Chapitre 136
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 136
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136.
Après avoir remis plus ou moins le cercle magique en ordre, je quittai la pièce.
Contrairement à la première fois où j’étais venu, le bâtiment avait désormais pris une ampleur impressionnante.
Il était assez grand pour qu’on ait aménagé une salle spécialement destinée aux invocations.
Elles avaient dû devenir si nombreuses que le bâtiment avait fini par s’agrandir à ce point.
Je marchais lentement lorsqu’un vacarme retentit quelque part.
Tout le monde semblait rassemblé là-bas. Je suivis le bruit dans le couloir.
J’arrivai dans une pièce assez spacieuse. C’était de là que venait le vacarme.
En entrant, je remarquai d’abord une grande table, puis les professeures assises autour.
Elles discutaient de quelque chose autour de la table. Je m’approchai lentement.
« Massacre ! Massacre ! »
D’un côté de la table, j’aperçus la lapine qui agitait sa hache.
Elle semblait rejouer le combat que nous avions mené auparavant.
Les autres trésors ne prêtaient guère attention à la façon dont elle brandissait sa hache avec tant d’entrain.
Les professeures rassemblées autour d’elle dégageaient à peu près la même aura que la lapine.
Elles avaient l’air détendu, chacune dans son petit monde.
Elles se reposaient à leur manière et ne parlaient que de ce qui leur chantait.
C’étaient elles qui faisaient le plus de bruit dans la pièce.
Je les observai avec un sourire satisfait.
Était-ce parce qu’elles avaient l’apparence de Professeur ? Pour une raison ou une autre, je n’arrivais pas à les détester. Au contraire, je les trouvais mignonnes.
Le groupe là-bas dégageait toutefois une atmosphère un peu différente. Je jetai un regard du côté de la nonne.
Si le groupe de la lapine était libre et bruyant, les professeures rassemblées autour de la nonne avaient un air calme et mûr.
Malgré leur apparence identique, elles avaient toutes une personnalité différente.
Et ces traits semblaient s’être construits autour des trésors dont elles étaient issues.
La lapine avait repris jusqu’au moindre détail l’image de Hache de Sang, allant même jusqu’à adopter sa façon de parler, tandis que l’attitude de la nonne ressemblait beaucoup à celle de Mira.
Parfois, en écoutant la nonne parler, j’avais l’impression d’être avec Mira.
Elles étaient donc fortement influencées par le pouvoir magique des trésors contenus dans leur corps.
Mais alors, pourquoi la nonne portait-elle un habit de nonne ? Je me frottai le menton et me plongeai dans mes pensées.
Une vague curiosité m’envahit. Était-ce, là aussi, l’influence du pouvoir magique du trésor ?
Je secouai légèrement la tête. Non, ça ne pouvait pas être ça. Je n’avais jamais vu Mira porter un habit de nonne.
Je posai doucement la main sur ma poitrine. La réponse se trouvait probablement là.
J’avais compris quelque chose en poursuivant mes invocations. Contrairement aux autres objets, leur lien avec moi était plus direct.
J’avais donc continué à réduire la portée de l’invocation. J’avais resserré ce lien encore et encore, jusqu’à finalement n’invoquer que mon arbre comme cible, aujourd’hui.
Et elles avaient traversé sans peine la mince ouverture du cercle magique. La signification de ce résultat était évidente.
Elles étaient directement liées à mon âme. Autrement dit, elles étaient nées de mon âme.
Un sourire amer se dessina sur mes lèvres.
Leur apparence était peut-être le reflet de mes goûts. Mon âme avait plaqué ces formes sur elles.
En effet, la tenue de lapine, l’habit de nonne et les vêtements des autres professeures correspondaient tous parfaitement à mes goûts.
Je me grattai légèrement la tête.
C’était mon âme, mais ça faisait tout de même un peu louche. Les déguiser toutes en Professeur comme ça.
Je laissai échapper un petit rire espiègle.
Mais au-delà de ces pensées légères, leur apparence me donnait aussi matière à réfléchir.
Elles avaient clairement été profondément influencées par le pouvoir magique des trésors. Et si mon âme avait créé leur enveloppe à l’image de Professeur, c’était peut-être que mon obsession avait pris forme.
Après tout, l’obsession qui fleurissait en moi était liée au pouvoir magique de ces trésors.
Je me frottai le menton en les observant discuter autour de la table.
