Chapitre 133
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 133
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133.
Je fixai d’un air absent le désert qui s’étendait devant moi. Puis je jetai un coup d’œil derrière moi, vers le chemin que j’avais parcouru. Devant comme derrière, tout se ressemblait. Il n’y avait que cette terre aride, qui se prolongeait à l’infini.
Il me restait encore un long chemin à parcourir. Sur cette pensée, j’accélérai de nouveau le pas. Sous la lumière qui s’assombrissait, je traversai lentement le désert.
Alors que j’avançais d’un pas machinal, un événement inattendu se produisit. Au moment où je fis un nouveau pas distrait, le sol se replia légèrement sur lui-même et un paysage différent commença à m’entourer.
Des arbres surgirent en un instant et l’air s’éclaircit un peu. Quelque part, le faible chant des insectes se fit entendre. Tout arriva en un clin d’œil.
Je m’arrêtai, surpris par ce changement soudain de décor, et regardai autour de moi. Il n’y avait que des arbres immenses, si denses que je ne pouvais même pas apercevoir le ciel.
Le désert avait disparu sans laisser de trace, remplacé par une forêt épaisse. Je me glissai à l’abri sous un arbre et me caressai le menton. Quand un tel changement survenait, il fallait d’abord que je comprenne la situation.
Où avais-je déjà vu ce paysage ? Et que s’était-il passé ici ? Je plissai les yeux et scrutai les environs. Sur un côté de la forêt touffue, j’aperçus plusieurs arbres renversés, gravement endommagés.
En m’approchant pour les examiner, je remarquai que leurs troncs s’étaient brisés en leur milieu, comme si quelque chose les avait traversés sans ralentir. La trace se prolongeait en une longue ligne.
Ça me disait vaguement quelque chose. Je me tapotai le front du doigt. Où avais-je vu ça ? Je pris le temps d’observer les arbres qui s’élançaient vers le ciel et les signes de destruction.
Je ne les avais probablement pas vus à l’université. Les arbres là-bas étaient bien plus imposants. Cela voulait donc dire que je me trouvais ailleurs. Et il n’y avait qu’une seule forêt où j’avais laissé des traces pareilles. Je frappai doucement dans mes mains.
Je n’avais pas traversé tant de forêts que ça, alors la réponse sautait aux yeux. Il n’y en avait qu’une qui avait pu marquer ma mémoire. C’était celle que j’avais découverte pendant l’examen d’entrée.
Hum, ça me rappelait de bons souvenirs. Je hochai la tête en regardant la trace. À l’époque, j’en avais vraiment bavé. Aujourd’hui, j’aurais peut-être même réussi à passer l’examen parmi les premiers. Tant de temps avait passé.
J’avais affronté le singe des brumes ici. Le singe des brumes. À cette pensée, mon corps tressaillit légèrement. Si c’était bien cette forêt, alors le singe des brumes s’y trouvait aussi.
Jusqu’ici, toutes les situations que j’avais rencontrées s’étaient déroulées de la même façon. Comme pour le confirmer, le brouillard se mit à s’épaissir dans toute la forêt. Je sentais le pouvoir magique y onduler. Ce brouillard n’était pas naturel.
À cette vue, je rassemblai rapidement mon pouvoir magique et creusai le sol. Puis je m’y jetai. Une fois recouvert de terre et mon camouflage terminé, je rentrai le pouvoir magique qui circulait dans mon corps.
La cachette était grossière, mais elle ferait l’affaire. Leur brouillard réagissait au pouvoir magique. S’il détectait le mien, les singes des brumes se déchaîneraient à coup sûr. Et là, ça deviendrait compliqué. Je devais éviter ça.
Le brouillard commença lentement à tâtonner autour de moi. Peut-être avait-il détecté les traces de pouvoir magique qui subsistaient, car il s’attarda un bon moment. Mais je m’étais déjà caché sous terre.
Au bout d’un moment, le brouillard s’éloigna. Il ne pouvait pas s’infiltrer sous terre, alors j’avais eu de la chance de penser à me cacher ainsi. En le regardant ramper devant moi, je poussai un soupir de soulagement.
Il avait l’air d’être passé sans incident. Je me relevai et observai de nouveau les environs. Le brouillard avait disparu au loin ; il ne restait plus que le paysage forestier. Ça semblait sans danger, maintenant.
