Chapitre 132
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Surviving in the Magic Academy
Chapitre 132
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Les rêves s’évanouissaient en un instant. Comme des bulles. Celui de Lumira n’avait pas fait exception. Mais tout nettoyer après ce rêve s’avéra assez compliqué.
Je jetai un coup d’œil à la pièce. Lumira, la propriétaire du rêve, était déjà partie, mais des traces du rêve né d’elle persistaient encore dans la pièce, dégageant un pouvoir magique trouble.
Ces traces vacillaient entre les circuits qui composaient le cercle magique menant au rêve. Koite examina les impuretés et poussa un léger soupir. Ce n’était visiblement pas le moment de parler de mon rêve.
« Voilà pourquoi préparer un rêve aussi vaste est si pénible. Je dois refaire tout le cercle magique. »
Koite tendit un doigt et désigna différents endroits. Du pouvoir magique ondula au bout de son doigt et se répandit dans toutes les directions. Les marionnettes qui le reçurent s’éveillèrent lentement.
Au signal de Koite, elles s’approchèrent du cercle magique. Puis elles commencèrent à le démonter avec précaution. Koite guidait chacun de leurs gestes avec une précision délicate.
Sous ses ordres, le cercle magique fut démantelé en un clin d’œil. À la fin, toute la pièce était parfaitement nettoyée. Un travail d’une efficacité redoutable.
Une fois l’opération terminée, Koite se dirigea vers l’endroit où se trouvait le cercueil. Il fouilla doucement à l’intérieur et en sortit un grand orbe. En le voyant, il sourit, satisfait.
Cela semblait être le rêve de Lumira. Koite l’examina sous différents angles, puis hocha la tête et se tourna vers nous. Il nous adressa alors un grand sourire éclatant. Il semblait d’excellente humeur après avoir mené tout cela à bien.
« Bon, bon, il faut reconstruire cette pièce. Allons-y, mes amis. »
Il se tapota le ventre et éclata d’un rire franc. Puis il se mit en marche d’un pas léger. Son allure vive trahissait son assurance tranquille. Arrivé près de la porte, il se retourna vers nous.
« Qu’est-ce que vous faites ? Allez, venez. Je vais vous montrer un endroit où vous pourrez vous reposer comme il faut. Le travail est terminé, alors détendons-nous un peu. Et si vous avez quelque chose à me dire, on pourra en parler. »
Il nous fit signe du menton. Mira s’appuya légèrement contre moi. Je hochai la tête en direction de Koite, puis guidai Mira vers la porte. Il gloussa et sortit le premier.
Il nous conduisit dans une pièce située tout au fond du bâtiment du théâtre. Il ouvrit la porte et entra sans hésiter. Je le suivis.
Je regardai autour de moi. Un pur pouvoir magique émanait des nombreux objets précieux qui ornaient les murs et le plafond, tandis que chaque meuble dégageait un luxe évident.
À première vue, on aurait dit un bureau. Je jetai un coup d’œil aux énormes canapés au milieu de la pièce. À voir leur taille, cela ressemblait aussi à un salon. Quoi qu’il en soit, c’était sans aucun doute la pièce de Koite.
Il ôta la robe qu’il portait. Les nombreux ornements qui y étaient attachés tintèrent. C’était la robe cérémonielle qu’il avait mise pour s’occuper de Lumira.
À présent vêtu confortablement, il s’étala sur le long canapé. Une fois tout son corps enfoncé dans les coussins, il nous fit signe de la main. Il désigna le canapé en face de lui et esquissa un sourire.
« Asseyez-vous. Détendez-vous. »
Je hochai la tête et me dirigeai vers le canapé avec Mira. Puis je m’y adossai. Le tissu doux épousa mon corps. Il y avait une raison pour laquelle Koite s’y était laissé fondre ainsi.
Toujours vautré, Koite frappa doucement dans ses mains. La porte s’ouvrit et une marionnette entra. Je lui jetai un coup d’œil.
C’était une marionnette familière, à l’apparence d’une femme. Koite ne lui avait peut-être pas encore changé ses vêtements, car les oreilles de lapin dressées sur sa tête frémirent légèrement. Elle portait un petit plateau, sur lequel se trouvait une bouteille.
