Chapitre 104
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Traducteur/éditeur : Coughing Baby
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◈ Survivre à l’Académie de magie
Chapitre 104
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Je fermai doucement les yeux et me concentrai sur les pulsations à l’intérieur de mon corps. Je sentis mon cœur trembler faiblement. Au-delà, dans un espace constitué uniquement de pouvoir magique, mon arbre était enraciné. Il sentit ma volonté et fit joyeusement bruisser ses branches.
Son tronc était extrêmement épais. Même si le tailler était devenu une partie de ma routine quotidienne, l’arbre continuait de croître vigoureusement. Cette croissance était due à l’arbre d’ombre qui s’étendait sous lui.
Cette étrange ombre, qui n’existait pas dans la réalité, ondoyait avec beauté, comme le ciel nocturne. Elle ne se limitait pas à l’intérieur de mon corps.
L’arbre d’ombre s’entremêlait au pouvoir magique et s’étendait dans toutes les directions, créant un domaine qui n’appartenait qu’à moi. Dans cet espace, les marionnettes de l’arbre d’ombre pouvaient se déplacer librement.
Ce domaine avait beaucoup changé depuis la dernière fois. C’était arrivé cette année. Non, même pas : tout s’était produit au cours des quelques derniers mois. Pendant cette période, mon arbre d’ombre s’était étendu à ce point.
Avant le début du nouveau cours, mon domaine s’étendait tout au plus jusqu’à quelques montagnes voisines. C’était d’ailleurs quelque chose dont les étudiants du cours précédent se plaignaient souvent. La zone où ils pouvaient utiliser les insectes miroirs et les marionnettes était trop restreinte.
Je n’y pouvais rien. C’était la limite que j’avais atteinte à l’époque.
Mais désormais, c’était différent. Le domaine que je pouvais maintenir était presque deux fois plus vaste qu’alors. Dans cet immense espace, les étudiants actuels se déplaçaient plus librement.
Il en allait de même pour les marionnettes. Dans ce vaste domaine, les étoiles de l’arbre d’ombre brillaient d’une lumière profonde. Plusieurs étoiles s’unissaient pour former une constellation, et les égos issus de ces constellations réunies brodaient l’espace de leur éclat.
Et celle qui brillait le plus parmi elles, c’était Tortue. J’ouvris les yeux et baissai le regard vers ma poitrine. Elle croisa mes yeux, puis ouvrit et referma la bouche. Je lui caressai doucement la tête.
Elle frotta sa tête contre mon doigt et poussa un cri satisfait. Le flot intense d’émotions qu’elle m’envoya me parvint à travers notre lien. C’était quelque chose dont j’ignorais jusqu’à l’existence. De l’amour.
Cet amour me semblait toujours terriblement gênant. Je ne savais pas aimer avec passion comme eux. Aussi, je n’avais pas l’habitude de leur témoigner de l’amour non plus.
Pourtant, lorsque je contemplais tranquillement leurs émotions ainsi, ma poitrine se réchauffait naturellement. Et cette chaleur les atteignait, même si ce n’était qu’un peu. À travers cet échange, ils se mirent à briller d’une lumière encore plus éclatante.
Je me rappelai la première fois où j’avais créé Tortue. C’était avant mon arrivée à l’université. J’avais voulu tisser ensemble plusieurs cœurs de mana pour créer un être gigantesque. Cette créature s’était profondément gravée dans mon esprit : Tortue.
Bien sûr, j’avais à moitié échoué. Mais, en même temps, j’avais aussi à moitié réussi.
Je suivis doucement le lien qui nous unissait. Ce chemin n’avait pas simplement été créé par l’égo rattaché à l’ombre. Tortue avait été liée à moi et à mon arbre dès sa création.
Tout en la caressant, j’observai le domaine formé par l’arbre d’ombre. Les informations et le pouvoir magique qui y résidaient étaient naturellement attirés par les étoiles, qui les absorbaient et brillaient d’un éclat plus vif.