Je repris la route. D’abord, il fallait que je sorte de cette forêt. Dire que je devais l’éviter de cette façon… Si j’avais eu ma tortue avec moi, je l’aurais écrasé sur-le-champ. Je claquai la langue avec regret en époussetant mes vêtements.
Mais la tortue m’attendait dehors. Je n’y pouvais rien. Les autres marionnettes douées d’un ego ne pouvaient pas m’accompagner dans ce rêve, où j’étais entré sous prétexte d’exploration. Apparemment, un rêve instable les aurait trop facilement emportées avec lui.
Je ne pouvais donc emmener que des choses comme celles-ci. Sous ma robe, de petits insectes explosifs frôlèrent ma main. C’étaient de simples marionnettes dépourvues d’ego. Ces petites choses s’agrippaient partout sur mon corps.
Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas déplacé avec seulement ces types-là. Je souris faiblement en envoyant voler l’un des insectes explosifs. Je les avais à peine utilisés depuis mon arrivée à l’université. Je n’avais presque jamais eu à me battre.
Malgré tout, ils étaient parfaits pour entrer dans un rêve. Je ne pouvais pas traîner une grande marionnette avec moi, alors j’avais prévu d’emmener plutôt tout un groupe de ces petites bestioles. C’était sûrement le choix le plus efficace.
Bien sûr, affronter tous ces singes avec eux seuls serait difficile. Inutile de prendre le risque de combattre des créatures qui revenaient à la vie même après avoir été tuées. Sur ce, je me faufilai prudemment entre les arbres.
Je devais quitter cet endroit avant que le brouillard ne revienne. Je jetai des coups d’œil autour de moi tout en avançant. Je hochai aussi la tête en observant la forêt. Tout semblait incroyablement réel.
Pourtant, il ne faisait aucun doute que cet endroit était un rêve. Je posai un instant la main sur un arbre. Ma main s’enfonça dedans, comme si j’avais touché de l’eau. En la remuant légèrement, je vis de faibles ondulations se répandre à la surface du tronc.
Je retirai ma main et la secouai. On ne pouvait pas appeler ça la texture d’un arbre. Plutôt que du bois, ça ressemblait à quelque chose d’épais et de visqueux, comme du pudding.
Et cet arbre n’était pas le seul à présenter une telle anomalie. En passant, j’effleurai les autres arbres. Chacun avait sa propre texture. Certains étaient brûlants comme le feu, d’autres si froids qu’ils en étaient douloureux.
Ainsi, malgré leur apparence, leur intérieur était incroyablement étrange. C’était un signe évident que je me trouvais dans un rêve. Et, comme le montraient ces souvenirs, ce rêve venait de moi.
En ce moment, je remontais ce rêve à rebours. Puis, dès que je fis un pas hors de cette petite forêt, les alentours changèrent complètement. Les arbres disparurent en un instant. Je clignai des yeux.
Je me retournai. La forêt avait également disparu du chemin que j’avais emprunté. De même qu’elle était apparue soudainement, elle s’était évanouie en un clin d’œil. Une fois de plus, une plaine désolée m’entourait de toutes parts.
Je levai les yeux vers le ciel. Le Soleil Noir flottait au-dessus de moi et vacillait légèrement dans ma direction. Je n’avais pas pu le voir dans la forêt, car les arbres le masquaient.
Sa lumière sombre s’étendait sur le chemin devant moi. Puis, elle commença à l’éclairer faiblement. J’acquiesçai et suivis cette trace lumineuse.
Après avoir marché un certain temps, je jetai de nouveau un coup d’œil derrière moi. Le chemin que j’avais parcouru ne se distinguait toujours pas de celui qui s’étendait devant moi. À l’exception de la portion éclairée par ce soleil.
Je me caressai le menton en regardant le Soleil Noir osciller. C’était vraiment utile. Pas étonnant que Koite m’ait tant recommandé cette option. Il avait ses raisons.
Parmi toutes les options associées à mon rêve, ce soleil était la seule à agir sur le rêve lui-même. On pouvait appeler ça une sorte de panneau indicateur, peut-être. Il se dirigeait vers sa destination et me guidait.
