. Je mourus écrasé sous les décombres.
En dehors de ce souvenir, je ne percevais rien d’autre dans ce fragment d’âme. Du bout des doigts, je sentais clairement qu’il n’était rien de plus qu’un éclat. Ce fragment d’âme était terriblement incomplet.
À cause de cette grande incomplétude, ils cherchaient sans cesse à se remplir. Je pouvais confirmer que ce désir était inscrit dans ma magie innée.
C’est pourquoi ils se laissaient si facilement imprégner par des choses aux désirs bien affirmés, comme le pouvoir magique des trésors ou celui des démons intérieurs. C’était aussi pour cela que le rêve de Lumira avait viré au chaos : mes fragments d’âme avaient été fortement attirés par ce démon intérieur.
Le même problème se manifestait dans mon propre rêve. La nonne, le lapin et Hunter. Chacun était le produit de mon obsession, façonné sur le socle du pouvoir magique d’un trésor.
Je me grattai légèrement la tête. Mais je ne pouvais pas les balayer d’un revers de main en les considérant comme de simples démons intérieurs. Dans le cas de Lumira, ces marionnettes avaient changé de forme selon l’orientation donnée par le démon intérieur.
Si elles avaient simplement été contaminées par le pouvoir magique des trésors, elles auraient dû toutes avoir des formes différentes. Pourtant, elles avaient toutes pris la forme de la Professeure. Une telle uniformité ne pouvait pas s’expliquer par le seul pouvoir magique d’un trésor.
En ce sens, le pouvoir magique du trésor n’était qu’un catalyseur. La raison pour laquelle elles avaient pris la forme de la Professeure était évidente : elles étaient les points d’ancrage de mon rêve, mais aussi les êtres que mon âme avait choisis comme noyau.
Mon âme avait voulu qu’elles prennent cette forme. Je fixai le lac en silence. Comme je l’avais déjà constaté, les fragments d’âme qui s’y écoulaient étaient particulièrement instables.
Et moi, le tout qu’ils formaient ? Qu’en était-il de cette âme ? Je secouai légèrement la tête. Peu importe le nombre de fragments incomplets qui s’assemblaient pour ne former qu’un, ils finiraient par se disperser. Mon âme n’était donc rien de plus qu’un assemblage de petits fragments.
Mon âme était un être profondément incomplet, aussi bien en tant que petits fragments qu’en tant qu’ensemble. C’est pourquoi, tout comme eux, elle souhaitait toujours devenir parfaite.
Je mobilisai un peu de pouvoir magique et dessinai un cercle magique. C’était la magie du Thé Noir Parfait. Je la versai dans une tasse, puis la tendis à la nonne assise à côté de moi. Elle l’accepta et me sourit doucement.
« Oh, merci. »
« Ce n’est rien. Je vous en prie, goûtez-y. »
Je bus moi aussi une gorgée de ce thé. La magie du Thé Noir Parfait… Mes créations magiques comportaient presque toutes le mot « parfait ».
Magie du Massage Parfait, magie du Coussin Parfait, et ainsi de suite… Peut-être que mon goût pour le mot « parfait » venait de mon âme.
C’était l’expression d’un désir instinctif de devenir complet. En ce sens, il était tout naturel que la Professeure devienne l’objet de l’obsession de mon âme.
Dans ce monde fait de pouvoir magique, un dragon incarnait la perfection. On pouvait dire qu’un dragon était un être achevé dès sa naissance.
Ce n’était pas seulement une information que je connaissais. Je l’avais appris en restant à ses côtés et en voyant et ressentant moi-même son pouvoir magique.
Dès le départ, son pouvoir magique était différent de celui des autres mages. Il était d’une pureté extrême, et les traces qu’il engendrait étaient sans défaut.
C’est pourquoi, quand j’avais compris que la Professeure était un dragon, mon âme s’était mise à convoiter la perfection qu’elle incarnait. Cette aspiration à la perfection pouvait être considérée comme le désir naturel d’un être incomplet.
Et ce désir avait dû se mêler à celui du trésor qui avait pénétré mon corps, créant une obsession encore plus grande. Je jetai un nouveau coup d’œil à la nonne. Son visage, qui ressemblait à celui de la Professeure, affichait un sourire doux.
