Chapitre 131
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 131
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La marionnette que j’avais préparée pour le sixième étage était une créature hybride, mi-araignée, mi-humaine. En d’autres termes, un torse humain fixé à un corps d’araignée. Comme c’était la dernière marionnette, j’y avais consacré pas mal d’efforts.
Et maintenant, elle s’effondrait complètement. Incapable de se tenir debout, elle tomba et ouvrit la bouche dans notre direction. Lumira tenta instinctivement d’esquiver, mais c’était inutile.
De sa bouche béante ne s’échappa qu’un souffle d’air. D’ordinaire, elle aurait craché de cette bouche des toiles capables de tout dissoudre. Mais un profond trou se trouvait à l’arrière de son cou.
C’était le point unique où convergeaient tous les grains qui composaient son corps. Le résultat du coup porté par Lumira dans la faiblesse que j’avais délibérément créée. Cette seule blessure avait suffi à la faire s’effondrer ainsi.
Son corps se relâcha. En même temps, le pouvoir magique trouble qui ondulait à sa surface perdit peu à peu son centre et commença à s’évanouir. La créature était définitivement vaincue.
Après m’en être assuré, je m’élevai dans les airs. Je battis légèrement des ailes devant Lumira et répandis une poudre scintillante. Puis je déclenchai un petit sort d’explosion, qui produisit une lumière étincelante. Je tapai dans mes mains et lui souris de toutes mes dents.
« Félicitations pour votre victoire. Vous avez été vraiment incroyable ! »
« Hum, oui. »
Lumira hocha légèrement la tête. Je continuai à lui sourire radieusement. Là encore, elle n’avait pas mis très longtemps à franchir cet étage. Elle n’était morte que cinq fois.
Je jetai un coup d’œil à la marionnette-araignée. Si elle n’avait pas craché ses toiles, nous aurions pu finir encore plus vite. Sa transformation avait été particulièrement étrange.
Comme pour repasser le combat dans sa tête, Lumira traça un petit cercle magique. Une pointe translucide en jaillit. C’était celle qui avait transpercé le cou de la marionnette-araignée.
Je déglutis en regardant la pointe tourner lentement. Elle était d’une acuité inimaginable. Il suffirait de se tenir près d’elle pour qu’elle me déchiquette. Même mon corps principal ne pourrait jamais l’arrêter.
« Reprenez vos esprits, je vous prie. Je vais aller accueillir cette enfant ! »
Je pris soin de m’éloigner discrètement de la pointe en disant cela. Lumira me jeta un regard, puis acquiesça. Elle se posa ensuite et ferma les yeux.
Elle se mit à respirer doucement. Je vis le pouvoir magique se rassembler autour d’elle. Il s’écoulait de la marionnette-araignée. Le pouvoir magique, qui n’avait été que trouble jusque-là, se purifia et se dirigea vers Lumira.
On pouvait appeler cela un démon intérieur. Et il s’agissait probablement du processus par lequel le démon intérieur logé dans la marionnette était éliminé proprement.
C’était le dernier véritable démon intérieur qui subsistait en elle. Le profond regret que Lumira avait ressenti jusque-là s’y était accumulé. Cette émotion la retenait comme un fil et rendait son royaume instable.
Maintenant que le démon intérieur avait été vaincu, ce regret ne pourrait plus entraver Lumira. Ce rêve n’était pas si coûteux pour rien. Sur cette pensée, je m’envolai vers la marionnette-araignée.
Son corps inerte devenait peu à peu translucide. Je devais l’examiner rapidement, avant qu’il ne disparaisse. Je me posai dessus.
C’était la dernière marionnette que je pouvais examiner. Mira, tout comme je l’avais vu dans la boule de cristal, n’avait pas été affectée par le démon intérieur de Lumira. Je me grattai légèrement le nez et me posai sur le torse de la créature.
Je fermai lentement les yeux et mis mon pouvoir magique en mouvement. Une infime quantité de ce pouvoir pénétra peu à peu dans le corps de la marionnette-araignée. Je la fis circuler dans ses circuits, en observai le flux et entrepris de scanner son corps en détail.
Le pouvoir circulait plutôt mal dans ce corps fortement transformé. Peut-être parce que c’était le dernier démon intérieur, les traces résiduelles de pouvoir magique étaient aussi plus denses qu’auparavant. Elles ne s’étaient toujours pas dissipées et laissaient des marques partout.
Je suivis ces traces jusqu’à son cœur de mana. Peut-être avait-il perçu mon pouvoir magique, car il se mit à résonner faiblement avec moi. Cela signifiait sans doute que son corps se souvenait de mon pouvoir magique.
Je dirigeai ma volonté vers le cœur de mana. Il la sentit, fendit lentement le torse de la marionnette et se mit à flotter vers le haut. Je le recueillis délicatement entre mes deux mains.
Le cœur de mana s’était solidifié. Puisque sa vie avait pris fin, il allait bientôt disparaître avec ce rêve. Je m’empressai d’emplir mes yeux de pouvoir magique pour l’examiner.
