Chapitre 12
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 12
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À l’aube, je quittai la boutique en inspirant l’air froid. Tout ce dont j’avais besoin était rangé dans le corps de la marionnette servante qui me suivait.
Au loin se dressait une immense porte, haute de plus de cent mètres, à n’en pas douter. Elle était si gigantesque qu’on la voyait depuis ces taudis extérieurs, et elle marquait l’entrée du lieu où se déroulaient les examens, ouvert une seule fois par an. Ce jour-là seulement, toutes les portes de cette vaste ville s’ouvraient aux visiteurs.
Je continuai mon chemin, droit vers cette porte colossale. Onze ans. C’était la onzième fois que j’empruntais cette route. Je m’y sentais à la fois mal à l’aise et en terrain connu. J’avançais lentement. Au moins, aujourd’hui, aucun mage ne roulait par terre. Ils se dirigeaient tous vers cette porte.
Malgré l’heure matinale, le centre des taudis était bondé.
« Hé, tu remets ça aujourd’hui, hein ! »
Cette voix m’était familière. Evan, le chef des épéistes. Je lui lançai un regard en coin. Il était peut-être sorti pour observer les candidats à l’examen, car il avait les deux mains pleines de nourriture. Derrière lui se tenait toute une foule de gens, des épées suspendues à la ceinture.
Quelle poisse, dès le matin. Je sentais l’odeur métallique que dégageait le pouvoir magique entremêlé de toutes ces épées. Je dressai un mur de vent pour bloquer ce qui se trouvait devant moi.
« Dégage. »
« Allez, fais pas cette tête. T’en veux un morceau ? C’est du lézard fraîchement grillé. »
Je jetai un coup d’œil à ce qu’il me tendait. Un morceau de viande impossible à identifier était embroché sur un bâton. La marionnette servante le lui arracha des mains. Ce salaud d’épéiste retira tranquillement son bras.
« Elle a bien changé, cette marionnette, pas vrai ? »
Il avait l’air un peu surpris. Après tout, cela faisait dix mois que je ne l’avais pas vu. La colère me reprit. Ce salaud s’était servi de moi comme offrande, à l’époque. Les insultes me montèrent aux lèvres.
Mais je ne les prononçai pas. À bien y réfléchir, cela m’avait rendu service, d’une certaine façon. Grâce à ça, j’avais eu l’occasion d’apprendre auprès de la professeure. Je décidai d’enterrer tous mes vieux griefs. Les dettes et les rancunes devaient toujours être soigneusement calculées.
Et puis, il avait de quoi être surpris. Ma marionnette n’avait plus rien à voir avec celle d’avant. En un an, j’avais appris davantage qu’au cours des vingt années précédentes. La marionnette servante qui me suivait en était pratiquement la quintessence. Parmi toutes celles que j’avais fabriquées, seuls Butler et la tortue la surpassaient.
Je lui adressai un sourire moqueur et poursuivis ma route. Il laissa derrière lui les autres membres de son organisation et vint marcher à côté de moi.
« Tu ne vas vraiment pas en manger ? »
La marionnette repoussa le bras qu’il me tendait encore. Il retira sa main, déçu.
« Tu étais si pur, quand tu étais jeune. Quand est-ce que le monde t’a autant usé ? »
Surtout à cause de toi. Je maugréai intérieurement. L’espace d’un instant, je perdis mon calme. Haa… Je pris une grande inspiration et me ressaisis. La résolution solennelle que j’avais forgée plus tôt me parut soudain bien inutile. Tant pis. Autant me détendre et passer l’examen sans me prendre la tête.
« On dirait que tu as appris deux ou trois choses auprès de l’Exploratrice, hein ? Tu es quelqu’un de différent par rapport à l’année dernière. »
L’Exploratrice ? Ah, il parlait de la professeure Irian ? Ce salaud ignorait apparemment qu’elle enseignait à l’université. Normal. L’année que j’avais passée à suivre les leçons de la professeure avait été la période la plus riche et la plus gratifiante de ma vie de mage.
Le mur extérieur commença à se dessiner devant moi. Il séparait les taudis de la ville et était couvert d’une puissante magie de protection, pour empêcher les mages d’entrer à leur guise.
La porte de la ville, seul passage à travers le mur, était grande ouverte, contrairement à d’habitude. Je la franchis et me dirigeai vers l’intérieur. Le salaud d’épéiste resta dehors, à proposer sa viande inconnue aux passants. Je priai pour l’âme de quiconque l’accepterait. Il y avait forcément quelque chose de louche dessus.
