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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Survivre dans une fantasy sombre et glaciale en génie de la magie ◈
Chapitre 85 : J’en ai fini avec mes affaires, et j’ai de la visite, hein ?
──────
« Comment ces minables osent-ils agir sans connaître leur place ? »
« Parfait. On peut tous les régler, y compris cette salope de moustique, puis récupérer leurs affaires. »
Des yeux sombres brillèrent sous leurs robes.
Les elfes noirs nous dévisagèrent comme des chasseurs lorgnant leur proie, puis dégainèrent des armes redoutables.
« Protégez Ian et Daisy ! Ce sont des spécialistes des embuscades ! »
La tension monta d’un cran et, au moment où tout allait exploser…
« Arrêtez. »
Une voix douce et ravissante retentit.
Les elfes noirs, prêts à en découdre, tressaillirent et baissèrent leurs armes.
Mais ce qui me surprit encore davantage, ce fut la personne qui s’avança parmi eux.
« Ian, le mage super-génial ? »
C’était Darnen, la mage noire.
Elle rejeta sa robe en arrière. Ses cheveux argentés, noués en queue-de-cheval, ondulèrent tandis qu’elle me fixait de ses grands yeux violets.
Ils exprimaient la surprise, mais aussi une tendresse discrète.
« Hein ? »
Qu’est-ce qu’elle faisait là ?
Ne me dites pas que…
« Ho ho, du calme, je vous en prie~ »
Comme je restais planté là, abasourdi, Cotillard s’interposa pour calmer le jeu.
« Les elfes noirs sont peut-être violents et mauvais, du genre à poignarder dans le dos, à voler les affaires des gens et à tout réduire en cendres, mais ceux-là sont différents. Ou peut-être que cette dame, elle, est différente ? »
Quoi ? Elle essayait vraiment de calmer les choses ?
Darnen avait l’air de se demander si cette garce n’essayait pas de la faire passer pour une idiote.
« Ce sont donc les acheteurs qui veulent acquérir le cadavre de l’ogre ? » demanda Gimlius.
« Oui, bien sûr~ Darnen Veliar est la dirigeante du district autonome de l’Ouest. Elle appartient à l’une des douze grandes familles~ »
« Q-Quoi ?! »
« Cette elfe noire… est une noble… ? »
Mes compagnons qui avaient déjà rencontré Darnen n’en revenaient pas de son statut.
Elena était particulièrement choquée. Elle venait de la Bande des orphelins, à la campagne, tandis que Darnen était née dans une famille noble.
« C-C’est un mensonge ! Ian ! C’est un mensonge, pas vrai ?! »
Désolé, Elena, mais c’était vrai.
Quelle que soit la voie qu’elle choisissait, elle finissait par faire partie de l’une des huit familles d’elfes noirs.
« Enfin, elle était plutôt à leur merci. »
Darnen prit la parole d’un ton calme.
« Ça suffit. Nous ne sommes pas venus vous dépouiller. Nous comptons payer le prix juste pour la marchandise. »
— On allait vraiment faire ça ?
— Euh…
Les elfes noirs sous ses ordres échangèrent des regards incertains, comme si ça n’avait jamais été leur intention.
Leur cheffe l’avait dit, alors ils rengainèrent leurs armes.
La seule elfe noire sympa.
Comme je pouvais faire confiance à Darnen, mes compagnons et moi baissâmes aussi nos armes.
Darnen examina le cadavre de l’ogre chargé sur le chariot, puis me demanda : « C’est toi qui l’as tué ? »
« Bien sûr. »
Techniquement, le Maître d’étage l’avait tué, mais moi, j’avais tué ce salopard. Ça voulait bien dire qu’on l’avait tué, non ?
C’était absurde, mais Darnen me crut.
« Comme prévu, tu es incroyable… Tuer un monstre de rang trois en si peu de temps… »
Elle me regarda avec admiration, mais ne mélangea pas affaires et sentiments.
« Cela dit, le cadavre est en mauvais état. Je compte m’en servir pour mes recherches, mais son cerveau et l’essence contenue dans son crâne, les éléments les plus importants, ont disparu. »
« Je baisserai le prix pour ça. Comme nous nous connaissons, je te le laisse à deux cent quatre-vingt-dix pièces d’or. »
« Trop cher. Deux cent cinquante. »
« Deux cent soixante-dix. Tu n’es pas la seule acheteuse. »
« Tu auras du mal à te débarrasser rapidement d’une chose pareille. Même bien conservé, le cadavre continuera de pourrir et sa valeur de baisser. »
Elle avait appris à négocier aussi durement en remontant du bas de l’échelle ?