Ces apparences si singulières… Elles ressemblaient peut-être, dans leur forme, à la marionnette qui avait abrité le démon intérieur de Lumira.
Autrement dit, elles étaient peut-être elles-mêmes à l’origine du problème que je m’évertuais à chercher. La source de mon obsession.
Une fois ce soupçon enraciné en moi, tout me sembla suspect. Pourquoi avaient-elles accepté ma proposition si facilement ?
Même si je leur avais promis de les aider à entrer dans la réalité, cette promesse était extrêmement incertaine.
Pourtant, elles avaient accepté ma demande sans grande hésitation. Pour une raison ou une autre, cela me tracassait.
Essayaient-elles de se servir de moi ?
Je les observai d’un air méfiant, puis secouai la tête.
Au fond, ce n’était qu’une hypothèse. Une chose était sûre, dans la situation actuelle.
Je ne pouvais pas aller jusqu’au bout tout seul, et j’avais donc besoin de leur aide.
Je devais mettre mes soupçons de côté, pour l’instant. Rien ne prouvait qu’ils étaient fondés.
Ce n’était qu’une supposition. Se laisser emporter par une hypothèse et soupçonner tout le monde autour de soi n’était pas une attitude digne d’un mage.
Et si elles se servaient de moi, je n’avais qu’à faire de même. Sur cette pensée, je m’approchai et frappai doucement dans mes mains.
« On y va ? Vous avez toutes l’air d’avoir suffisamment récupéré. Je vais vous indiquer la direction à prendre. »
Je leur souris et leur fis signe de me suivre. La lapine se leva aussitôt et serra sa hache contre sa poitrine.
L’impatience se lisait sur son visage. Elle avait manifestement hâte de manier sa hache à sa guise.
Le groupe des professeures quitta bruyamment la pièce. Je leur emboîtai le pas.
À cet instant, la nonne se détacha du groupe et s’approcha de moi. Elle laissa échapper un petit rire.
Je croisai son regard et lui adressai un léger sourire.
« Il ne reste plus grand-chose, maintenant. »
« C’est vrai. »
Je hochai la tête, puis observai en silence le soleil au-dehors.
Invisible à leurs yeux, ce soleil diffusait une lumière d’un noir profond et éclairait le chemin que je devais emprunter.
La voie qu’il traçait était limpide. La fin était vraiment proche. Le soleil aussi s’était considérablement rapproché.
Lorsque je sortis lentement du bâtiment, les terres désolées apparurent devant moi.
Comme pour annoncer la fin imminente de mon rêve, le paysage était parcouru d’étranges distorsions.
Certains espaces semblaient à moitié retournés. Je voyais aussi le sol s’élever dans les airs puis retomber, comme si le temps s’était mélangé.
À la tête du groupe des professeures, je m’engageai sur le chemin tracé par le soleil.
Au bout de cette voie, je découvris un immense rempart de fer.
Je regardai en silence le groupe de soldats. Ils dégageaient une forte odeur de fer et une froide intention meurtrière.
Comme s’ils nous avaient repérés, ils se mirent à avancer lentement.
« Débarrassons-nous vite d’eux et continuons. »
Sur ces mots, je sortis une marionnette. Elle émit un léger signal et projeta des fils de pouvoir magique en direction des professeures.
Les marionnettes qu’elles transportaient se relièrent aux fils et vibrèrent légèrement.
Je hochai la tête et lui transmis un signal.
À ce signal, les professeures se mirent en mouvement.
L’entraînement avait porté ses fruits. Je me frottai légèrement le menton en riant, satisfait.
Elles avaient toutes une forte individualité. C’est pourquoi il leur arrivait parfois de se quereller.
Mais si je parvenais à rassembler leurs forces individuelles, elles pourraient déployer une puissance bien plus grande.
J’avais donc essayé de coordonner leurs mouvements aussi harmonieusement que possible. Et l’essai semblait avoir parfaitement réussi.
Sous mon contrôle, chaque professeure agissait de manière à faire avancer le groupe entier.
En avançant comme une seule vrille acérée, elles se mirent à déchirer le rempart de fer.
Il ne fallut pas longtemps pour que tous les soldats, qui se comptaient par milliers, disparaissent.
C’était tout naturel : nous étions bien plus nombreux qu’avant. Je ramassai les orbes et poursuivis ma route.
Par la suite, nous rencontrâmes plusieurs autres barrières semblables à la première.
Leur nombre augmentait et leurs rangs se resserraient à mesure que nous avancions. Mais le groupe des professeures transperçait ces remparts de fer sans hésiter et progressait rapidement.