Ce cycle était parfaitement naturel. L’arbre grandissait ainsi, et il était évident qu’il continuerait de le faire. Après avoir tapoté doucement la tête de Tortue, je retirai la main.
Un changement d’une telle ampleur aurait été impossible par mes seules forces. Même les marionnettes que j’avais créées n’auraient pas suffi.
Quel qu’en fût le nombre, et même si elles étaient remplies d’amour pour moi, les limites de leur talent avaient toujours été évidentes.
Les trésors étaient à l’origine de cette croissance fulgurante.
Les trésors qui avaient rejoint le tableau de messages étaient désormais près de quarante. C’était le résultat de nos explorations méthodiques du dépôt, menées avec Cassian et Mira. Il serait sans doute difficile d’en attirer davantage, désormais. Nous avions parcouru la plupart des salles du sixième étage.
Je ne pouvais pas monter au septième étage juste pour récolter d’autres trésors. Je me rappelai cet étrange œil qui m’avait fixé. Il demeurait au fond de mon cœur comme une cicatrice. Le septième étage était encore bien trop loin pour moi.
En outre, les trésors du sixième étage à eux seuls possédaient un pouvoir magique et une puissance incomparables aux miens. M’occuper d’eux demandait déjà une sacrée force mentale. On ne savait jamais ce qui pouvait arriver.
Je rassemblai donc les trésors et plaçai de nombreuses marionnettes près d’eux. Comme Butler l’avait fait, elles absorbaient le pouvoir magique des trésors et le transmettaient à l’arbre d’ombre.
Grâce à ce pouvoir magique, l’arbre d’ombre s’épanouissait avec une telle luxuriance. Le pouvoir magique, les informations et les volontés que je ne comprenais même pas s’étaient rassemblés et accumulés en un seul endroit. Et ils continuaient de s’y accumuler.
« Tu manques de talent. »
C’était ce que m’avait dit la professeure Irian la première fois qu’elle m’avait vu.
Elle m’avait dit que je n’avais aucun talent pour le combat. Je devais donc me concentrer sur des domaines comme la magie du quotidien. En suivant ses conseils, j’étais tout juste parvenu à intégrer l’université.
Mais les résultats que j’avais obtenus étaient des choses qui venaient très facilement aux autres. En arrivant dans ce lieu appelé université, j’avais pris encore plus conscience de mes lacunes. De ce mur du talent qui se dressait entre eux et moi.
C’était pour cela que j’avais toujours envié le talent. Je m’étais donc dit : « Laisse-moi entrevoir leur talent, leur pouvoir. » Et c’était vite devenu ma méthode de progression.
Mais les étudiants ne suffisaient pas. J’avais donc attiré les trésors sur le tableau de messages et leur avais fait donner des cours.
Je n’avais qu’une seule raison de leur faire donner des cours de cette manière.
Je voulais les voir accorder leur pouvoir aux étudiants, observer ces derniers s’en servir et, grâce à leurs échanges, mieux comprendre le pouvoir des trésors.
Et, à travers ce processus, l’arbre d’ombre avait peu à peu grandi comme ça. Il en allait de même pour mon arbre. Après avoir absorbé le pouvoir magique généré par les trésors, il avait grandi bien au-delà de mes attentes.
Bien sûr, il y avait aussi eu des effets secondaires.
Je me rappelai comment Hao s’était enivré du pouvoir du Collier de dents. À force d’en abuser, Hao avait été contaminé. Je l’avais donc purifié.
J’étais dans le même état. Non, j’étais peut-être même pire.
Hao avait changé ainsi malgré le pouvoir immense, traité de façon stable par un trésor, qu’il avait reçu. Il avait aussi été pris au piège par le Collier de dents et enivré par l’Anneau du Ciel.
Hum… Peut-être que le pouvoir n’était pas en cause. Peut-être que le problème, c’était Hao. Hao avait provoqué bien plus d’incidents que les autres étudiants. Il avait failli en déclencher un autre pendant ce cours aussi. En pensant à Hao, qui devait être étendu à l’infirmerie, je laissai échapper un petit rire.
