Chapitre 123
WeTried Translations
Traducteur/Correcteur : Bébé qui tousse
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 123
──────
Cela faisait une semaine que la professeure s’était enfermée dans sa chambre. Au-delà de la fenêtre, le soleil déversait une lumière éclatante. Je fermai doucement les yeux et la laissai m’envelopper tout entier.
Une faible énergie magique circulait dans cette lumière. Jusqu’alors, j’avais cru que le soleil n’était qu’un unique cristal de pouvoir magique, un sort qui maintenait cette immense dimension qu’était l’université.
Mais ce n’était pas un objet aussi simple. Le président me l’avait dit. Ce soleil était un œil arraché à la tortue. Je me rappelai naturellement ces yeux où ondulait une obscurité sans la moindre pupille.
D’une certaine façon, j’avais l’impression que le regard de quelqu’un se posait sur la tour en même temps que la lumière du soleil. Bien sûr, ce ne pouvait être que mon imagination. Sentant les rayons effleurer doucement mon corps, je dénouai lentement les mains.
Il était temps de préparer les rafraîchissements du jour. La douce lumière du soleil et son délicat pouvoir magique affluaient dans la pièce. Les rayons brûlaient de concert avec cette énergie magique, emplissant la pièce d’une lumière éblouissante.
Je regardai le soleil haut dans le ciel et hochai légèrement la tête. Puis j’agitai le doigt. Le pouvoir magique se mit à couler du bout de celui-ci.
Il forma un circuit qui commença à rassembler en un même endroit toute la lumière solaire de la pièce. J’observai attentivement le processus et sortis la théière. Puis je la posai délicatement sur le plateau.
Après m’être assuré que la théière vide avait produit un léger cliquetis, je dirigeai le circuit saturé de lumière solaire vers elle. Rempli à ras bord, au point que le pouvoir magique s’était à moitié liquéfié, il s’infiltra lentement dans la théière et disparut.
Le circuit qui s’était engouffré dans la théière parcourut son intérieur, puis se dirigea vers le cercle magique brodé à l’intérieur. Il relia peu à peu les parties manquantes. Le cercle magique assoupi commença à s’éveiller.
C’était le sort du Thé Noir Parfait. Je l’avais créé avant de venir à l’université et l’avais perfectionné pendant longtemps. Le cercle magique absorba le pouvoir magique et commença à lancer le sort.
Je hochai la tête en regardant le thé, chargé du pouvoir magique du soleil, monter lentement dans la théière. Comme on pouvait s’y attendre d’une chose qui contenait la lumière la plus intense, il était excellent. C’était le « Thé Noir Parfait » que j’offrirais aujourd’hui à la professeure.
Quand je soulevai le couvercle, le parfum du thé jaillit dans toutes les directions. Son arôme effleura le bout de mon nez, et un sourire radieux s’épanouit tout naturellement sur mon visage.
Il exhalait un léger parfum de soleil. Celui-ci ne venait pas seulement de la lumière qui inondait la pièce au-delà de la fenêtre, mais aussi des longues années qu’elle évoquait. C’était l’œuvre des feuilles de thé.
Cette fois, j’avais utilisé ce qu’on appelait de l’herbe solaire. On en trouvait partout dans l’université. Le soleil répandait sa lumière en tous lieux, et l’herbe solaire poussait là où ses rayons s’attardaient.
Mais celle que j’avais utilisée cette fois différait un peu de l’herbe banale qui poussait partout. Je ne l’avais pas cueillie au hasard : elle venait du jardin que j’avais aménagé et entretenu avec soin pendant longtemps.
Comme le temps était particulièrement beau aujourd’hui, j’avais préparé ces feuilles de thé. J’en respirai encore le parfum. Il s’accordait à merveille avec la lumière solaire au-dehors. La professeure l’apprécierait sans aucun doute, elle aussi.
Je distinguais le pouvoir magique du soleil se répandre faiblement depuis les feuilles séchées qui formaient le cercle magique. Le thé qui coulait sur ces feuilles en extrayait toute l’énergie magique qu’elles renfermaient.
Je tapotai doucement la théière. Sa température, son parfum et son pouvoir magique étaient irréprochables.