Puis j’acquiesçai. Le cœur de la marionnette-araignée avait la même forme que les précédents. Le pouvoir magique trouble qu’il contenait perçut le mien et tressaillit légèrement.
Le démon intérieur qui se trouvait dans le cœur de mana bougeait encore. Il s’était à moitié assimilé au cœur de mana de la marionnette et en contrôlait librement le corps. Il créait des transformations, amplifiait sa puissance et s’en donnait à cœur joie.
Et tout cela se trouvait en son centre. J’ouvris le cœur. À l’intérieur, je vis une petite branche d’arbre enchevêtrée dans un cercle magique.
Ce morceau de bois était le noyau qui formait l’ego de la marionnette. Il venait lui aussi de moi. Je le sortis et en observai calmement la forme. Du pouvoir magique trouble s’en échappait.
Ce pouvoir magique grouillait avec beaucoup plus de vitalité que ceux que j’avais examinés jusque-là. Je le rassemblai dans ma main et le manipulai avec précaution. Une légère sensation de picotement parcourut le bout de mes doigts. C’était aussi une forme de contamination.
Je le laissai couler entre mes doigts et me plongeai dans mes pensées. Pour une raison ou une autre, cette chose qu’on appelait démon intérieur était très compatible avec mon morceau de bois.
Était-ce à cause de ma magie innée ? La Fausse Âme. Ma magie innée était gravée dans chaque marionnette autour de ce morceau de bois. Après un instant de réflexion, je secouai la tête. La magie n’y était pour rien. Même un morceau situé hors du cercle magique contenait ce pouvoir.
Alors, le problème venait-il de mon arbre lui-même ? J’étais le seul à avoir planté un arbre dans mes marionnettes. Était-ce pour cela qu’elles étaient devenues si incontrôlables ? Je penchai la tête. Quel effet mon arbre pouvait-il bien avoir ?
Alors que je poursuivais mes réflexions, une idée me traversa l’esprit. Je tripotai le morceau de bois dans ma main. Le pouvoir magique trouble qui ondulait autour s’en échappait, me picotant le bout des doigts.
Pourquoi Mira n’avait-elle pas été emportée par le démon intérieur ? La raison était évidente : son désir était extrêmement précis. Pour un trésor, le désir était pratiquement la raison même de son existence.
Le désir d’un trésor. Je fixai le démon intérieur, puis penchai légèrement la tête. Cette chose qu’on appelait démon intérieur ressemblait, d’une certaine façon, au désir d’un trésor. Cette idée me vint à l’esprit.
Devais-je y voir une notion inférieure de la même nature ? Ce n’était qu’une masse infinie d’émotions négatives, mais on pouvait aussi parler d’une direction clairement définie.
Je fixai le morceau de bois. Puis, en examinant le pouvoir magique trouble qu’il contenait — les vestiges du démon intérieur —, je clignai des yeux. Mon arbre s’était-il habitué à cela après avoir contenu trop de pouvoir magique provenant d’un trésor ?
Mais ce n’était pas tout à fait évident. S’il avait été constamment conditionné par le pouvoir magique d’un trésor, il aurait pris une forme semblable à l’arbre de Hao. Pour éviter cela, j’avais cultivé mon propre arbre avec mon seul pouvoir magique.
Mon morceau de bois n’était donc pas un support très attrayant. Je me frottai légèrement le menton, puis repassai calmement en revue ce qu’avaient été les marionnettes précédentes.
Malheureusement, je n’avais pas pu examiner correctement la marionnette-loup, mon premier adversaire. Mais je pouvais tout de même déduire certaines choses en observant les changements qu’elle avait subis.
Et à partir de la marionnette-vache du deuxième étage, j’avais pu les examiner directement, comme celle-ci. Elles avaient été grandement submergées par le pouvoir magique du démon intérieur qui provenait de leur poitrine. Elles avaient oublié qu’il ne s’agissait que d’un rôle et accepté telles quelles les transformations que ce pouvoir magique leur imposait.
Elles s’étaient contentées de suivre le mouvement du pouvoir magique. Je ne m’y étais pas attendu. Je fis claquer doucement mon doigt. Leur comportement ressemblait d’une certaine manière à celui que j’avais eu lorsque j’étais obsédé par la professeure.
Cette obsession m’avait également pris par surprise. Je pensais pouvoir la maîtriser suffisamment, mais moi aussi, j’avais été bien plus profondément teinté par le désir d’un trésor que je ne l’avais prévu. Au point de provoquer un incident majeur, pour finir.
Un arbre. Peut-être étais-je dans le même cas qu’elles. Et c’était peut-être une autre raison pour laquelle mon obsession avait grandi.
Mais j’ignorais d’où cela venait exactement : de mon arbre ou de mon âme. Après tout, on pouvait considérer un arbre comme le résultat de l’éclosion d’une âme.
Malgré tout, je sentais clairement qu’il y avait quelque chose en lui que je n’avais pas encore remarqué. Je posai doucement la main sur ma poitrine. Puis je sentis l’arbre au-delà.
