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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Survivre à la fantasy sombre et gelée en mage de génie ◈
Chapitre 96 : Retour au Labyrinthe
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Dans la vapeur brûlante et l’eau qui ruisselait, le corps nu et gris de Darnen dégageait une sensualité aussi troublante qu’obscène. Une marque noire se tortillait sur son dos comme un serpent en absorbant l’humidité.
« Ouf. »
Darnen avait quitté le Marché noir saine et sauve et regagné le domaine de la Famille Veliar. Assise sur une chaise, elle séchait ses cheveux mouillés.
Le visage rougi par la chaleur, Darnen s’éventa, l’esprit tourné vers l’aventure qu’elle avait vécue avec les « amis » qu’elle venait de quitter.
Des sbires d’une dangereuse Société secrète, une maison de ventes souterraine et des attaques d’elfes. Elle avait affronté des situations où même plusieurs vies n’auraient pas suffi.
Pourtant, Darnen appelait volontiers cela une aventure et trouvait même que c’était amusant.
Malgré toutes les épreuves, il y avait eu de l’amitié, de la camaraderie et des rires.
Rien à voir avec la société des elfes noirs, où chacun se méfiait de tous les autres, sans jamais savoir quand on risquait de se faire poignarder dans le dos.
« La prochaine fois aussi… »
Le faible sourire de Darnen se figea.
« Le domaine est plutôt agité, ces derniers temps. »
Un elfe noir entra par la porte ouverte.
Seuls les anciens des huit familles qui dirigeaient le clan pouvaient entrer dans la chambre de Darnen sans l’autorisation de l’héritière de la Famille Veliar.
Un elfe noir âgé et de grande taille s’appuyait sur un bâton.
C’était Daimond, le professeur de Darnen et un nécromancien.
« Tu t’es lancée dans des aventures intéressantes, à ce que je vois. »
Daimond sourit avec douceur, à rebours de ce qu’on aurait attendu d’un elfe noir, mais Darnen répondit avec méfiance :
« J’ai écrasé les autres et assuré ma place d’héritière. J’ai obtenu le trésor de la Famille Kazak, ainsi que ses sbires. Ce n’est pas suffisant ? »
« Bien sûr que si, c’est une excellente réussite. Mais il me semble que tu te rapproches un peu trop des humains. »
« … »
Daimond lui signifiait à mots couverts de garder ses distances avec eux.
D’ordinaire, cette enfant obéissante aurait compris le sous-entendu et hoché la tête.
Mais, contrairement à autrefois, Darnen ne répondit pas.
Elle résistait.
C’était tout ce qui comptait.
Daimond serra le collier d’esclave qu’il portait autour du cou.
« … Kgh. »
La marque gravée dans le dos de Darnen s’embrasa.
Les yeux écarquillés, elle vacilla avant de s’effondrer au sol, à bout de souffle.
Boum.
Les gémissements qui filtraient entre ses dents serrées témoignaient de l’intensité de sa douleur.
« Ce serait fâcheux que tu te mettes à nourrir de vains espoirs, Darnen. Ma fille. »
Daimond baissa les yeux vers Darnen, avec l’affection d’un parent qui ne voulait pas faire subir cela à sa fille, mais aussi la sévérité d’un maître qui corrigeait son élève.
« Sa fille ? »
Darnen eut un rire vide.
Sa fille… Quel genre de parent mettait un collier à sa fille pour la traiter comme une esclave ?
Et la faisait subir cela à tour de rôle aux huit anciens ?
Darnen serra les dents, mais renonça bientôt à résister.
Elle avait fini par se résigner, à force d’expérience : quoi qu’elle fasse, elle ne pouvait pas échapper à son sort.
« Je sais… Je le sais bien. »
« Oui. Tu dois servir le clan. Tu dois te consacrer entièrement au clan. Tu dois devenir une étoile qui éclaire tous les êtres stupides de ce monde. Tu comprends ? »
« Argh… »
« Tu comprends ? »
Daimond poursuivit le sort d’asservissement, qui tenait presque de la torture.
Pour qu’elle n’oublie jamais son devoir.
