Chapitre 129
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 129
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Dans la boule de cristal, la marionnette poussa un hurlement sonore. Je compris aussitôt qu’elle célébrait une nouvelle victoire. L’excitation ne l’avait pas encore quittée et elle racla légèrement le mur de ses griffes.
Le geste avait beau sembler anodin, le mur se fendit comme de l’eau, et une énorme entaille suivit la trajectoire de ses griffes. Koite retira sa main de la boule de cristal et croisa les bras. Il fixa la créature d’un air noir et claqua la langue.
« Pourquoi diable est-elle aussi forte ? »
Il se renversa sur sa chaise et s’affala. Il avait l’air complètement épuisé. Je versai une tasse de thé et la lui tendis. Il la prit et en but une petite gorgée. Pourtant, ses yeux ne quittèrent pas la boule de cristal.
Je ne pus que cligner des yeux. Je n’avais pas la moindre idée de la raison pour laquelle cette chose était devenue aussi forte, moi non plus. Comme Koite, je fixai la marionnette au-delà de la boule de cristal.
Avec ses deux têtes de loup qui montraient les crocs et ses quatre bras laissant pendre des griffes acérées, dont les pointes suintaient un pouvoir magique trouble, elle avait une apparence absolument grotesque.
C’était aussi l’expression idéale du démon intérieur de Lumira, désormais lié à son corps. Ce qu’elle renfermait, c’était une tendance à l’autodestruction, née de la condensation de l’émotion qui se trouvait au terme d’un doute tourné vers soi-même.
Peut-être qu’une émotion de ce genre existait aussi en moi. Bien sûr, elle ne serait pas exactement identique. L’hésitation au fond du cœur d’un mage prenait une forme différente chez chacun.
Lumira voulait effacer toute cette hésitation en elle. Cette Tour d’épreuves était la forme qu’avait prise ce désir. À sa demande, la tour avait été construite avec sept étages en tout.
Les sept hésitations tapies dans le cœur de Lumira l’attendaient, chacune liée au corps d’une marionnette postée à un étage différent, comme celle qui se trouvait dans la boule de cristal.
Cette chose… Non, devrais-je l’appeler la marionnette-loup ? Elle n’était que la première étape sur le chemin du septième étage. Je ne m’étais pas attendu à ce que nous soyons déjà bloqués ici. J’avais supposé que Koite l’avait conçue ainsi exprès.
Koite remua de nouveau les doigts et se mit à tapoter la boule de cristal. Le pouvoir magique qui vacillait au bout de ses doigts l’enveloppa, et le temps à l’intérieur commença lentement à remonter.
Tandis que le combat entre Lumira et la marionnette-loup se déroulait à rebours, Koite se caressa les bajoues. Dans le lent défilement du temps, le déroulement du combat se dévoila.
Autrement dit, nous pouvions analyser exactement comment le résultat s’était décidé. Pourtant, après avoir tout regardé, Koite laissa échapper un léger soupir. Cette analyse ne nous apprenait pas grand-chose.
La marionnette-loup s’était simplement servie de son pouvoir magique écrasant pour dévorer la magie de Lumira. En voyant ça, je ne pus m’empêcher de pencher la tête à mon tour. C’était moi qui avais fabriqué cette chose, mais je ne m’étais pas attendu à ce qu’elle devienne aussi forte en contenant simplement son démon intérieur.
« Ne me dis pas que les autres étages sont pareils. »
Koite marmonna dans sa barbe. Lorsqu’il cessa d’injecter du pouvoir magique, le cours du temps dans la boule de cristal reprit son cours normal. Lumira réapparut dans son champ de vision. Elle retournait au premier étage.
Elle lança plusieurs sorts sur la marionnette-loup. Elle perturba le cours du temps pour ralentir ses mouvements et déforma l’espace afin qu’elle ne puisse plus trouver de chemin praticable.
Dans le même temps, plusieurs sorts offensifs jaillirent du bout de ses doigts et foncèrent vers le corps de la marionnette-loup. Ils étaient devenus plus acérés et plus puissants qu’auparavant.
Mais la marionnette-loup dévora toute la magie de Lumira, puis la saisit par la nuque. Koite secoua la tête en regardant son cou se briser.
Il commença à déplacer le point de vue de la boule de cristal. La vue ne resta pas au premier étage : elle se mit à monter. Au bout du chemin, une autre marionnette apparut.