Et moi, alors ? Je leur avais dérobé des bribes de pouvoir magique et d’informations. Juste assez pour qu’ils ne s’en aperçoivent pas, ou que cela ne les dérange pas même s’ils le remarquaient.
Mais absorber ainsi leur pouvoir magique et accueillir leurs volontés comportait un risque de contamination.
Mon corps, qui avait accueilli ce pouvoir magique, se rapprochait donc naturellement d’eux. Je ne pouvais pas non plus m’y opposer. Peu à peu, leur pouvoir magique me rongeait.
Si j’étais encore sain d’esprit, c’était grâce à la clé que la professeure m’avait confiée. Elle me protégeait et m’empêchait de me déformer complètement. C’était aussi pour cette raison que j’avais fait tout cela.
Bien sûr, dernièrement, j’avais l’impression que son effet s’affaiblissait. L’odeur qui émanait de Hao était devenue encore plus douce.
J’ignorais pourquoi cette odeur venait de Hao. Mais je pouvais m’en servir comme point de repère. Elle me permettait d’évaluer à quel point je m’étais rapproché d’un trésor.
Aujourd’hui, cette odeur était encore plus forte. Assez pour que je comprenne pourquoi Mira en salivait en voyant Hao. Cela signifiait sans doute que je m’étais un peu plus rapproché d’un trésor. Un jour, ma façon même de penser risquait de changer.
Mais c’était le résultat de mon choix. J’avais accepté tout cela de mon plein gré. La croissance s’accompagnait toujours de risques. C’était le principe fondamental de ce monde.
Alors, si j’acceptais davantage de risques, je pourrais progresser davantage. C’était mon jugement, et j’avais réussi de cette manière. Résultat, j’avais atteint une croissance qui n’avait rien à envier à celle des autres.
Et c’était aussi le résultat de la destruction d’innombrables marionnettes et étoiles.
Accepter le pouvoir magique d’un trésor n’avait rien de simple. Leur pouvoir magique et leur puissance étaient très violents. Dans ce flot, de nombreuses marionnettes avaient perdu leur lumière, s’étaient effondrées et brisées.
Au fil de ce processus, j’avais trouvé la manière la plus stable d’absorber le pouvoir d’un trésor. Ensuite, j’avais poursuivi mes recherches petit à petit. Et, ce faisant, bien d’autres marionnettes s’étaient effondrées.
Je pensais que c’était nécessaire. Si je faisais le calcul, je pouvais obtenir un gain supérieur en sacrifiant quelques marionnettes.
Au fil du processus, plusieurs centaines d’étoiles avaient disparu de mon arbre d’ombre. Les constellations qui brillaient maintenant d’un éclat splendide avaient été formées en empilant les sacrifices des autres étoiles.
Je les avais utilisées comme de vulgaires outils.
Elles s’étaient jetées dans la bataille sans hésiter. À l’époque, j’avais trouvé cela normal. Parce que je les avais créées. Parce qu’elles étaient comme mes mains et mes pieds.
Mais était-ce vraiment bien ? Cette pensée me traversa l’esprit. J’avais appris à connaître leur amour. L’amour sans fin qu’elles m’envoyaient réchauffait doucement ma poitrine.
C’était cet amour qui les poussait à suivre mes ordres. Même si elles savaient qu’elles allaient mourir, elles se contentaient d’endurer en silence. Les insectes miroirs envoyés en ville faisaient de même.
Je pouvais même sentir cet amour chez Hari. Même après avoir été reconstruite avec l’esprit de l’Anneau du Ciel, elle n’avait pas oublié l’affection sincère qu’elle éprouvait pour moi. Comme elles, elle croyait en moi du fond du cœur.
Ma croissance valait-elle leurs sacrifices ? Je ne pouvais plus en être certain. Plus je prenais conscience de leur amour, plus je me sentais redevable envers elles.
« Qu’est-ce qu’une marionnette que j’aime ? » C’était la question du professeur On. Et la réponse était très simple. Toutes les marionnettes m’étaient chères. Toutes celles qui vivaient dans ma poitrine, marionnettes comme égos.