* * *
Chaque fois que quelqu’un entrait dans le Labyrinthe, le point de téléportation était aléatoire et le terrain changeait à cause de la Période de contraction.
Aussi détaillée et vaste soit-elle, une carte ne servait à rien.
Mais la Carte mentale, la nouvelle capacité de Hans, était différente.
Quand il l’activait, elle faisait apparaître dans son esprit le terrain alentour. Les endroits qu’il avait déjà visités étaient représentés avec plus de détails, tandis que les lieux inconnus lui révélaient au moins les grandes lignes du terrain.
« C’est comme la mini-carte du jeu ! »
« Pour l’instant, le rayon est d’environ vingt mètres. Je peux l’élargir, mais la capacité ne dure alors pas aussi longtemps et la carte devient floue. »
Elle avait ses limites, mais notre exploration gagnait naturellement en vitesse.
[Le groupe d’Ian a traversé la Forêt chaude du premier étage !]
Un trajet qui nous avait autrefois pris une journée entière ne nous prit plus qu’une demi-journée.
Bien sûr, ce n’était pas uniquement grâce à sa capacité. Hans avait aussi un sens de l’orientation remarquable.
« Si Hans acquiert une capacité qui lui permet de trouver les portails, on ira encore plus vite. »
Nous limitâmes les pertes de nourriture et de consommables, puis nous entrâmes rapidement au deuxième étage.
Couic. Couic.
Une vaste obscurité et des rochers déchiquetés.
Un immense marécage, traversé de planches branlantes, s’offrit à nous.
« Le Marais putride. »
Une humidité écœurante et l’odeur de la boue en décomposition emplissaient l’air.
Hans promena sa lanterne autour de lui, puis me demanda : « On cherche un Donjon secret ? »
« Oui. »
Dans le Marais putride se trouvait la Vallée du Torrent déchaîné, un Donjon secret.
Son mécanisme était plutôt retors, mais c’était un endroit convenable, où l’on avait de bonnes chances de trouver des coffres au trésor à la fin.
« La Période de contraction suit un calendrier mensuel fixe. Elle survient au premier étage pendant la première semaine, au deuxième pendant la deuxième semaine, et au troisième pendant la troisième semaine. »
« Nous sommes le 17 décembre. »
« En moyenne, il faut six à sept jours pour trouver le portail suivant au troisième étage. »
Comme l’exploration du troisième étage prenait longtemps, même en allant droit au portail de sortie, j’avais délibérément attendu la fin de la Période de contraction du deuxième étage pour y entrer.
« Si les choses se compliquent et qu’une autre région apparaît, il faudra rester au troisième étage au moins deux semaines. »
À partir du troisième étage, il fallait choisir un autre moment pour entrer. Voilà pourquoi j’avais opté pour cette date.
Pendant les six jours qui suivraient, jusqu’à la fin de la Période de contraction du troisième étage, nous comptions chercher un portail de Donjon secret au deuxième étage.
Évidemment, un mage de génie et vétéran du Donjon de la Mort comme moi n’allait pas courir partout jusqu’à s’en brûler les pieds pour faire un boulot de larbin sans réfléchir.
« D’abord, il faut trouver un autel. Pas un en forme de U ou de V, mais un en forme de W. »
Comme pour la Tour des prisonniers, il existait un moyen d’ouvrir artificiellement le Donjon secret de cette région.
« Aouuuuu ! »
« Cinq Gnolls devant ! »
« Laissez-les-moi ! »
Nous nous débarrassâmes des hommes hyènes qui ne cessaient d’apparaître pendant notre exploration du Marais putride.
« Ce n’est pas sur les ponts. Il faut chercher sur la terre ferme. »
Je finis par trouver l’autel que je cherchais, dans l’une des rares zones de terre ferme parmi les innombrables villages de monstres.
Bloup. Bloup.
Une marmite pleine de soupe à la chair humaine.
Entre les idoles grotesques décorées de crânes humains embrochés, je préparai le rituel devant un autel de pierre.
« Une Pierre de mana de chaman Gnoll, des globes oculaires de victimes fondus, de la boue prélevée au plus profond du marais et le sort Portail dimensionnel mystique. »
Un art secret réservé aux mages des Arcanes.
« Kiiiaaah ! »
Crac !