Derrière le mur s’étendait une ville animée, pleine de culture et de civilisation, tout ce qui manquait aux taudis. Pourtant, personne ne quittait la route ni ne s’arrêtait pour regarder autour de soi. Des soldats la bordaient d’un bout à l’autre. Tous, sans exception, étaient des mages. En tant que gardes chargés de protéger la ville, leur pouvoir magique exerçait une pression qui écrasait le moral de ceux qui entraient.
J’avais moi aussi voulu vivre ici, autrefois. Mais sans identité clairement établie ni recommandation, impossible d’y entrer. Seuls ceux qui intégraient l’université, ceux issus de grandes familles ou ceux qui servaient l’Empire avaient le droit d’en devenir citoyens.
Au centre de la ville se dressait une porte colossale. Une porte de transfert, étrange portail qui traversait l’espace. Une fois par an, la foule venue passer l’examen la franchissait.
Au début, j’avais cru que cette porte pouvait aussi m’emmener à l’université. Ce n’était pas le cas.
La porte qui menait à l’université était une petite porte en bois toute délabrée, juste à côté de l’immense portail. La première fois que je l’avais vue, j’avais été un peu décontenancé. C’était vraiment par là qu’on entrait à l’université ? Elle n’avait vraiment rien d’impressionnant.
Mais l’immense pouvoir magique qui s’en dégageait rendait impensable de s’en approcher à la légère. On disait que cette porte existait depuis avant la construction de la ville, et même avant la fondation de l’Empire.
Quand j’avais entendu parler de l’université pour la première fois, le mage qui m’enseignait, Ojo, m’avait dit ceci : l’université était un autre monde créé par l’archimage. Les meilleurs mages s’y entraînaient et s’y perfectionnaient. Ces paroles m’avaient attiré jusqu’ici.
Cette porte était l’unique passage vers cet autre monde. Voilà pourquoi cette immense cité universitaire avait été construite tout autour. Un domaine où l’on créait un monde entier… Je n’arrivais même pas à imaginer quel niveau cela représentait.
Les soldats guidèrent la foule vers la porte. Je les suivis jusqu’à l’immense portail de transfert. De telles portes existaient partout sur le continent. Une fois par an, l’Empire les ouvrait uniquement pour l’examen d’entrée à l’université, rassemblant ainsi les mages de tout le continent en un seul endroit.
Un léger vertige me saisit lorsque je franchis la porte. Quand je repris mes esprits, je me trouvais dans un espace entièrement blanc. Un visage gigantesque flottait devant moi. C’était le préposé aux inscriptions de l’examen. La première fois que je l’avais vu, j’avais eu très peur.
« Veuillez régler les frais de participation. »
Le visage, dont je ne parvenais pas à déterminer le genre, prit la parole. La marionnette qui m’avait suivi à l’intérieur sortit une bourse de sa poitrine. Cent pierres de mana. En pièces d’or, cela faisait environ cent mille pièces. À cause de ces foutus frais de participation, je n’avais beau gagner de l’argent, je n’en avais jamais assez. C’était aussi pour cette raison que je n’avais pas pu passer l’examen pendant dix ans après avoir quitté l’île.
Je jetai les pierres dans la gueule de ce salaud. Puis je sortis de ma poitrine une autre feuille de papier : la lettre de recommandation que m’avait donnée la professeure. Qu’est-ce que j’avais dû endurer pour obtenir cette lettre !
Non, ce n’était pas une épreuve. C’était une grâce que la professeure m’avait accordée. Je ne pouvais qu’être reconnaissant pour sa bénédiction. Aucun mot ne suffirait à décrire à quel point j’avais été ému en la recevant.
Quand je mis aussi la lettre dans la gueule du salaud, il l’avala. Puis il claqua plusieurs fois des lèvres avant d’ouvrir grand la bouche dans un craquement. À l’intérieur, des ténèbres opaques ondulaient.
Lorsque j’entrai, les ténèbres imprégnèrent mon corps. Je fermai les yeux et m’abandonnai à elles. J’eus l’impression que mon corps était emporté quelque part. Puis, à un moment donné, je sentis les alentours s’éclaircir.
Quand je rouvris les yeux, je vis une goutte. Je me trouvais à l’intérieur. Au-delà, j’aperçus quantité de gens enfermés dans des gouttes comme la mienne. Plus bas, il y en avait encore davantage. Je tombais lentement vers elles.