C’était une marionnette trapue à tête de taureau. Celle qui gardait le deuxième étage se tenait immobile, telle une statue de pierre. Un pouvoir magique trouble ondulait puissamment autour de son corps.
Ce pouvoir magique n’était pas moins puissant que celui de la marionnette-loup au premier étage. Koite claqua la langue en le voyant, puis déplaça le point de vue encore plus haut.
Le troisième étage, puis le quatrième. Plus le point de vue montait, plus le visage de Koite se durcissait. Toutes les marionnettes avaient été renforcées. Enfin, le point de vue atteignit le dernier étage. C’était celui dont Mira avait la charge.
La boule de cristal captura l’image de Mira. Elle traçait le cercle magique du sort du Thé Noir Parfait que j’avais créé. Après s’en être servi pour se verser une tasse de thé, elle en savoura légèrement l’arôme.
Comme chez les autres marionnettes, un pouvoir magique trouble émanait aussi d’elle. Elle avait, elle aussi, un démon intérieur lié à son corps.
Contrairement aux autres marionnettes, toutefois, elle n’avait subi aucune déformation. Son esprit semblait également parfaitement intact, tout comme à présent. Son propre désir était sans doute plus puissant que le démon intérieur qu’elle renfermait.
Elle remonta légèrement ses lunettes du bout du doigt, puis tourna les yeux vers nous. Je sursautai un instant. Son regard était droit sur la boule de cristal.
Mais il ne s’arrêta pas à la boule de cristal. Il se posa sur nous, de l’autre côté. Nos regards se croisèrent. Elle sourit avec éclat et agita légèrement sa tasse de thé.
« Épier une actrice qui attend en coulisses, quelle impolitesse ! Mon tour est encore loin, alors revenez me voir un peu plus tard. »
À ces mots, une brume commença à s’échapper d’elle. Elle envahit doucement la pièce et brouilla la vue de la boule de cristal. Celle-ci ne parvint bientôt plus à distinguer sa silhouette.
En la regardant, je me caressai le menton. Je me rappelai la fois où j’avais erré dans sa brume. Elle s’écoulait lentement, fondant et dévorant tout sur son passage, dans une atmosphère presque onirique.
Était-ce pour ça ? Sa brume s’accordait aux rêves du Théâtre des rêves bien mieux que je ne l’aurais imaginé. Normalement, il lui aurait fallu un mois pour s’adapter au rêve, mais elle l’avait déjà perçu librement avant même qu’une journée entière ne se soit écoulée.
Cela lui permettait d’exercer une influence sur le rêve dans lequel elle se trouvait. Assez pour bloquer le point de vue de Koite, qui régissait le rêve, comme elle venait de le faire. De quoi déconcerter même Koite.
« Ah, et ce qui se passe en bas n’a rien à voir avec moi. Huhu, moi aussi, je regarde, et c’est plutôt divertissant. Je vous le précise au cas où vous vous méprendriez. »
Sa voix nous parvint à travers les interstices de la brume. Celle-ci s’épaissit encore, puis le point de vue de la boule de cristal fut entraîné de force par la brume et redescendit jusqu’au premier étage.
Lumira apparut de nouveau. Debout à l’entrée de la tour, elle tissait un cercle magique dans les airs. C’étaient de nouveaux sorts, différents de ses tentatives précédentes. Elle n’avait pas encore perdu courage.
Koite parut légèrement soulagé. Mira disait sans doute vrai. Elle n’avait aucune raison de gâcher ce rêve sans motif. Je ne pouvais toutefois pas en être certain.
Koite semblait l’avoir compris lui aussi. Il se caressa un instant les bajoues, perdu dans ses pensées, puis me jeta un coup d’œil. Une pointe de méfiance brillait dans ses yeux.
« Tu as fait quelque chose ? Tout ça ne correspond pas du tout à mes calculs. »
À ces mots, je ne pus que sourire avec amertume. Les soupçons s’étaient portés sur moi. Et ils étaient parfaitement légitimes : les fauteurs de trouble, c’étaient mes marionnettes.
Mais, comme Mira, je n’avais aucune raison de gâcher ce rêve. Je secouai doucement la tête pour le lui faire comprendre. Comme si j’allais faire une chose pareille !
Ce rêve avait coûté un million huit cent mille points. Je m’étais contenté de faire de mon mieux pour qu’il soit parfait. Ces marionnettes étaient le fruit de tous les efforts que j’y avais consacrés. Koite le savait aussi.