Ce n’était pas une femme ordinaire.
« Très bien. Deux cent cinquante pièces d’or. »
« Parfait. »
Franchement, c’était déjà bien mieux que ce qu’on aurait obtenu en le vendant par l’intermédiaire de l’Association des marchands.
Ces salauds cupides auraient essayé de nous arnaquer comme des malpropres.
« Elle veut s’en servir pour ses recherches en nécromancie. »
Ça risquait de donner naissance à un monstre terrifiant, mais… qu’est-ce que j’en avais à foutre ?
C’est ce monde qui déconne !
Darnen paya sur-le-champ.
« Quelques rubis et diamants de qualité médiocre~ Le reste en pièces d’or. Le compte est bon~ »
Cotillard sortit une balance, pesa l’or et les bijoux, puis hocha la tête.
Bien. Au moins, ce n’était pas une arnaque…
« Merci pour cette affaire, Ian, le mage super-génial. »
— Ah, on aurait pu les tuer et tout prendre gratuitement.
— Dame Darnen est bien trop miséricordieuse.
Les serviteurs elfes noirs bavardèrent en emportant le chariot.
Darnen était peut-être pressée de commencer ses recherches : elle me dit rapidement au revoir et s’en alla.
Elena, qui était restée sur ses gardes jusqu’au bout, s’adressa à Cotillard.
« Vous auriez pu nous prévenir qu’ils étaient des elfes noirs, madame. »
« Ho ho ! Mais si je vous l’avais dit avant, vous n’auriez pas conclu l’affaire, n’est-ce pas ? »
« … C’est vrai. »
« Ha ha ! Au final, tout s’est bien passé, non ? Je vous garantis que Cotillard sait ce qu’elle fait ! »
Gimlius avait raison.
Cette vampire nommée Cotillard était très compétente.
Comme elle travaillait à la frontière entre le légal et l’illégal, ses honoraires étaient bas, eux aussi.
« Ça ne me ferait pas de mal de nouer une relation durable avec elle. »
Une fois ma décision prise, j’ajoutai un petit supplément à la commission que je lui devais.
« Voilà vos frais d’intermédiation. J’ai ajouté un peu plus, parce que j’aimerais qu’on s’entende bien, madame Cotillard. »
« Ma foi, un mage aussi compétent que vous sera toujours le bienvenu, Ian~ Merci~ »
Grâce à Gimlius, je m’étais fait une alliée précieuse.
Il n’était pas encore trop tard. Après avoir quitté le manoir de Cotillard, nous retrouvâmes la mage noire Kadega, le barbare Ulric et le groupe d’Iromis pour partager l’argent de la vente du cadavre.
— Hum, je vais me contenter de ça.
— Ça me va ! Chasseur de Maître d’étage ! Quel combat magnifique !
— Tu t’en es déjà débarrassé ? C’était rapide. Ha ha ha.
Ils se déclarèrent satisfaits, même après avoir reçu respectivement dix, dix et vingt pièces d’or.
Ensuite, nous nous réunîmes pour régler le partage du butin.
Cette fois, au lieu d’aller à l’auberge ou à la taverne où nous logions, nous choisîmes un établissement chic et tranquille, avec des salles privées.
Nous n’avions pas vraiment le choix.
« Sept cents pièces d’or… »
Cette expédition nous avait rapporté pas moins de sept cents pièces d’or.
C’était une somme suffisante pour qu’il faille penser à la sécurité.
« Incroyable… Avec autant, on pourrait prendre sa retraite dès maintenant… »
Gimlius avala une gorgée de bière, les yeux écarquillés devant le tas d’or.
En dépensant avec prudence, on n’aurait plus besoin de travailler de toute notre vie.
Bien sûr, il fallait partager entre cinq personnes.
« Tout le monde a gagné ça à la sueur de son front, dans le sang et les larmes. »
Gimlius avait perdu deux doigts et s’était pris trois flèches pendant le combat.
La cheville gauche de Hans avait été écrasée et, après avoir reçu deux flèches maudites, il avait fallu découper la chair blessée.
Tous les os d’Elena avaient été brisés, et Daisy avait elle aussi subi plusieurs blessures.