Le sort du Thé Noir Parfait s’était encore amélioré depuis la version que j’avais utilisée auparavant. C’était le fruit de mes réflexions et de mon entraînement réguliers au cours de la semaine écoulée.
Je voulais préparer un thé encore plus parfait. Malgré le nom que j’avais donné au sort, cette magie ne méritait pas encore vraiment le qualificatif de parfaite. Une seule raison m’avait poussé à y réfléchir.
J’esquissai un sourire amer. C’était parce que je me sentais coupable envers la professeure. Alors que mon âme avait été arrachée et que je repassais mon passé en revue, je m’étais souvenu de l’origine de cette magie.
Ce sort était né de mon désir de servir la professeure et elle seule. Bien sûr, il était désormais assez abouti pour que d’autres puissent également l’utiliser. Mais au départ, il ne contenait que mon intention de prendre soin d’elle.
Je devais renouer avec cette intention première. Je soulevai la théière et me mis à verser le thé dans la petite tasse préparée à côté. Au même moment, un parfum encore plus puissant se répandit.
Je posai la tasse sur la table, puis la fis glisser vers la jeune fille à demi installée dessus. Elle la fixa, inclina légèrement la tête, puis saisit délicatement la tasse.
La jeune fille commença à savourer tranquillement son parfum. Peut-être attirée par cette fragrance ensoleillée, la lumière du soleil redoubla d’intensité au-dehors. Elle ruissela sur les cheveux d’or de la jeune fille.
Elle ressemblait tant à la professeure qu’on aurait presque pu les confondre au premier regard. Elle sourit doucement. À voir cette silhouette si semblable à celle de la professeure, j’avais vraiment l’impression que celle-ci s’était assise là.
Mais ce n’était qu’une illusion. La créature ouvrit lentement la bouche. Un bêlement en sortit. « Bêê. » Je vérifiai la volonté qui m’avait été transmise avec le son et hochai la tête.
« Alors, qu’en penses-tu ? Goûte donc. »
À mes mots, la tortue — cette jeune fille qui ressemblait tant à la professeure — porta tranquillement la tasse à sa bouche. Elle en prit une petite gorgée. La créature sourit de toutes ses dents.
Elle semblait beaucoup aimer ça. Tant mieux. Si la tortue était satisfaite, la professeure le serait aussi. Peut-être parce qu’elle avait dérobé les traits de la professeure, ses goûts se rapprochaient peu à peu des siens.
Il avait fallu cinq ans pour faire pousser cette herbe solaire. Puisqu’elle renfermait les couleurs de ces cinq années, la professeure ne pouvait que l’aimer.
Je pensais qu’elle lui plairait, mais comme je ne pouvais pas lui rendre visite directement, je n’avais d’autre choix que d’utiliser la tortue pour vérifier sa réaction à l’avance. Heureusement, on pouvait dire que j’avais encore réussi aujourd’hui.
Je sortis une tasse parfaitement transparente et la posai à côté de la théière. Puis j’inclinai celle-ci et y versai un peu de thé. Il brillait d’une lumière dorée.
Je le pris en main, l’imprégnai de pouvoir magique et le secouai doucement. Un arc-en-ciel aux sept couleurs se mit alors à apparaître. Je devais aussi vérifier le goût. Je portai la tasse à mes lèvres.
Au même instant, des fleurs s’épanouirent dans ma bouche. L’herbe solaire ne fleurissait qu’une seule fois dans sa vie, et pour un instant seulement. Lorsqu’elle fleurissait ainsi, elle libérait le pouvoir magique qu’elle renfermait.
Cette vie de l’herbe solaire était elle aussi contenue dans la magie que j’avais créée. Elle fleurissait ainsi l’espace d’un instant. Bien sûr, ces fleurs n’étaient que des simulacres, formés en accumulant du pouvoir magique.
Mais la Fausse Âme, née de ma magie innée, faisait éclore ces pétales comme s’ils étaient vivants, ne serait-ce qu’un bref instant. Une chaleur semblable à de la lumière solaire fondue parcourut alors tout mon corps.
Même en s’entraînant au sort du Thé Noir Parfait, les autres ne pourraient clairement pas imiter ce goût. Quand j’ouvris la bouche, un petit arc-en-ciel s’en échappa.