Quel secret cachait-il ? En réponse à ma volonté, il agita légèrement ses branches. Une volonté limpide, qui disait ne rien savoir, me parvint. Lui aussi était tout aussi perplexe que moi face à la situation.
Je souris amèrement. Si je ne savais rien, il n’avait d’autre choix que de ne rien savoir non plus. L’inverse était également vrai. Je secouai la main. Le cœur de mana se dispersa et disparut.
Je baissai légèrement la tête en regardant la marionnette s’évanouir. Je ne m’étais pas attendu à trouver ainsi un indice sur mon anomalie dans le rêve de quelqu’un d’autre. C’était grâce à ces marionnettes.
« Si tu as fini, viens ici. »
J’entendis Lumira m’appeler. Je lui souris radieusement. Puis je rassemblai mes pensées. Je devais cesser d’y réfléchir et d’abord terminer le rêve.
Je me sentais un peu plus léger. Nous avions franchi six étages. Tous les problèmes étaient désormais résolus. Il ne restait qu’une chose dans ce rêve : Mira. Une fois que nous l’aurions affrontée, le rêve prendrait fin.
Je battis rapidement des ailes et rejoignis Lumira. Elle me tendit la main. Je m’y posai et regardai autour de moi. Elle semblait déjà prête à repartir.
« Soyez très prudente au septième étage ! Une personne terrifiante vous y attend. »
Lumira pencha légèrement la tête en me regardant. Elle resta un instant immobile, comme si elle attendait que je poursuive, puis prit la parole.
« Tu ne vas pas me révéler sa faiblesse ? »
Je souris un peu tristement. Puis je m’envolai doucement et croisai le regard de Lumira avant de secouer la tête.
« Malheureusement, cette personne n’a pas de faiblesse évidente, contrairement aux autres enfants. Vous devrez simplement faire de votre mieux contre elle. Désolé de ne pas pouvoir vous aider. »
Je posai une main sur ma poitrine et baissai la tête. Il n’y avait aucun problème dans ce combat final, donc pas besoin de révéler de faiblesse. Ce n’était pas à cet endroit que les choses avaient mal tourné. Et, de toute façon, rien ne pouvait vraiment être considéré comme une faiblesse.
Je me rappelai le corps de Mira. Celui que j’avais créé en y mettant tout ce que je pouvais. Contrairement aux autres marionnettes, je ne lui avais donné aucune faiblesse.
Ce n’était pas simplement parce que j’aurais trouvé dommage de modifier ce corps. C’était à cause du rôle qu’elle tenait en tant que démon intérieur. Je jetai un coup d’œil à Lumira. Son objectif était d’atteindre le septième étage.
Et atteindre le septième étage signifiait quitter le royaume de l’Arbre accompli. Cet arbre étendrait ses branches, et elle abandonnerait définitivement l’espèce humaine.
Élever son royaume était une entreprise extraordinairement difficile. Le mur qui en barrait la route en était la cause. Beaucoup mouraient faute de pouvoir le franchir. Lumira aussi s’était heurtée à ce mur et avait acheté ce rêve.
Mira incarnait le démon intérieur de ce mur. Le désespoir de Lumira, face à cette barrière qui résistait à toutes ses tentatives, était logé en elle.
Mira, qui incarnait ce mur, ne pouvait donc présenter aucune faille. Si je lui en avais délibérément donné une et que j’avais tenté de forcer le passage, le rêve se serait forcément brisé. La seule solution était donc de se battre sans relâche, jusqu’à finir par la vaincre.
Voyant Lumira réfléchir un instant, je me posai sur son épaule. Puis je lui souris de toutes mes dents et brandis le poing.
« Ne vous inquiétez pas trop. La mage va forcément gagner ! Je vous le garantis, alors faites-moi confiance comme vous l’avez fait jusqu’ici ! »
C’était aussi l’issue prévue dans cette pièce. Peut-être Lumira sentit-elle mon assurance, car elle eut un petit rire et me tapota doucement la tête. Elle acquiesça, puis me glissa dans sa poche.
« Alors, allons-nous directement au dernier étage ? »
« Vous ne voulez pas vous reposer un peu pour fêter le passage du sixième étage ? »
Jusqu’ici, chaque fois qu’elle franchissait un étage, elle avait apprécié que je prenne soin d’elle de cette manière. Lumira tâta un instant son corps, puis secoua légèrement la tête et se mit en route.
« Après l’avoir vue. Je dois d’abord comprendre cette puissance. Elle a l’air différente de tout ce qu’on a rencontré jusqu’ici. »
Elle fronça les sourcils, comme si elle avait senti quelque chose. Elle se dirigea ainsi vers le dernier étage. De l’intérieur de sa poche, je surveillai moi aussi le chemin qui y menait.
Combien de temps avions-nous marché ? Une caverne apparut devant nous. Une faible odeur de rose se mit à flotter dans l’air, venue de l’autre côté. Elle venait assurément de Mira. Lumira, elle, ne sembla pas la sentir et entra dans la caverne.
Le paysage de la caverne où elle pénétra ressemblait beaucoup à celui des autres étages. Au centre, je vis une femme adossée à un grand fauteuil. Vêtue d’une robe somptueuse, elle dégageait une grande élégance.