C’est ainsi qu’une cinquantaine de Professeures avaient été créées. Elles étaient le résultat de fragments d’âme, porteurs du pouvoir magique d’un trésor, qui avaient révélé leur obsession pour la perfection.
Je touchai délicatement la surface du lac. Je sentis de légères ondulations se propager depuis mes doigts. En touchant ainsi mon âme, je pouvais naturellement reconnaître autre chose : la manière de faire disparaître mon obsession.
C’était très simple. Il me suffisait de les éliminer toutes. Le Général avait peut-être raison. Je me rappelai naturellement l’avoir entendu parler avec ferveur de pureté.
Pour que mon âme retrouve sa pureté, je devais donc me débarrasser des êtres qui renfermaient cette obsession. Tout comme Lumira avait éliminé son démon intérieur et les hésitations de son cœur, je n’avais qu’à tuer tous les êtres qui ressemblaient à la Professeure.
Une fois qu’ils auraient disparu, l’obsession qui m’emplissait s’apaiserait d’elle-même. Après tout, ils se trouvaient actuellement au cœur de mon obsession. Je l’avais compris en observant le flux de cette âme.
Je fixai la nonne. Peut-être avait-elle senti mon regard, car elle croisa mes yeux et laissa échapper un léger rire.
Elle devait le savoir, elle aussi. Elle savait sans doute que je le comprendrais naturellement dès que j’arriverais ici.
De son point de vue, elle n’avait donc aucune raison de m’amener là. Pourtant, elle m’avait guidé jusqu’ici.
J’avais beau leur avoir promis de leur montrer la réalité, il était difficile de croire qu’elle avait fait tout cela pour cette seule raison. Je me frottai le menton en silence. En même temps, je repensai aux paroles du Général.
Avait-il dit qu’ils risquaient de contaminer ce lac, mon âme ? S’ils cherchaient à atteindre mon âme, je courais peut-être un grand danger, là, tout de suite.
« En regardant ce lac, une question me vient. Pourquoi m’avoir amené ici ? »
« Parce que mon petit agneau le souhaitait. »
La nonne posa une main contre sa joue et rit doucement. Je la regardai et hochai tranquillement la tête. Elle disait vrai.
C’était moi qui les avais invoqués. C’était aussi moi qui avais passé un contrat avec eux et les avais amenés jusqu’ici. Mais eux aussi devaient vouloir quelque chose, sans quoi ils ne m’auraient pas suivi.
« Ho ho, tu as l’air un peu méfiant. Ne t’inquiète pas. Nous avons aussi quelque chose à faire, mais cela ne fera pas de mal à mon petit agneau. »
Sur ces mots, elle se leva. Elle joignit les mains devant sa poitrine et baissa la tête. Après avoir adressé une courte prière au lac, elle me regarda et poursuivit :
« Si tu te méfies de nous, tu peux nous effacer. Après tout, tu sais maintenant quel genre d’êtres nous sommes. Si mon petit agneau veut le faire, nous accepterons volontiers cette main. C’est aussi une possibilité. »
La nonne sourit doucement. Devant son calme, je ne pus que lui rendre un sourire amer. Je fermai les yeux et réfléchis un instant.
Debout devant mon âme, je pouvais clairement percevoir les liens qui nous unissaient. Dans ces liens, ils étaient tous sous mon contrôle.
Il me suffisait de souhaiter leur disparition pour que ma volonté les atteigne à travers ces liens. Ils ne pourraient pas s’y opposer. Peu importe à quel point le pouvoir magique d’un trésor les avait contaminés, ils restaient des fragments de mon âme.
Si je les effaçais, l’obsession qui m’emplissait disparaîtrait sans aucun doute. Je pourrais aussi facilement me prémunir contre leurs éventuels projets, aussi inconnus soient-ils. Ma sécurité serait assurée.
Je continuai à réfléchir, puis secouai lentement la tête. J’ouvris les yeux et fis face à la nonne. Elle me regardait en silence, comme si elle attendait ma réponse.
« Non. J’ai parlé avec vous tous, alors je ne peux pas faire ça. Puisque vous m’avez tous amené ici, je vous ferai tous entrer dans la réalité. C’est ce que nous nous sommes promis. »
Si je les effaçais, l’obsession qui m’habitait disparaîtrait aussitôt. C’était évident. Mais je ne pouvais pas affirmer que cela éliminerait toutes les causes du problème.