La marionnette fit pivoter la bouteille avec aisance et l’ouvrit. Un parfum agréable se répandit dans la pièce. Elle en versa le contenu dans des verres, puis les posa sur la table devant nous.
Une couleur rouge chatoyante attira mon regard. Du vin ? Koite leva son verre sans hésiter et le vida d’un trait. Puis il lâcha un petit rot et rit, ravi.
« Allez, tout le monde, servez-vous un verre. »
Sur ces mots, Koite leva son verre. Je pris le mien et le cognai doucement contre le sien. Mira huma le parfum et sourit légèrement.
« Oh là là, quelle merveilleuse odeur. »
« C’est une boisson de fête. Une boisson de fête ! Alors buvez autant que vous voulez ! Elle coûte cher. »
« Ho ho, dans ce cas, je ne vais pas me retenir. »
Mira porta tranquillement son verre à ses lèvres. Puis ses yeux sourirent doucement. Je goûtai moi aussi le vin et hochai la tête.
Il ne mentait certainement pas en disant qu’il coûtait cher. Je ne connaissais pas vraiment les règles de dégustation du vin, mais sa saveur intense envahit le bout de ma langue. Sa texture ample emplit ma bouche de ses riches arômes.
Il n’avait même pas besoin d’être accompagné d’un plat. Son goût était déjà incroyable à lui seul. La note légèrement amère qui se mêlait à sa douceur en révélait encore mieux la saveur. Émerveillé par ce goût à la fois rond et intense, je me mis à siroter mon verre.
La chaleur du pouvoir magique contenu dans l’alcool réchauffa agréablement mon corps. L’atmosphère de la pièce sembla elle aussi devenir un peu plus chaleureuse. Je relâchai mes muscles et m’enfonçai profondément dans le canapé, comme Koite.
Tandis que je me reposais et laissais le temps s’écouler, le brouillard que j’avais ressenti dans le rêve se dissipa en grande partie. Je jetai un coup d’œil à Koite. Il buvait son vin avec un sourire radieux.
C’était peut-être pour cela qu’il nous faisait nous reposer ainsi. Nous devions sortir complètement du rêve, comme Lumira. Après tout, nous y avions été plongés nous aussi. À mesure que je sirotais l’alcool, mon esprit s’éclaircit peu à peu.
« Ah, qu’est-ce que ça fait du bien. Et cette mission s’est bien terminée, en plus. »
Koite se tapota le ventre en disant cela. Son rire était vraiment joyeux. Il semblait d’excellente humeur. Le rêve avait donc dû lui rapporter gros.
« Combien allez-vous gagner avec ça ? Je suis curieux de vous voir si heureux. »
Je posai la question en haussant légèrement les épaules. C’était une question qui m’était venue à l’esprit. Koite avait lui aussi l’air d’attendre que je la pose. À ces mots, il afficha un large sourire. Il leva le pouce et hocha la tête.
« Évidemment que ça t’intrigue. Oui, bien sûr. Après avoir déduit le coût des matières premières, environ un million et demi ? Hé hé hé, parfait. Les points s’accumulent. »
J’écarquillai les yeux. C’était donc si rentable ? Je me pourléchai les lèvres. Le doux parfum de l’or me chatouilla les narines.
Si je pouvais faire la même chose que lui, songeai-je, avant de secouer la tête. Ce Théâtre des rêves n’était possible que grâce à Koite. Le pouvoir de sa magie unique, celle d’un démon des rêves, était la source qui avait façonné ce monde.
La magie unique, hein… Je me caressai légèrement le menton. Malgré tout, je me demandai si je ne pourrais pas trouver un moyen de faire quelque chose de semblable. Il avait bâti un monde à travers les rêves, et j’avais moi aussi quelque chose d’approchant : mon arbre d’ombre.
Enfin, c’était un rêve en soi. Je secouai la tête. Si c’était aussi facile à créer, d’autres l’auraient déjà fait. Et je manquais moi aussi de talent.
« Je t’en mettrai aussi un peu de côté, alors ne t’en fais pas. Tu as bien travaillé en jouant la fée dans le rêve, je dois te récompenser. »
Koite gloussa en disant cela. Une fée, hein ? Il remettait ça sur le tapis. À côté de moi, Mira posa son verre et se mit à glousser. Elle me jeta un coup d’œil, les yeux rieurs.