« Koite, tu as tout vérifié, non ? Quand nous les avons vues dans le rêve préliminaire, rien ne clochait. »
« Oui. Oui, j’ai vérifié. Mais pourquoi sont-elles comme ça maintenant ? »
Il se gratta la tête avec brusquerie. Son visage exprimait un profond malaise. Incapable de trouver la cause, il s’effondra, la tête posée sur la table.
Avant d’entrer dans ce rêve, nous avions déjà fait de nombreuses répétitions. Après tout, aucune erreur n’était permise dans ce rêve. Bien sûr, un accident avait quand même fini par se produire.
Quoi qu’il en soit, pendant ces répétitions, les sept marionnettes, Mira comprise, avaient fait l’expérience de nombreux autres rêves. Nous n’y avions décelé aucune anomalie. Koite avait lui-même vérifié le processus ; il n’y avait donc aucun doute là-dessus.
Bien sûr, c’était la première fois que les démons intérieurs étaient pleinement implantés dans leurs corps. Koite m’avait dit que lier ainsi le démon intérieur d’une personne au corps d’une marionnette était extrêmement difficile, même pour lui. Cette option, à elle seule, coûtait un million de points.
Alors, pendant les essais, il s’était contenté de leur faire reconnaître un léger flux de cette présence. À cette pensée, j’ouvris légèrement les yeux. Peut-être était-ce là le problème : les démons intérieurs s’étaient pleinement installés dans les marionnettes.
À cet instant, Lumira se releva. Koite dut le remarquer lui aussi, car il se redressa et se remit à manipuler la boule de cristal.
Au bout du champ de vision, la marionnette-loup du premier étage faisait de nouveau face à Lumira. Elle la fixa en grondant. Au même moment, un circuit vacilla sur son corps.
C’était le seul sort que j’avais gravé dans son corps lors de sa fabrication. Sa fonction était simple : permettre à la marionnette de mieux supporter le pouvoir magique. Cela lui conférait une sorte de faible résistance à la magie.
S’appuyant sur cette résistance, la marionnette-loup fendit en deux, d’un seul coup, l’immense sort que Lumira avait créé. Elle avala d’une bouchée le sort qui s’effondrait, puis fonça droit sur Lumira.
En voyant ça, je me plongeai un instant dans mes pensées. Je lui avais donné ce sort, mais sa puissance avait grandi bien au-delà de mes attentes. Si Koite ne parvenait pas à trouver la raison dans le rêve, c’était que le problème venait de ma marionnette.
Non, plutôt que ma marionnette, c’était le démon intérieur qui posait problème. Aucun rêve sans lui n’avait présenté d’anomalie. Les démons intérieurs avaient-ils donc une influence aussi puissante sur les marionnettes ?
Je croisai les bras et me caressai le menton. Cette adaptation était fascinante. On pouvait aussi la considérer comme une voie vers l’acquisition de pouvoir.
Pourquoi avais-je suivi le cours de manipulation des marionnettes ? Pour abriter dans ma marionnette le corps parfait de Cassian, que j’avais remodelé avec Mira, et m’approprier au moins une partie de cette puissance.
Et ce cours m’avait été très utile. Cette marionnette pouvait désormais faire vingt pas. Sachant qu’elle n’arrivait même pas à en faire dix avant que je suive le cours, c’était un progrès colossal.
Elle ne se contentait plus de mouvements simples. Elle pouvait même manier une épée, maintenant. Bien sûr, elle devait mobiliser tout son corps pour ce seul coup. Vu le prix des matériaux utilisés, c’était pratiquement à perte.
En principe, les marionnettes étaient censées s’effondrer si elles contenaient une puissance que leur corps ne pouvait supporter. Pourtant, même si ce n’était qu’un rêve, celles-ci parvenaient à contenir pleinement cette puissance.
Je devais donc en étudier la raison. Il serait peut-être possible d’appliquer ce procédé à mes marionnettes en dehors du rêve. Mais avant cela, il nous fallait gérer cet accident. Je jetai un coup d’œil à Koite et secouai la tête.
Il piétinait en regardant la boule de cristal. La panique brillait dans ses yeux. Je ne l’avais jamais vu aussi inquiet, lui qui se montrait d’ordinaire si décontracté.