Au terme de mon magnifique cri de guerre, un portail dimensionnel s’ouvrit.
Sa surface ondulante ressemblait à un torrent déchaîné.
C’était bien le passage vers la Chute d’eau déchaînée, le Donjon secret du Marais putride.
« Un portail ! »
« Tout le monde, préparez-vous ! On entre tout de suite ! »
Nous allions pénétrer dans le Donjon secret.
« Aouuuuu ! »
« Des archers Gnolls derrière nous ! »
À cet instant, des monstres apparurent et des flèches fondirent sur nous.
« Ignorez-les et entrez ! »
Je bloquai les flèches avec mon bouclier et m’apprêtai à franchir le portail.
Froufrou.
Le portail disparut soudain.
* * *
« … Q-Quoi ? Pourquoi le portail a disparu ? »
Elena posa une main sur l’autel vide, l’air hébété.
« C’est quoi, ce bordel ?! Et mon argent ?! »
Gimlius sautillait sur place avec ses petits membres.
« … »
Ah. À cause de ces enfoirés.
Comprenant ce qui s’était passé, je grimaçai et lançai un sort de foudre sur les monstres qui fonçaient vers nous.
[Éclair en chaîne]
Crac !
Grrrk !
Je laissai derrière moi les monstres carbonisés et poussai un soupir.
« On dirait que toutes les places étaient prises. »
« Quoi ? »
« Ça veut dire qu’il y en a d’autres que nous qui savent ouvrir le Donjon secret. »
Les Donjons secrets avaient une capacité d’accueil limitée.
Pour la Vallée du Torrent déchaîné, au deuxième étage, la limite était de quinze personnes, soit trois groupes.
Malheureusement, toutes les places avaient été prises et la porte s’était refermée dans le bref instant qui avait précédé notre entrée.
« Ou alors, un autre portail s’est peut-être ouvert naturellement ailleurs. »
En d’autres termes, notre chance et le moment étaient atroces, et on l’avait raté !
« Tu te fous de moi. »
« Alors, on n’a rien ? »
« C’est ça. »
Une fois ouvert, un Donjon secret ne pouvait plus l’être avant d’avoir été nettoyé.
Il avait aussi un délai de réapparition.
« Hmm… »
« Putain ! Si ces enfoirés n’avaient pas été là ! »
Elena et Gimlius piétinaient les cadavres des monstres, furieux, tandis que Daisy regardait Hans d’un air inquiet.
« Si seulement j’avais trouvé l’autel un peu plus tôt… »
Il s’en voulait encore.
Je croyais que sa nouvelle capacité lui donnerait un peu confiance en lui.
« Ce n’est pas ta faute, Hans. »
Je mentirais si je disais que ça ne me faisait rien.
Je chassai tout de même cette pensée et ricanai.
« Ouais, c’est ça, le Labyrinthe. »
J’avais beau connaître le terrain et me préparer à fond, tout ne se passait pas toujours comme je le voulais.
« Cette sensation de merde, comme s’il y avait du brouillard juste devant mes yeux. »
Une vaste obscurité.
La fumée qui montait des torches, les odeurs, les sensations, les textures.
Le frisson de l’inconnu et la peur qu’il inspirait me firent courir un tremblement le long de l’échine.
« Ça faisait longtemps. »
Voilà ce qu’était le Labyrinthe.
« Je les traite de primitifs, ces gens du Moyen Âge, mais ceux qui vivent ici ne sont pas des incapables non plus. »
« … C’est vrai. »
« C’est dommage, mais on n’y peut rien. »
« Qu’est-ce qu’on fait, maintenant, Ian ? »
Comme ce n’était que la première région, nous pouvions rejoindre une autre région du deuxième étage et tenter à nouveau notre chance avec un Donjon secret.
Mais si nous devions ensuite retourner en ville ? Bien sûr, nous pouvions trouver un portail vers une autre région, mais…
« On a déjà perdu pas mal de temps. »
Ma décision prise, je menai le groupe.
« Cette région, c’est mort. Allons d’abord au troisième étage. »
Grondement ! Grondement !
Le portail vers l’étage suivant, où la Période de contraction était en cours, trembla de façon instable.