La raison de leur existence se trouvait dans mon âme. Tant que j’accepterais le pouvoir magique d’un trésor et que mon âme resterait aussi incomplète, des obsessions comme eux apparaîtraient naturellement de nouveau.
Je me frottai légèrement le menton. Peut-être que leur naissance avait été un coup de chance providentiel pour moi.
Quand j’avais découvert cette obsession, j’avais un peu regretté d’avoir accepté le pouvoir magique du trésor. Il avait fait croître mon arbre, mais je pensais que les effets secondaires qu’il avait entraînés étaient encore plus importants.
Mais maintenant que j’y réfléchissais, le pouvoir magique de ce trésor n’était qu’un catalyseur. Un élément plus important que ce pouvoir magique était caché dans mon âme.
Si le pouvoir magique du trésor n’avait pas pénétré mon corps, et si mon âme n’avait pas été teintée de force par l’obsession, je n’aurais certainement jamais découvert sa forme. J’aurais simplement mené une vie ordinaire.
Et, au fil de cette vie, mon âme aurait naturellement et progressivement commencé à nourrir ce désir envers la Professeure. J’aurais fini par découvrir qu’elle était un dragon, d’une manière ou d’une autre.
À l’aboutissement de ce désir, j’aurais peut-être développé une obsession intense pour elle, sans même reconnaître ma propre anomalie. Une obsession encore pire que celle d’aujourd’hui. Cette évolution aurait été tout à fait naturelle.
Mais le pouvoir magique du trésor avait précipité cette évolution de force. J’avais ainsi pu prendre conscience de l’anomalie de mon âme et la voir de mes propres yeux. J’avais évité un danger qui aurait pu me menacer à l’avenir.
En ce sens, ils m’avaient aidé une fois. Je ne pouvais donc pas les effacer. Bien sûr, si je ne pensais qu’à l’efficacité, les éliminer m’aiderait sans aucun doute pour le moment.
Mais il y avait aussi la question de la confiance. Ils m’avaient témoigné de la bienveillance. Je devais donc en faire autant pour eux, même s’ils n’étaient rien de plus que des fragments d’âme sous mon contrôle.
Non, parce qu’ils étaient des fragments d’âme, je devais d’autant plus le faire. Leurs fragments d’âme ressemblaient à des marionnettes. Je pouvais instinctivement sentir qu’ils éprouvaient des sentiments profonds pour moi.
C’était sûrement parce que le même flux d’âme se trouvait à leur racine. Je devais donc répondre à leurs sentiments. Sur cette pensée, je regardai la nonne.
« Hum, je suis déjà reconnaissante de t’entendre dire ça. Mais comment comptes-tu résoudre le problème de mon petit agneau ? »
La nonne s’agenouilla légèrement à côté de moi. Je la vis pencher la tête. Je lui adressai un petit sourire, puis regardai le lac.
Le problème, hein… La cause de mon anomalie était limpide. Mon obsession venait, au fond, de l’incomplétude de mon âme. Le problème ne venait pas du pouvoir magique du trésor. À la base, c’était mon âme qui était en cause.
Il me suffisait donc de corriger cette cause. Si je parvenais d’une manière ou d’une autre à résoudre l’instabilité de mon âme, aucune obsession ne naîtrait plus en moi.
« J’ai l’intention d’entrer là-dedans et de maîtriser directement le flux de cette âme. »
Je le dis en regardant le lac. Ce lac, c’était mon âme. Si je ne pouvais même pas maîtriser correctement ma propre âme, pouvais-je vraiment me prétendre mage ?
En ce sens, c’était une sorte de défi. J’avais reçu l’occasion de réparer mon incomplétude et de gouverner moi-même mon âme. Je me levai doucement.
La nonne me fixait. Je voyais de l’intérêt dans ses yeux. Je m’inclinai légèrement devant elle, puis marchai vers le lac.
J’entrai lentement dans l’eau. J’avançai pas à pas. Je sentais les fragments d’âme effleurer mon corps.
Je sentis ces souvenirs s’infiltrer légèrement en moi, puis fermai les yeux. Je continuai d’avancer jusqu’à ce que l’eau m’arrive bientôt au cou. Mon corps tout entier était immergé dans le lac.
Quand même ma tête fut sous l’eau, je me laissai couler dans le flux de cette âme. J’expirai doucement. Les fragments d’âme qui composaient le lac suivirent mon souffle et commencèrent à traverser mon corps.