La femme, qui lisait quelque chose avec des lunettes posées sur le nez, le déposa en souriant avec douceur. Lumira vit son apparence, puis je la sentis me jeter un coup d’œil. C’était sans doute parce que nous nous ressemblions.
Lumira nous observa tour à tour, sembla comprendre quelque chose par elle-même et hocha la tête. Puis elle reporta son attention sur la femme, Mira. Seul un pouvoir magique calme émanait de Mira.
Le pouvoir magique provenant de ce démon intérieur devait s’être paisiblement installé dans son corps. Elle aussi semblait avoir soigneusement achevé tous ses préparatifs en nous attendant. Je m’envolai près de l’oreille de Lumira et lui murmurai doucement :
« Cette personne est la maîtresse de la tour. Soyez prudente. Elle est très forte. »
Lumira mit son pouvoir magique en mouvement et superposa plusieurs cercles magiques. Puis elle s’approcha de Mira. Celle-ci la regarda et sourit légèrement.
« Une invitée est arrivée. Je vous attendais. »
Après quoi, Mira tourna légèrement les yeux vers moi. Elle sourit du regard et poursuivit. Ses yeux débordaient d’une joie sans retenue.
« Et une esclave aussi. Quelle insolence. S’accrocher ainsi à quelqu’un d’autre. »
Une lueur meurtrière passa aussi dans ses yeux. Je me cachai discrètement dans la poche. Une partie de ce qu’exprimait son regard n’était que du jeu, mais je sentais aussi ses véritables sentiments derrière.
Lumira me caressa la tête et fit face à Mira. Elle laissa son pouvoir magique s’écouler et prit la parole.
« Je ne pensais pas qu’il y aurait quelqu’un capable de parler dans cette tour. Tu dois être la dernière. »
Mira se couvrit la bouche et rit. Une odeur de rose très enivrante s’en dégagea et sembla se répandre dans toute la caverne. Mira hocha légèrement la tête.
« Hé hé, oui. C’est exact. Si je tombe, cette tour s’effondrera. »
Lumira acquiesça. Elle se mit lentement à accumuler sa magie. Plusieurs pointes jaillirent de ses cercles magiques. Elle les effleura du bout des doigts et foudroya Mira du regard.
« Alors, inutile de discuter. Toi aussi, tu vas mourir. »
Ses yeux s’embrasèrent d’une lueur meurtrière. Elle avait vraiment l’état d’esprit d’une mage. Comme elle n’avait été gentille qu’avec moi, je ne l’avais pas compris, mais c’était probablement là sa vraie nature.
« Oh là là, quelle barbarie. J’ai attendu si longtemps pour dire mes répliques, en plus. »
Mira gonfla légèrement les joues et marmonna d’un ton mécontent. Ce n’était pas du jeu : elle le pensait vraiment. Je secouai légèrement la tête. Je savais combien d’efforts elle avait consacrés à cette représentation.
Je l’avais vue tout organiser, de son accueil à sa présentation, au point de remplir une feuille entière. Lumira ignora les plaintes de Mira et se mit à faire tourner rapidement les pointes.
Elles fusèrent vers Mira comme des rayons, dessinant leurs trajectoires dans l’air. Le pouvoir magique qui en émanait suffisait à lui seul à en mesurer la puissance.
Mira les observa et agita un doigt. Une brume l’enveloppa instantanément. De celle-ci jaillit une main gigantesque, celle d’un géant sombre et trouble.
Je clignai doucement des yeux devant ce spectacle. Qu’est-ce que c’était ? On ne pouvait pas parler d’une simple condensation de brume. Il serait plus juste de dire qu’il s’agissait d’une partie d’un être vivant. La brume de Mira avait-elle aussi cette fonction ?
La main encaissa les pointes de plein fouet. Elles s’enfoncèrent dans sa peau, mais ne parvinrent pas à transpercer sa chair. La main se referma en un poing serré, écrasa toutes les pointes, puis retourna dans la brume.
Mira rappela la brume à elle, posa le menton sur sa main et sourit à Lumira.
« Tu refuses toujours de discuter ? »
Lumira claqua légèrement la langue, puis libéra violemment son pouvoir magique. Il s’en déversa dans l’air en telle quantité que mon corps s’engourdit. Il forma des cercles magiques qui firent apparaître des masses de pointes.
La raison pour laquelle Lumira n’utilisait que cette magie était évidente : elle voulait tuer Mira vite et facilement. Face à cette attitude, Mira se gratta légèrement le menton, puis soupira.
Les pointes se ruèrent de nouveau sur Mira. Elles tourbillonnaient de toutes parts en un flux qui ressemblait à un vortex, déchirant tout sur son passage.
Mira les vit venir et fit onduler la brume une nouvelle fois. Mais les pointes la déchirèrent et s’y enfoncèrent. Elles arrivèrent près de son corps plus vite que Mira ne put en faire jaillir de la brume.