La tortue me vit et se mit à souffler elle aussi un arc-en-ciel par la bouche. Je poussai un gâteau devant elle. Un gâteau aux pommes de terre à la lumière des étoiles. Non, il serait plus juste de l’appeler gâteau aux pommes de terre au clair de lune.
La pomme de terre étoilée. J’en avais déjà utilisé quelques fois. Dans cet endroit qu’était l’université, c’était l’un des ingrédients les plus répandus, avec l’herbe solaire. À bien y réfléchir, les ingrédients des rafraîchissements du jour étaient les plus courants qui soient.
Bien sûr, le goût serait complètement différent. Une douce lueur ondulait à la surface du gâteau. C’était le pouvoir magique de la lune. Cet ingrédient aussi, je l’avais fait pousser avec soin.
La lune était comme l’ombre du soleil. Son goût s’accorderait donc à merveille avec le thé. Et la volonté limpide que j’y avais insufflée serait également bien transmise.
Contrairement au soleil, qui ne changeait jamais, la lune se transformait sans cesse. C’est pourquoi ses différentes formes revêtaient de nombreuses significations et renfermaient de vastes connaissances magiques.
La pleine lune, par exemple, contenait un pouvoir magique de guérison et de prophétie. La lune décroissante détenait le pouvoir de protection et de libération, et servait à repousser les malheurs à venir.
Préparer des aliments en s’appuyant sur ce genre de pouvoir magique relevait d’une forme de magie. Il fallait y insuffler du pouvoir magique, posséder des connaissances, et une intention claire donnait vie à la saveur. Ce petit gâteau aussi pouvait donc être considéré comme un cristal magique.
Les yeux de la tortue brillèrent à la vue du gâteau. Elle se mit à le dévorer sans aucune retenue, puis me regarda et sourit largement. La satisfaction se lisait sur son visage.
La tortue me transmit ses impressions. Je hochai la tête en les entendant. Elle semblait avoir bien compris ce que je voulais exprimer. J’avais pris soin de n’inclure dans le gâteau qu’une seule sorte d’énergie lunaire : celle de la nouvelle lune.
La nouvelle lune, comme les autres phases, portait plusieurs significations. Parmi elles, j’avais cherché à faire ressortir le changement, la réconciliation et le pardon. La tortue me disait qu’elle les ressentait très nettement.
Puisque le goût et le message étaient tous deux clairs, la professeure serait certainement satisfaite, elle aussi. Elle saurait également que j’avais changé depuis la dernière fois. Peut-être même que la porte, jusqu’alors hermétiquement close, s’ouvrirait.
Je regardai la tortue manger à satiété et déposai soigneusement un gâteau sur le plateau. Puis, alors que je m’apprêtais à l’emporter, quelqu’un me tapota doucement l’épaule. Quand je tournai les yeux, je vis Mira.
« Tu y retournes encore aujourd’hui ? »
Mira me demanda cela en penchant la tête. Un insecte-miroir émergea de ses bras et afficha l’heure sur son écran. Il était un peu plus de midi. La professeure devait avoir fini de manger.
Autrement dit, l’heure était venue de lui rendre visite. Mira s’approcha lentement de la table, puis fixa la tortue avec insistance. Elle fit apparaître de la brume et l’enveloppa dedans.
Au milieu de la brume, la tortue se raidit comme si elle était prisonnière d’un cocon. Mira lui sourit radieusement, prit une fourchette sur la table, coupa un morceau de gâteau et le mangea.
« Hum, c’est délicieux. Si cette petite réagit autant, la professeure va aimer aussi. »
Sur ces mots, Mira effleura le nez de la tortue, puis se mit à manger tout son gâteau devant elle.
La tortue se tortilla en la regardant, mais le cocon était extrêmement solide. Mira la contemplait comme si elle la trouvait adorable. Je plaçai un nouveau gâteau devant la créature et hochai la tête.