Frémissement.
Ils avaient tous été soignés, mais les séquelles persistaient.
Cet argent n’avait pas été facile à gagner.
Les autres n’avaient-ils pas été blessés, eux aussi ?
Si.
Même s’ils avaient survécu, il était courant que certains aient perdu un membre, et ils passeraient sans doute le reste de leur vie avec un handicap.
Et ils n’avaient pas reçu autant d’indemnités que nous, si ?
Non.
Mais…
« Le monde n’a jamais été juste. »
Il n’existait pas de paradis où tout le monde était égal.
Certains gagnaient, d’autres perdaient, certains mouraient et d’autres vivaient.
Personne n’entrait dans le Labyrinthe sans s’y être préparé.
C’était cruel, mais c’étaient les règles de ce monde comme de l’autre.
« Bon, on commence à partager ? »
« Ouaaaais ! »
« Mm ! »
Je m’efforçai de détendre l’atmosphère avant qu’on s’attaque au partage du butin.
D’abord, il y avait la Pierre de grâce qu’Elena avait avalée, et qui augmentait la force et les capacités physiques. Ensuite, les bottes de vitesse et l’anneau gravé de sorts récupérés sur le groupe de Marauder, le bouclier miroir doté d’un effet de renvoi des chocs que j’avais invoqué par la porte dimensionnelle, et enfin le Tome de la lumière des étoiles.
« Quatre objets magiques. »
La plupart des gens avaient de la chance s’ils tombaient sur un seul artefact dans l’année, alors que nous en avions obtenu quatre pendant cette expédition.
Ça voulait dire que toutes nos souffrances en avaient valu la peine.
« Alors, ceux qui en ont besoin peuvent enchérir en premier. »
« Moi, moi ! »
« Cette fois, je ne céderai pas non plus ! »
La Pierre de grâce faisait exception, puisque Elena l’avait déjà avalée…
Après quelques disputes, des éclats de voix, des compromis et des concessions, chaque équipement trouva preneur.
Bottes de vitesse : Elena
Bouclier miroir : Gimlius
Anneau gravé de sorts : moi
Tome de la lumière des étoiles : moi
L’anneau et le tome étaient réservés aux mages. Il était donc logique qu’ils me reviennent.
« Aaaah ! Pourquoooooi ?! »
« Ha ha ! Arrête de tout rafler, Elena ! On ne peut pas tout avoir~ »
Elena avait très envie du bouclier miroir, mais c’est Gimlius qui l’obtint.
Elle avait déjà reçu assez d’objets, il fallait qu’elle comprenne la situation.
« Si on prend tout, tous les deux, le groupe ne tiendra pas longtemps ! »
Hans et Gimlius n’avaient rien dit, vu tout ce que nous avions apporté au groupe, mais ils avaient sûrement tenu les comptes.
Le problème, maintenant, c’était de répartir les choses selon la valeur de chaque objet.
« Ha… »
Ça me donnait mal à la tête.
Les autres équipements, passe encore, mais ce tome du Maître d’étage…
Au lieu de simplement superposer les sorts, il les fusionnait naturellement. Il avait une telle valeur que même le Bureau d’expertise serait incapable de l’évaluer correctement.
« On a tous souffert pour l’obtenir, je ne peux pas le garder pour moi. »
« Putain, combien je suis censé leur payer ? »
Même moi, qui tenais aux principes, j’avais envisagé de cacher le fait que je l’avais gardé, puis de congédier Gimlius et Hans.
Et pourtant, je touchais déjà la plus grosse part du butin du groupe.
« C’est vraiment un trésor, à ce point… ? »
À ce stade, je n’avais plus qu’à imposer ma volonté.
Je devais utiliser mon bagout et mon autorité de chef pour en faire baisser la valeur autant que possible.
Mais j’avais sous-estimé Gimlius et Hans.
Après avoir travaillé ensemble si longtemps, ils prirent d’eux-mêmes ma situation en considération.
« Sans Ian, on serait tous morts là-bas. »
« Exactement ! On ne peut pas fixer un prix quand on ne connaît même pas la valeur sur le marché ! Donne-nous juste une somme raisonnable ! »
« Quoi ? »
« Hans veut rester dans ce groupe de haut niveau malgré ses propres capacités, alors, dans son cas, je pourrais appeler ça du lobbying… »
J’en fus touché.