Je levai les yeux vers le ciel. Une énorme faille s’était ouverte dans l’espace, et les ténèbres que je venais de traverser y étaient contenues. À l’instant où quelqu’un en jaillissait, une goutte l’enveloppait et dérivait vers le bas. Les gouttes tombaient sans fin.
Des gouttes, hein. L’examen avait-il un rapport avec l’eau ? Je l’ignorais encore. L’examen prenait une forme différente à chaque fois, alors il était trop tôt pour tirer des conclusions. Mais cette fois, quel que soit le sujet, j’avais confiance en moi.
Après avoir reçu les enseignements de la professeure, mes anciennes idées toutes faites avaient volé en éclats. Il n’y avait ni compétition ni attaque. Je me contenterais d’apporter un soutien irréprochable aux autres. Voilà l’attitude sincère que je leur montrerais pendant cet examen. Ils comprendraient aussi ce que j’avais dans le cœur et cesseraient de se montrer hostiles envers moi.
Les gouttes continuaient de tomber sans fin. Je n’avais aucune idée de leur nombre. Tous les mages qui souhaitaient intégrer l’université se rassemblaient ici ; elles devaient donc être innombrables. Les paroles d’Evan, ce salaud d’épéiste, me revinrent soudain à l’esprit. Il avait essayé de compter le nombre de candidats, un jour, et m’avait dit que plus de cent mille personnes avaient franchi la porte de transfert dans la seule cité universitaire.
Comme de telles portes étaient disséminées sur tout le continent, je n’arrivais pas à imaginer combien de personnes passaient l’examen chaque année. Et puis, les frais de participation s’élevaient à cent pierres de mana par personne. Pas étonnant que l’Empire fasse tout son possible pour organiser l’examen. De l’argent qui se multipliait tout seul. Comment auraient-ils pu résister à ça ?
Je ferais bien une petite pause. À peine cette pensée m’effleura-t-elle que la marionnette lut dans mon esprit et sortit une chaise. Je m’assis et regardai autour de moi. Dans leurs innombrables gouttes, suspendues à intervalles réguliers au-dessus du sol, les mages se préparaient chacun à l’examen. La marionnette me versa une tasse de thé. Le parfum qui vint chatouiller mes narines était merveilleusement sucré.
À l’intérieur s’épanouissaient plusieurs fleurs créées spécialement pour moi. Contrairement à la professeure, je n’aimais pas vraiment les saveurs sucrées. Je me concentrai donc entièrement sur la texture des fleurs. Je bus le thé et gardai la fleur dans ma bouche. Tandis qu’elle glissait sur ma langue, chaque pétale s’en détacha et s’y posa.
À cet instant, le parfum et la texture qu’elle renfermait éclatèrent dans ma bouche. Ah… Je fus impressionné, l’espace d’un instant. Les pétales s’empilaient couche après couche et créaient une saveur harmonieuse. C’était si réussi que je l’admirai, alors même que je l’avais fabriqué moi-même. Tout en buvant le thé, je dispersai du pouvoir magique pour étudier la façon dont la goutte avait été formée.
Un long moment passa. Je sortis une montre et la consultai : environ six heures s’étaient écoulées. La porte de transfert fermait pile à midi ; l’examen allait donc bientôt commencer. Le nombre de gouttes qui tombaient du ciel diminua peu à peu. Enfin, la faille rétrécit à son tour et le ciel se referma.
À cet instant, un écran apparut devant la goutte. L’examen avait commencé.
Résolvez les cinq épreuves. (100 points au total. Réussite à partir de 60 points.)
Épreuve 1. Échappez-vous de la goutte en moins de 30 minutes en utilisant la magie fournie. (10 points)
(Ne pas utiliser la magie fournie entraînera une disqualification.)
Épreuve 2. Rejoignez votre destination en moins de 24 heures, au sein d’un groupe de cinq personnes formé au hasard. (20 points)
(10 points retirés si un membre du groupe prend du retard ou meurt.)
Épreuve 3. Construisez une forteresse à la destination de l’épreuve 2. (20 points)
(Évaluation individuelle.)
Épreuve 4. Utilisez la forteresse de l’épreuve 3 pour protéger un objet important et tenir pendant deux semaines. (30 points)
(10 points retirés si un membre du groupe meurt. Disqualification si l’objet protégé est endommagé.)
Épreuve 5. Désignez le premier et le cinquième contributeur de l’épreuve 4. (20 points)
(10 points de base. Le premier contributeur reçoit 10 points bonus, et 10 points sont retirés au cinquième contributeur.)
Hum, c’était un examen avec des épreuves.