La sensation était complètement différente de celle que j’avais ressentie en y plongeant simplement la main. Les scènes de souvenirs formées par les fragments d’âme qui traversaient mon corps étaient plus intenses, plus directes.
Ainsi, d’autres souvenirs m’effleurèrent dans le courant. Et, dans ce torrent de souvenirs, je sentais encore plus fortement l’incomplétude de mon âme.
Cette incomplétude me poussait à rêver de perfection. Et à présent, cette quête de perfection se tournait vers la Professeure. Tandis que mon corps s’imprégnait du lac, je sentais directement ces vagues d’âme.
Je levai lentement la main et laissai le pouvoir magique s’écouler. Il s’étira comme un fil et commença à s’entrelacer au courant du lac. J’ajustai avec précaution le pouvoir magique qui s’infiltrait dans le flux.
Qu’était-ce que la perfection ? J’y réfléchis un instant. Un dragon était incontestablement parfait. C’était une évidence.
C’était sans doute pour cela que mon âme les avait instinctivement revêtus de la forme de la Professeure. Je secouai légèrement la tête. Mais ce n’était pas la bonne voie.
Se contenter d’imiter la Professeure ne pouvait pas être considéré comme la perfection.
Emprunter cette forme n’apporterait, au bout du compte, qu’une stabilité passagère. Ce serait simplement s’appuyer sur quelqu’un d’autre. On ne pouvait pas parler d’une manière parfaite de résoudre cette instabilité.
Un mage n’atteignait pas la perfection en s’appuyant uniquement sur autrui. Se cultiver, se maîtriser sans relâche et achever son arbre : voilà ce qui pouvait représenter l’idéal pour un mage.
Je caressai doucement les fragments d’âme qui s’écoulaient. Ils faisaient partie de ce qui composait mon âme, tout en étant de petits éclats individuels.
Peut-être était-ce pour cela qu’ils ne parvenaient pas à reconnaître correctement l’existence de ce pouvoir magique. Tout comme les soldats que j’avais affrontés plus tôt, ils ne faisaient qu’errer dans leurs souvenirs.
Je devais donc faire ressentir profondément ce pouvoir magique aux fragments de mon âme. Je tendis mon pouvoir magique et attirai de force le flux de l’âme vers moi.
S’ils ressentaient ce pouvoir magique, ils se relieraient naturellement à moi. Et ils sentiraient l’arbre qui se trouvait en moi. Je me concentrai et continuai d’accueillir les fragments d’âme dans mon corps.
Il manquait beaucoup de choses à mon âme. C’était inévitable. Elle n’était rien de plus qu’une colonie formée par l’assemblage de ces petits fragments.
C’était une vérité bouleversante à laquelle je ne m’attendais pas. Je pensais que mon âme aurait une forme plus forte et plus nette.
Et pourtant, ce lac instable et incomplet, d’autant plus misérable qu’il l’était, était mon âme. Quand je l’avais découvert, j’avais été un peu déçu.
Mais cela faisait quand même partie de moi.
Si je la rejetais parce qu’elle était incomplète, et que je ne faisais que désirer un être plus accompli que moi, je resterais au même point.
Je ne pouvais donc pas laisser cette obsession se tourner vers l’extérieur. Toute reconnaissance devait se diriger uniquement vers moi-même.
L’incomplétude de mon âme pouvait être considérée comme une lacune. Mais une lacune signifiait aussi qu’il était possible de la combler. J’allais donc faire en sorte que ces petits fragments me reconnaissent et les amener à combler sans cesse cette incomplétude.
Si j’allais jusqu’au bout, mon âme ne deviendrait peut-être pas complète, mais elle serait certainement plus grande qu’aujourd’hui. Telle était ma conclusion, en tant que propriétaire de cette âme et en tant que mage.
Je dispersai mon pouvoir magique dans le flux de l’âme, puis dirigeai celui-ci selon ma volonté. Je fis de l’être qu’on appelait « moi » une lumière claire et unique, afin que les fragments de cette âme soient attirés vers moi.
Pendant ce processus, je sentis mon pouvoir magique traverser ces fragments. Ils se mirent à émettre une lumière plus intense et, dans le même temps, absorbèrent ce pouvoir magique et prirent peu à peu forme.