C’était tout naturel. Cette commande était colossale : elle valait un million huit cent mille points. Le remboursement dont il avait plaisanté tout à l’heure risquait de devenir réalité. Si Lumira renonçait à poursuivre sa progression, il n’aurait d’autre choix que de rendre tous les points.
Du point de vue de Koite, c’était une crise majeure. Voilà sans doute pourquoi il semblait si agité. Et, pour moi aussi, c’était bel et bien une crise majeure.
Jusqu’ici, Koite m’avait traité avec beaucoup de respect. La raison de sa faveur manifeste était claire : d’une part, j’étais marionnettiste ; d’autre part, il y avait Mauro.
Mais la raison principale, c’était Mira. Comme elle venait de le montrer, son pouvoir s’accordait remarquablement bien aux rêves. C’était peut-être grâce à Mira qu’il avait passé le mois écoulé à essayer de m’attirer au Théâtre des rêves.
Qu’arriverait-il si le rêve s’écroulait dans ces circonstances ? Le respect qu’il avait pour moi disparaîtrait sans aucun doute. Il pourrait même m’en vouloir. Vu les regards avides que Koite laissait parfois paraître, c’était tout à fait plausible.
Même si cela n’arrivait pas, il était évident qu’il ne nous laisserait pas partir facilement. Il pourrait nous retenir, Mira et moi, ici et tenter de récupérer autant que possible ce qu’il avait perdu. Dans tous les cas, c’était moi qui étais responsable de ce rêve.
Parvenu à ce point dans mes réflexions, je me demandai même si tout cela n’était pas un piège. J’avais déjà été retenu une fois à cause de points, après tout.
À cette pensée, je secouai la tête. Contrairement à la fois précédente, j’appartenais à la même guilde que lui. Koite n’avait aucune raison d’agir ainsi. Les membres d’une guilde ne se faisaient pas de mal. C’était la règle.
« Bon sang, faisons-la passer le premier étage, pour commencer. »
Koite saisit la boule de cristal, puis y déversa une grande quantité de pouvoir magique du bout des doigts. Son corps s’amincit et sa graisse se transforma en pouvoir magique. Celui-ci s’infiltra dans la boule de cristal.
Il ferma les yeux et commença à rassembler sa concentration. Son visage prit une expression grave. Il répandit du pouvoir magique dans tout le premier étage et s’en servit pour modifier lentement la structure de l’étage entier.
Le terrain, jusque-là plat, se complexifia peu à peu, tandis que d’épais piliers s’élevaient les uns après les autres pour gêner les mouvements de la marionnette-loup et de son immense corps. Il avait façonné un terrain favorable à Lumira.
Lumira esquiva de justesse l’attaque de la marionnette-loup. L’épaule, atteinte par la pointe d’une griffe, s’ouvrit en deux.
La marionnette-loup tenta de la poursuivre, mais les piliers lui barrèrent la route et l’obligèrent à s’arrêter. Koite modifiait la caverne avec soin. Chaque fois que Lumira se retrouvait en danger, il y apportait un nouveau changement.
Avec le soutien de Koite, elle surmonta plusieurs crises. Mais, finalement, elle ne parvint pas à échapper aux griffes de la marionnette-loup et s’effondra. Koite se frotta les coins des yeux en voyant ça.
Une modification aussi radicale nuisait à la continuité du rêve. Lumira, qui en était la propriétaire, risquait de s’en apercevoir. Mais la marionnette-loup renfermait tant de puissance qu’il n’avait pas d’autre choix que d’agir ainsi.
Heureusement, Lumira ne sembla pas s’en rendre compte. Je la regardai se tenir à l’entrée de la tour et tracer un autre cercle magique, puis pris la parole.
« Et si on affaiblissait directement la marionnette ? Par exemple, en diminuant sa puissance chaque fois qu’elle meurt. »
Si elle avait trop de puissance, il suffisait de la limiter. Et si nous la réduisions progressivement, Lumira ne remarquerait pas de changement brutal.
Je jetai un coup d’œil au pouvoir magique qui déferlait autour du corps de Koite. À ma question, il se toucha légèrement les bajoues. Les couches de graisse qui s’y trouvaient autrefois avaient presque disparu.
« Hum, on devrait faire ça pour l’instant. Il faut qu’elle passe le premier étage. »
Koite marmonna en rassemblant du pouvoir magique, qu’il tissa en une sorte de chaîne. Il plaça ensuite cette chaîne transparente autour du corps de la marionnette. Le pouvoir magique trouble qui s’en dégageait diminua lui aussi légèrement. Il avait commencé à limiter sa puissance.