« Alors, tant mieux. J’espère qu’elle le mangera et acceptera mes excuses. »
« Bon courage. Moi aussi, j’ai hâte de revoir la professeure. C’est trop gênant, en ce moment. »
Mira marmonna cela et posa la tortue sur sa paume. Tout en la regardant se débattre furieusement, elle lui mit un morceau de gâteau dans la bouche. La tortue se mit tranquillement à le manger, toujours installée dans sa main.
« Je vais m’absenter un instant. »
Mira me fit un petit signe de la main, puis tourna son regard vers la tortue et agita les doigts dans sa direction. Elle la serra contre sa poitrine et se mit à la tapoter.
On aurait dit que les taquineries allaient commencer pour de bon. Je laissai derrière moi ces deux êtres qui ressemblaient tant à la professeure et quittai l’atelier. La répétition était terminée ; il était temps d’aller vraiment lui rendre visite.
Le plateau soulevé par le pouvoir magique, je montai lentement les escaliers. Je me dirigeais vers le dernier étage de la tour, là où se trouvait la professeure.
Arrivé au dixième étage, je vis une porte unique. Cet immense étage n’abritait que la chambre de la professeure. Je la contemplai en silence. La porte, couverte de couches et de couches de sceaux, était hermétiquement fermée.
C’était arrivé sur le chemin du retour, après ma rencontre avec le président. Le souvenir de mon âme mise en pièces était encore vif. Cela faisait très longtemps qu’on ne me l’avait pas arrachée ainsi.
Et pendant que j’étais puni, il ne me restait que mon âme intacte. C’est là que je compris quelque chose : j’avais été un peu… Non. J’avais été complètement obsédé par la professeure.
J’avais même volé ce corps pour créer la tortue. La professeure avait donc bien raison de me punir. Un léger sourire amer se dessina sur mes lèvres. Je devais m’excuser pour ce que j’avais fait.
Mais trouver l’occasion de le faire était beaucoup trop difficile. La professeure se trouvait derrière cette porte. Depuis son retour à la tour, elle n’en était pas ressortie. Elle m’avait aussi interdit l’accès. Elle avait dit qu’elle ne voulait même plus voir mon visage.
« Franchement, je ne peux même pas te mettre à la porte, maintenant. Va-t’en. Ne pense même pas à t’approcher de moi tant que tu n’auras pas remis de l’ordre dans ta tête. »
Voilà ce que la professeure m’avait dit ce jour-là en fronçant les sourcils. Le regard glacial qu’elle m’avait lancé fut la dernière chose que je vis avant qu’elle ne claque la porte. Elle y apposa ensuite des sceaux encore plus puissants qu’auparavant. C’étaient ceux qui se trouvaient à présent sous mes yeux.
Je les parcourus lentement du regard. Les circuits créaient un flux si complexe et si étrange que je n’arrivais même pas à l’imaginer. Au-dessus des sceaux, je vis une pancarte.
« Evron interdit d’entrée. » Je poussai un faible soupir en la lisant. Les lettres imprégnées de pouvoir magique dégageaient une volonté d’une clarté absolue. Elle venait de la professeure. C’était le rejet qu’elle éprouvait à mon égard.
Je me tins devant la porte et baissai légèrement la tête. Puis je posai doucement le plateau devant elle. Cela faisait déjà une semaine que je venais ici pour présenter mes excuses à la professeure. Mais malgré mes visites et mes demandes de pardon, elle ne m’avait jamais répondu.
Après avoir déposé le plateau, je sonnai avec précaution à la clochette suspendue devant la porte. Un spectre à l’air renfrogné en sortit. Son visage m’était très familier.
Le spectre examina ce que j’avais préparé et hocha la tête. Puis il entreprit lentement de faire passer son corps à travers les sceaux. Ceux-ci l’accueillirent sans résistance.
Combien de temps attendis-je ainsi dehors ? Le sceau commença à se relâcher légèrement. Bientôt, la porte s’entrouvrit, laissant un mince espace entre elle et le sceau.
Mes yeux brillèrent un instant à cette vue, mais le sceau ne s’ouvrit pas davantage. La barrière restait solide. À travers la fente de la porte apparut une silhouette semblable à un dragon. C’était Butler.
« Comment va la professeure Irian ? »
Butler sortit et s’inclina devant moi. Puis il me transmit une faible impression. Un souvenir qu’il avait rappelé s’y trouvait : un visage toujours boudeur, mais aussi la professeure qui mangeait tout le déjeuner que je lui avais préparé.
