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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Survivre dans une fantasy sombre et glaciale en tant que mage de génie ◈
Chapitre 63 : Le lac maudit et une rencontre inattendue
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Crrr, crrr.
Dans les braseros de bronze disséminés dans toute la ville, les flammes allumées par les mages de feu faisaient fondre la neige alentour et répandaient leur chaleur.
Contrairement au Labyrinthe, il ne faisait pas beaucoup plus chaud à l’intérieur de la ville qu’à l’extérieur, mais il suffisait de tenir ses mains au-dessus du feu pour les réchauffer.
« Ooooh… »
Des enfants au nez rouge vif et plusieurs adultes se tenaient devant les braseros pour se réchauffer.
Les portes étaient fermées à cause du froid, mais les boutiques restaient ouvertes.
La lumière rouge des flammes s’échappait des fenêtres des bâtiments en bois qui bordaient la grand-rue irrégulière, et l’odeur du pain qui cuisait flottait dans l’air.
La ville était moins raffinée que le Labyrinthe, mais ses habitants menaient tout de même une vie plutôt sûre et prospère, à l’abri de la chaleur que leur procuraient leur seigneur et les mages de feu.
« Ils sont plutôt bien lotis, en fait. »
À la différence des remparts insolites de la ville, l’intérieur était paisible, et cela semblait décontenancer Elena.
« Les bâtiments ont l’air solides, eux aussi. »
Éclairer la lanterne d’une elfe idiote faisait aussi partie du travail d’un mage de génie.
J’expliquai à Elena ce qu’étaient les territoires des seigneurs locaux, qu’on appelait des Châteaux.
« Ils n’ont peut-être rien à voir avec le Labyrinthe, mais les propriétaires des Châteaux étaient déjà des nobles avant que l’hiver ne s’abatte sur ce monde. »
Les Châteaux étaient des vestiges de l’âge d’or, à l’époque où le monde était assez prospère pour que les gens se disputent les terres au lieu de consacrer toute leur énergie à survivre.
Ceux qui n’avaient pas su s’adapter ou tenir le coup avaient disparu depuis longtemps.
Leurs demeures étaient devenues des ruines, comme le repaire des Draugr que nous avions traversé plus tôt.
Le Territoire de Shirinwind n’avait rien de tape-à-l’œil, mais c’était une ville solide et bien défendue.
Et ce n’est pas juste un mur de cadavres.
Cela dit, les méthodes de gouvernance du seigneur impliquaient quantité d’actes inhumains.
« Ils n’avaient donc pas d’autre choix pour survivre. »
Daisy poussa un soupir devant cette triste réalité à laquelle on ne pouvait rien.
Elena compara les deux villes.
« Ça reste moins bien que le Labyrinthe. Il n’y a pas beaucoup de marchands ambulants et… l’endroit paraît moins animé. »
« La plupart des gens ici subviennent eux-mêmes à leurs besoins. »
Au Labyrinthe, on trouvait de nombreux Alchimistes capables de transformer les Pierres de mana en nourriture et autres matériaux.
Mais dans un territoire rural comme celui-ci, il ne devait y en avoir qu’un ou deux, tout au plus.
Forcément, le commerce et le niveau de vie y étaient inférieurs à bien des égards.
On ne pouvait pas comparer les infrastructures d’une grande ville à celles de la campagne.
« Je vois… Alors, le Labyrinthe, c’est vraiment le mieux ! »
Elena en tira une conclusion simple et rapide, preuve de son attachement à notre ville.
Le soldat qui nous guidait eut l’air contrarié par cette insulte à la ville où il vivait, mais il n’osa rien dire aux mages et reprit sa marche.
Fffft !
Nous arrivâmes au château intérieur, où vivait le seigneur.
À l’intérieur de ses vieux murs de pierre élégants, les serviteurs s’affairaient à balayer, nettoyer et allumer les torches fixées dans leurs supports.
Le soldat frappa aux grandes portes à deux battants, bien fermées.
« Mon seigneur, je vous ai amené les mages que vous avez demandés. »
« Ah, parfait ! Faites-les entrer ! »
Les portes s’ouvrirent sur cette réponse pressée.