Lumira affronta de nouveau la créature. Et mourut encore. Au fil de ses tentatives, Koite ajusta avec une grande précision le processus d’affaiblissement.
Ainsi, la puissance de la marionnette continua de diminuer. Les chaînes se resserraient autour de son corps.
Lumira ne laissa pas passer cette ouverture. Était-ce ça, être mage ? Elle semblait s’être pleinement habituée au processus de mort. Même quand des griffes fondaient sur son cou, elle ne cillait pas.
Elle cherchait simplement la meilleure façon de l’abattre. À travers ces morts successives, elle commença à façonner le sort idéal contre cette créature. Un sort d’une simplicité et d’une précision extrêmes, conçu pour percer sa résistance à la magie.
Je clignai des yeux en regardant le sort achevé. Il créait une masse de pouvoir magique semblable à un poinçon. Comme elle venait de le concevoir, sa structure était très simple et instable.
Mais elle transforma même cette instabilité en puissance. Le poinçon se tordit et se mit à tourner furieusement. C’était un sort dont l’unique fonction était de percer, conçu dans le seul but d’affronter cette créature.
Même après être morte encore et encore, était-ce ça, avoir atteint le sixième étage ? Cette puissance et cette méthode étaient dignes du royaume de l’Arbre accompli. Elle lança le sort droit devant elle et transperça la marionnette.
Le corps affaibli de la marionnette ne résista pas à la puissance du sort et s’effondra. Lumira serra les deux poings en la regardant. Elle y était arrivée au bout de trente tentatives.
Trouver la réponse à force d’essais répétés était une méthode qui convenait bien à un mage. Bien sûr, sans l’aide de Koite, cela n’aurait pas suffi. Elle ne s’en était toutefois pas aperçue ; c’était donc une bonne chose, non ?
Elle franchit ainsi le premier étage. Je jetai un coup d’œil à Koite. On aurait pu croire qu’il serait soulagé qu’elle ait réussi, mais son visage resta fermé, sans le moindre signe de détente. Ses traits amaigris témoignaient de la gravité de la situation.
C’était tout naturel. Nous ne pouvions pas régler les six étages restants de cette manière. Les démons intérieurs avaient tendance à se renforcer à mesure qu’on montait. Nous aurions beau les affaiblir, cela ne suffirait pas.
Il se frotta le ventre amaigri et se mit à dévorer des perles. Après avoir ainsi mangé des rêves, son corps reçut un apport de pouvoir magique et regonfla un peu. Je m’inclinai légèrement devant lui.
« Pourrais-tu me faire entrer dans le rêve ? Je vais essayer de régler le problème. »
Les rêves ne pouvaient tolérer la présence d’éléments étrangers. Si deux êtres vivants ou plus entraient dans le même rêve, ils finissaient forcément par s’affronter. C’était pour cela que seules les marionnettes, qui ne rêvaient pas, pouvaient devenir des acteurs.
Mais il existait une sorte de parade. C’était aussi pour cette raison que j’avais attendu ici : pour intervenir en cas de problème, comme celui-ci.
Koite me regarda. Après un instant de réflexion, il hocha la tête. Il ne semblait pas trouver de meilleure solution que de m’envoyer là-bas. Après tout, c’était à lui de diriger le rêve depuis ici.
Ce rêve était aussi mon problème. Je me grattai légèrement la tête. Koite ne l’avait pas encore remarqué, mais il semblait bien que ma marionnette ait provoqué l’accident, après tout.
Je devais donc le régler de mes propres mains. Il me fallait entrer moi-même dans le rêve et examiner ces créatures. Je fouillai dans mes vêtements et en sortis une marionnette. C’était une marionnette ordinaire, sans âme.
« Je vais me préparer, alors. »
Sur ces mots, je fermai doucement les yeux et insufflai du pouvoir magique à la marionnette que je tenais. Ma conscience se mit alors lentement à dériver. Je m’abandonnai entièrement à ce courant.
Je ne tardai pas à atteindre le bout du courant. Je rouvris les yeux, puis battis des ailes dans mon dos. Des ailes. Cette sensation, que je n’avais encore jamais éprouvée, était un peu étrange, mais je m’y habituai rapidement.
Je baissai les yeux vers mes mains. Elles étaient toutes petites et adorables. J’agitai ces petites mains potelées et libérai du pouvoir magique. Je sentis qu’une quantité infime de pouvoir magique circulait en elles.