Les pointes foncèrent droit sur Mira. Mais une gigantesque main se tenait à ses côtés, apparue on ne savait quand. Elle l’enveloppa de ses doigts.
La masse de pointes lancée par Lumira se planta en grand nombre dans cette main. Elles lui déchirèrent et brisèrent la peau, visant Mira qui se trouvait à l’intérieur. Elles semblaient sur le point de réussir à tout moment. Si une autre main n’était pas apparue.
Une main qui venait d’éclore de la brume s’abattit sur le vortex de pointes. Quelques-unes fusèrent vers elle en contre-attaque, mais la main, sans se soucier d’être transpercée, se concentra uniquement sur la destruction du vortex.
Lumira vacilla sous le choc qui perturba sa magie. Son sort s’ouvrit un instant. La main qui entourait Mira ouvrit aussitôt sa paume et se mit à écraser la masse de pointes.
Après les avoir toutes réduites en morceaux, la main regagna naturellement le côté de Mira. Celle-ci la caressa doucement, puis rit avec légèreté.
« Hé hé, quel plaisir. Cet endroit est vraiment amusant. Je ne pensais pas pouvoir recréer cette main. »
Après avoir marmonné cela, elle regarda Lumira, dont le corps s’était raidi sous le contrecoup de l’explosion de sa magie. Puis elle agita légèrement la main. La brume se rassembla et s’écoula du bout de ses doigts.
« Tu devrais te calmer un peu et revenir. Je te reverrai la prochaine fois. Il faudra employer une autre méthode. »
Mira enveloppa le corps de Lumira de brume. Je sentis quelque chose grouiller à l’intérieur. Lumira rassembla son pouvoir magique, en tira une pointe et la lança vers la source du bruit.
Mais la source était introuvable. Après avoir fouillé les alentours pendant un long moment, le visage de Lumira se vida soudain de toute expression. Bientôt, son corps s’affaissa lentement.
Elle s’écroula sur le sol, puis devint peu à peu translucide. Elle était morte pour avoir simplement été enveloppée de brume.
Après m’en être assuré, je fermai légèrement les yeux. C’est vrai, la brume de Mira était spécialisée dans la dévoration de la vie. Je l’avais oublié parce qu’elle l’utilisait rarement ainsi.
Lumira étant morte, cette tentative avait échoué. Moi aussi, j’attendis tranquillement la mort. Mais la brume ne fit que passer à travers mon corps.
Elle me souleva et me porta devant Mira. Je clignai calmement des yeux en lui faisant face. Ah, c’est vrai. Je n’étais plus nécessaire dans ce rêve. Il n’y avait donc aucune raison que je meure en même temps que Lumira.
Mira me fixa. Je m’inclinai légèrement. Elle me rendit mon salut, puis prit la parole.
« Pfft, c’était Ian, c’est ça ? J’ai vu tous tes efforts. C’était tellement divertissant. »
Elle se couvrit plusieurs fois la bouche, comme pour retenir son rire, puis gloussa avant de finir par éclater de rire. Je laissai échapper un soupir discret.
« Vous pouvez rire autant que vous voulez. »
Elle m’avait donc vu jouer les mignons aussi. Évidemment. Elle pouvait observer les étages inférieurs. Je m’y étais attendu.
À mes mots, Mira se mit à rire aux éclats en tapotant l’accoudoir de son fauteuil. Hé hé, hé hé hé. Elle continua sans fin, plus ravie que jamais. C’était la première fois que je la voyais rire avec autant d’enthousiasme.
Après avoir ri un long moment, elle en avait même les larmes aux yeux. Je fronçai légèrement les sourcils en la regardant. À cette vue, elle rit encore plus fort. Je finis par abandonner et fermai tranquillement les yeux.
Elle se calma assez vite. Elle me caressa doucement la tête et me sourit de toutes ses dents.
« Je ne savais pas qu’Evron entrerait dans le rêve. J’ai été vraiment surprise. Et sous cette forme, en plus. C’était encore la professeure ? »
Mira ricana de nouveau. Je secouai la tête. La professeure ? J’avais juste créé cette apparence en pensant à quelque chose de mignon… Hum, je repassai mes pensées en revue. Peut-être que mon obsession s’était réactivée à ce moment-là. J’évitai discrètement son regard.
« Plus important, que comptes-tu faire maintenant ? »
Je posai la question à Mira. Elle me sourit radieusement, puis remua les doigts. À ce léger mouvement, la main qui jaillissait de la brume se balança dans tous les sens.
« Les marionnettes précédentes ont causé quelques problèmes. Je devrais donc mettre fin au rêve aussi vite que possible. Je compte conclure cette histoire proprement. »
J’acquiesçai. Elle ajusterait forcément sa force d’elle-même. Sa force… À ce propos, quelque chose m’intriguait. Je désignai légèrement la gigantesque main du menton et lui demandai :
« Qu’est-ce que c’est ? Je ne l’avais jamais vue. »
« Hé hé, c’est un corps que j’ai créé il y a longtemps. »
Un corps, avait-elle dit. J’avais entendu qu’elle avait parcouru le monde sous forme de brume. Mira caressa légèrement cette main, puis poursuivit :
« Disons que j’ai compris qu’il me fallait un corps pour passer à l’étape suivante. Alors j’en ai fabriqué un. Bien sûr, la professeure l’a réduit en miettes, donc il n’existe plus. Ce n’est qu’une petite reconstitution du souvenir que j’en garde. »
Comme elle l’avait dit, c’était possible parce que nous étions dans un rêve. Je fixai silencieusement la gigantesque main. Un pouvoir magique terrifiant s’en échappait. Je n’arrivais pas à imaginer à quoi elle aurait ressemblé une fois achevée.