Bien sûr, j’ignorais où se trouvait cette destination. Je me grattai la tête. Depuis mon entrée dans le rêve, je n’avais fait que suivre ce truc. Rien ne me garantissait que j’étais sur la bonne voie.
Mais c’était toujours mieux que de n’avoir aucun repère. De toute façon, je ne connaissais pas le chemin. Et cette direction semblait effectivement la bonne. Plus je suivais le soleil, plus je tombais sur des souvenirs.
Il devait bien y avoir quelque chose au bout. Je n’avais aucune idée du moment où je pourrais sortir d’ici. Je sortis un morceau de papier et le tripotai. En grosses lettres, on pouvait y lire : « Billet de sortie ».
C’était aussi l’une des options. Comme son nom l’indiquait, cet objet me permettrait de quitter le rêve, quelle que soit la situation. C’était également le seul moyen d’en sortir. Après tout, je ne pouvais pas rebrousser chemin.
Mon rêve avait donc été conçu avec plusieurs options. Il y en avait d’autres que ces deux-là, mais je les sentais à peine. La plupart avaient servi à façonner le rêve.
Ils n’auraient pas pu ajouter une option qui augmenterait considérablement mon pouvoir magique ? me dis-je en glissant le billet de sortie contre ma poitrine. Je ne pourrais l’utiliser qu’une fois cette affaire réglée rapidement.
Je continuai d’avancer lentement. Mon pas me semblait un peu lourd. Mais je n’y pouvais rien. Si je suivais cette voie, des souvenirs risquaient de m’assaillir comme tout à l’heure. Je devais m’y préparer.
J’avais l’impression que trois jours s’étaient écoulés depuis mon entrée dans le rêve. Bien sûr, ce n’était que ma perception. Dehors, moins d’une heure s’était peut-être écoulée.
C’était probablement le cas. Dans cet espace appelé rêve, rien n’était moins fiable que mon propre corps. Ce rêve informe était vraiment étrange. Le temps, l’espace et toutes sortes de concepts s’y mélangeaient en un joyeux désordre.
J’avais vu bien des choses de ce genre en chemin. Des souvenirs de mon enfance m’étaient aussi revenus. C’étaient des scènes de l’île. Ça m’avait fait plaisir de revoir le visage de Nanny après tout ce temps.
Ces souvenirs m’étaient passés devant comme la forêt tout à l’heure. Des souvenirs de l’île, d’endroits situés hors de l’université et de l’université elle-même. En suivant cette voie, toutes sortes de souvenirs surgissaient parfois devant moi et me barraient le chemin.
Mais les souvenirs n’étaient pas les seules choses à venir à ma rencontre. Je retins un instant mon souffle. Une chose immense se dessinait au loin. Elle flottait dans le ciel et battait lentement des ailes.
C’était un oiseau si grand qu’il aurait pu cacher le soleil. Il avait sept têtes et, après avoir poussé un long cri, se mit à s’approcher de moi.
Je me raidis un instant, mais ne tardai pas à rire malgré moi. Plus il approchait, plus il rapetissait. Quand il arriva jusqu’à moi, il était plus petit que mon doigt.
Je giflai de la paume cette chose qui m’attaquait avec une intention meurtrière. Elle se dispersa sur place dans un nuage de fumée. Je secouai la main et dissipai le faible pouvoir magique. Un oiseau dont la perspective s’inversait. C’était plutôt intéressant, aussi.
Il existait donc également des bêtes magiques étranges, nées du rêve. Des monstres issus de l’imagination, peut-être ? La plupart des souvenirs et des bêtes magiques qui passaient près de moi se montraient hostiles.
Comme la forêt, tout à l’heure. Comme cette bête magique. Je devais donc rester sur mes gardes. Après tout, j’étais déjà mort une fois.
Je jetai un coup d’œil au ciel. En me concentrant sur la partie située au-delà du soleil, je distinguai de petites fissures qui commençaient à apparaître. Une obscurité épaisse transparaissait à travers elles.
Elles étaient apparues après ma mort. Quand j’étais mort, le rêve avait violemment tremblé, comme le montraient ces fissures. Ces secousses l’avaient rendu instable. Si je mourais encore quelques fois, mon rêve risquait de s’effondrer complètement.
La prochaine fois, il me faudrait peut-être vraiment réunir quatre cent mille points. Je pensai à Koite. Vu ses yeux avides, si j’échouais une seule fois, il mettrait sûrement fin au rêve sur-le-champ.