Comment ne pas aimer les marionnettes qui m’aimaient ? Même maintenant, l’affection que j’éprouvais pour celles que j’avais créées coulait vers elles.
Mais je ne pouvais pas m’arrêter là. Leur amour était bien trop lourd.
Je devais aussi leur rendre cette affection inébranlable. Puisque ce résultat avait été rendu possible par leurs sacrifices, il fallait que je le leur rende, moi aussi.
C’était pourquoi, depuis un mois, je réfléchissais sans cesse à la façon de leur rendre leur amour.
Pendant ce temps, un autre trésor avait donné un cours. Celui qui en était chargé avait une longue langue. Il s’appelait Langue délicieuse. C’était aussi un trésor qui partageait la salle de Mira.
Pendant la préparation du cours, intrigué, j’avais demandé à la professeure d’où venait ce nom. Elle m’avait répondu avec un sourire que c’était parce que cette langue avait été très délicieuse quand elle l’avait mangée pour la première fois. Peut-être en se remémorant cette saveur, elle s’était léché les lèvres.
Et, le lendemain, une partie de cette langue avait été servie dans un bol à l’heure du déjeuner. Légèrement grillée au feu et au pouvoir magique, elle dégageait un parfum délicieux, comme la professeure l’avait dit. La professeure en avait mangé et avait hoché la tête, satisfaite.
Bien sûr, le pouvoir qu’elle possédait était aussi stupéfiant que son goût. Elle se contentait de baver. Et sa salive faisait tout fondre. Absolument tout. Même le pouvoir magique présent dans l’air se mêlait à cette salive et se dissolvait.
Elle offrait aux étudiants l’essence de ce pouvoir. À eux de réfléchir à la manière de s’en servir. Elle ne s’appuyait que sur un seul critère pour faire son choix.
Manger beaucoup, tout simplement. La force n’avait aucune importance. Elle voulait se mêler à la bouche des étudiants et y contenir davantage de choses.
Un concours de nourriture improvisé fut ainsi organisé dans la tour. Les aliments étaient extrêmement variés. Certains étaient vivants, d’autres étaient des choses comme des pierres. J’avais dû faire de gros efforts pour les préparer.
Les étudiants les mangèrent sans recourir au pouvoir magique. À la fin du concours, vingt personnes restèrent en lice. Langue délicieuse leur transmit son pouvoir. Hao en faisait partie, bien sûr.
Le pouvoir de la langue était très compatible avec celui accordé par le Collier de dents. Hao était le seul à avoir reçu les deux. Il les combina et absorba du pouvoir avec un enthousiasme débordant. À tel point qu’il finit par perdre la raison et se déchaîna encore une fois.
Bien sûr, Hari remarqua le signe avant-coureur et dévora l’esprit de Hao, qui se calma aussitôt. Sans elle, la situation aurait encore dégénéré. Une troisième règle aurait peut-être même été créée.
Ainsi, le troisième cours, donné par l’Œil d’Étoile, et le quatrième, donné par Langue délicieuse, se déroulèrent sans trop de problèmes. De temps à autre, des personnes contaminées apparaissaient, mais elles étaient purifiées et revenaient vite à la normale.
Ceux qui avaient reçu le pouvoir des trésors continuaient à progresser régulièrement. Ils échangeaient avec les trésors, comprenaient leur pouvoir en profondeur et s’entraînaient pour atteindre des sommets toujours plus élevés.
J’avais bien prévu les choses, mais ce cours s’était révélé très efficace. Certains se préparaient déjà à passer l’évaluation de promotion. Bien sûr, presque tous avaient échoué. Cassian fut le seul à réussir.
L’évaluation de promotion, hein ? Cela faisait déjà trois ans que j’avais atteint le deuxième étage. Pourtant, mes souvenirs du lieu où elle se déroulait étaient encore vivaces. Comment aurais-je pu oublier ce qui s’y était passé ? Je serrai le poing.
C’était aussi à cause de ce qui s’y était passé que je m’étais intéressé aux trésors.
Et maintenant, j’en étais arrivé là.