Elle tapa légèrement dans ses mains. La main s’effaça et disparut. Mira me regarda.
« Et toi, Evron, que comptes-tu faire maintenant ? Tu as réglé tous les problèmes. »
À ces mots, je me frottai légèrement le menton. Elle avait raison. J’avais terminé mon rôle dans ce rêve. L’histoire touchait à sa fin.
Même ainsi, il me serait difficile de disparaître tout bonnement. Lumira avait énormément compté sur moi. Si je m’évanouissais sans laisser de trace, elle se méfierait forcément. Je rassemblai mes pensées un instant, puis hochai la tête.
« J’ai une bonne idée. »
Je pouvais tirer parti de ma présence. Il y avait moyen de partir efficacement sans éveiller les soupçons. Je regardai Mira droit dans les yeux. Elle soutint mon regard en souriant.
« Et quelle serait cette méthode ? »
Je lui chuchotai la méthode à l’oreille. En l’entendant, Mira tapa joyeusement dans ses mains.
Elle se lécha les lèvres et essuya le filet de bave au coin de sa bouche. Je lui souris avec amertume. Je devinais ce qu’elle allait faire.
C’est ainsi que je me mis à décorer la caverne avec Mira. Lumira arriva peu après. Elle entra en courant, à bout de souffle.
« Ian, tu es là ? »
La voix de Lumira résonna dans la caverne, portée par son pouvoir magique. Mira me jeta un coup d’œil. Ses yeux se plissèrent d’un air espiègle.
« Tu essaies même de séduire une mage aussi forte ? Je suis si triste de ne pas t’avoir suffi. »
Elle me chuchota cela. Je secouai légèrement la tête et lui tapotai la main. Il était temps de se concentrer sur le rêve, pas de plaisanter. Mira sourit légèrement, puis me souleva. J’étais ligoté.
« Hum, tu cherchais donc cet ami. »
Lumira m’aperçut et se figea. Je battis frénétiquement des ailes et tentai d’échapper à la brume qui m’entravait, mais elle m’enveloppait comme un cocon et ne montrait aucun signe de vouloir me lâcher.
Mira me regarda comme si j’étais mignon, puis m’appuya doucement sur la tête. Elle ajouta une couche de liens brumeux. Mon corps s’enfonça.
« Cet ami est la Fée de la tour… Pfft, ah. Pardonne-moi. C’est juste tellement drôle que la Fée de la tour ait essayé de quitter cet endroit. Tu as osé tenter de me trahir. »
Lumira tenta de s’approcher de loin, mais dut bientôt s’arrêter. L’épaisse brume qui jaillissait de Mira lui barrait la route.
Je tremblai et regardai Lumira. Mira me souleva et se mit à m’examiner sous toutes les coutures. Bientôt, elle croisa mon regard et gloussa.
« Il vaut mieux punir un enfant qui m’a trahie. Mais quelle punition lui donner ? »
Mira sourit du regard, puis jeta un coup d’œil à Lumira. Elle nous observa tour à tour et tapa légèrement dans ses mains.
« Ah, j’ai trouvé une bonne idée. Je n’ai qu’à te manger. Ce sera plus amusant comme ça. »
À ces mots, Lumira se mit à accumuler toutes sortes de magie. Elle tenta de déchirer la brume à l’aide de ses sorts. Mais elle continuait à s’écouler et remplissait rapidement les espaces vides.
Mira me pinça entre ses doigts, puis commença lentement à m’approcher de sa bouche. Suspendu ainsi à ses doigts, je croisai le regard de Lumira. Ses pupilles tremblaient légèrement.
Je lui souris. J’avais l’air fier d’avoir accompli ma mission. C’étaient les derniers mots que je prononcerais dans le rêve.
« Ne vous souciez pas de moi ! La mage va forcément gagner. J’en suis convaincu… ! »
Avant que je puisse finir, Mira me jeta droit dans sa bouche. La brume qui s’y trouvait m’enveloppa lentement. Puis elle se mit à dissoudre doucement le corps de ma marionnette.
C’était une méthode parfaite. À mesure que Lumira avait gravi la tour, elle avait appris à compter sur moi. Si cette version de moi mourait de la main de Mira, elle entrerait sûrement dans une colère noire.
Je servais de matériau auxiliaire à une sorte d’éveil. Cela rendrait l’histoire encore plus complète. Mon rôle prenait fin ici. Je ne ressusciterais certainement plus.
Mais surtout, je n’aurais jamais cru qu’elle me mangerait vraiment ainsi.