Je ne pouvais donc pas me faire éjecter de ce rêve hors de prix et disparaître pour rien. Je n’avais même pas encore rencontré ce que je cherchais. Je devais donc me hâter vers la destination.
Mais jusqu’où fallait-il aller ? Je fixai le soleil, puis me caressai le menton tout en continuant d’avancer lentement sur le chemin qu’il éclairait.
J’avais beau marcher, ceux que je voulais rencontrer ne se montraient pas. Je pensais les retrouver rapidement, comme dans le rêve précédent. Je me rappelai celui où des dizaines de Professeurs grouillaient autour de moi.
D’après Koite, ils étaient des ancres déposées dans mon rêve. Il fallait donc que je les trouve. Ils en sauraient forcément plus que moi sur mon rêve. Et, à en juger par leur apparence, ils semblaient également liés à mon anomalie.
J’avais beaucoup de questions à leur poser. Pourtant, comme le montrait la situation, ils étaient introuvables. Je laissai échapper un sourire amer. Comme je m’y attendais, la dernière fois n’était qu’un coup de chance ?
Ça semblait bien être le cas. Après être entré dans le rêve cette fois-ci, je m’étais rendu compte que l’endroit où j’étais allé la fois précédente différait un peu de celui où je me trouvais. Même le sol y semblait instable. Ici, au contraire, tout était stable.
Cela voulait dire que cet endroit-là était plus profond que celui-ci. Je regardai le soleil. Il avançait vers l’intérieur. Je sentais instinctivement, intuitivement, qu’il se dirigeait vers les profondeurs.
Après tout, plus le soleil avançait, plus le chemin qu’il éclairait s’assombrissait. Je voyais bien que je m’enfonçais peu à peu.
Je poursuivis ma route dans la direction prise par le soleil. Même perdu dans mes pensées, je ne ralentissais pas. Plus j’avançais, plus les environs s’assombrissaient et plus les souvenirs apparaissaient par fragments épars.
Je ramassai un petit jouet qui traînait par terre et le secouai une fois. Un tintement en sortit. Je m’en souvenais à peine. À son apparence, on aurait dit un objet dont je m’étais servi quand j’étais bébé.
Même des choses comme ça existaient donc. Je sentais clairement que le rêve s’enfonçait toujours plus profondément. Je laissai le jouet derrière moi ; il se dissipa comme du brouillard. Puis j’avançai prudemment.
Peu à peu, des souvenirs passèrent près de moi. Peut-être parce que le rêve avait gagné en profondeur, ils se montraient encore plus hostiles. Ils se précipitaient sur moi comme pour me signifier que je n’avais rien à faire ici.
Je m’en débarrassai au besoin et continuai d’avancer. Combien de temps marchai-je ainsi ? Les souvenirs qui m’approchaient commencèrent peu à peu à s’estomper. Ils ne parvenaient même plus à conserver une forme convenable.
À cette vue, je frappai légèrement le sol du pied. Le choc projeta des mottes de terre dans les airs. Elles s’élevèrent ensuite lentement vers le ciel. Je hochai la tête en silence. Je m’étais apparemment enfoncé tout à fait dans les profondeurs.
Je regardai le soleil. Il était plus proche qu’avant. Cela voulait dire que j’approchais un peu de ma destination. Cette longue marche n’avait pas été vaine. Bien sûr, il me restait encore du chemin à faire.
Je me détendis un peu et poursuivis lentement ma route. Après un moment, je sentis instinctivement que le paysage autour de moi avait légèrement changé. Je tournai la tête et scrutai les environs.
Pourtant, contrairement à ce que me soufflaient mes sens, comme si quelque chose y accrochait, il n’y avait toujours que le désert autour de moi. La plaine, assombrie par cette faible lumière, restait silencieuse.
M’étais-je trompé ? Je fronçai légèrement les sourcils. C’était impossible. Cette intuition — ou plutôt cette perception du danger — était plus forte dans le rêve. Quelque chose la titillait sans arrêt.
Mais je n’arrivais pas à comprendre quoi. Les environs semblaient parfaitement normaux. Puis, au moment où j’avançai prudemment d’un pas, un petit clic retentit sous mon pied.