Je regardai le numéro zéro s’activer. Il contrôlait les marionnettes et entretenait soigneusement le cercle magique dans l’atelier. Il était gigantesque. Je l’avais tracé pendant le mois écoulé, et il remplissait tout l’atelier.
Le cercle magique complexe absorbait le pouvoir magique qui s’écoulait de la tour et émettait une faible lueur. Les circuits qui en partaient ne restaient pas simplement sur le sol : ils brodaient l’air. Le pouvoir magique les traversait et créait un flux régulier.
Ce flux m’était très familier. Il ressemblait au cercle magique qui avait créé Hari. Et pour cause : j’avais conçu celui-ci à partir de l’autre, même si je l’avais énormément amélioré.
Pour le tracer, j’avais dépensé tous les points que je possédais. Si je voulais dessiner un cercle magique semblable, je devrais économiser des points pendant plusieurs années encore.
Je n’avais investi un nombre aussi astronomique de points dans ce cercle magique que pour une seule raison.
Créer une seule forme.
Je posai doucement la main sur le circuit devant moi. J’avais passé d’innombrables heures à tracer ce seul trait. Toute la réflexion que j’y avais consacrée se révélait dans le circuit.
Est-ce que ça allait réussir ? Cette pensée me traversa l’esprit. Je secouai doucement la tête pour la chasser. Ça réussirait. Pour que cette magie fonctionne, je devais croire en elle et en être certain. Il n’y avait donc aucune raison de douter.
Les préparatifs étaient déjà terminés. Il ne me restait plus qu’à entrer dans le cercle magique. Mon cœur battait un peu plus vite sous l’effet de la tension.
L’Anneau du Ciel avait créé un schéma structurel à son image. Puis l’Église de l’Anneau du Ciel s’en était servie comme fondation pour faire descendre l’être appelé Anneau du Ciel.
Ce résultat n’avait été possible que grâce à une foi inébranlable. Bien sûr, cette foi ne correspondait pas tout à fait aux pensées de l’Anneau du Ciel lui-même.
Après avoir reconnu l’amour des marionnettes, j’avais compris qu’une telle foi était aussi une forme d’amour. Elles croyaient sans relâche en l’être appelé Anneau du Ciel et l’aimaient ; elles avaient ainsi réussi à faire descendre l’objet de leur foi dans la réalité.
Une idée me vint alors. Ces vingt mages s’étaient unis et avaient créé une forme unique grâce à la foi et à l’amour. Alors, pourquoi ne pourrions-nous pas faire de même ?
À partir de cette idée, je m’étais mis à étudier lentement le schéma structurel de l’Anneau du Ciel. Bien sûr, mes connaissances superficielles ne me permettaient pas de le comprendre entièrement. J’avais donc demandé de l’aide aux autres.
À Mira, à Hari et aussi à la professeure. Au début, cela avait agacé la professeure, mais quand je m’étais accroché à sa jupe en la suppliant, elle m’avait donné quelques conseils. Rien que cela m’avait énormément aidé.
J’avais ainsi modifié le schéma structurel créé par l’Anneau du Ciel et tracé un nouveau cercle magique. Celui-ci avait la forme d’un arbre. C’était aussi une forme qui m’était extrêmement familière.
Je pressai doucement ma poitrine de la main et regardai le numéro zéro. Il acquiesça. C’était le signal que tout allait bien avec le cercle magique.
Je pris lentement une profonde inspiration. Puis je pénétrai à pas mesurés dans le cercle magique. Le premier pas fut difficile, mais ensuite, mon cœur se calma en fait. J’avançai ainsi, un pas après l’autre, vers le centre du cercle magique.
Une vaste clairière s’y trouvait. Je caressai doucement Tortue, qui était accrochée à ma poitrine, puis la déposai au sol. Je sentis son regard posé sur moi et lui tapotai plusieurs fois la tête.
Aussitôt, elle se mit à grossir. La magie de miniaturisation gravée sur son corps était en train de se dissiper. Elle grandit peu à peu, jusqu’à occuper toute la clairière.