« Ho ho, la tête de Lumira quand elle a découvert qu’Ian était en fait Evron, c’était quelque chose. »
Mira rit doucement, les yeux pétillants. Je me grattai un peu la tête. Je me rappelais l’air stupéfait de Lumira. Était-ce vraiment si surprenant ? Je n’avais fait que de mon mieux.
Koite gloussa encore un moment, puis posa son verre et finit par s’arrêter de rire. Il tourna les yeux vers moi et s’enfonça davantage dans le canapé.
« Bon, il faudra tout de même déduire une petite somme. J’ignore la cause exacte, mais un problème s’est produit. Heureusement que tu as bien géré le nettoyage. »
Il me jeta un coup d’œil. Je baissai légèrement la tête. À bien y réfléchir, cet incident venait au bout du compte d’un problème avec ma marionnette. Il avait lui aussi dû remarquer que quelque chose clochait chez elle.
« Enfin, tout s’est bien terminé, alors n’en parlons plus. C’était amusant aussi… »
Il s’interrompit, songeur, et se mit à caresser le dessous de son menton. Bientôt, il hocha la tête et frappa doucement dans ses mains. Puis il sourit et tapota la table.
« À bien y réfléchir, ce n’est pas une mauvaise idée. Une marionnette qui triomphe du propriétaire d’un rêve en dévorant un démon intérieur. On ne voit pas ça tous les jours. On pourrait aussi concevoir un rêve sous la forme d’une arène. »
Il sortit un morceau de papier de ses vêtements et se mit à écrire et à dessiner. Une fois toute la feuille couverte, il la rangea et sourit, satisfait. Puis il me regarda droit dans les yeux.
« C’est pour ça que je te le propose. Tu devrais rejoindre notre entreprise, toi aussi. Tu as déjà vécu ça, alors tu comprends, pas vrai ? Tu as du talent pour ce travail. Toi aussi, tu pourrais y trouver ta place. »
Mon reflet se détachait nettement dans ses yeux. Ils étaient pleins de convoitise. Y trouver ma place, hein. Je jetai un coup d’œil autour de moi. L’éclat éblouissant des objets de luxe attira mon regard.
« Ho ho, ça a l’air amusant, en effet. »
Mira s’appuya contre moi en disant cela. Le parfum du vin imprégnait l’air autour d’elle. Ses yeux brillaient légèrement. Je lui adressai un petit sourire. Elle semblait s’être prise d’intérêt pour les rêves.
C’était normal. Elle s’était vraiment bien amusée dans ce rêve. Elle m’avait dévoré, puis elle avait dévoré Lumira. Même si tout était faux, elle avait assouvi sa faim, alors rien d’étonnant à ce qu’elle soit ravie.
En les regardant, je secouai légèrement la tête. Les préparatifs de cette mission avaient été assez épuisants. J’avais dû faire sans cesse la navette entre la tour et la ville.
Bien sûr, si je n’étais resté qu’en ville, la proposition aurait été tentante. Mais je devais rester aux côtés de la professeure et l’assister. C’était le contrat, et c’était aussi ma volonté, désormais.
« Malheureusement, j’ai moi aussi des obligations dont je dois m’occuper. Je garderai donc cette proposition à l’esprit pour une prochaine fois. Si vous avez besoin d’aide, dites-le-moi. Je vous aiderai avec plaisir. Après tout, cette mission a commencé par une demande de ce genre. »
« Je m’en doutais. Viens quand tu veux. Et si tu ne peux pas venir, ta marionnette à côté de toi — non, Mira — peut venir toute seule. »
Koite dit cela et adressa un léger clin d’œil à Mira. Elle lui sourit doucement, les yeux pétillants.
« Oh là là, ça m’intéresse. Evron ne fait plus attention à moi ces derniers temps, voyez-vous. Il va toujours retrouver la professeure, alors j’en suis vraiment triste. »
Mira rit, ho ho, et leva légèrement son verre. Elle le fit doucement tourner. Koite cogna son verre contre le sien. Le tintement cristallin résonna, et ils rirent tous deux à voix basse.