J’avais marché sur quelque chose. Je baissai les yeux. Sous mon pied se trouvait un petit bloc de fer. En forme de boîte ronde, il répandait une lueur rouge.
Qu’est-ce que c’était ? En avais-je déjà vu un ? S’il existait dans mon rêve, c’était forcément lié à moi. Pourtant, j’avais vraiment l’impression de le voir pour la première fois.
Plusieurs pensées me traversèrent l’esprit en un instant. Derrière elles, un fort pressentiment de danger commença à monter. À cette intuition qui s’insinuait dans mon esprit, je tissai rapidement un sort de protection et reculai.
Moins d’une seconde après avoir marché dessus. Dès que je me fus abrité derrière plusieurs murs magiques, la lueur rouge de la boîte, dont j’avais retiré le pied, s’intensifia. Puis elle explosa dans un éclair.
L’explosion était puissante. Assez pour déchirer un mur magique et l’anéantir. J’insufflai davantage de pouvoir magique dans le mur et le maintins fermement.
Quand la déflagration se fut dissipée, je plissai les yeux en voyant les fragments de fer incrustés dans ma protection magique. La boîte avait volé en éclats dans l’explosion et projeté ces morceaux partout.
Cette boîte de fer était un objet conçu dans le seul but de tuer. Elle avait provoqué une explosion aussi puissante alors que je n’avais senti aucun pouvoir magique en elle. C’était vraiment surprenant.
Je passai prudemment mon pouvoir magique sur les traces laissées par l’explosion. Un petit trou avait été creusé à l’endroit où elle s’était produite, comme pour témoigner de sa puissance.
Après avoir examiné l’endroit où elle avait été posée, je hochai doucement la tête. Je pouvais en comprendre le principe, à peu près. Elle s’était activée quand j’avais marché dessus ? Un piège très simple.
Cela voulait également dire qu’il n’était pas le seul piège préparé ici. J’étendis mon pouvoir magique tout autour, sous forme de fils. Il se mit à palper le sol comme un serpent, à la recherche de traces.
Comme ces objets ne contenaient pas de pouvoir magique, je devais vérifier directement leur présence de cette façon. Après avoir fouillé les environs, je découvris plusieurs objets semblables enterrés dans le sol.
Je les déterrai délicatement et en examinai la structure. Qu’est-ce que c’était ? Je repensai à l’explosion de tout à l’heure. Cette énorme déflagration m’était étrangement familière. Avais-je déjà subi une explosion pareille ?
Alors que j’examinais ces bombes, mon corps se mit soudain à trembler. Une intense intention meurtrière se déversait sur moi. Je regardai rapidement autour de moi. Mais le désert était silencieux. Impossible de savoir d’où venait cette hostilité meurtrière.
« Il y a quelqu’un ? »
Après avoir lancé ces mots, je me relevai prudemment. Aucune réponse. Je souris avec amertume. J’ignorais dans quelle situation je me trouvais, mais à en juger par cette intention meurtrière, quoi que ce fût, ça me considérait clairement comme un ennemi.
Je devais peut-être d’abord quitter les lieux. Tandis que je reculais discrètement en y réfléchissant, quelque chose s’éleva soudain dans les airs, sans doute parce que ça avait remarqué mon mouvement. C’étaient des insectes volants, plusieurs dizaines environ.
Je clignai des yeux en les regardant. L’explosion, tout à l’heure, m’avait paru familière. Je m’étais demandé d’où venait cette impression, mais leur vue me le fit comprendre aussitôt.
J’avais déjà vu la forme de ces insectes volants dans ma vie antérieure. Elle m’était extrêmement familière. La façon dont leurs ailes tournaient, et même les objets qu’ils avaient collés sur tout le corps.
J’étais certain qu’on appelait ça des drones. C’étaient des insectes mécaniques qui m’avaient servi de modèle pour mes marionnettes ; je me souvenais donc très bien de leur apparence.
Je regardai autour de moi. Je savais maintenant aussi ce que je venais de déterrer. C’étaient des objets appelés mines terrestres. Même ça apparaissait donc dans mon rêve.
Les drones foncèrent vers moi et commencèrent à plonger. Les objets attachés à leur corps étaient sans aucun doute des bombes. J’étendis mon bouclier protecteur et claquai doucement des doigts.