Elle me regarda et poussa un cri légèrement triste. Je sentis sa volonté s’inquiéter pour moi. Elle semblait avoir compris ce qui allait arriver. Je lui adressai un petit sourire, puis me dirigeai vers l’endroit où je devais me tenir.
C’était là que se trouvait le noyau du cercle magique. Hao s’était tenu au même endroit. Hao avait fait descendre l’Anneau du Ciel dans Hari. Il y était parvenu en persuadant Hao que Hari était l’Anneau du Ciel.
Ce que je comptais créer ressemblait à cela. Ce cercle magique avait mon arbre pour fondation.
En rassemblant tout l’amour des étoiles qui vivaient dans ma poitrine, nous allions créer une nouvelle forme. Ce serait moi, et ce serait mon arbre. Et Tortue accueillerait ce « moi » en elle.
Si elle pouvait servir de réceptacle, c’était en raison de sa nature particulière. Tout comme Hao avait cru que Hari était l’Anneau du Ciel, les étoiles pourraient croire que Tortue était moi.
Quand je l’avais créée, je m’étais servi de mon arbre comme fondation pour animer son corps. Ainsi, les cœurs de mana qui composaient Tortue s’étaient clairement liés à moi, ainsi qu’à mon arbre.
L’arbre dans ma poitrine pouvait la contrôler directement. Moi aussi. Oui, son corps pouvait être considéré comme le mien. Tortue pouvait donc aussi être considérée comme moi.
J’allais donc faire descendre en elle un nouveau moi : le dieu aimé des marionnettes. Ce dieu prendrait soin d’elles autant qu’elles l’avaient aimé. Voilà comment je leur rendrais ce qu’elles m’avaient donné et comment je les aimerais.
Je libérai doucement le pouvoir magique condensé dans ma poitrine. Le cercle magique, déjà rempli du pouvoir magique de la tour, était à moitié activé. Mon pouvoir magique commença peu à peu à s’infiltrer dans ses circuits.
Bientôt, le cercle magique se mit à onduler comme s’il était vivant. Ses circuits s’élevèrent dans les airs et se mirent à tâtonner, comme s’ils cherchaient quelque chose. À cette vue, je déversai encore plus de pouvoir magique.
Ils me cherchaient. Les circuits m’avaient clairement reconnu. Ils jaillirent vers moi et se plantèrent dans mon corps. Une douleur intense se répandit dans tout mon corps et, au même instant, les circuits se mirent à aspirer mon pouvoir magique avec force.
Je fermai simplement les yeux et me concentrai uniquement sur la libération de mon pouvoir magique. Dans ma poitrine, les étoiles qui s’étaient ouvertes sur l’arbre d’ombre se mirent à briller d’un éclat pur.
On pouvait appeler cela de l’amour, mais aussi de la foi en moi. Ces étoiles mêlèrent mon corps, mon être et le cercle magique. Le cercle magique s’empila ainsi couche après couche, et une forme complexe se dessina peu à peu.
Pour créer quelque chose, il fallait payer un prix équivalent. Il en avait été de même pour l’Église de l’Anneau du Ciel. Pour créer Hari, ses membres avaient renoncé à tout le pouvoir accumulé grâce à leur foi et aux fragments d’anneau.
Cette magie fonctionnait de la même façon. Créer un dieu. Pour cela, je devais sacrifier quelque chose d’une valeur équivalente.
Alors, à quoi devais-je renoncer ? Le plus simple aurait été de sacrifier les marionnettes. Comme l’avait fait l’Église de l’Anneau du Ciel, en offrant leur amour et leur pouvoir, un dieu verrait le jour.
Mais je ne pouvais pas faire ça. J’étais leur racine. Si les étoiles m’offraient leur amour, elles ne feraient plus partie de l’arbre d’ombre et mourraient tout simplement. Il en allait de même si elles offraient leur pouvoir.
Je ne pouvais pas leur imposer d’autres sacrifices. Je devais donc abandonner davantage.
Le pouvoir que j’avais accumulé, le pouvoir magique des trésors que j’avais obtenu auprès d’eux et mon arbre lui-même. Je devais leur rendre tout ce que j’avais gagné grâce à leurs sacrifices.