En regardant Mira, je fronçai légèrement les sourcils. Si je ne pensais qu’aux points, la laisser venir seule était une très bonne idée. Comme elle l’avait montré dans le rêve d’aujourd’hui, elle avait un véritable talent pour évoluer dans les rêves.
Mais cette idée me retournait légèrement l’estomac. Cette émotion ténue qui vacillait en moi, c’était de la jalousie, ou peut-être de la possessivité. Après tout, elle était ma marionnette. En m’en rendant compte, j’esquissai un sourire amer.
C’était peut-être pour ça que les autres membres de la guilde ne le rejoignaient pas. Devoir plonger sa marionnette dans des rêves conçus selon les goûts d’autres personnes… Quelle horreur.
Si je n’avais pas connu le plan à l’avance, j’aurais hésité jusqu’au bout avant de participer. Même si vérifier mon rêve était important, ma marionnette l’était tout autant.
Me voyant froncer les sourcils, Mira rit doucement. Puis elle me tendit son verre. Je le pris et en bus une gorgée.
« Ho ho, je plaisantais. Tu es trop mignon quand tu es jaloux comme ça. »
Mira continua de rire en me regardant. Je distinguais nettement la malice qui se dessinait au coin de ses lèvres. Elle passa doucement son bras autour du mien. Je la regardai et poussai un petit soupir.
Mais surtout, les rêves. Je clignai des yeux. J’avais oublié quelque chose pendant un instant, à force de boire. Puisque le sujet avait été abordé, autant parler aussi de cette affaire. Je tournai discrètement les yeux vers Koite.
Koite faisait tourner son verre en nous observant. Sentant mon regard, il tourna la tête vers moi. Je baissai légèrement la tête. Il était temps de recevoir la récompense pour mon travail et pour cette demande.
« J’aimerais parler de mon rêve, maintenant. »
Koite cligna des yeux à ces mots. Puis il s’enfonça davantage dans le canapé. Il posa son verre et croisa les bras.
« Je me demandais quand tu allais aborder le sujet. Ton rêve, c’est ça ? Hmm, ça prendra un peu de temps. Environ une semaine. Je dois préparer certaines choses. »
Je le fixai. Une semaine, hein. Je pouvais attendre aussi longtemps. Si j’avais évoqué mon rêve, c’était pour une raison simple : j’avais maintenant une bonne raison d’y entrer.
Je posai doucement une main sur ma poitrine. Koite me l’avait déjà dit. En parlant de mon rêve, il avait mentionné qu’autre chose était mêlé à moi, ou quelque chose dans le genre. Il avait vu juste.
J’avais découvert cet indice en examinant les marionnettes dans le rêve de Lumira. Il y avait quelque chose dans mon arbre, ou peut-être dans mon âme. Quelque chose qui expliquait pourquoi je me laissais si facilement emporter par le désir et l’obsession.
Je ne pouvais pas pénétrer seul dans ce domaine de l’âme. Il me fallait l’aide de Koite et ce rêve pour plonger au plus profond de moi-même. Le démon intérieur de Lumira s’était lui aussi gravé dans une âme de ce genre.
À ce propos, je devais lui poser une question. Cette idée me traversa l’esprit et je claquai plusieurs fois des doigts avant de parler.
« Au fait, vous avez dit que vous aviez remarqué quelque chose sur l’origine de mon obsession, non ? Que si vous creusiez un peu, vous pensiez pouvoir comprendre. Vous pourriez me dire de quoi il s’agit ? »
Koite se gratta la tête à ma question. Je le vis lever son verre et esquisser un sourire gêné. Puis il commença discrètement à éviter mon regard.
« C’était juste un truc que j’ai dit pour te tenter. À ce moment-là, je devais m’occuper du rêve en urgence, tu sais. Il fallait que je trouve un moyen de te retenir. »
« Et j’ai réussi à régler ça comme ça ! » ajouta-t-il avant d’éclater de rire.
Quoi ? Alors ce n’était que des paroles en l’air, sans le moindre fondement ? Mon visage se raidit et il agita doucement la main.
« Bon, c’était une blague, alors détends-toi. Mais j’en sais tout de même assez pour te donner une idée. Les rêves, c’est ma spécialité, après tout. »
Koite leva un doigt. Puis il le pointa doucement vers ma poitrine. Il le fit tourner dans cette zone, le recourba comme un crochet et frappa légèrement dans le vide. Toc, toc.