Les formes qu’ils achevaient semblaient, d’une manière ou d’une autre, me ressembler. Ces petits fragments d’âme traversèrent mon corps et en ressortirent. Puis ils commencèrent lentement à se répandre dans le lac.
En même temps, mon arbre se mit à frémir. Je posai silencieusement une main sur ma poitrine. J’avais l’impression que le parfum émanant de mon arbre commençait à emplir les lieux.
Et ce parfum n’était pas une simple illusion. Mon arbre commençait à prendre racine dans cette âme, au-delà de ma chair et même du rêve. Des ombres sombres se formèrent autour de moi.
C’étaient les tiges de l’arbre d’ombre qui commençait à ronger le lac de concert avec mon arbre. Il se mit lentement à dévorer le lac.
Dans cet arbre d’ombre, les fragments d’âme se teintaient peu à peu de mon pouvoir magique. À ce rythme, mon âme finirait assurément par être entièrement sous mon contrôle.
Mais peut-être avait-elle senti un danger. Le lac paisible se mit à onduler violemment.
Je sentis le flux créé par ces fragments d’âme se faire de plus en plus tumultueux. Il s’écoula avec plus de force et commença à déchirer mon pouvoir magique.
Mon arbre étendit précipitamment ses tiges pour résister au courant. Mon pouvoir magique maintint tant bien que mal le lien et y retint les fragments d’âme.
Ce courant agité ressemblait à un mouvement instinctif qui refusait de renoncer à son obsession pour la Professeure. Le désir de complétude ondulait si violemment qu’il échappait à mon contrôle.
Je fronçai légèrement les sourcils. Je m’étais attendu à ce genre de résistance de la part de mon âme. Le centre de cette obsession existait encore, après tout : les êtres qui avaient pris la forme de la Professeure.
Je m’étais donc un peu préparé, mais je ne pensais pas qu’elle résisterait aussi farouchement. Je déplaçai mon pouvoir magique et tentai de contenir ce flux d’âme.
Mais le courant se tordait violemment, comme s’il résistait à mon contrôle. Si mon âme continuait à lutter ainsi, je risquais de ne jamais maîtriser pleinement son flux.
C’est alors que quelque chose s’enfonça dans le lac. J’ouvris lentement les yeux et regardai dans cette direction. La nonne s’avançait vers moi.
Elle me regardait avec un léger sourire aux lèvres. Arrivée devant moi, elle frappa doucement dans ses mains. Un brouillard qui s’échappait d’elle caressa délicatement mon corps.
Je me raidis un peu. Si elle essayait de contaminer le lac, mon obsession deviendrait certainement incontrôlable.
Mais elle ne semblait pas en avoir l’intention. Avec ce brouillard, elle se contenta de dissiper doucement la fatigue de mon corps. Grâce à son soutien, mon pouvoir magique s’écoula plus aisément et put contenir les fragments d’âme.
« Je suis venue t’aider en te voyant travailler si dur, mon petit agneau. »
La nonne le dit en riant doucement. M’aider, hein… Je jetai un coup d’œil au brouillard qu’elle avait fait apparaître. Son pouvoir magique s’écoulait avec une violence extrême. Elle observait tranquillement le flux de l’âme.
« Comme mon petit agneau le sait, cette résistance est née à cause de nous. Tant que nous n’aurons pas disparu, cette âme n’acceptera jamais de renoncer à ce courant. »
Je hochai la tête. Je l’avais clairement compris, moi aussi. Bien sûr, je ne savais pas que la résistance serait aussi violente. La nonne me regarda et rit doucement.
« Nous avons beaucoup réfléchi en chemin. Nous connaissions bien nos origines. Et nous savions que notre existence ne pouvait que nuire ainsi à mon petit agneau. »
Elle s’approcha de moi et me toucha la poitrine. Sous sa caresse, mon arbre trembla légèrement.
« Au début, nous avons même pensé à contaminer l’âme de mon petit agneau. Cela nous aurait rendus un peu plus libres. C’était simplement de la cupidité, le désir de continuer à exister. »
Après ces paroles, elle tapota ma poitrine du bout des doigts. Puis elle m’adressa un sourire affectueux et s’écarta d’un demi-pas.
