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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Survivre dans une fantasy sombre et gelée en tant que mage de génie ◈
Chapitre 4 : En route vers la Cité du Labyrinthe
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Même si j’expliquais à ces abrutis du village ce qu’on savait du Labyrinthe, ils n’y comprendraient rien.
Ils me jetteraient sûrement des pierres en me demandant de quoi je pouvais bien parler.
Des bouseux ignorants et bornés, incapables de sortir de leurs habitudes ni d’avancer.
Si je voulais mettre mes talents à profit, la ville tout au bout, là où se trouvait le Labyrinthe, serait bien mieux.
…
C’est ce que je croyais.
Brrrr.
Un froid d’un tout autre niveau que celui que j’avais brièvement affronté en sortant du village par curiosité me submergea.
Mes dents claquaient toutes seules et, malgré mon bonnet, j’avais l’impression que mes oreilles et mon nez allaient tomber.
« Urgh. »
J’avalai la morve qui me coulait du nez tout en avançant dans la neige jusqu’aux chevilles, et compris une nouvelle fois à quel point les mages du feu étaient incroyables.
J’avais trouvé le village sacrément froid, mais ça n’avait rien à voir avec l’extérieur.
La chaleur qu’ils produisaient était directement liée à la survie.
La neige tombait du ciel.
La neige recouvrait le sol.
La neige couvrait les montagnes et les collines.
Partout où je regardais, il n’y avait que de la neige. Un monde entièrement blanc.
Putain ! Forcément qu’ils sont si renfermés, à vivre dans un endroit pareil !
Le Labyrinthe ? C’est quoi, ce putain de Labyrinthe ? Je vais crever de froid avant d’y arriver !
Un mage devait penser avec audace et souplesse, sans se laisser entraver par l’arrogance ou l’obstination.
Je décidai de comprendre pourquoi les villageois menaient une vie aussi pitoyable.
Autre chose me frappa.
« Hou, hou. »
Alors que tous, à l’exception d’Elena, peinaient à faire le moindre pas, les chasseurs traversaient la plaine enneigée avec adresse, sans perdre leur chemin.
Ouah ! Ouah ! Ouah !
Ils avaient une sacrée allure, les laisses de chiens de chasse aussi gros que des loups à la main, tout en surveillant les alentours.
Je comprenais pourquoi, après les mages, les chasseurs étaient les personnes les plus importantes du village.
Une idée me vint.
Et si c’était juste leur équipement ?
Leurs armures de fourrure étaient peut-être des objets magiques, en fait.
Tandis que j’y réfléchissais, mon regard croisa celui d’un chasseur.
Je tressaillis, me demandant si ce barbu avait lu dans mes pensées, mais les chasseurs ne faisaient que discuter entre eux.
« Aller plus loin, c’est impossible… »
« Ils ne vont pas tarder à apparaître. »
Je vois.
C’était donc là que notre chance s’arrêtait.
« On s’arrête ici. On fait demi-tour. »
Tandis que je réfléchissais, les chasseurs prirent la parole.
Pour ceux qui avaient été sélectionnés pour l’Expédition, ce fut comme un coup de tonnerre.
« … ! »
On était déjà tellement mal en point qu’on se sentait à l’article de la mort, même protégés par les chasseurs. S’ils partaient, c’était comme s’ils nous disaient de crever.
« Sauvez-moi, je vous en prie ! Oncle Bjort ! Je vous en prie ! »
Mauk, le fils du chef du village, les supplia.
Un autre s’y mit aussi.
« V-Venez juste un peu plus loin avec nous ! Je vous en prie ! »
Tous les membres de l’Expédition n’étaient pas de jeunes adultes tout juste majeurs.
Dize, un apprenti ouvrier du textile d’une vingtaine d’années, était là lui aussi.
C’était celui dont on disait qu’il avait pris la grosse tête récemment.
Adultère, vol et compagnie.
Si quelqu’un avait mauvaise réputation au village ou n’avait pas su prouver sa valeur, on le sélectionnait pour l’Expédition.
À sa manière, c’était une forme d’exécution humaine.
« Vous voyez la longue structure qu’on distingue là-bas ? Allez dans cette direction. »
« Bonne chance. »
Les chasseurs nous tournèrent simplement le dos, froids comme la glace.
Comme s’ils ne nous considéraient plus comme des villageois.
« Bande de putains d’enfoirés !!! »
Dize cria, mais sa voix sonna creux.
« Putain… Putain… »
« On va tous crever. On va tous crever ! »
Quand Dize, le plus âgé d’entre nous, prononça ces mots, tout le monde craqua.
Pas seulement Mauk et sa bande, qui s’étaient toujours crus supérieurs : les autres et les filles éclatèrent eux aussi en sanglots.
« On y va, Elena. »
« Ouais. »
Les seuls à garder leur sang-froid, c’étaient moi, le mage de génie, et Elena, ma subordonnée.
Tous les deux, nous nous mîmes en tête et commençâmes à avancer dans la plaine enneigée.
Y aurait-il un endroit où se reposer plus loin ?