Puisque tous deux avaient dit ça, Elena et Daisy, de la Bande des orphelins, pensaient la même chose.
« Si Ian devient plus fort, ça nous sera utile aussi. »
« Ça ne me plaît pas, mais si tout le monde est d’accord, je n’y peux rien. »
« Tout le monde… »
Malgré tout, le tome valait tellement cher que je ne reçus pas une seule pièce des sept cents pièces d’or gagnées.
« Kiiiiii ! »
La conclusion ?
J’étais encore fauché.
Cette fois, je n’avais même plus d’argent pour mes recherches magiques.
« C’est quoi, ce bordel ? »
Quand est-ce que j’allais enfin devenir riche et profiter d’une vie tranquille dans cet autre monde ?
J’en étais même à devoir emprunter de l’argent à Daisy pour payer mes repas.
« Ne t’en fais pas, Ian. Je te prêterai à un taux avantageux. Hé hé. »
C’était sûrement une plaisanterie, mais j’avais quand même ma fierté d’homme, non ?
« Bouhouhou, Daisy~ »
« Oui, là, là… Hein ? »
« Arrête de faire ton bébé, espèce d’idiot ! »
Boum !
« Aïe ! »
Alors que je me blottissais contre la poitrine de Daisy pour me consoler, Elena me donna une pichenette sur le front.
« Tu es complètement cinglé ou quoi ?! »
Elle allait prendre ses responsabilités si je devenais encore plus idiot ?
Elena renifla et lança un regard noir à Daisy.
« Daisy. Tu ne peux pas arrêter de le laisser faire ? À force de le laisser agir comme ça, il n’arrête pas de chouiner. »
« Mais Dame Meia nous a dit de faire preuve de miséricorde envers tout le monde. Ah, sauf les elfes noirs. »
« C’est ça, la miséricorde ? Le serrer contre tes énormes nichons, c’est la miséricorde divine ? Ce pervers cherchait exactement à faire ça. J’en suis sûre. »
« D-D’énormes nichons… »
Daisy plaqua une main sur sa bouche, gênée par les mots crus d’Elena.
Toujours dans les bras de Daisy, j’affichai un air impassible et dissipai le malentendu.
« Tu te trompes, Daisy. Un mage de génie comme moi assouvirait-il ses désirs de façon aussi vulgaire ? J’ai juste besoin de chaleur. Et puis, contrairement à toi, Elena n’a même pas de seins ; elle dit ça seulement parce qu’elle est jalouse. »
« Quoiiiii ?! »
« C-C’est vrai… »
« Je vais te tuer, espèce de salaud ! »
Crac !
« Aaaaaah ! »
Je me réfugiai sous la jupe de Daisy tandis qu’Elena déchaînait sa colère.
« Bwahahaha ! Ça recommence ! Ian ! Quel pécheur tu fais ! Tu me rappelles le jeune homme que j’étais ! »
« Hé hé. »
Gimlius racontait n’importe quoi, tandis que Hans souriait discrètement.
Bref, nous mangeâmes, bûmes et fêtâmes ça.
À rire ensemble et à nous laver le cerveau à l’alcool, les douleurs fantômes s’estompèrent et le stress du Labyrinthe s’allégea.
« Hé hé hé. »
Ricanements.
Une fois que le Tome de la lumière des étoiles, suspendu à ma taille, m’appartint officiellement, je me sentis merveilleusement bien.
« Beurk… »
Nous avions bu jusqu’à l’aube, et le soleil se levait déjà.
Après le règlement des comptes, Daisy, Elena et moi regagnâmes l’auberge, à moitié morts.
« Bâââille. »
« J’ai sommeil. »
« J’ai entendu dire que tu étais devenu célèbre, cette fois. Il paraît qu’on t’a même donné le titre de mage de Chute-du-Tonnerre ? »
L’aubergiste avait peut-être de bonnes sources, ou peut-être était-ce parce que j’étais un client VIP. Quoi qu’il en soit, il me passa de la pommade.
« Bah, c’est facile pour un mage de génie. »
« Oh ! Je vois ! »
Je laissai Daisy et Elena dormir, puis j’utilisai les pièces d’argent que j’avais mises de côté pour faire préparer de l’eau de bain et me laver.
Beuuuurk !
Après avoir vomi dans les latrines, je me changeai et bus du jus d’orange pour faire passer ma gueule de bois.
J’étais assez épuisé pour m’endormir aussitôt, mais quelque chose me tracassait.