« Mais en arrivant jusqu’ici, nous avons compris que la promesse que mon petit agneau nous avait faite était sincère. Nous devons, nous aussi, rendre cette confiance. Alors j’espère que tu tiendras un jour la promesse que nous avons faite ensemble. »
Sur ces derniers mots, elle porta la main à sa propre poitrine. Ses doigts s’enfoncèrent à l’endroit où se trouvait son cœur. Elle saisit quelque chose à l’intérieur et le retira avec précaution.
C’était une grosse sphère. Son énergie onirique était d’une limpidité extrême. C’était le même genre d’objet que l’orbe à souhaits qui avait servi à invoquer le groupe de la Professeure auparavant.
Elle la lança doucement vers le courant de l’âme créé par le lac. L’énergie onirique se dénoua lentement et la sphère commença peu à peu à changer de forme.
Finalement, un petit fragment d’âme apparut. Il s’approcha sous mon arbre d’ombre et se mit à s’écouler doucement. Je sentis le souvenir qui en naissait m’effleurer l’esprit.
C’était le souvenir d’un petit monastère qui s’effondrait sous un bombardement. C’était sans aucun doute le fragment de souvenir que la nonne avait porté en elle. Tout s’était passé avant que je puisse l’arrêter.
La nonne s’affaissa sur place, puis se mit à tousser légèrement. Je m’approchai vite et soutins son corps.
Je mobilisai prudemment mon pouvoir magique et sondai doucement son corps. Je ne pus que froncer les sourcils. Son corps se désagrégeait peu à peu.
Cet orbe à souhaits devait constituer son noyau. Je sentais son corps devenir flou après l’avoir perdu.
« Pourquoi avoir fait une chose pareille ? »
« … Ho ho. Comme le Général l’a dit, nous sommes des êtres qui doivent disparaître. Pour rendre à mon petit agneau la sincérité dont il a fait preuve, nous n’avions pas d’autre choix que d’employer cette méthode. »
Comme pour confirmer ses paroles, le pouvoir magique du trésor qui l’avait quittée se mit à se disperser. En même temps, je sentis le flux violent créé par l’âme s’apaiser un peu.
Je croisai son regard. La nonne semblait profondément heureuse. Elle me tapota légèrement le bras, puis ferma lentement les yeux.
Je m’inclinai profondément devant elle, plein de gratitude. Elle avait renoncé à son corps pour me rendre la pareille. Je ne m’y serais jamais attendu.
« Je tiendrai sans faute la promesse que j’ai faite à vous tous. »
« … Vraiment ? Ho ho, j’ai tellement hâte. De découvrir ce que sera la réalité, au lieu d’un rêve comme celui-ci. »
Elle ponctua son rire d’une toux sèche. Son corps continua de devenir flou. Et pour finir, elle se changea en un mince filet de brume qui se dispersa dans le lac.
Je sentis le contact de cette dernière brume glisser le long de ma main. Au même instant, je pris une ferme résolution. Grâce à elle, il m’était devenu plus facile de prendre possession de mon âme. Je devais donc lui rendre cette faveur, coûte que coûte.
Elle ne fut pas la seule à offrir un orbe à souhaits. Au moment où elle présenta le sien, les autres ouvrirent leur poitrine de la même façon. Ils en sortirent leurs orbes et les libérèrent dans le lac.
Je sentis ces fragments d’âme s’approcher de moi. Je les enveloppai doucement dans mon domaine d’ombre et examinai leurs souvenirs. Puis je les gravai tous en moi, un par un.
Ils avaient perdu le pouvoir magique provenant des trésors, ainsi que le noyau qui maintenait leur esprit. Il était donc certain qu’on ne retrouverait plus leurs formes d’autrefois.
Même si je plaçais ces fragments d’âme dans des marionnettes, leur ego serait extrêmement ténu. Je devrais le cultiver depuis le début, comme pour mes autres marionnettes.
Mais si je développais leur ego, leurs anciens souvenirs pourraient eux aussi revenir. Je les guiderais donc sans faute vers la réalité. C’était la seule façon dont je pouvais les remercier.
Bien sûr, avant cela, je devais prendre pleinement possession de cette âme. Je fermai les yeux et commençai à disperser mon pouvoir magique. Peut-être parce qu’elle avait perdu tous les centres de son obsession, le flux de l’âme était très faible.