« Je te l’ai déjà dit ? Un rêve n’a qu’un seul point d’ancrage. Mais il y en avait beaucoup trop en toi. C’est ça qui est étrange. Alors j’y ai réfléchi un moment. »
Il marqua une pause. À ces mots, je posai une main sur ma poitrine. Les points d’ancrage en moi, hein. Je compris aussitôt ce qu’il voulait dire. Il parlait de ce que j’avais vu dans le rêve que j’avais accepté ici, autrefois, en guise de version d’essai.
Ce souvenir était encore vif dans mon esprit. Évidemment. C’était un rêve particulièrement marquant. Je n’aurais pas pu effacer la vision d’un endroit rempli de la professeure, même en essayant.
Surtout que chacune de ces professeures portait toutes sortes de tenues et dévoilait des charmes différents. Je jetai un coup d’œil à la marionnette qui se tenait derrière Koite. Ce costume de lapin venait de mon rêve.
J’aimais beaucoup cette tenue, moi aussi. Je hochai la tête. Oui, et si je m’occupais aussi des tenues de la professeure ? Si j’en avais l’occasion la prochaine fois, ce ne serait pas mal de la voir en porter une comme celle-là, au moins une fois !
Puis je tressaillis. Hum, hum. Mon obsession semblait avoir pris le dessus un instant. Je rassemblai soigneusement mes pensées éparses. Puis j’esquissai un petit sourire amer.
C’était aussi pour cette raison que je voulais me débarrasser de mon obsession. Je sentais bien que mes actes se teintaient peu à peu d’obsession. À force, il devenait de plus en plus difficile d’avoir confiance en mes propres décisions.
Quoi que je fasse, je finirais forcément par me demander si cela venait de mon obsession. Pour un mage, c’était fatal : la ferme conviction en soi était le moteur de sa progression. Il fallait donc que je règle ce problème.
Koite se caressa le dessous du menton et se redressa légèrement. Puis il sortit une feuille et la posa sur la table. Il se mit à dessiner plusieurs crochets.
Il en dessina une cinquantaine au total. Puis il les relia tous pour former un grand cercle. En contemplant son dessin, il se tapota le ventre et prit la parole.
« Si autant de points d’ancrage se retrouvent réunis, cela signifie que leur lien est extrêmement puissant. J’ai aussi croisé le regard de l’être qui les a laissés tomber de l’autre côté de la boule de cristal. Dans ce cas, ça veut dire qu’il existe une fenêtre reliant tous ces points d’ancrage. »
Il me jeta un coup d’œil, puis poursuivit.
« Je pense que cette fenêtre, c’est toi. Tu sais, puisqu’ils avaient tous l’apparence de la professeure. J’ignore comment tu es constitué à l’intérieur. Ceux qui se trouvent là-dedans le savent mieux que quiconque. Tu n’as donc qu’à les rencontrer. »
Son explication était très vague. Tellement vague qu’il était difficile de la comprendre. Ayant sans doute remarqué ma réaction, Koite gloussa et tapota la feuille.
« Pour résumer, ça veut dire qu’il y a autant de choses liées à ton rêve que de points d’ancrage. Des spectres ou des esprits, par exemple. Les êtres que tu as rencontrés dans le rêve étaient de cette nature. Ton anomalie vient probablement d’eux aussi. »
Je clignai des yeux. Koite m’examina de haut en bas avec curiosité. Puis il pencha légèrement la tête. « On ne dirait pas, à te voir », marmonna-t-il en haussant les épaules.
« Enfin, c’est aussi pour ça que j’ai beaucoup réfléchi à ton rêve. À la forme que je devrais lui donner. »
« Oh là là, un rêve ? Quel sujet passionnant. Si c’est le rêve d’Evron, ça m’intéresse aussi. Je peux y entrer, moi aussi, n’est-ce pas ? »
Mira posa la question à Koite, les yeux pétillants. Il la regarda, puis secoua légèrement la tête. Mira gonfla un peu les joues, mécontente.