« Je devrais faire ce que j’ai à faire. »
Je me rendis à la bibliothèque.
« Ça faisait longtemps. »
Une femme aux cheveux noirs, à l’allure intelligente, m’accueillit.
C’était Renia, la bibliothécaire.
« Tu as l’air d’avoir été très occupé. »
Pour une raison ou une autre, elle n’avait pas l’air ravie.
« Je crois que je sens l’alcool sur toi aussi. »
Normalement, elle ne m’aurait pas laissé entrer à la bibliothèque avec une gueule de bois, mais peut-être qu’elle passa l’éponge parce qu’elle ne m’avait pas vu depuis un moment.
« Oui. J’ai banni un Maître d’étage, tué un ogre et j’ai été très occupé. »
« Je vois. »
Contrairement aux autres, Renia prit la nouvelle avec calme et me tendit un livre.
« Voici le livre dont tu m’avais parlé. »
« Hum ? »
« Tu avais dit que tu voulais des connaissances particulières, que la bibliothèque ne possède pas. »
La couverture du livre était vierge.
Le nom de l’auteur n’y figurait pas non plus.
« C’est un livre interdit, alors évite de le faire sortir de la bibliothèque. »
Elle pouvait vraiment me prêter un ouvrage pareil comme ça ?
Cela dit, vu sa véritable identité, c’était peut-être possible.
Quoi qu’il en soit, ça m’arrangeait.
Je m’assis et examinai le livre interdit.
Je pensais qu’il parlerait de magie, mais c’était un livre d’histoire.
Pas une histoire ordinaire du Labyrinthe, toutefois.
Il en proposait une vision sensiblement différente.
Roi des Humains Gwyndolin.
Roi des Elfes Kalasutra.
Roi des Nains Vargan.
Roi des Hommes-bêtes Volkar.
Roi des Dragons Aurelion.
Roi des Géants Balor.
Roi des Serpents Ouroboros.
[À l’origine, il y avait sept Rois. À cause des atrocités du Roi des Géants Balor et du Roi des Serpents Ouroboros, qui convoitaient la Forge éternelle, un hiver éternel s’abattit sur un monde autrefois prospère.]
[Les descendants des rois traîtres furent exilés, tandis que les cinq autres Rois se sacrifièrent pour faire apparaître le Labyrinthe dans ce monde.]
[Ils le firent afin de protéger les rares êtres intelligents qui subsistaient, priant pour que quelqu’un conquière le Labyrinthe, lève la malédiction des dieux et ramène le printemps dans ce monde.]
[Telle est la théorie admise.]
[Les grands Cinq Rois, Gwyndolin, Kalasutra, Vargan, Volkar et Aurelion, méritent un respect éternel.]
Mais ce livre avançait une autre hypothèse.
[En vérité, les cinq Rois étaient eux aussi des êtres cupides, qui ne valaient pas mieux que le Roi des Géants et le Roi des Serpents maudits. Ils voulaient utiliser la forge pour s’élever, recherchant la vie éternelle, des corps qui ne vieillissent pas et le pouvoir. La théorie communément admise veut qu’ils aient été maudits pour cela.]
[Un autre fait intéressant mérite d’être signalé. Parmi les Sept Rois, il y en avait un autre, caché.]
[Il s’agissait du roi des elfes noirs. Son nom, ses origines et tout le reste ont été dissimulés puis oubliés, mais il était sans aucun doute le huitième roi.]
[Si l’on pouvait avoir une conversation honnête avec un elfe noir cultivé et instruit, peut-être apprendrait-on la vérité… mais ce serait aussi difficile que de passer une clochette autour du cou d’un dragon. Ne sont-ils pas particulièrement violents, sinistres et lunatiques ?]
[Cette fois, je souhaite évoquer une rumeur secrète qui circule parmi les membres de haut rang de l’Expédition.]
[On raconte que les âmes des cinq Rois dorment encore dans les profondeurs du Labyrinthe et que quiconque trouvera leurs tombes pourra acquérir une puissance et une sagesse extraordinaires.]
[Dans le passé comme aujourd’hui, celui qui s’est le plus approché des secrets des étages profonds est Dmitri, le premier explorateur de la Zone profonde.]
Le livre contenait une illustration de Dmitri, le premier explorateur des étages profonds.
Malgré son métier de membre haut gradé de l’Expédition, qui usait le corps et l’esprit, c’était un bel homme à l’apparence soignée.