À mon signal, plusieurs insectes explosifs sortirent rapidement de ma poitrine. Ils filèrent droit sur les drones en piqué. Puis ils déclenchèrent la magie explosive intégrée à leur corps.
Les insectes abattirent rapidement les drones. Il ne fallut pas longtemps pour qu’ils les détruisent tous. Je caressai légèrement les insectes revenus vers moi et baissai les yeux sur les débris des drones.
Hum, on pouvait considérer ces drones comme les ancêtres de mes bestioles. Ils m’avaient fourni quantité de modèles. Je n’aurais jamais cru finir par tuer leurs ancêtres de mes propres mains. Sur cette pensée inutile, je détendis mon corps.
Avant que je m’en rende compte, le paysage autour de moi avait changé. Mon expression se durcit légèrement tandis que je regardais alentour. De la fumée s’élevait en divers endroits, et des bruits agressifs retentissaient parfois à travers elle.
C’était le paysage de ma vie antérieure, que j’avais parfois aperçu par bribes floues. C’était le champ de bataille dont je m’étais inspiré pour créer mes insectes explosifs. Il était bien plus net et détaillé que dans mes souvenirs.
Je reculai davantage. Au moins, Koite ne pouvait pas voir ce rêve ; c’était déjà une bonne chose. Apparemment, un rêve désordonné était difficile à saisir. Voilà pourquoi je devais m’y frayer un chemin seul. En y repensant, c’était une vraie chance.
Enfin, ce n’était pas le moment de penser à la réalité. Comme pour remplacer les drones abattus, d’autres s’élevèrent dans le ciel et foncèrent vers moi.
Je dispersai rapidement mes insectes explosifs dans les airs, puis avançai lentement. J’essayais de quitter ce champ de bataille. C’est alors que je sentis un courant d’air passer.
Une détonation retentit au milieu des drones. Une inquiétude soudaine m’envahit. Suivant mon instinct, je m’arrêtai net et baissai vivement la tête.
Au même instant, la magie protectrice qui m’entourait se brisa et le vent balaya l’endroit où se trouvait ma tête. Quand je m’en rendis compte, une sueur froide me trempait le dos.
J’avais failli mourir en un instant. Sans même m’en apercevoir. Je sentis doucement les traces de magie brisée. Comment l’attaque avait-elle traversé ma protection ? Je n’arrivais pas encore à le déterminer. Un simple impact n’aurait pas dû suffire à la briser.
Je retissai rapidement le bouclier et surveillai les alentours. J’étendis mon pouvoir magique sous mes pieds pour repérer les mines terrestres et envoyai mes insectes explosifs vers les drones qui ne cessaient d’affluer.
Les drones se mirent vite à tomber. Mes insectes, qui s’occupaient d’eux, ne revinrent pas tous indemnes. Ils étaient souvent pris dans les explosions.
Environ les deux tiers revinrent. Je les rangeai contre ma poitrine et battis en retraite. Je n’arrivais pas à savoir ce qui me prenait pour cible. Mais, comme l’attaque qui avait brisé mon bouclier venait de le prouver, ces ennemis étaient très efficaces.
Seul un imbécile continuerait à se battre dans un endroit inconnu contre des créatures inconnues. Et le combat n’était pas ma spécialité. Je devais donc d’abord quitter les lieux.
Un nouveau grondement retentit comme le tonnerre. Puis un vent rapide frappa mon bouclier protecteur. Cette fois, peut-être parce que je l’avais suffisamment renforcé de pouvoir magique, le vent tranchant ne parvint pas à traverser ma protection.
Je ramassai le petit morceau de fer qui avait rebondi sur le sort. Je m’en souvenais. On appelait ça une balle, non ? Je pouvais reconnaître sa puissance. Mais ça n’aurait pas dû suffire à traverser le bouclier, tout à l’heure.
Je grimaçai et m’enfuis rapidement. Je devais d’abord sortir d’ici. Derrière moi, les balles se mirent à pleuvoir sans fin. J’enveloppai mon corps d’encore plus de pouvoir magique et pris mon élan.
Mes pieds, chargés de pouvoir magique, traversèrent rapidement le champ de bataille. Où aller ? Où ? J’avais beau regarder autour de moi, je ne parvenais pas à trouver mon chemin. En voyant les drones et les balles se diriger de nouveau vers moi, je fis pivoter mon corps.