J’avais de la chance, cette fois. Parmi les examens que j’avais passés jusque-là, ce type d’épreuve était apparu assez souvent. En comptant celui d’aujourd’hui, il était tombé cinq fois sur onze. L’année dernière, j’avais prévu qu’il y en aurait un et je m’étais énormément préparé, mais c’était un examen en duel qui était tombé, et tout avait été fichu en l’air.
Aucune épreuve ne m’ordonnait de me montrer hostile envers les autres membres du groupe. Je pourrais donc exploiter pleinement mes points forts. La cinquième épreuve me chiffonnait un peu. On les appelait des membres du groupe, mais n’était-ce pas surtout une manière d’inciter tout le monde à se surveiller mutuellement ?
Quoi qu’il en soit, il fallait d’abord que je réussisse l’épreuve 1. Si je n’y arrivais pas, je serais éliminé sur-le-champ.
Quand je touchai l’épreuve 1 du doigt, un autre écran apparut. J’entendis alors des gouttes éclater autour de moi. Surpris, je regardai alentour : les gens faisaient simplement éclater leur goutte et s’en allaient. Celle qui se trouvait devant moi était du même genre. Dès qu’elle éclata, la personne disparut aussitôt. À cette vue, je reniflai avec mépris. Ces imbéciles n’avaient même pas lu correctement l’énoncé.
Si j’étais venu en avance, c’était pour étudier l’épreuve avant qu’elle ne commence. C’était un tout petit indice, mais le simple fait que nous nous trouvions dans des gouttes suffisait à deviner qu’elles avaient un lien avec l’examen. Les autres l’avaient sans doute compris aussi. C’était pourquoi j’avais déjà analysé en détail les propriétés de la goutte. Ce n’était qu’une simple goutte constituée de pouvoir magique.
L’écran qui était apparu affichait un cercle magique. À sa vue, ma bouche s’ouvrit toute seule. Au cours de l’année écoulée, j’avais appris de nombreux sorts auprès de la professeure Irian et tracé quantité de cercles magiques, mais j’avais rarement vu un sort aussi beau que celui qui se trouvait devant moi.
La finesse des circuits qui formaient le cercle magique était elle aussi exceptionnelle. Chaque flux de pouvoir magique à l’œuvre dans ce sort débordait d’une beauté qui dépassait mon niveau.
Pourtant, il s’agissait aussi d’un sort simple, assez simple pour que je le comprenne. Créer une magie aussi facile et aussi remarquable… Le mage qui avait fourni ce sort m’inspirait du respect.
Pour commencer, afin de comprendre le sort, je l’utilisai sur une pierre de mana que me tendit la marionnette servante. Les pierres de mana avaient la propriété de contenir pleinement le pouvoir magique, ce qui les rendait compatibles avec à peu près n’importe quel type de magie. Quand je lançai le sort, une lumière intense jaillit de la surface jusque-là terne de la pierre.
En analysant les effets du sort, je devinai à peu près son nom. « Magie luminescente », ou plutôt magie brillante ? La lumière était si intense qu’elle semblait dégager de la chaleur.
Comment pouvais-je utiliser ça sur la goutte ? Certains commencèrent à sortir de leur goutte dès qu’ils virent le sort. L’un créa un rayon, un autre se téléporta. Ils avaient déjà fini de l’analyser ?
Je ne pouvais pas rivaliser avec des génies pareils. Et je n’en avais pas l’intention. Je me contenterais de me concentrer sur ce que j’avais à faire.
Leurs méthodes étaient tout de même impressionnantes. Elles méritaient d’être prises en exemple. Un rayon, hein. Ils avaient forcément modifié le sort avant de l’utiliser. C’était probablement pour cette raison qu’on nous avait donné un sort aussi simple et aussi facile. Je devais d’abord analyser plus en profondeur ses propriétés.
La marionnette sortit un rouleau et l’étala devant moi. Je notai rapidement les effets de ce sort.
Lumière, chaleur, persistance, luminescence intense, hausse de la température, structure simple, réaction rapide, grande efficacité du pouvoir magique, excellente compatibilité, facilité de modification.
Parmi tout cela, quelle était la caractéristique fondamentale et la plus importante ? La lumière. Le cercle magique de ce sort était entièrement conçu autour de la lumière. Cette intention intense suintait de ses circuits. Hum. Dans ce cas, si je rassemblais cette magie, encore et encore, elle deviendrait un rayon comme celui que j’avais vu.