Il ressemblait exactement à l’illustration que j’avais vue dans le Donjon de la Mort.
« C’est le type qui apparaît comme monstre mort-vivant quand on va dans les étages profonds. »
Parfois, il sortait du cercueil gelé de Shandra, parfois, il apparaissait sous la forme d’un squelette.
Mais dans tous les cas, il était sacrément puissant.
[Avec son fragile corps humain, il surpassa les races supérieures et fut le premier à atteindre l’abîme du Labyrinthe.]
[Mais, pour une raison inconnue, il disparut alors qu’il poursuivait son exploration.]
[Il ne laissa derrière lui ni cadavre ni dernières paroles.]
[Où est-il allé ?]
Voilà, en gros, ce que racontait le livre.
À la hauteur d’un ouvrage jugé hérétique par les religieux et interdit par l’administration municipale, il se terminait sur une note inquiétante.
Quelque chose me revint à l’esprit.
Par hasard, c’était exactement ce dont avait parlé la Sorcière de la mine, Isanna, cette mage malfaisante dont je m’étais occupé.
« Tu sais qui a écrit ce livre ? » demandai-je à Renia.
« Non. Mais j’ai entendu dire que son auteur était un membre très accompli de l’Expédition. »
Hum, vraiment ?
C’était plutôt crédible.
Le secret des premiers Sept Rois, que j’ignorais.
Non, des huit Rois.
Ce n’était pas qu’une affirmation unilatérale d’une sorcière adepte d’une autre foi.
« Qu’en penses-tu ? »
Renia me demanda ce que je pensais de ces connaissances cachées.
Elle affichait un air fier.
« … »
Kulkin avait emporté le journal d’Isanna, je n’en connaissais donc pas les détails.
J’en avais appris davantage grâce à ce livre, mais ce n’était pas tout à fait nouveau non plus.
Je ne pouvais lui répondre qu’une seule chose.
« Hum, c’est tout ? »
Je pris un ton déçu.
« … Grr. »
Une veine saillit sur le front de Renia.
« La prochaine fois… ce sera différent. »
Elle était facile à mener par le bout du nez.
Si je m’y prenais comme ça, elle m’apporterait sûrement de nouvelles connaissances la prochaine fois.
« Merci pour le livre~ »
Bâillement.
J’avais veillé toute la nuit et le sommeil me gagnait. Je retournai donc à l’auberge et m’allongeai sur le lit.
Peu après, le crépuscule retomba et l’obscurité s’installa.
« Ouf. »
« Quand je me réveillerai, j’irai à la Tour de magie. J’en profiterai pour trouver de l’équipement pour Daisy. »
Son armure était encore assez bonne, mais il était temps que Daisy ait elle aussi un objet magique.
Une relique sacrée serait idéale pour une prêtresse, mais je ne pouvais pas en obtenir une juste parce que j’en avais envie. Il fallait donc que je lui trouve un remplaçant convenable.
« Je pourrais passer par la salle des ventes de la Société de l’Aube dorée. »
« Ou emprunter une voie plus discrète. »
« Maintenant que je connais madame Cotillard. »
Alors que je passais mes projets en revue et commençais à m’assoupir, le grincement de la fenêtre qui s’ouvrait me hérissa les nerfs.
Une faible lueur de lune filtra par la fenêtre et éclaira la chambre. Quand j’aperçus quelque chose, je clignai des yeux.
« Quoi ? »
Une lettre était posée sur la petite table.
Elle n’y était certainement pas quelques instants plus tôt.
Sans même parler du fait que je n’avais senti personne approcher, une faible quantité de mana émanait de la lettre.
Je serrai mon bâton et m’approchai de la table pour l’examiner avec précaution.
…
Malgré son étrangeté, la lettre ne contenait aucun message.
Pourtant, mes yeux s’écarquillèrent.
« … ! »
En joueur expérimenté, je pouvais deviner qui l’avait envoyée, rien qu’à sa méthode et aux faibles traces qu’elle avait laissées.
Putain, c’était bien eux, à n’en pas douter.
Mes mains tremblèrent, ce qui ne m’arrivait pas souvent.
« La Société secrète ! »
Les monstres qui avaient massacré sans pitié les membres de l’Expédition au cinquième étage.
Le groupe le plus puissant et le plus mystérieux de ce monde était venu me chercher.
Notes de bas de page :
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