« Pourquoi ? Je suis sa marionnette, et pourtant je ne peux pas entrer dans son rêve ? »
« C’est parce qu’une seule personne peut entrer dans ce rêve. Le rêve de ce gars ne peut pas prendre la forme de la pièce qu’on a montée tout à l’heure. »
Après ces mots, Koite me jeta un coup d’œil. Puis il ajouta :
« Il existe deux sortes de rêves que je crée. »
Il croisa les bras, leva deux doigts, en replia un, puis poursuivit.
« Le premier, c’est la pièce que tu as vue tout à l’heure. Comme j’en planifie chaque étape, du début à la fin, elle est sûre et facile à maîtriser. C’est la méthode que je préfère. »
Après une courte pause, Koite replia le deuxième doigt, agita le poing et tapota la table. Puis il haussa les épaules.
« Mais ton rêve est étrange. Si tu t’enfonces assez profondément pour explorer ton âme comme l’a fait Lumira, je ne pourrai pas intervenir. Ce sera même difficile de te surveiller à travers la boule de cristal. Tu devras donc explorer le rêve toi-même. Voilà la deuxième méthode. »
Je regardai Mira en silence. Elle me dévisageait d’un air déçu. Elle voulait vraiment voir mon rêve.
Mais y avait-il un problème à ce que je me promène seul dans mon rêve ? Je regardai Koite d’un air interrogateur. Il se gratta doucement le dessous du menton.
« Bon, les rêves sont imprévisibles par nature. Je ne sais pas quels dangers pourraient se trouver dans un rêve aussi sauvage. Alors, mieux vaut prévoir quelques mesures de sécurité. C’est aussi pour ça que je t’ai demandé quatre cent mille points, tout à l’heure. »
Après quoi, il frappa doucement dans ses mains. À son signal, la marionnette aux oreilles de lapin revint avec le plateau et posa une autre bouteille de vin sur la table. Koite en versa dans un verre et agita la main.
« Bon, arrêtons de parler de rêves. Une semaine. D’ici là, je préparerai tout pour que tu puisses rêver comme il faut. Pour le moment, contentons-nous de boire. Après tout le travail qu’on a abattu aujourd’hui, on mérite bien de se reposer. »
Koite leva son verre et le vida d’un trait. Il dégageait une volonté farouche d’éviter de parler du travail. Je ris doucement et levai mon verre à mon tour.
Après avoir tant profité du vin, nous ne tardâmes pas à regagner la tour. Mira leva tranquillement les yeux vers elle. Elle s’étira légèrement et me sourit chaleureusement.
« Ho ho, ça faisait longtemps que je n’étais pas venue à la tour. »
« C’est vrai. »
Je hochai la tête. Elle était partie depuis un mois. De mon côté, j’avais perdu la tête à faire la navette entre le Théâtre des rêves, où elle se trouvait, et la tour. Je ne pouvais tout de même pas laisser la tour sans surveillance.
« C’était vraiment amusant. Comme Koite l’a dit, on y retournera la prochaine fois ? »
Mira s’étira de tout son long. Je me grattai légèrement le menton en la regardant. Elle avait lancé ça en passant, mais j’avais un peu peur qu’elle retourne vraiment au Théâtre des rêves.
Enfin, si elle décidait d’y aller de son plein gré, je ne l’en empêcherais pas. Elle avait aussi sa propre volonté. Malgré cette pensée, un léger malaise s’épanouit dans ma poitrine.
Cela avait peut-être paru sur mon visage, car Mira m’adressa un sourire malicieux. Elle avait l’air prête à me taquiner. Elle s’appuya légèrement contre moi et sourit des yeux.
« Ho ho, ne t’inquiète pas. Rester auprès d’Evron comme ça, c’est plus amusant que ce rêve. Bon, je vais aller ranger mes affaires. »
Après ces mots, Mira me tapota doucement la poitrine, puis ouvrit la porte de la tour et entra. Je la suivis. La porte de la professeure était toujours solidement verrouillée.
Ainsi, le quotidien reprit lentement son cours dans la tour. Une semaine passa en un rien de temps. Cela faisait vraiment déjà une semaine ? À midi, ce jour-là, un mage coursier vint me voir.
Il m’apporta une lettre de Koite. Il y écrivait que tout était prêt pour le rêve et qu’il ne me restait qu’à venir. La lettre à la main, je me levai. Il était temps d’entrer dans mon rêve.
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