Dans la vaste salle où flambait une cheminée se tenait un homme d’âge mûr, vêtu d’un uniforme imposant, sous une bannière frappée d’un blason noble.
« Bienvenue, mages de la Tour de magie. Vous avez dû faire un voyage pénible. »
Il émanait de lui une élégance noble et la dignité de celui qui avait l’habitude de gouverner.
« Je suis Amodei Kvalder, seigneur de ce Château. »
Il ne traînait pas non plus toute une foule de subalternes dans son sillage, comme le chef du village.
« … »
Il n’était accompagné que de quelques gardes colossaux, tous au moins une tête plus grands qu’un homme ordinaire, vêtus de cottes de mailles et de heaumes en forme de marmite, ainsi que d’un chevalier d’escorte au regard perçant, en armure de plates.
Malgré tout, ils avaient l’air plus forts qu’une bande de dizaines de vauriens.
Peut-être habitué à ce genre de rencontre, Kulkin accueillit le seigneur avec calme.
« Merci de nous recevoir, mon seigneur. Je suis Kulkin, de l’École Heide, et voici Ian, de l’École Astrafe. »
S’il avait eu affaire à des mages errants, il les aurait traités avec condescendance.
Voir un noble qui dirigeait plus de mille personnes nous traiter avec respect me rappela le pouvoir de la Tour de magie.
« Vous devez avoir faim après votre voyage. Commençons par manger. »
Le seigneur frappa dans ses mains et les serviteurs commencèrent à apporter les plats sur une table garnie de chandeliers en argent.
Je me réchauffai en buvant du vin chaud au miel, tandis qu’Elena et Daisy, assises de part et d’autre de moi, chuchotaient.
« C’est la première fois que je vois un noble. »
« Moi aussi… Je suis nerveuse. »
C’était également la première fois que j’en voyais un en personne.
Même au Labyrinthe, ils vivaient uniquement dans le quartier riche, au nord.
« Mais il a l’air pressé. Ça ne va pas de se détendre comme ça ? »
Hahahaha !
Elena regarda le seigneur Amodei, qui bavardait avec Kulkin, comme si elle le trouvait bizarre.
Il riait, mais ses jambes tremblaient sous la table. Elle ne semblait pas comprendre pourquoi il se comportait aussi tranquillement dans une situation si urgente.
J’acceptai un verre de vin d’une servante qui ne cessait de me jeter des coups d’œil et de rougir pour une raison quelconque, puis j’en humectai mes lèvres.
« C’est ça, la dignité, l’étiquette et la grâce. »
Miam, miam.
« Les nobles doivent vraiment être aussi élégants ? »
Essaie déjà de finir de mâcher avant de parler, elfe barbare.
Je lançai un regard dégoûté à Elena avant de lui expliquer.
« Ça fait partie de l’identité d’un noble. Le sang bleu. Ils doivent sans cesse prouver qu’ils ne sont pas comme le petit peuple. »
C’était de là que venaient leur honneur et leur autorité.
« Être noble, ça a l’air difficile… »
« … »
Il nous avait entendus, même si nous parlions à voix basse ?
Le seigneur tourna les yeux vers moi.
Il n’avait pourtant pas l’air offensé.
Au contraire, son expression semblait dire : « Regardez-moi ça. Comment en savez-vous autant ? »
Ne sous-estimez pas le raffinement d’un homme moderne du vingt-et-unième siècle !
C’est alors qu’Elena, qui hochait vaguement la tête, désigna l’un des plats qu’on servait.
« Hein ? Du poisson ? »
Il y avait plusieurs plats de poisson sur la table.
« Oh, c’est rare. »
Mes yeux s’illuminèrent.
La plupart des mers et des lacs de ce monde étaient gelés, alors le poisson était difficile à trouver.
Autant dire que ça coûtait plus cher que la viande.
« Hmm… »
Elena observa le plat de poisson d’un air méfiant, puis y planta sa fourchette.
Après l’avoir goûté, elle dressa les oreilles d’admiration.