À l’instant où je m’en rendis compte, je compris aussi que je ne pouvais pas le faire. Il me faudrait une quantité colossale de pouvoir magique. Un vagabond comme moi n’en était pas capable.
Le rayon me plaisait quand même. Un rayon était une forme de lumière condensée. Si je condensais moi aussi la lumière, je devrais obtenir une puissance destructrice suffisante. Il me suffisait donc de rassembler la lumière en un seul point. Même s’il n’était pas aussi gros que leurs rayons, même s’il était minuscule comme un point, la concentration de lumière serait tout de même suffisante.
Je modifiai légèrement le flux du sort. Je remaniai le circuit pour supprimer sa persistance et le faire émettre une lumière et une chaleur plus intenses, ne serait-ce qu’un instant. Modifier la magie et l’insuffler aux marionnettes : la professeure avait observé cette aptitude chez moi au cours de l’année passée et l’avait jugée utile.
Je commençai à dessiner un plan sur le rouleau. Quelle marionnette allait recevoir ce sort ? Il émettait de la lumière. Je devais superposer plusieurs sorts pour les concentrer en un seul point. Dans ce cas, une sphère parfaite serait l’idéal.
Je terminai vite le plan. Le papier convenait mieux à cette marionnette que le bois. Elle sortit plusieurs feuilles de sa poitrine. J’y gravai un grand nombre de cercles magiques, conformément au plan. Même si la magie n’était pas encore activée, une douce lueur y persistait. Je pliai les feuilles et leur donnai une forme de sphère.
C’était prêt. J’y insufflai du pouvoir magique. Tous les cercles magiques se trouvaient à l’intérieur de la sphère. Le pouvoir magique se vida comme la marée descendante et commença à chauffer ces cercles. Une vive lumière s’en déversa. Elle se voyait même à travers le papier.
La lumière se superposa et s’accumula à l’intérieur du papier. Bientôt, la sphère de papier vira au rouge vif sous l’effet de la chaleur. Je la lançai en l’air et me réfugiai aussitôt derrière la marionnette. Celle-ci activa plusieurs couches de magie défensive et me protégea.
Oui, c’était une bombe. J’avais gravé un sort d’explosion sur le papier. C’était la seule magie offensive que j’avais été autorisé à utiliser. Ce sort produisait un impact à l’intérieur de la sphère. À l’intérieur, au centre de la lumière. La lumière rassemblée en ce point unique fut emportée par l’impact et se répandit vers l’extérieur. La pression colossale qui en résulta déchira la sphère de papier et engloutit les alentours. Elle dégagea une lumière et une chaleur intenses.
La goutte entière vola en éclats. Je m’étais caché derrière la marionnette, mais une onde de choc assez violente me frappa tout de même et m’engourdit le corps. Haa… Mais j’avais réussi. J’inspectai la marionnette. Malgré la magie défensive, elle était calcinée par endroits. Le choc avait été plus violent que prévu.
Je réparai la marionnette avec mon pouvoir magique. Elle retrouva bientôt son apparence d’origine et se posta derrière moi. En vérifiant l’heure, je constatai que vingt-six minutes s’étaient écoulées. J’avais utilisé presque les trente minutes entières. Je descendis au sol et levai les yeux vers les gouttes au-dessus de ma tête. Il en restait encore beaucoup qui n’avaient pas éclaté.
Vingt-sept minutes, vingt-huit minutes, vingt-neuf minutes, trente minutes.
Le temps était écoulé. Les gouttes éclatèrent en un instant. Et tous ceux qui se trouvaient à l’intérieur disparurent. Éliminés. Un nombre colossal de personnes avait été éliminé en un éclair.
Qu’est-ce qui se serait passé si la professeure ne m’avait pas instruit ? J’aurais peut-être pataugé sans même savoir de quel genre de magie il s’agissait. Les mages qui étaient descendus au sol observaient les réactions des uns et des autres. Puis, à un moment donné, les alentours s’assombrirent. Comme tout à l’heure, quand l’espace s’était déplacé.
Mais, contrairement à tout à l’heure, une ligne de lumière traversait ces ténèbres. Elle s’étirait au loin et rejoignait d’autres lignes. Cela signifiait-il que je devais la suivre ? Je m’y engageai docilement ; bientôt, un carrefour apparut. Et je vis aussi des gens qui se dirigeaient vers lui.
Cinq personnes. C’étaient ceux avec qui j’allais accomplir les épreuves. Tous affichaient une personnalité bien à eux. Je les détaillai et souris. Bien, bien. On dirait qu’on m’avait finalement choisi de bons coéquipiers.
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