Nous nous reposâmes, puis entrâmes au troisième étage une fois le portail stabilisé.
* * *
Jusqu’ici, le troisième étage avait défilé à toute allure, entre les attaques du Maître d’étage et celles de la Société secrète. Pourtant, il regorgeait d’éléments cachés.
Il était plus vaste que le premier et le deuxième étage.
Ffff.
Quand j’ouvris les yeux, un vent humide, différent de celui du Marais putride, souffla sur moi.
Une odeur herbacée, propre à la végétation, me chatouilla les narines.
Nous avions été téléportés au cœur d’une forêt.
Mais l’atmosphère n’avait rien à voir avec celle de la Forêt chaude du premier étage.
Les alentours étaient envahis d’arbres squelettiques et touffus, tordus en formes grotesques, de lianes et de toiles d’araignée. Le soleil peinait même à atteindre le sol.
Goutte. Goutte.
Une fine brume et une pluie légère se mêlaient à la végétation dense. Elles ne lui donnaient pas un vert limpide et frais, mais une pâle lueur désagréable.
« La Forêt d’Émeraude. »
La Forêt d’Émeraude tirait son nom de son apparence, semblable à la couleur d’une pierre précieuse trouble.
Nous n’avions pas pu l’explorer correctement auparavant, à cause du Maître d’étage et de la fusion du Labyrinthe.
« Hmm, ça commence mal. Ce n’est pas une région où les sorts d’Ian risquent de montrer toute leur puissance ? »
Comme l’avait dit Gimlius, la Forêt d’Émeraude était une région défavorable à quelqu’un comme moi, qui possédait des sorts des Arcanes, d’eau, de givre et de foudre.
On l’appelait la Forêt de la mort, car des monstres morts-vivants y apparaissaient.
« Soldat oublié, homme moisi, ectoplasme. »
« Les morts-vivants résistent énormément à la foudre et au givre, par défaut. »
Autrement dit, en dehors des sorts des Arcanes, mes moyens d’infliger des dégâts étaient limités.
Bien sûr, j’avais appris de nouveaux sorts pour ce genre de situation et le Tome de la lumière des étoiles me permettait de lancer des sorts de fusion, mais…
« Contrairement aux sorts normaux, les sorts de fusion consomment d’office deux, voire trois parchemins de sort. »
À moins d’avoir besoin de déchaîner une puissance de feu démentielle, mieux valait éviter de les utiliser pendant l’exploration.
« C’est vrai. Mais ce n’est pas un problème. »
Je tournai le regard vers Daisy, une jeune femme pure aux cheveux bruns, vêtue d’une robe de prêtresse blanche immaculée.
« On a une prêtresse. »
Grâce à Daisy, nous pouvions dans une certaine mesure faire face aux saloperies qui caractérisaient l’environnement de la Forêt d’Émeraude.
Le Donjon de la Mort n’avait jamais été conçu comme un monde qu’une seule personne pouvait dominer.
Il fallait recruter des compagnons aux aptitudes différentes pour affronter toutes sortes de situations et d’environnements.
« O-Oui ! »
Sans doute consciente du poids qui reposait sur ses épaules, Daisy serra fermement sa masse à deux mains.
« En fait, c’est peut-être mieux comme ça. »
La région était plus difficile que les deux autres, mais j’étais content d’être tombé sur la Forêt d’Émeraude.
Je pourrais y purifier la relique sacrée maudite que nous avions obtenue à la maison de ventes souterraine.
« Il faut d’abord trouver un sanctuaire. »
Ensuite, nous entrerions dans la citadelle et vaincrions le boss de la région.
C’est alors que j’y pensai :
« Ooooooh ! »
Un cri lugubre résonna au-delà de la forêt pâle.
[Le Souffle de la mort qui s’est emparé de la forêt enveloppe le groupe d’Ian.]
[Pas alourdis, Esprit troublé, Vitalité drainée]
Une lumière pâle tomba sur nous et je sentis mon sang se glacer.
Puis, derrière le rideau de pluie fine, de brume et de lueur bleutée, des ombres se tortillèrent et surgirent de la forêt.
« Tout le monde, en position de combat ! »
Les voilà.
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