« C’est salé et léger. Délicieux ! Les hommes-poissons auraient le même goût si on les faisait griller ? »
« Pfff… »
Ça aurait été bien si elle n’ajoutait pas ce genre de commentaires bizarres.
Du poisson dans un trou paumé pareil ?
Kulkin et moi touchâmes à peine aux plats de poisson.
Après le repas, le seigneur Amodei entra dans le vif du sujet.
« Avant de commencer, j’aimerais vous montrer quelque chose. Suivez-moi. »
Accompagnés de quelques soldats, nous suivîmes le seigneur au sous-sol du château.
Au bas d’un escalier voûté qui tournait sur lui-même s’ouvrait une caverne souterraine humide.
« Hein ? »
« Oh. »
Kulkin, les filles et moi ouvrîmes de grands yeux.
Dans ce lieu sombre où aurait dû se trouver un donjon, se dressait une structure tout à fait inattendue.
Des gouttes d’eau tombaient et traçaient de légères ondulations à la surface, qui reflétait nos visages.
Sous le château s’étendait un bassin trop petit pour être appelé un lac, mais trop grand pour n’être qu’une flaque.
Le cours d’eau sous le château, enfermé dans une architecture finement ouvragée, dégageait une atmosphère mystérieuse, absente de cette forteresse sinistre.
Le seigneur savoura nos réactions, l’air satisfait, puis prit la parole.
« On pourrait dire que c’est le cœur de notre territoire. Le poisson que vous venez de manger vient aussi d’ici. Nous échangeons les prises avec d’autres villes et nourrissons notre peuple grâce à elles. C’est l’Étang béni. »
Une pisciculture naturelle.
Mais l’inquiétude ne tarda pas à assombrir le visage du seigneur.
L’eau claire empestait désormais, et des poissons morts flottaient à sa surface.
« Il y a quelques semaines, quelque chose a soudain mal tourné dans l’étang. Nous ne nous en sommes pas rendu compte tout de suite, et il a fini dans cet état. »
Du point de vue du seigneur, il était logique que la situation soit si urgente.
L’un des piliers essentiels à la productivité du territoire venait d’être mis à mal.
« Cet étang est tout pour notre territoire. Si cela continue, d’innombrables personnes mourront de faim. »
Le visage du seigneur s’assombrit.
Il avait l’air d’un véritable dirigeant, soucieux de ceux qui dépendaient de lui davantage que de son propre bien-être.
« C’est donc le phénomène étrange pour lequel vous avez demandé de l’aide. »
Kulkin posa la question.
« L’eau aurait-elle stagné et tourné ? »
« Non. L’étang est relié sous terre au lac gelé de la montagne, derrière le territoire. De l’eau fraîche y afflue régulièrement, donc ce ne peut pas être la cause. »
« Avez-vous inspecté le lac auquel il est relié ? »
« Bien sûr. Mais nous n’y avons rien trouvé de particulièrement anormal. »
Le seigneur Amodei avait autour de lui des érudits, des conseillers et divers mages.
Pourtant, même ces intellectuels du territoire n’avaient pas réussi à comprendre cette étrange situation.
« Hmm. »
Les endroits qui faisaient appel aux mages de la Tour de magie avaient souvent des problèmes encore plus étranges que de simples exterminations de monstres.
C’était pour cette raison que la Tour de magie envoyait des mages riches en savoir, en expérience et en sagesse.
Je comprenais pourquoi la Tour de magie avait hésité à m’envoyer seul.
« Qu’en pensez-vous, Ian ? »
Kulkin me demanda mon avis.
Il me mettait probablement à l’épreuve, lui aussi.
Kulkin est un excellent aîné, mais…
Si je réponds une connerie, il m’écartera de cette mission.
Plouf.
Je plongeai la main dans le lac souterrain.
Je sentis une faible trace de mana, en plus du froid.
Mais les mages de feu et les Mages de la Terre avaient lancé des sorts autour du lac du château pour en créer l’écosystème. Impossible de savoir si cette trace de mana venait d’eux ou d’un autre dispositif magique.