Je devais changer de direction. Pourtant, même en continuant d’avancer, les drones et les balles ne cessaient de me viser. Ils ne me lâchaient pas. Chaque fois que j’hésitais sur le chemin à suivre, ils apparaissaient comme s’ils me traquaient.
Plus j’essayais de leur échapper, plus le pressentiment inquiétant en moi s’intensifiait. J’étais certain de fuir. Alors pourquoi ? Je levai les yeux vers le ciel. Sans que je m’en aperçoive, le soleil s’était encore éloigné.
Quand je m’arrêtai un instant, je vis des drones se diriger à nouveau vers moi. J’en envoyai quelques-uns de mes insectes explosifs les intercepter, puis repartis rapidement. Le soleil ne cessait de s’éloigner.
En regardant ce soleil, je finis par comprendre. Ces créatures m’attiraient quelque part. Et lorsque je m’en rendis compte, il était déjà bien trop tard. Un énorme canon se dressait devant moi.
Le canon était fixé à une immense machine d’acier et braqué sur moi. Je compris instinctivement qu’elle ajustait lentement sa visée. Ah, merde. En marmonnant, j’agrandis mon bouclier magique.
Au même instant, le canon cracha des flammes. Pris d’un mauvais pressentiment, je tentai de me jeter de côté pour l’éviter, mais j’eus un peu trop de retard. Dans un grondement, l’obus pulvérisa mon bouclier en un instant.
Comme si cela ne suffisait pas, l’obus me frappa de plein fouet. Il avait arraché mon pouvoir magique par la force brute. Tout reposait sur une masse et une puissance écrasantes.
Le choc m’arracha près de la moitié du corps et me fit m’effondrer sur place. Mon esprit s’embruma. Pour une raison ou une autre, ces choses savaient très bien s’en prendre aux êtres qui utilisaient le pouvoir magique.
Elles savaient viser les points faibles de mon bouclier avec leurs balles. Elles avaient découvert exactement comment le percer efficacement. Comme si elles avaient affronté sans cesse des êtres de ce genre.
C’était pareil maintenant. Quand mon bouclier s’était épaissi, elles l’avaient simplement frappé avec une force supérieure. Pourtant, dans mes vagues souvenirs de ma vie antérieure, il n’y avait rien de tel. Là-bas, personne n’utilisait ce qu’on appelait le pouvoir magique.
Alors où avaient-elles appris ça ? Cette pensée embrumée fut la dernière qui me traversa l’esprit. Mon corps commença lui aussi à s’effacer. La mort m’avait rattrapé. Je vis le ciel trembler légèrement.
La fissure s’agrandissait un peu. Je n’aurais jamais pensé mourir à cause des souvenirs de ma vie antérieure. Le souvenir de ce champ de bataille traversa mon esprit. Ainsi, je rendis mon dernier souffle et ouvris les yeux.
Je me relevai et enveloppai une fois mon corps de pouvoir magique. J’allais parfaitement bien. Les environs n’avaient pas changé. Comme si le champ de bataille où je venais de me trouver n’avait été qu’un rêve, les lieux étaient complètement déserts.
J’étais mort et avais échappé à ce souvenir. Le soleil suspendu dans le ciel brillait toujours de mille feux. Il s’était aussi un peu éloigné. Je devais aller plus loin.
Évitons les souvenirs de ma vie antérieure. Au moment où je pris cette décision et m’apprêtai à repartir, je fronçai les sourcils et regardai autour de moi. Un pressentiment inquiétant que je ne connaissais pas me rongeait comme une sonnette d’alarme.
Je me raidis légèrement, puis me mis à avancer rapidement. D’abord, je devais quitter cet endroit.
Mais comme si le danger n’était pas écarté, l’angoisse qui imprégnait mon corps ne faisait que grandir. Je m’étais bel et bien échappé de ce souvenir. Qu’allait-il encore se passer ?
Je ne tardai pas à comprendre la raison. Au loin, je vis de la poussière s’élever. Au milieu du nuage, la machine d’acier qui avait brisé ma protection magique d’un seul coup roulait dans ma direction.
Son canon était toujours braqué sur moi. Puis un autre bruit sec retentit. Avant qu’il ne crache ses flammes, je me jetai vivement sur le côté. Je poussai ensuite un soupir de soulagement.