Après tout, la nourriture n’y était pour rien. En l’imaginant marmonner cela, j’esquissai un sourire amer. Sa colère ne semblait pas encore tout à fait retombée. C’était compréhensible. À vrai dire, j’aurais dû être reconnaissant que les choses s’en soient tenues là.
Je savais aussi que j’étais en tort. Mais elle s’était contentée de mettre mon âme en pièces quelques fois. Et elle m’avait laissé dans la tour. Cela signifiait qu’elle avait encore besoin de moi.
Je me grattai doucement la tête. Avant de venir à la tour, j’avais voulu que les autres reconnaissent mon utilité. Je voulais qu’ils me considèrent comme plus utile à garder près d’eux que comme un ennemi à éliminer.
Peut-être avais-je obtenu ce que je voulais. Le fait que la professeure se contente de m’empêcher de m’approcher prouvait qu’elle reconnaissait à quel point je pouvais lui être utile.
Bien sûr, je ne pouvais pas en rester là. Je regardai doucement mon poignet. Le contrat que j’avais conclu avec la professeure y ondulait. Une faible douleur me piquait l’arbre.
La servir jusqu’à la fin de mes études. Voilà ce qui restait du contrat. Sentant le malaise de la professeure, celui-ci s’enfonçait dans mon arbre. La sensation était encore légère, mais j’ignorais ce qui arriverait par la suite.
La professeure pouvait décider de rompre le contrat et de me remplacer, ou bien supporter cette contrariété avant de se débarrasser de moi. L’avenir était incertain, après tout. Je devais donc regagner sa faveur.
Je tendis le plateau à Butler. Ces mets faisaient aussi partie de mes tentatives pour obtenir son pardon. Bien sûr, cela ne semblait pas suffisant, loin de là. Mais si je continuais à en apporter, peut-être que la porte finirait par s’ouvrir.
Butler s’inclina devant moi, prit le plateau et passa la porte. Au même moment, les sceaux séparés se rejoignirent. Et, au fil de leur rétablissement, la porte se referma lentement.
Je contemplai en silence la porte solidement close. La professeure remarquerait peut-être le message contenu dans le thé et le dessert et me donnerait une réponse, quelle qu’elle soit. Mais j’eus beau attendre longtemps, elle ne réagit pas.
On aurait dit que j’avais encore échoué aujourd’hui. Je poussai un léger soupir et fis demi-tour. Puis je redescendis lentement les escaliers. Il me fallait une méthode plus efficace.
Au cours de la semaine écoulée, malgré la porte verrouillée de la chambre de la professeure, la vie dans la tour avait suivi son cours normal. Grâce à elle, nous étions rentrés rapidement et les cours avaient pu reprendre comme d’habitude.
Le trésor utilisé pour ce cours était l’Armure étoilée, une entité de grade 2. Il suffisait d’en tenir un fragment pour comprendre une partie des murmures extraterrestres. Son pouvoir était impressionnant.
Bien sûr, ces murmures extraterrestres avaient aussi de graves effets secondaires. Contrairement aux autres trésors, ils servaient en quelque sorte de médium. Un accident ne tarda pas à se produire. Il fut provoqué par Hao.
En suivant ces murmures, il avait failli se transformer en une sorte de bête magique. Hari parvint de justesse à l’arrêter, et je dus moi aussi intervenir un peu pour réparer les dégâts. Mais, à vrai dire, ce processus m’avait plutôt fait du bien.
Au moins, il m’avait permis d’interrompre mon obsession pendant un moment. Bien sûr, cela ne dura pas longtemps. Je baissai les yeux vers ma main, qui tremblait légèrement. Au même instant, un sentiment de crise d’une violence extrême envahit ma poitrine.
C’était mon obsession pour la professeure. Le désespoir de ne pas pouvoir revoir son visage, une fois encore, commença à ébranler clairement mon cœur.
Je fermai les yeux sur place. Puis je m’appliquai à calmer cette obsession.