« Massacre ! Massacre ! »
Je vis la lapine brandir sa hache avec excitation.
Une autre unité nous barrait de nouveau la route. Elle comptait visiblement la réduire en miettes d’un seul coup.
Cette fois, pourtant, nous ne pouvions pas avancer tout de suite. Ils étaient trop nombreux.
Je me frottai le menton en silence, puis observai le long rempart qui s’étendait devant moi.
Son ampleur dépassait de très loin celle des précédents.
Je distinguais des soldats serrés les uns contre les autres, au nombre de plusieurs dizaines de milliers. Il y avait autant de machines d’acier que de soldats.
Avec un tel nombre, même le groupe des professeures aurait du mal à s’en sortir.
Enfin, si nous combattions, nous finirions probablement par y arriver.
Pour les affronter le plus facilement possible, je devais préparer une vraie stratégie.
Ainsi, les professeures n’auraient pas à porter tout le poids du combat. Bien sûr, quelle que soit ma décision, la bataille s’annonçait difficile.
Tout en y réfléchissant, je commençai à cerner les mouvements de cette immense armée.
Peu après, je dus incliner légèrement la tête, puis me redresser.
J’avais senti quelque chose d’étrange. J’infusai un peu de pouvoir magique dans mes yeux et les examinai de près.
Ce gigantesque rempart de fer était constitué de nombreuses machines d’acier. Leurs canons étaient braqués sur nous.
Ces engins d’acier, prêts à cracher leurs obus à tout instant, étaient terrifiants.
Pourtant, ils ne bougeaient pas. Ils attendaient, tout simplement.
Les autres soldats faisaient de même. Ils restaient sur place, à nous observer, sans quitter leurs positions.
Je ne sentais plus chez eux la même intention meurtrière que précédemment. Non, elle était toujours là, mais elle s’était apaisée.
L’atmosphère n’avait plus rien à voir avec celle des fois précédentes, où ils se déchaînaient dès qu’ils nous apercevaient.
Pourquoi attendaient-ils ainsi ? J’observai leurs rangs, quelque peu tendu par ce changement d’ambiance.
Après les avoir affrontés du regard pendant un moment, je remarquai un léger mouvement parmi eux.
Plusieurs soldats quittèrent leurs rangs et se dirigèrent vers nous.
Un tissu blanc flottait dans leur dos. La signification ne faisait aucun doute : ils voulaient cesser le combat.
Devant cette attitude si différente de celle des fois précédentes, les professeures se mirent à murmurer entre elles.
Les soldats s’approchèrent et s’arrêtèrent devant nous.
Ils pointèrent leurs armes vers le sol et levèrent les deux mains. Puis l’un d’eux ouvrit lentement la bouche.
« Général, parler, toi. »
Après avoir péniblement articulé ces mots, il baissa une main et nous désigna. Son doigt pointait clairement vers moi. Je l’observai en silence.
« Moi ? »
J’inclinai légèrement la tête en l’interrogeant. Il hocha la sienne, le visage inexpressif.
Je croisai les bras et le fixai en silence. Son visage ne laissait paraître aucune lueur de raison.
On aurait dit qu’il ne comprenait que les ordres.
Je secouai la tête. Je n’arriverais sans doute à rien tirer de lui.
À vrai dire, ce n’était qu’une sorte de marionnette envoyée pour m’appeler.
Cela dit, c’était intéressant. Je croisai les bras et me plongeai dans mes pensées.
« Général ». Cela désignait clairement l’être qui les avait rassemblés.
Je ne savais pas de quoi il s’agissait, mais la situation était passionnante.
Je n’aurais jamais cru qu’ils demanderaient à discuter. Je pensais qu’ils resteraient hostiles, comme ils l’avaient toujours été.
Je parcourus le groupe des professeures du regard. Une petite agitation y montait.
Elles aussi semblaient déconcertées par la situation. La nonne s’avança lentement parmi elles.
Elle fixa le soldat, puis se tourna vers moi.
« Que comptez-vous faire ? Nous respecterons votre décision. »
Je réfléchis un instant à ses paroles. Je ne savais pas pourquoi ils me faisaient venir. C’était peut-être un piège.
Je repris bientôt contenance, hochai doucement la tête et avançai.
J’étais déjà curieux de savoir ce qu’était exactement cette armée.
Ce chemin menait à mon âme. Ils m’en barraient clairement l’accès.