Mira ne lançait pas des paroles en l’air. Elle m’avait bel et bien avalé. C’était possible parce que cet endroit était un rêve. Pas étonnant qu’elle ait eu l’air si impatiente en attendant Lumira. Je fondis ainsi dans sa brume.
Les bruits d’un combat tumultueux me parvinrent faiblement. Puis le cours de mes pensées s’interrompit. Et, comme les autres marionnettes, je plongeai dans un profond état de veille qui durerait jusqu’à la fin du rêve.
Ce qui me réveilla fut un pouvoir magique froid qui imprégnait mon corps.
La sensation de ce pouvoir magique était si froide qu’elle me faisait mal partout, et me tira brutalement du sommeil. Je me redressai d’un bond. Je scrutai rapidement les alentours pour savoir si j’étais dans le rêve ou à l’extérieur. Puis je souris doucement.
La pièce du Théâtre des rêves venait d’apparaître sous mes yeux. Ce n’était pas un rêve, mais la réalité. Cela signifiait que tous les rêves s’étaient bien terminés.
« Allez, allez. Réveille-toi. »
Koite me poussa doucement du pied. J’acquiesçai et me relevai. Le cercle magique qui avait entouré le cercueil s’enroulait de nouveau dans la pièce. Il semblait être revenu à la réalité en même temps que le rêve.
Je remarquai alors les marionnettes étalées sur tout le cercle magique. C’étaient celles qui avaient participé à ce rêve. Je repris contact avec elles. Lorsqu’elles se relièrent à mon arbre d’ombre, leurs lumières scintillèrent.
Elles tordirent le corps et se relevèrent. Puis elles s’approchèrent lentement de moi et s’arrêtèrent. Je remis leurs corps en ordre et les tapotai doucement. Elles avaient vraiment bien travaillé.
Je jetai ensuite un coup d’œil à Mira, qui se tenait à mes côtés sans que je m’en aperçoive. Je lui transmis aussi du pouvoir magique. Elle le reçut doucement et rétablit le lien qui existait déjà.
Mira semblait satisfaite de ce qui s’était passé dans le rêve et souriait de toutes ses dents. Elle me regarda, claqua doucement la langue et se pencha contre moi en se léchant les lèvres.
« Hé hé, Evron était plutôt délicieux. Les rêves, c’est bien. On n’a pas à s’inquiéter, même si je te dévore comme ça. Cette personne-là avait aussi très bon goût. »
Elle se tapota légèrement le ventre et jeta un coup d’œil au cercueil au centre de la pièce. C’était là que Lumira était entrée. Son rêve étant terminé, elle n’allait pas tarder à se réveiller elle aussi.
Peu à peu, le pouvoir magique se rassembla autour du cercueil. Celui-ci remua dans ce flux. Puis son couvercle s’ouvrit et Lumira se redressa. Son visage était complètement vide, comme pour prouver qu’elle venait tout juste de sortir d’un rêve.
« Maintenant que tu es revenue à la réalité, tu dois vite reprendre tes esprits. »
Koite dit cela et déversa sur elle un pouvoir magique froid et lumineux. C’était le même que celui qui m’avait réveillé. Il s’infiltra dans le corps de Lumira, qui frissonna légèrement.
Une fois rapidement revenue à elle, elle vérifia son corps. Le pouvoir magique déferla vers elle comme une marée. Tous les démons intérieurs qui la bloquaient avaient été éliminés, d’où ce flux si vigoureux.
Par rapport à avant, son pouvoir magique avait gagné en pureté, en quantité et en fluidité. Et de façon très visible. Koite vérifia son état et acquiesça.
« Tu es bien plus forte qu’avant. À ce niveau, tu ne fanfaronnerais pas en disant que tu peux fissurer le mur. »
À ces mots, Lumira serra le poing. En le regardant, une conviction ferme emplit ses yeux. Koite s’inclina devant elle.
« Alors, Lumira, le rêve proposé par notre Théâtre des rêves vous a-t-il satisfaite ? »
Koite lui posa la question avec politesse. Lumira jeta un coup d’œil à Mira, qui lui sourit radieusement. Je vis le teint de Lumira pâlir légèrement.
Que s’était-il passé dans le rêve après ma disparition ? J’étais mort, je n’avais donc pas pu le voir. Je claquai la langue, déçu. Une chose était sûre : elle avait surmonté le démon intérieur. Mira avait dû ajuster sa force avec finesse.
« Oui. Je suis satisfaite. À ce prix, je n’ai pas l’impression d’avoir gaspillé mes points. »
Lumira lança ces mots. Je crus déceler un soupçon de respect pour Koite. Celui-ci lui sourit et lui tendit plusieurs cartes de visite.
« Alors, veuillez nous recommander à d’autres personnes. Ah, et pourrions-nous utiliser votre nom à des fins promotionnelles ? À ce rythme, vous finirez certainement par atteindre le septième étage. »
Lumira fronça légèrement les sourcils. Cette méfiance se lisait sur son visage. Elle semblait prête à refuser d’un instant à l’autre, mais finit par adoucir un peu son expression. Elle prit la parole avec une légère hésitation.