Dans ce cas…
« Il faudrait d’abord analyser la composition de l’eau. Il faudrait aussi examiner le grand lac de la montagne, derrière le château, qui est relié à ce lac souterrain. »
Les causes d’une mortalité massive chez les poissons pouvaient être nombreuses.
La température de l’eau avait peut-être changé, ou elle manquait peut-être d’oxygène.
Ou alors…
Il pouvait s’agir de quelque chose de plus inhabituel.
Je songeai à la pisciculture souterraine et au château intérieur, tous deux imprégnés d’une aura plus froide qu’ailleurs.
« Nous sommes du même avis. »
Avais-je réussi l’épreuve ?
Kulkin hocha la tête.
« Le problème, c’est de savoir si l’endroit dispose du matériel nécessaire… »
Il nous fallait aussi quelqu’un qui s’y connaisse en alchimie.
Comme j’y réfléchissais, Kulkin eut un petit rire et dit : « Je ne vous l’ai pas dit ? Je suis Maître des deux affinités. J’étudie aussi auprès de maîtresse Marianne, de l’École lumineuse. »
En plus d’être un Mage de feu, c’était un Alchimiste doté du Grimoire de la Création.
Quoi ? Vraiment ?
Il faisait partie de ces monstres naturellement doués ?
Pas autant que moi, quand même.
Tandis que je le dévisageais, surpris, Kulkin fit un signe de la main.
L’un des porteurs qu’il avait amenés posa soigneusement un sac, en sortit une fiole et préleva de l’eau dans l’étang.
« Mon seigneur, avez-vous un endroit équipé pour les travaux d’alchimie ? »
« Le mage Gaedri possède un atelier. Je vais vous y conduire. »
« Très bien. »
« Mon seigneur, mais… »
Un vieil Alchimiste au service du seigneur semblait contrarié qu’un autre empiète sur son domaine.
Mais le seigneur n’y prêta aucune attention, pas plus que Kulkin, qui avançait à son propre rythme.
« Commençons par l’analyse. Je vous ferai signe si j’ai besoin d’aide. »
« Oui. »
L’analyse de la composition de l’eau prendrait du temps.
Comme il se faisait tard, nous décidâmes de lancer l’enquête approfondie le lendemain matin.
« Bonne nuit, Ian. »
« Ouais, Daisy. Toi aussi, tu as bien travaillé. »
Le seigneur nous fit chacun conduire dans une chambre séparée : Daisy, Elena et moi.
Des mages de feu vinrent allumer les foyers, et une chaleur agréable rendit les pièces douillettes.
J’espère qu’on réglera ça facilement. Si ça se complique, ça risque de devenir un sacré bordel.
Allongé sous les couvertures, je réfléchissais à la mission. Je baillai et me levai.
« Bâââille. »
J’avais soudain envie de pisser.
Je descendis le couloir en direction des latrines…
Fffft.
La torche du couloir vacilla.
Une seule paire de pas résonna depuis l’autre bout du corridor englouti dans les ténèbres.
Quelqu’un approchait.
Je pensai qu’il s’agissait peut-être d’un soldat en patrouille ou d’un serviteur, mais je plissai les yeux.
Sa tenue était étrange.
Même à l’intérieur, la capuche de sa robe était rabattue, dissimulant son apparence.
Pourtant, sous la lumière de la torche, j’aperçus des doigts fins qui dépassaient de ses manches et une peau pâle comme celle d’un cadavre.
…
La personne s’arrêta en me voyant.
Puis elle prononça soudain mon nom.
« Mage Ian ? »
Sa voix était belle et vaguement familière.
« Hein ? Vous êtes… ? »
La silhouette tâtonna sous sa capuche, puis la retira.
Une chevelure argentée, nouée en queue-de-cheval, lui retomba doucement dans le dos.
Elle avait les yeux violets et un beau visage aux traits froids et impitoyables.
C’était Darnen, la mage elfe noire qui avait combattu à nos côtés dans le Donjon secret.
« … ! »
Mes yeux s’écarquillèrent à cette vue.
Mais qu’est-ce qu’une putain d’elfe noire foutait ici ?
Urgence !
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