À ce titre, ils étaient bien trop nets pour n’être que de simples souvenirs.
Et ils étaient les seuls à laisser tomber des orbes à vœux. Je n’en avais trouvé chez aucun autre être de rêve.
Eux aussi étaient trop étranges pour n’être que de simples éléments du rêve.
Je devais donc profiter de cette occasion pour découvrir ce qu’était réellement cette armée.
Quand je m’avançai, les professeures se mirent en marche avec moi. Les soldats levèrent alors les mains et leur barrèrent le passage.
Ils ne semblaient pas prêts à laisser qui que ce soit d’autre s’approcher.
Je me frottai le menton en les examinant. On dirait que je ne pourrais pas emmener tout le monde.
Même ainsi, je ne pouvais pas les laisser toutes derrière et partir seul. Qui savait ce qui m’attendait là-bas ?
Il me fallait une escorte capable de me protéger.
Je passai lentement le groupe des professeures en revue, puis croisai le regard de la lapine.
« Massacre ! »
Elle serra sa hache contre sa poitrine et me fit signe. Elle me demandait de l’emmener. Je soutins son regard, puis jetai un coup d’œil à la nonne.
La lapine et la nonne. C’étaient les deux êtres qui m’avaient accompagné le plus longtemps dans mon périple à travers ce rêve.
Comme nous avions travaillé ensemble depuis le début, je connaissais aussi leur force.
Elles feraient donc d’excellentes gardes du corps. Devais-je partir avec elles seulement, pour l’instant ? Avec ces deux-là, je pourrais au moins rentrer vivant.
« Accepteriez-vous de m’accompagner toutes les deux ? Si quelque chose arrive, j’enverrai un signal aux autres. »
Tout en parlant, je secouai légèrement la marionnette dans mes bras. Elle projeta des fils de pouvoir magique qui se relièrent aux autres marionnettes.
« Massacre ! »
La lapine leva haut sa hache et vint se placer à mes côtés. La nonne eut un petit rire et la suivit.
Les soldats ne les arrêtèrent pas.
Même si leur raison était floue, ils semblaient comprendre que ces deux-là m’accompagnaient pour me protéger.
Lorsque nous avançâmes, les soldats se retournèrent naturellement et marchèrent devant nous. Ils comptaient nous guider.
Ils reprirent rapidement le chemin d’où ils étaient venus.
Nous les suivîmes jusqu’à l’immense rempart de fer, puis pénétrâmes dans les rangs de l’armée.
Les soldats, raides et le regard droit devant eux, ressemblaient à des marionnettes.
Nous avançâmes en observant leurs gestes contraints, jusqu’à nous retrouver face au Général.
En le voyant, je hochai doucement la tête.
J’avais déjà rencontré plusieurs unités de commandement. J’avais pu entrevoir chez elles une lueur de raison, qui les poussait à tenir la ligne de front.
Bien sûr, ce n’était pas suffisant pour converser. Cet être qu’on appelait le Général dégageait une aura semblable.
Mais la lueur de raison dans ses yeux était bien plus nette que chez les autres, sans commune mesure.
Il méritait vraiment son titre de Général. Au milieu des soldats, il me fixait.
Après m’avoir observé un long moment, il détourna les yeux et examina la nonne et la lapine.
Après les avoir identifiées, je vis une légère intention meurtrière passer dans son regard avant de s’évanouir.
« Vous avez amené du lest. »
« Ce sont mes gardes du corps. J’ignore ce qui peut arriver ici. »
Je haussai légèrement les épaules. Le Général claqua la langue et fronça les sourcils. Je le fixai et me frottai le menton en silence.
À le regarder ainsi, son visage me semblait étrangement familier.
Où l’avais-je vu ?
Cette aura imprégnée de fatigue. Ces yeux enfoncés. Après avoir remarqué ces détails, je frappai doucement dans mes mains.
Je compris pourquoi il me semblait familier. Son visage ressemblait beaucoup au mien.
« Inutile de tourner autour du pot, je vais aller droit au but. »
Le Général frappa le sol avec le bâton qu’il tenait. Il cherchait à attirer notre attention. Lorsque je le regardai, il croisa mon regard et prit la parole.
« Je sais ce que vous voulez. Nous vous aiderons à l’obtenir. Abandonnez-les et rejoignez-nous. »
« Ce que je veux ? »
Je répétai sa question sans réfléchir, puis inclinai la tête et le regardai. Le Général hocha doucement la sienne et poursuivit.