« Je vous y autoriserai si vous pouvez me donner une chose. »
« Que devrais-je vous donner ? »
Koite posa la question en se frottant les mains. Lumira tâta la poche de poitrine de sa tenue. Après avoir constaté qu’elle était vide, elle poussa un petit soupir.
« La fée que j’ai rencontrée dans le rêve. Je crois que son nom était Ian. C’était aussi une marionnette ? Alors, je veux cet enfant. »
Pfft. Un son m’échappa. Mira avait éclaté de rire. Accrochée à mon bras, elle se mit à glousser.
Je lui fis signe de baisser le ton, mais quand Mira vit mon visage, elle rit encore plus fort. Koite se gratta la tête et nous regarda. Quand nos regards se croisèrent, il me désigna du menton.
« Vous devriez en parler au propriétaire de la marionnette. J’ai fourni le rêve, et lui les marionnettes. »
Lumira me jeta un coup d’œil. Son regard était celui de quelqu’un qui contemplait quelque chose de pitoyable.
« Ah, c’est lui qui s’est occupé de toutes les marionnettes dans ce rêve, n’est-ce pas ? »
Koite acquiesça. Lumira s’approcha de moi, puis examina attentivement les marionnettes qui se tenaient à mes côtés. Après avoir observé les différents modèles, en commençant par la marionnette-loup, elle pencha légèrement la tête.
Son expression était quelque peu perplexe. Je compris vite pourquoi : elles avaient probablement l’air bien plus faibles que dans le rêve. Son regard finit par s’arrêter sur Mira.
Mira lui fit un petit signe de la main, d’un air très amical. Lumira évita son regard et s’adressa à moi.
« Ian, où est cet enfant ? »
« Ici. »
Sur ces mots, j’ouvris ma bourse spatiale et en sortis le corps d’Ian. C’était une simple marionnette, dépourvue d’âme. Lumira fronça légèrement les sourcils en voyant son corps inerte.
Je lui insufflai du pouvoir magique. La marionnette s’éleva et tourna autour de nous. La poudre de ses ailes dessina des motifs dans l’air.
L’expression de Lumira ne s’adoucit pourtant pas. Elle ne sentait aucune vie en lui. Elle observa lentement la marionnette et secoua la tête.
« Il n’était pas comme ça dans le rêve. Où est le véritable Ian ? »
Lumira me regarda en disant cela. Une pointe de méfiance brillait dans ses yeux. Je jetai un coup d’œil à Koite pour savoir quoi faire.
Il leva le pouce, puis traça un geste tranchant sur sa gorge. Cela voulait dire que je devais dire la vérité. Elle ne pouvait pas rester attachée au rêve.
Je me grattai légèrement la tête. C’était justement ce que je ne voulais pas lui dire. Je poussai un petit soupir et levai légèrement la main.
« Ah, c’était moi. »
Elle cligna des yeux. Elle pencha légèrement la tête, comme si elle ne comprenait pas ce que je venais de dire. Puis elle regarda tour à tour la marionnette-fée qui flottait et moi. Elle cligna lentement des yeux une nouvelle fois.
« C’était toi ? »
J’acquiesçai.
« Et c’est toi qui as touché mon corps ? »
« Hum, je ne l’ai pas touché. Je l’ai simplement ajusté pour qu’il soit dans son état optimal. »
Je tentai de me justifier. Mais cela ne sembla pas la convaincre. Elle fit un pas en arrière.
« Non, c’est impossible. Ian était vraiment mignon. »
« Oui. Je me suis donné du mal pour lui donner cet air-là. »
J’acquiesçai en disant cela. Son visage devint livide. Elle posa une main sur sa poitrine et recula lentement. Cela ne cadrait pas du tout avec la puissance de son pouvoir magique.
Elle rejoignit Koite et marmonna d’une voix faible qu’elle devait partir. Puis elle sortit de la caverne en titubant. En la regardant s’éloigner, je me grattai de nouveau la tête.
« C’était très bien. C’est comme ça qu’on aide quelqu’un à sortir d’un rêve. Les autres personnes qui travaillent ici vivent parfois la même chose. C’est ce qui les empêche de s’attarder dans le rêve. »
Koite eut un grand sourire et me tapota l’épaule. En regardant Mira glousser à côté de moi, je souris avec amertume. Hum, j’avais pensé nouer une bonne relation avec une mage qui atteindrait le septième étage et me faire ainsi une alliée, mais ça semblait compromis.
Tant pis. Plus important encore, ce rêve m’avait été très utile lui aussi. Pas seulement comme étape vers l’entrée dans mon propre rêve. J’avais trouvé au moins un indice sur la raison de cette obsession que je ne comprenais pas jusqu’ici.
Je posai une main sur ma poitrine. Il y avait quelque chose dans mon arbre. Non, le problème se trouvait peut-être dans mon âme, au-delà de lui. Je jetai un coup d’œil à Koite. Puisque j’avais répondu à sa demande, il était temps qu’il tienne sa promesse.
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