Je le maîtrisai rapidement, puis renforçai encore les liens qui nous unissaient. Mon arbre prit ainsi racine dans l’âme et se mit à grandir davantage.
Les nervures dessinées par mon arbre s’épaissirent, et le domaine de l’arbre d’ombre qu’il créait s’étendit encore. Le lac tout entier sombra dans ce domaine.
Les fragments d’âme suivirent cet arbre, absorbèrent une partie de son pouvoir magique, puis regagnèrent à la nage le lac de mon âme. Leurs formes étaient devenues plus nettes et plus distinctes.
Je sentis que la plupart des fragments d’âme éveillés avaient noué des liens avec mon arbre. Ce contact avec mon âme, cette plénitude, m’emplit la poitrine.
Je posai une main sur ma poitrine et savourai ce sentiment en silence. Les fragments d’âme qui s’y trouvaient avaient des formes incomplètes. Mais cette incomplétude était précisément ce qui me définissait.
Je n’avais donc pas à désirer la perfection de quelqu’un d’autre. Il me suffisait de combler peu à peu cette lacune. Tandis que je prenais pleinement possession de mon âme, je compris que mon arbre avait encore gagné en taille.
Et au moment où je m’en rendis compte, le rêve commença peu à peu à s’effondrer. Le lac se troubla comme de l’écume, et les fragments d’âme qui emplissaient les environs s’enfoncèrent eux aussi. Tous les points d’ancrage qui formaient ce rêve avaient disparu.
En même temps, je sentis mon corps entraîné quelque part. Le courant exerçait une force d’aspiration à laquelle je ne pouvais pas résister. Je sombrai ainsi dans les ténèbres.
Puis j’ouvris brusquement les yeux.
Une douce lumière m’enveloppait. Au-delà de cette masse lumineuse, je vis Mira et Koite en pleine conversation.
Je me frottai légèrement le front et me redressai là où j’étais allongé. J’avais reposé sur un lit qui ressemblait à un petit cercueil. C’était l’endroit où l’on entrait dans un rêve. Mira remarqua peut-être que je m’étais réveillé, car elle me salua d’un léger geste de la main.
« Oh, tu es réveillé. Je t’attendais. »
Son ton et ses manières ressemblaient à ceux de la nonne. Non, c’était l’inverse : la nonne ressemblait à Mira. J’avais l’impression que cela faisait une éternité que je n’avais pas vu Mira. Je m’approchai d’eux d’un pas hésitant.
« Combien de… temps s’est écoulé ? »
Mira pencha légèrement la tête, puis sortit de sa manche un insecte-miroir. Son écran indiqua l’heure actuelle.
« Environ quatre heures. »
Mira répondit avec un léger sourire. À ces mots, je ne pus que rire sans conviction. J’avais eu l’impression de passer des semaines là-dedans. Puisque c’était un rêve, le temps semblait s’écouler comme bon lui semblait.
« Alors, ce rêve ? Tu t’es amusé ? »
Mira se pencha vers moi, les yeux brillants. Je hochai légèrement la tête. Amusé, hein ? Oui, ça avait été amusant. Après tout, j’avais pu rencontrer toutes sortes de Professeures. J’avais aussi eu une sorte de révélation.
Je posai une main sur ma poitrine. Cet arbre avait un tronc et des nervures bien plus épais qu’avant. Sa croissance ne s’était visiblement pas limitée au rêve.
Le flux de pouvoir magique qu’il attirait était bien plus pur qu’avant, mais aussi plus explosif. En me concentrant, je pouvais sentir de minuscules grains qui s’écoulaient en lui. C’étaient bien des fragments de mon âme.
La croissance de cet arbre ne se résumait pas à un simple gain de volume. C’était comme un point d’appui vers un royaume supérieur. Je sentais instinctivement que mon niveau s’était affermi.
Je compris clairement que j’avais progressé d’un stade et qu’à partir de là, j’étais prêt à passer au suivant.
À cet instant, l’espace devant mes yeux se déchira. Une feuille de papier en sortit en flottant et atterrit sur la table.
Qu’est-ce que c’était ? Koite laissa échapper un petit rire, puis se mit à applaudir bruyamment. Il affichait un air ravi.
« Hein, je devrais te féliciter. On dirait qu’il s’est passé quelque chose de bien là-dedans. Si tu as reçu ça, du moins. »
Il la ramassa et l’agita légèrement, puis l’imprégna de pouvoir magique et me l’envoya. Je la réceptionnai avec précaution et en examinai le contenu.