« Oui. Au bout de ce chemin, vous voulez atteindre votre âme. Nous vous y conduirons. Vous pourrez ainsi parvenir tranquillement à destination, sans plus avoir à combattre. »
« … Comment l’avez-vous su ? »
Le Général semblait absolument certain de ce qu’il avançait. Je me grattai la tête en silence.
À part le groupe des professeures, je n’avais révélé ma destination à personne.
Comment l’avait-il deviné ? C’était la question.
Mes pensées avaient peut-être transpiré sur mon visage, car le Général eut un léger ricanement.
Il leva son bâton et désigna le ciel. Le soleil, d’une clarté éclatante, brillait dans cette direction.
« N’importe qui le comprendrait en regardant ce soleil. »
Je clignai des yeux. Ce Général voyait le soleil ? Comment ? Je croyais que les êtres du rêve ne pouvaient pas le voir.
Je jetai un coup d’œil à mes côtés. Contrairement à lui, la lapine et la nonne ne parvenaient toujours pas à localiser précisément le soleil. La nonne me regarda, posa une main sur son menton et pencha légèrement la tête.
« Oh là là, il y a un soleil ? Je ne vois rien du tout. »
Elle sourit avec douceur. Le Général lui lança un regard noir. Ses yeux mêlaient une haine profonde à une forte intention meurtrière.
« Vous autres, vous ne pouvez pas comprendre. Vous vous êtes complètement détachées de nous. »
Sur ces mots, il claqua sèchement la langue. La nonne lui fit face, se couvrit la bouche et laissa échapper un petit rire.
Le Général la fusilla du regard, puis finit par détourner la tête, comme s’il renonçait.
Il se tourna vers moi.
« Vous avez dû en apprendre un peu sur elles en venant jusqu’ici. Mon corps d’origine le ferait. Vous avez donc dû comprendre qu’elles venaient de vous. Il en va de même pour nous. On peut dire que nous sommes des êtres qui se sont détachés de vous. »
Le Général désigna les soldats qui se tenaient à ses côtés. À ces mots, je ne pus que cligner des yeux. Toute cette armée était composée d’êtres issus de mon âme ? Il poursuivit :
« Nous aussi, nous pouvons voir ce que vous voyez. C’est pareil pour le soleil. Elles le voyaient sans doute, elles aussi, à l’origine. Elles ont autrefois fait partie de nous. »
Le Général plissa les yeux et dévisagea la lapine.
Sous son regard, la lapine gronda légèrement et leva sa hache. Une puissante énergie magique se mit à courir le long de la lame.
Le Général ricana en la voyant.
« Mais leur état actuel vous montre qu’elles ont été contaminées et transformées. Elles ont perdu la pureté que nous avons conservée. C’est pourquoi je vous demande de les abandonner et de nous rejoindre. »
Il me regarda. Une ferme conviction traversa ses yeux. Il jeta un coup d’œil au soleil, puis secoua la tête.
« Elles ignorent où se trouve votre âme. Elles essaient donc de se servir de vous comme guide pour l’atteindre. Voilà pourquoi nous vous arrêtons. Si elles arrivent au bout, qui sait ce qui adviendra de votre âme ? »
Il marqua une pause, puis poussa un profond soupir. Je percevais chez lui une grande détresse. Il tapota le sol avec son bâton et me regarda.
« Alors, rejoignez-nous. Nous sommes nés de vous et n’agissons que pour protéger votre âme. Éliminer toute cette contamination et préserver la pureté de votre âme : tel est notre but. Notre mission aussi. »
Une mission. À ce mot, je ne pus m’empêcher d’acquiescer. Il avait l’air sincère.
Cette armée était peut-être le dernier rempart qui contenait mon obsession.
Je sortis un orbe de mes vêtements et le caressai doucement. En écoutant ses explications, je compris naturellement pourquoi il apparaissait.
Ils faisaient partie de mon âme, celle du propriétaire du rêve.
Lorsqu’ils mouraient et disparaissaient, leur pouvoir devait subsister sous la forme de ces fragments.
C’était une force née de mon âme.
Puisqu’elle venait de mon âme, elle pouvait forcément exercer une telle influence sur le rêve.
Pas étonnant. Il aurait été absurde qu’un pouvoir aussi pratique se retrouve dispersé en si grande quantité dans tout mon rêve.
Je me plongeai en silence dans mes pensées, puis repassai ses paroles en revue pour en dégager le sens.