Jusqu’alors, je n’avais pas réussi à prendre pleinement conscience de mon changement. Mais après que mon âme eut été arrachée à mon corps pour la première fois depuis si longtemps, je pus comprendre ce que j’étais vraiment. Bien sûr, une fois enfermé dans mon corps, cette révélation ne m’était plus apparue que comme un vague souvenir.
Cela avait tout de même suffi à me faire comprendre que mon obsession était anormale. Peut-être pouvait-on encore y voir une grâce de la professeure. Je ne pouvais donc plus la décevoir.
Je m’arrêtai un instant et observai en silence l’émotion qui emplissait mon cœur. À sa base se trouvait le respect que j’éprouvais pour la professeure. Et ce n’était pas seulement le respect d’un mage pour une autre mage.
À mes yeux, elle était un véritable concentré de rencontres fortuites. C’était grâce à elle que quelqu’un comme moi, qui avait erré tout en bas, pouvait désormais se tenir aux côtés des autres. J’avais aussi découvert des talents dont j’ignorais l’existence.
Naturellement, mes sentiments pour ce concentré de chance ne pouvaient qu’être immenses. C’était le respect d’un bienfaiteur, celui d’un disciple envers son maître.
Mais ces sentiments suffisaient-ils à créer une obsession ? Non. Ils étaient parfaitement naturels. Ils ne pouvaient pas, à eux seuls, expliquer cette obsession.
Quelque chose agissait sur moi de manière plus directe. La cause était très claire. Je l’avais provoquée moi-même.
Je posai doucement une main sur ma poitrine. Je sentais le pouvoir magique qui emplissait mon corps. Il s’était aussi densément installé au-delà de mon corps, dans l’arbre et l’arbre d’ombre qui constituaient mon monde mental. Ce pouvoir magique provenait des trésors.
Sentant cette énergie remplir mon corps et tenter de remonter jusqu’à ma tête, je souris amèrement. Il semblait que j’allais devoir la vider une nouvelle fois.
Il était difficile de parler de simple pouvoir magique. Il contenait aussi une part des désirs des trésors qui l’avaient autrefois possédé, ainsi qu’une forme de contamination faite d’informations que je ne pouvais pas percevoir pour l’instant.
Tout cela emplissait mon corps et nourrissait mon obsession. Son influence était considérable. Même à présent, j’étais dévoré par le désir de revoir le visage de la professeure.
Mais cela ne suffisait pas à tout expliquer.
Ce pouvoir magique devenait le tremplin de ma croissance. Je savais donc qu’il exercerait sur moi une certaine influence. Je m’étais attendu à finir par désirer quelque chose.
Mais ce que je ressentais à présent dépassait de loin mes prévisions. Je portai la main à ma tête. À travers le pouvoir magique, je percevais le filet doré qui se trouvait au-delà.
Ce filet empêchait le pouvoir magique des trésors de remonter jusqu’à ma tête. Grâce à lui, je pouvais garder l’esprit clair. Pourtant, malgré cette barrière, j’étais obsédé par elle.
Alors, quand cette obsession avait-elle commencé ? Je m’étais longuement posé la question ces derniers jours. Au terme de mes réflexions, je pus déterminer à quel moment ma perception avait changé : quand j’avais appris que la professeure était un dragon.
Oui, la professeure était un dragon. Le filet doré qui entourait ma tête suivait un flux de pouvoir magique semblable à celui du couteau à graver que je possédais. À cette pensée, ma loyauté refit naturellement surface.
Je souris amèrement en le sentant. Peut-être le filet lui-même était-il le problème. Il s’agissait du pouvoir magique originel de la professeure, autrement dit de son pouvoir magique de dragon. C’était pourquoi il était doré.
Ce pouvoir magique éveillait naturellement mon obsession. C’était là un trait des dragons. Pourquoi le pouvoir magique des trésors était-il attiré par la professeure ? Parce qu’un dragon était un cristal de désir.
À l’origine, j’avais voulu orienter ce désir vers la volonté d’élever mon niveau. Tant que je n’avais pas su qu’elle était un dragon, c’était bien dans cette direction qu’il s’était manifesté. Mais tout changea quand je l’appris.
Ce pouvoir magique faisait donc naître lui aussi une forme d’obsession. Bien sûr, son influence était faible. Je savais avec certitude qu’il n’en était pas la cause.