Cette fois, je n’avais pas eu de retard. Je jetai un coup d’œil à l’endroit où je me tenais. Le sol y avait été creusé en une petite tranchée. Si le tir m’avait touché, je serais sûrement mort une nouvelle fois.
J’empilai rapidement des barrières de pouvoir magique et bloquai l’onde de choc. Je sentis dans ces traces une forte odeur métallique. Je regardai en direction de la poussière qui s’élevait. Une intense intention meurtrière en émanait.
Derrière la machine d’acier qui roulait vers moi, je distinguai d’innombrables soldats à sa suite. C’était d’eux que venait cette intention meurtrière. Je frissonnai en sentant cette masse de haine meurtrière déferler sur moi.
Apparemment, une seule tentative pour me tuer ne leur avait pas suffi. Ils semblaient déterminés à me chasser définitivement de ce rêve. Dire qu’un souvenir me poursuivait… Je ne m’étais pas attendu à une situation pareille.
J’enveloppai mon corps de pouvoir magique et pris mon élan pour fuir de nouveau. Affronter ces étranges soldats de front ne me disait rien. S’ils ne faisaient que tirer des balles, passe encore, mais leur précision quand il s’agissait de percer le pouvoir magique était beaucoup trop grande.
Derrière moi, les soldats se mirent à tirer une pluie de balles tandis que je courais vers le soleil. Mais s’ils se contentaient de me poursuivre en ligne droite, je devrais pouvoir leur échapper. Un corps dépourvu de pouvoir magique était terriblement lent.
Il y avait pourtant un détail dont je n’avais pas tenu compte. Dans les rêves, le temps et l’espace se mélangeaient naturellement. Ces êtres appartenaient à un tel rêve. Autrement dit, ce rêve était pratiquement leur territoire.
J’avais beau être persuadé de les avoir semés, ils s’accrochaient à moi sans relâche. J’avais beau lutter de toutes mes forces, impossible d’échapper à leurs mouvements.
Leur encerclement se resserrait peu à peu autour de moi. Je rangeai les derniers insectes explosifs contre ma poitrine et esquissai un sourire amer. Il semblait que cette vie s’arrêterait là.
Je jetai un regard au soleil, qui s’était rapproché sans que je m’en aperçoive, et claquai la langue. J’avais cru être presque arrivé. Quel dommage. Il faudrait absolument que je m’échappe lors de ma prochaine vie. Le canon de la machine d’acier se mit alors à pivoter vers moi.
Le canon pointa droit sur moi. Je regardai les flammes vaciller à l’intérieur et fermai légèrement les yeux. Dans un fracas assourdissant, l’obus fut tiré. Il déchira aussitôt mon bouclier de pouvoir magique.
Au moment où l’obus allait frapper mon corps, une hache surgit soudain de nulle part. Elle percuta l’obus et le pulvérisa en un instant. Le pouvoir magique qui l’accompagnait était terrifiant, au-delà de toute description.
Puis quelqu’un bondit légèrement et atterrit devant moi. À ce son, j’ouvris lentement les yeux. J’aperçus des oreilles de lapin.
« Massacre ! »
Avec un cri d’une confiance absolue, la hache fendit de nouveau l’air. La machine d’acier s’effondra sous son tranchant.
Après avoir achevé la machine, la fille aux oreilles de lapin renifla bruyamment en me regardant. Je baissai les yeux vers elle en silence. La vue de cette fille en costume de lapin m’était extrêmement familière.
Elle ressemblait trait pour trait à Professeur. Je l’avais aussi brièvement rencontrée dans un rêve. Je pouvais l’appeler Professeure Lapin, peut-être ? Je l’observai en silence.
« Je t’avais dit de ne pas partir devant. »
« Massacre ! Massacre ! »
Professeure Lapin agita les mains dans tous les sens. Une fille arriva de l’endroit d’où elle était venue. C’était Professeur, vêtue d’un habit de nonne : Professeur Nonne. Elle me sourit doucement.
« Nous nous retrouvons. »
Après avoir regardé autour d’elle, elle inclina légèrement la tête devant moi. Le Soleil Noir brillait au-dessus de sa tête. Il semblait que c’était elle que le soleil m’indiquait depuis le début.
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