En gros, tous ces êtres étaient nés de mon âme. Les professeures comme les soldats.
Je jetai un coup d’œil à la lapine et à la nonne. Elles ne confirmèrent ni ne démentirent les propos du Général. Elles restèrent simplement immobiles.
Celles-ci étaient contaminées, ceux-là étaient purs. Était-ce ainsi qu’il fallait comprendre la situation ?
Je me grattai légèrement la tête. Mon âme s’était donc divisée en un si grand nombre de morceaux ?
Dans quel état se trouvait mon âme pour que ce soit possible ? Les questions se bousculaient dans mon esprit.
Cela ne s’était jamais produit dans les autres rêves que j’avais vus jusqu’ici.
Était-ce lié à ma réincarnation ? Je hochai légèrement la tête en y réfléchissant. À voir l’apparence de ces soldats, c’était probable.
Ils n’avaient pas pris cette forme sans raison.
D’une certaine façon, tout ce que disait le Général me semblait vrai. Les soupçons que j’avais entretenus jusque-là s’organisaient en un raisonnement tout à fait cohérent.
Je fixai les êtres qui avaient pris l’apparence de Professeur : la lapine et la nonne.
Si, comme je le soupçonnais, elles étaient des cristallisations de mon obsession, que se passerait-il si elles atteignaient mon âme en se servant de moi comme fondation ?
La contamination se répandrait peut-être dans toute mon âme.
Et mon âme, engloutie par le pouvoir magique, perdrait le contrôle que j’avais tout juste réussi à acquérir et retournerait à son état précédent.
J’étais entré dans ce rêve pour résoudre mon obsession, mais je risquais de déclencher un danger encore plus grand.
De ce point de vue, les explications du Général suffisaient à éveiller ma méfiance.
Je me frottai le menton en les regardant. Si c’était le cas, comme le disait le Général, je ne devais pas les laisser atteindre mon âme.
Le Général parut comprendre mes pensées et hocha fermement la tête.
Que se passerait-il si je l’écoutais ? Il n’y aurait clairement plus de combat.
Il m’ouvrirait la voie. J’atteindrais naturellement le bout du chemin et je me retrouverais face à mon âme.
Là, si j’éliminais la source de mon obsession — autrement dit, ces êtres qui ressemblaient à Professeur — mon obsession pourrait bien disparaître d’elle-même.
Dans ce cas, je n’aurais pas non plus à tenir la promesse que je leur avais faite.
Celle de les faire sortir dans la réalité, alors que je n’étais même pas sûr d’en être capable.
Le Général avait une raison de s’être donné la peine de me faire venir. Je le regardai.
Dans la fermeté de son regard, je sentais qu’il avait suivi tout le fil de mes pensées.
Il semblait aussi savoir que cette proposition me tenterait.
Je pouvais sans peine croire qu’il était né de moi. Il y avait peu d’êtres dont les pensées s’accordaient aussi bien aux miennes.
Je fis face au Général.
« C’est une histoire intéressante. Et assez tentante, je dois dire. »
Je souris et hochai la tête. Un léger sourire se dessina sur les lèvres du Général. Au même moment, la lapine leva les yeux vers moi et s’exclama : « Massacre ! » Face à ce visage qui ressemblait à celui de Professeur, je hochai doucement la tête.
« Malgré tout, je ne peux pas me joindre à vous. »
Tout en parlant, je jetai un regard à la lapine, puis traçai un geste du doigt en travers de ma gorge, vers le Général.
« Massacre ! »
À mon signal, la lapine sortit sa hache. Elle concentra du pouvoir magique dans ses pieds et fonça en un éclair sur le Général. Les soldats s’interposèrent aussitôt, mais ne résistèrent pas à la puissance de la hache.
Protégé par ses soldats, le Général recula lentement. Je le vis froncer les sourcils et me fusiller du regard.
« Insensé. Pourquoi faire ça ? »
« Parce que je fais davantage confiance à ce camp-ci qu’au vôtre. »
Je me grattai légèrement la tête et jetai un coup d’œil à la nonne.
Elle sourit doucement tandis qu’une brume s’échappait de ses doigts. Celle-ci s’infiltra parmi les soldats et commença à dissimuler la lapine.
Dans le même temps, la hache de la lapine tailladait sauvagement les soldats. Incapables de lui résister, ils se liquéfiaient sans pouvoir se défendre.