Le cercle magique se mit à briller de plus belle. Ses circuits commencèrent à aspirer encore plus fortement quelque chose de mon corps. Mon arbre, mon esprit et mon pouvoir magique.
Je sentis l’arbre dans ma poitrine se tordre comme s’il poussait un petit cri. Les circuits s’enfoncèrent directement en lui et se mirent à en extraire avec force le pouvoir qu’il contenait.
C’était une douleur d’un genre nouveau. Je pensais m’être habitué à la douleur à force de tailler mon arbre, mais me faire aspirer ainsi mon pouvoir directement, c’était d’un tout autre niveau.
Je serrai les dents et endurai la douleur. Je me concentrai et continuai de déverser mon pouvoir magique et les volontés des étoiles.
Au fil du processus, je sentis mon arbre fondre lentement. L’arbre d’ombre se mit lui aussi à perdre son domaine et à trembler peu à peu en son sein.
Tout ce que j’avais bâti se mit à disparaître lentement. L’arbre se tordit et devint hideux, tandis que l’arbre d’ombre rétrécissait, privé de son vaste domaine.
Mais je pouvais aussi sentir que quelque chose naissait de ce processus. Une multitude de choses se rassemblaient autour de Tortue.
C’était tout ce qui avait été extrait de moi. L’amour des marionnettes, le pouvoir magique des trésors, et aussi les vestiges de mon domaine effondré.
L’étrange amas d’énergie formé par le cercle magique s’approcha de Tortue et commença à prendre une nouvelle forme. C’était l’image du dieu créé par les marionnettes.
Elle apparut ainsi sur le dos de Tortue. Elle trembla légèrement. Je ne pouvais pas la voir, mais je sentais son mouvement. C’était moi. Et ce n’était pas moi.
Cet étrange lien qui nous unissait se mit peu à peu à disparaître. Elle se sépara complètement de moi et s’infiltra dans Tortue. L’étoile de Tortue brilla d’un éclat splendide en elle.
Mais était-ce trop pour elle ?
Sous cette concentration de pouvoir, les étoiles de Tortue dans l’arbre d’ombre commencèrent lentement à se fissurer.
Mon expression se durcit. Je déversai directement mon pouvoir magique vers elles. Ce pouvoir magique se mit peu à peu à combler les fissures.
Mais cela ne suffisait pas. À la fin, je ne pus empêcher les étoiles de se briser. Elles éclatèrent en morceaux et s’effondrèrent comme du sable.
Avais-je échoué ? Cette pensée me traversa l’esprit un instant. Mais je secouai vite la tête. C’était impossible. Le lien avec le corps de Tortue était toujours clairement maintenu.
Je m’en remis simplement au cercle magique. J’oubliai la douleur. Je déversai tout ce que j’avais vers Tortue.
À l’intérieur, les constellations effondrées se mirent peu à peu à s’agiter. Elles commencèrent à se rassembler en un seul endroit et à se relier étroitement les unes aux autres.
Ces fragments d’étoiles finirent par former une seule silhouette. On aurait dit une immense étoile. La voir remplir l’arbre d’ombre d’une douce lumière était magnifique.
En la ressentant silencieusement, je pensai à la lune. À cette belle lune qui ornait le ciel nocturne.
Cette lune se stabilisa peu à peu. En même temps, le pouvoir du cercle magique s’affaiblit lentement. La force des circuits plantés dans mon corps diminua progressivement, puis ils furent bientôt arrachés d’un coup.
Sous le choc, je m’effondrai sur place. Je n’avais plus la force de bouger. Je regardai autour de moi, hébété.
Je vis le cercle magique perdre peu à peu sa lumière. Et Tortue, en son centre. Elle poussa un cri, puis rétrécit. Elle s’approcha ensuite lentement de moi.
Elle semblait aller parfaitement bien. La magie s’était achevée sans le moindre accroc. Mais je ne pouvais pas sourire. Un rire creux m’échappa devant le vide que je ressentais à l’intérieur de mon corps.