Il devait donc y avoir autre chose. Une raison pour laquelle mon désir grandissait à ce point.
Après avoir ainsi apaisé mon cœur, je rouvris les yeux. Puis je descendis lentement les escaliers. En entrant dans l’atelier, j’entendis un fort « Bêê ». Je regardai dans cette direction et vis la tortue, mollement affalée dans son cocon.
Elle avait l’air épuisée. À côté d’elle, Mira caressait sa carapace en souriant de toutes ses dents. La tortue me regarda d’un air pitoyable. Après lui avoir doucement touché la tête, je m’adossai au canapé.
Mira laissa la tortue tranquille et s’approcha de moi. Puis elle se mit à me tapoter légèrement l’épaule. Un léger parfum de rose émanait d’elle.
« Oh là là, à voir ton air sombre, j’imagine que tu as encore échoué. »
« Oui, mais je compte continuer à lui rendre visite. Un jour, elle finira par ouvrir cette porte. »
En disant cela, je laissai retomber mon corps. Mira rit doucement en me regardant. Elle remua délicatement les doigts. La brume qui s’échappait du bout de ceux-ci se mit à couler le long de mon corps.
Sous l’effet de cette brume, les tensions et les distorsions de mon corps commencèrent lentement à s’atténuer. Appréciant cette sensation, je jetai un coup d’œil à Mira.
Elle prouvait que le pouvoir magique des trésors n’était pas le seul responsable. Elle était un trésor, et elle avait aussi appris que la professeure était un dragon. Pourtant, le même déferlement de désir que le mien ne s’était pas produit chez elle.
Sentant mon regard, Mira me sourit doucement. Je m’inclinai légèrement pour la remercier, puis poussai un petit soupir.
Le pouvoir magique des trésors participait sans aucun doute à la formation de cette obsession. Mais il existait un problème plus fondamental : moi. Pourquoi étais-je différent des autres trésors ? Ce n’était pas qu’une question de corps.
Tandis que je me plongeais dans mes réflexions, Mira détendait doucement mon corps. Quand elle eut fini, elle me tapota légèrement l’épaule. Je tournai les yeux vers elle. Elle frappa doucement dans ses mains, puis sourit avec éclat.
« J’y ai beaucoup réfléchi, moi aussi, ces derniers jours. Et j’ai trouvé une bonne méthode pour faire revenir Irian à de meilleurs sentiments. Tu veux l’entendre ? »
À ces mots, je me redressai d’un bond et fixai Mira. Dans ses yeux, je pouvais me voir, les miens grands ouverts. Elle se couvrit la bouche et rit doucement, puis posa la tortue sur sa main.
« Et si tu lui offrais un cadeau ? »
Elle avait dit cela, puis développa son idée. Tandis qu’elle parlait, je percevais chez elle une sorte de certitude.
« Irian est très pure. Son désir est limpide, comme le nôtre. Il te suffit donc de lui offrir quelque chose d’assez attirant pour qu’elle ne puisse s’empêcher de sortir, quelque chose qui lui ouvrira le cœur. Alors sa colère s’apaisera naturellement. »
En entendant cela, j’y réfléchis attentivement. Le cœur de la professeure s’adoucirait-il vraiment juste parce qu’elle recevait un cadeau, comme le disait Mira ? Je ne pus que hocher vaguement la tête. Avec la professeure, c’était peut-être possible. Son raisonnement était très convaincant.
Mais qu’est-ce que je pouvais bien lui offrir ? Mira secoua légèrement la tortue. Celle-ci lâcha un « Bêê », puis mordit son doigt avec force. Mira tapota la tortue.
« Pourquoi ne pas lui fabriquer de mignons petits enfants comme ça ? »
Mira regardait la tortue comme si elle la trouvait adorable. Je la contemplai à mon tour, comme elle. La professeure avait beaucoup apprécié cette créature. Hari aussi.
La raison était évidente. Elles renfermaient le pouvoir des trésors. Oui. Des trésors. Les dragons convoitaient les trésors. Si je lui en offrais un, la professeure ouvrirait peut-être la porte. À cette idée, je me raidis.
---
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>