Bientôt, une voie s’ouvrit jusqu’au Général. La lapine prit son élan et s’y engouffra à toute vitesse.
La différence entre eux et l’autre groupe était évidente.
Après tout, les choses avaient été différentes dès notre première rencontre. Les soldats m’avaient tué une fois. Ils m’avaient également pris en chasse.
Ils s’étaient clairement montrés hostiles à mon égard.
Mais le groupe des professeures les avait arrêtés. Elles avaient d’abord essayé de discuter avec moi.
C’était plutôt civilisé de leur part. En comparaison, les soldats n’étaient que des brutes.
Ils s’étaient rués sur moi pour me tuer et n’avaient tenté de négocier qu’à présent, alors que nous touchions presque au but. Tout en cherchant, qui plus est, à semer la discorde entre nous.
C’est pourquoi, aussi raisonnable et convaincant que soit son discours, je ne pouvais pas le croire.
Dès le départ, leur façon de s’y prendre avait été mauvaise. Comment faire confiance à des êtres qui recouraient d’abord à la violence ?
À l’inverse, le groupe des professeures avait coopéré avec moi sans réserve.
Et je n’abandonnais pas les êtres qui me témoignaient coopération et confiance. C’était une sorte de règle personnelle.
Si je ne pouvais pas être certain de l’identité des soldats ou des professeures, alors je devais croire celles qui m’accordaient leur confiance.
Mieux valait continuer d’avancer en croyant jusqu’au bout en ces êtres qui seraient peut-être mes alliés, plutôt que de prendre à moitié la main de l’ennemi.
Je n’aurais qu’à vérifier la vérité une fois arrivé au bout.
S’ils me trompaient, alors je me laisserais tromper. Puis, après avoir pesé leur bienveillance et leur hostilité, je leur rendrais exactement la monnaie de leur pièce.
La lapine fonça sur le Général. Après m’en être assuré, je hochai la tête.
J’estimais que nous pouvions facilement venir à bout de tant de soldats.
Le Général était l’unité de commandement qui contrôlait cette immense armée. Que se passerait-il si nous lui coupions la tête ? Les soldats se désorganiseraient en un rien de temps.
Nous pourrions alors franchir facilement le champ de bataille. Il n’y avait aucune raison de laisser passer cette occasion.
« Ce choix portera atteinte à notre pureté… »
Le Général allait ajouter quelque chose quand la lapine abattit sa hache.
La tête du Général s’ouvrit en deux sous le coup. Il se liquéfia aussitôt, ne laissant derrière lui qu’un orbe.
Au même instant, une intention meurtrière se mit à onduler autour de nous. Les autres soldats avaient clairement compris que quelque chose était arrivé au Général.
Mais une épaisse brume recouvrait déjà les alentours. La nonne l’avait répandue.
Dans ce brouillard, je dressai rapidement des barrières de pouvoir magique. Puis je jetai un coup d’œil à la nonne et à la lapine.
« Partons d’ici comme ça. Une fois que nous aurons rejoint les autres, je pense qu’on pourra finir le travail. »
« Massacre ! »
La lapine s’avança et nous ouvrit la voie. Nous nous mîmes à fuir lentement, en nous faufilant entre les soldats.
Sous la pluie d’obus et de balles, ma barrière de pouvoir magique se faisait transpercer, puis se reformait encore et encore.
Je me concentrai et déversai sans relâche mon pouvoir magique. Il fallait que la lapine puisse se frayer le chemin le plus large possible.
Grâce à mes efforts, peut-être, elle traversa rapidement la muraille de soldats sans que rien ne l’arrête.
Je poussai un soupir de soulagement. Nous étions assez loin pour que je puisse envoyer un signal. Je sortis la marionnette et y insufflai légèrement du pouvoir magique.
Un signal se mit alors à circuler le long des fils de pouvoir magique qui reliaient les marionnettes.
Elles avaient dû recevoir le signal correctement, car je les vis accourir vers nous. Elles détournèrent la pluie d’obus et de balles et nous tirèrent de là en un instant.
« Massacre ? »
La lapine se retourna vers moi. Elle semblait frustrée de n’avoir fait que fuir. Je hochai la tête.
« Oui, tu peux tous les éliminer. La discussion est terminée. »
« Massacre ! Massacre ! »
La lapine bondit vers les soldats, l’air ravi.
Sa hache se mit à les tailler en pièces. Les autres professeures déchaînèrent leur pouvoir magique et brisèrent les machines d’acier.