C’était inévitable. Mon domaine avait énormément régressé. Il était revenu à son niveau d’avant le début du cours. Non, encore plus bas. Il ne me restait qu’un pouvoir équivalent à celui que j’avais quand j’avais atteint le stade de Jeune arbre.
Avant d’activer ce cercle magique, j’y avais pensé aussi. Si je m’en servais plusieurs fois, est-ce que je pourrais renforcer davantage les marionnettes ? Mais après une seule utilisation, j’avais compris. Je ne pourrais jamais recommencer.
Il me faudrait beaucoup de repos pour retrouver le domaine que je venais de perdre. Si je recommençais, mon arbre lui-même risquait de s’effondrer complètement.
Une profonde fatigue envahit mon corps. Je ne pouvais plus bouger du tout. Malgré cela, un immense sentiment de satisfaction me remplit la poitrine.
Je regardai, hébété, Tortue s’approcher. Une petite pousse qui n’existait pas auparavant se trouvait sur son dos. C’était la forme du dieu que j’avais créé.
Je sentis naturellement une profonde affection s’épanouir en moi. C’était moi, et ce n’était pas moi. Elle s’était élevée comme une lune au-dessus de mon arbre d’ombre. Je croisai son regard.
Le nom de Tortue ne lui convenait plus. Elle était devenue un dieu pour les marionnettes. Je regardai la pousse sur son dos et sentis la lune remplir ma poitrine. Ses étoiles avaient fondu pour devenir une lune.
Oui, il lui fallait un nom parfait. Tortue-Lune. Autrement dit, Moonturtle.
« Tu es Moonturt… »
Elle prit un air furieux et me rentra dedans. Ma tête tressaillit sous le choc. On aurait dit que le nom que je lui avais donné ne lui plaisait pas.
C’était pourtant un nom parfait… Je la regardai en le pensant. Mais son expression ne s’adoucit pas du tout. Je laissai échapper un faible soupir. Je devrais donc y renoncer.
Je regardai tranquillement Tortue. Ce dieu que j’avais créé agirait pour les marionnettes. Il les protégerait et veillerait sur elles. On pouvait dire qu’il leur rendrait autant d’amour qu’elles lui en avaient donné.
Je compris naturellement le pouvoir qui résidait dans la lune. C’était une sorte de protection. C’était aussi le fruit de l’amour. Grâce à cette protection, même si les marionnettes perdaient leur corps, leurs égos subsisteraient.
On pouvait dire que cet égo constituait le véritable corps des marionnettes. Quand elles perdraient leur corps, elles demeureraient dans la lune et ressentiraient pleinement l’amour que le dieu leur portait.
C’était ce que j’avais voulu créer pour elles. Ce lieu serait leur refuge, mais aussi une sorte d’au-delà. Un espace où elles pourraient rester sans mourir ni disparaître.
Je perçus dans les yeux de Tortue une intelligence douce, différente de celle qu’elle avait auparavant. Elle me regarda, puis leva les yeux vers le ciel. Je suivis aussi son regard.
Mes yeux s’écarquillèrent. La professeure était là. Elle observa Tortue de haut en bas, puis laissa échapper un petit rire.
Sans dire un mot, elle me tapota la tête tandis que j’étais étendu sur le sol. Je sentais chez elle moins de cette proximité qui m’était familière. C’était sans doute parce que tout le pouvoir magique des trésors qui vivait en moi avait été aspiré dans Tortue.
Un sourire amer se dessina malgré moi. La professeure contemplait Tortue, les yeux brillants. Elle avait dit un jour que Hari pourrait devenir un trésor.
En ce sens, Tortue lui ressemblait aussi. On pouvait la considérer comme un être créé en rassemblant le pouvoir des trésors. Il était évident qu’elle plairait beaucoup à la professeure.
La professeure s’approcha de Tortue avec un sourire rusé. Tortue recula aussitôt. En les regardant, je fermai doucement les yeux. Je n’avais plus la force de les garder ouverts. Et je sombrai dans l’inconscience.
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