C’était une sorte de guide. Je lus lentement les mots écrits tout en haut.
[Avis d’évaluation de promotion]
Il m’invitait à me rendre en ville le mois suivant pour une évaluation de promotion. Je clignai des yeux, sans un mot. Cela ne faisait même pas deux ans que j’étais passé au deuxième étage. Et voilà que j’avais déjà reçu un avis d’évaluation de promotion.
C’était un résultat bien supérieur à la moyenne. Mira me tapota la poitrine et me sourit avec éclat. Elle me félicitait.
Je lui rendis son sourire et la remerciai. Mais je ne pouvais pas me réjouir sans retenue. Ce résultat, je ne l’avais pas obtenu seul.
C’était le fruit du sacrifice d’une cinquantaine de Professeures qui avaient renoncé à leur vie pour moi. Leur promesse était profondément gravée dans ma poitrine. Je devais absolument la tenir.
Et je devais aussi remercier quelqu’un d’autre. Je m’inclinai profondément devant Koite.
« Je n’aurais pas pu résoudre tout ça sans vous, maître. Merci beaucoup. »
Le Théâtre des rêves. Je me rappelai de nouveau ce nom. Le lieu appelé rêve était extrêmement étrange. Même si c’était le mien, il regorgeait de choses que je ne comprenais pas. Sans Koite, je n’aurais certainement pas pu saisir cette occasion.
À mes remerciements, Koite agita légèrement la main.
« Eh bien, je n’ai fait que te guider jusqu’au rêve. Moi non plus, je ne pouvais pas voir ce qui s’y passait. J’aurais bien voulu y jeter un coup d’œil, cela dit. Alors, tu repars maintenant ? »
Koite se lécha légèrement les lèvres en parlant. Je le vis jeter un regard au cercueil d’où je venais de sortir. Je hochai la tête, puis posai une main sur ma poitrine.
L’obsession intense qui bouillonnait toujours en moi avait disparu. Puisque j’avais entièrement maîtrisé l’incomplétude de mon âme, l’obsession qui en découlait s’était apaisée d’elle-même.
Il était temps de rentrer à la tour et d’affronter la Professeure. Mon obsession étant complètement résolue, je devais le lui annoncer.
Je pris congé de Koite, puis me dirigeai vers la tour. Je marchai ensuite d’un pas assuré vers la chambre de la Professeure.
Et quand je me retrouvai devant la porte fermée à double tour, je compris quelque chose. Ah, oui. Résoudre mon obsession et demander pardon à la Professeure étaient deux choses différentes.
Ce n’était pas parce que je m’étais entièrement débarrassé de cette obsession que la Professeure allait ouvrir grand la porte avec joie.
Elle boudait toujours obstinément.
Comme pour le prouver, la plaque accrochée devant la porte brillait d’une lumière éclatante.
[Entrée interdite à Evron]
En la voyant, je me grattai légèrement la tête. On aurait dit que tous mes problèmes n’étaient pas encore résolus.
Je me creusai la tête et tentai d’apaiser la colère de la Professeure. Mais elle ne m’ouvrit pas facilement la porte. Une année passa rapidement dans ces conditions.
De nombreux trésors donnèrent des conférences et, durant ce temps, je tentai l’évaluation de promotion pour accéder au troisième étage.
Et j’échouai.
Le mur de la promotion était encore bien trop haut pour que je puisse le franchir.
Je ne parvins pas non plus à reconquérir le cœur de la Professeure.
Debout devant sa porte, je souris amèrement. De l’autre côté, je ne percevais aucune trace de pouvoir magique. La Professeure avait quitté la tour pour son évaluation de fin d’études.
Comme elle ne m’avait toujours pas pardonné, je ne pouvais pas la suivre. Mira était partie avec elle à ma place.
Je me frottai doucement le menton. Je ne pouvais pas laisser la situation se reproduire. Alors, comme Mira me l’avait conseillé, je devais offrir un vrai cadeau à la Professeure.
Et, au cours de l’année écoulée, j’avais aussi établi un plan suffisamment solide. Je pensai au trésor qui animerait la prochaine conférence.
Hache Sanglante. C’est elle qui animerait la prochaine conférence.
C’était la cible que je visais.
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