Était-ce parce que l’unité de commandement avait disparu ? Les soldats furent balayés comme du sable. Ainsi, l’épais rempart de fer s’effondra.
Je pouvais enfin souffler. Je jetai un coup d’œil à la nonne. Elle se tenait à mes côtés et libérait de la brume.
Elle semblait vouloir me protéger au milieu de la bataille.
Je me plongeai en silence dans mes pensées. Tous ces êtres étaient nés de moi. J’avais éliminé le Général, mais ses explications étaient assez plausibles.
Étaient-elles vraiment contaminées ? Je n’en avais aucune certitude.
« Alors, on invoque de nouveau ? »
Je haussai légèrement les épaules. Inutile de m’inquiéter. Je saurais tout une fois arrivé au bout. Je ramassai un orbe qui roulait par terre et hochai la tête.
Par la suite, nous invoquâmes des professeures et poursuivîmes le combat, encore et encore. Au cours de ces batailles, des unités de commandement semblables au Général nous barrèrent la route à plusieurs reprises.
Combattre de telles masses de soldats rassemblés était assez difficile. Mais elles ne suffisaient toujours pas à arrêter la puissance du groupe des professeures lorsqu’il faisait front d’un seul bloc.
Nous finîmes ainsi par arriver au bout du chemin.
Je regardai le soleil. Il répandait dans toutes les directions une lumière d’un noir profond. Et sous lui, j’apercevais un vaste lac.
Au-delà du lac, seule ondulait une brume d’un noir d’encre.
« Nous y voilà. »
« Oui. »
La nonne hocha la tête. Je me dirigeai vers le lac, puis en observai calmement l’intérieur.
Le lac émettait une faible lueur. Elle semblait révéler avec une grande netteté ce qu’il renfermait.
À l’intérieur, je vis quelque chose remuer et s’écouler.
Je le sus instinctivement : cet immense lac était mon âme.
« Si vous y entrez, vous comprendrez naturellement ce que vous voulez savoir. »
La nonne s’approcha de moi et sourit avec douceur. J’acquiesçai légèrement. Puis, après avoir pris le temps de respirer profondément, je plongeai la main dans le lac.
Au même instant, des souvenirs se mirent à défiler dans mon esprit.
Mes yeux tressaillirent légèrement. J’avais déjà entrevu ces choses.
Quand Professeur avait tiré mon âme hors de mon corps. Bien sûr, j’en avais presque tout oublié en réintégrant mon corps.
Tous ces souvenirs étaient contenus dans mon âme. En laissant ainsi ma main tremper dans le lac de mon âme, je sentais qu’ils reprenaient naturellement vie.
Dans ces souvenirs, j’avais été une multitude d’êtres. J’avais été le Général, un soldat, mais aussi cette femme tuée par leurs mains.
Ces souvenirs fragmentaires affluèrent sans fin en moi. Puis ils se rassemblèrent autour de ma poitrine et se mirent lentement à imprégner mon arbre.
C’était comme une petite révélation, née de la découverte de l’origine de mon âme. Une chose m’avait toujours intrigué.
J’étais un réincarné. C’était un fait indéniable. Mes souvenirs le prouvaient.
Pourtant, pour un réincarné, mon pouvoir était bien trop faible.
Le président me l’avait dit. Un réincarné était un être doté d’une immense puissance, descendu dans ce monde. Mais mon talent était bien trop limité pour que l’on puisse me qualifier ainsi.
Pourtant, la main plongée dans mon âme, je sentais que je comprenais enfin clairement pourquoi.
L’armée. Ces êtres avaient dit qu’ils étaient nés de mon âme. Le groupe des professeures aussi.
S’ils pouvaient apparaître devant moi sous tant de formes différentes, c’était grâce à la nature particulière de mon âme.
Je refermai doucement la main. Quelque chose s’y accrocha, venu d’au-delà du lac. C’était un fragment d’âme.
Un petit morceau d’âme contenant des souvenirs comme ceux que je venais de voir.
Je baissai les yeux vers le lac. Il s’écoulait sans fin, empli de fragments d’âme de ce genre.
Ce lac était comme un tout composé de ces fragments.
Telle était la forme de mon âme.
Je n’étais pas un être fait d’un seul bloc. J’étais comme un immense ensemble, constitué de petits fragments d’âme qui se rassemblaient sans cesse. Une âme sous forme de colonie.
Était-ce là le secret caché au cœur de mon âme ? Je laissai échapper un léger sourire amer.
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