C’était bel et bien le corps de la marionnette que je tenais quelques instants plus tôt. Je regardai autour de moi. Le Soleil Noir, la vaste étendue désolée et l’immense tour dressée en son centre. J’étais bien à l’intérieur du rêve de Lumira.
Koite avait introduit le corps de la marionnette dans le rêve pendant que ma conscience le rejoignait. C’était une sorte de contrebande. En habitant le corps de la marionnette, je pouvais tromper le rêve pendant un court moment.
Pour cette raison, je ne pouvais pas manier plus qu’une certaine quantité de puissance. Comme le corps de marionnette que j’habitais, je ne pouvais gérer qu’une quantité infime de pouvoir magique.
Bien sûr, même cela suffisait. Même si mon vrai corps était venu ici, je n’aurais de toute façon pas pu intervenir dans le combat.
Je libérai du pouvoir magique et ajustai mon corps. Ses sensations passèrent alors entièrement sous mon contrôle. Une fois cela fait, je m’élevai dans les airs.
Je me mis à battre des ailes. Au rythme maladroit de mes battements, le vent s’agita et mon corps glissa avec fluidité dans les airs. Je volai vers l’entrée de la tour.
Comme si elle avait senti mon mouvement, la magie du rêve commença à s’infiltrer en moi. Même un déplacement aussi minime pouvait être détecté ? Je tressaillis et m’arrêtai. Un pouvoir magique violet s’amassa alors quelque part et repoussa naturellement la magie du rêve.
C’était le pouvoir magique de Koite. Il était donc en train de m’observer. Je hochai légèrement la tête en direction du ciel, puis repris mon vol.
Je devais guider ce rêve, cette pièce de théâtre, à la perfection. Pour cela, il me fallait d’abord rencontrer la propriétaire du rêve. Après avoir lentement avancé, j’atteignis l’entrée de la tour. Lumira s’y tenait.
Je m’arrêtai devant elle. Elle sembla me remarquer et tourna les yeux vers moi. Je lui adressai un léger salut de la tête et un sourire éclatant, puis battis doucement des ailes. Il fallait que j’aie l’air aussi mignon que possible.
Je me rappelai les notes sur ses goûts. Elle semblait apprécier les choses distinguées et belles. Mira correspondait parfaitement à ces préférences.
Mais comment une personne pouvait-elle n’avoir qu’un seul goût ? Si elle aimait les belles choses, elle aimait aussi les choses mignonnes. Koite l’avait confirmé grâce aux rêves ; il n’y avait donc aucun doute.
La marionnette que j’habitais avait été conçue pour correspondre au mieux à ses goûts. Je vis mon reflet dans ses yeux, mêlé à une pointe d’interrogation.
Une jeune fille aux cheveux blonds et aux yeux émeraude battait des ailes semblables à celles d’une fée. À première vue, elle ressemblait à la professeure, mais ce n’était qu’une méprise. Elle avait simplement pris cette apparence parce que j’avais essayé de la rendre aussi mignonne que possible.
« Bonjour ! Je suis Ian, une fée née de la tour. Je suis venue vous aider à conquérir la tour ! »
Sur ces mots, je battis frénétiquement des ailes. Lumira cligna des yeux en me regardant. Pour elle, ce rêve était perçu comme une sorte de réalité. C’était la meilleure façon d’effacer ses démons intérieurs.
Je ne devais donc pas lui laisser soupçonner qu’il s’agissait d’un rêve. Dès qu’elle comprendrait que cet endroit était un rêve, son impression de réalité s’effondrerait elle aussi. Je lui adressai encore et encore un sourire éclatant.
La légère interrogation dans ses yeux fondit comme neige au soleil tandis qu’elle me regardait sourire. Elle me caressa alors doucement la tête. Quand je frottai délicatement ma tête contre sa main, son visage froid s’adoucit complètement.
Pour elle, cet endroit semblait réel, mais cela restait un rêve. Comme Koite l’avait expliqué, la causalité n’était pas ce qui comptait dans un rêve. Si je gagnais ainsi sa faveur, tout cela lui paraîtrait naturellement crédible.
Je lui souris encore avec éclat et me préparai mentalement. Je n’étais plus Evron. À partir de maintenant, j’étais un acteur du rêve — non, une fée. Les yeux brillants, je regardai Lumira.
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