Et s’il n’y en avait pas ? Si on faisait demi-tour maintenant et qu’on suppliait les villageois, nous laisseraient-ils rentrer ?
J’avais pris ma décision, mais mille pensées se bousculaient dans ma tête.
Fouuuuu !
La neige qui tombait brouillait sans cesse notre sens de l’orientation, mais, heureusement, impossible de perdre le Labyrinthe de vue.
Cette tour maudite, qui s’élevait très haut dans le ciel, était visible de partout.
J’ignorais combien de temps il nous faudrait pour l’atteindre, mais au moins, nous ne nous égarerions pas.
Argh.
Le seul avantage de ce temps pourri, c’était que ma maîtrise de la magie du Givre progressait à une vitesse folle.
Je le sentais, là, tout de suite.
Le Grimoire bleu en moi était aux anges !
Son propriétaire est en train de mourir de froid, bordel !
Balance-moi un nouveau sort, merde !
« Elena, tu te débrouilles drôlement bien », haletai-je.
« J’ai suivi les chasseurs quelques fois. »
C’était l’endurance d’Elena qui m’impressionnait.
Son endurance dans la neige n’égalait pas celle des chasseurs de tout à l’heure, mais Elena n’était pas une fille ordinaire.
« Quand même… pff… tu ne m’arrives pas à la cheville. »
« Idiot. »
Malgré son regard méprisant, Elena attrapa ma main chancelante au pied d’une colline et m’entraîna à sa suite.
Merci.
Je retire ce que j’ai dit sur toi et tes oreilles d’elfe pourries.
On est la bande des orphelins.
Quoi qu’il arrive, je te porterai.
« Pff, pff ! »
« A-Attendez-nous ! »
Peut-être que personne n’avait envie de mourir, car bientôt, tout le monde nous suivit.
« Les pommes de terre, c’est bon. »
« N’en mange pas tout. On ne sait pas combien de temps il nous faudra pour arriver. »
« J’ai soif. »
« Hé ! Ne mange pas de neige, bois de l’eau ! »
« Il y a de la neige partout. Je peux pas juste la mâcher ? »
« La faire fondre te vole ta chaleur corporelle… Enfin, ta chaleur. À moins qu’on n’ait plus d’eau, il faut garder ça en dernier recours. »
« Sérieux ? »
Nous mangeâmes en marchant pour reprendre des forces.
Les pommes de terre cuites à la vapeur, qui avaient été chaudes, étaient maintenant dures comme de la pierre. Nous les ramollissions lentement dans notre salive avant de les avaler.
Mauk mâchait de la viande séchée.
Son sac était le seul à avoir l’air aussi rempli. Le chef du village avait dû se faire un sang d’encre et lui fourrer tout un tas d’affaires dedans.
Je lui en piquerai un peu si on en arrive là.
À peine cette pensée me traversa-t-elle l’esprit qu’Elena m’empoigna l’épaule, la grimace aux lèvres.
« On est dans la merde, Ian. »
« Ne me dis pas que… »
Ses longues oreilles frémissaient sans arrêt.
« Des loups !!! »
Peu après qu’Elena eut crié, des silhouettes sombres commencèrent à émerger du jour blanc comme neige.
* * *
Leur pelage semblait avoir été enseveli sous la neige depuis des lustres ; les pointes, gelées et rêches, étaient couvertes de givre. Leur fourrure grise et blanche se confondait si bien avec la neige que, sans regarder attentivement, on aurait cru voir des congères en mouvement.
Même dans cette tempête, leurs yeux jaunes de prédateurs ressortaient nettement.
Ils avaient à peu près la taille de chiens de chasse, peut-être un peu moins, mais l’impression qu’ils dégageaient était d’un tout autre ordre.
Gloups.
J’avalai ma salive.
Un prédateur qu’on voyait en vrai n’avait rien à voir avec celui qu’on regardait en vidéo.
Le regard de ces bêtes, qui nous considéraient comme des proies, me fit flageoler les jambes.
Ils sont quatre.
Ni moi ni les autres n’avions rien remarqué. Elena était vraiment exceptionnelle.
Les attributs raciaux des elfes étaient putain d’injustes.
« Tout le monde, rassemblez-vous ! Sortez vos armes ! »
Dize, le plus âgé, prit la parole et tout le monde sortit ses armes.
« Dos à dos ! Ils vont attaquer nos angles morts ! »
Il y avait huit hommes et trois femmes.
Nous étions plus de dix à être armés, et pourtant, tout le monde tremblait de peur devant les loups.
C’était une question d’expérience.
Dans ce monde gelé jusqu’aux os, voilà précisément quelle était la place des humains dès qu’ils franchissaient la palissade.
C’est ça. Nous n’étions pas des prédateurs. Nous étions des proies.
« Il y en a deux jeunes et deux adultes. C’est sûrement une famille », dit Elena.
« Idiote, qu’est-ce que ça peut foutre, maintenant ?! »
Mauk cria, la main crispée sur sa lance, mais je ricanai.
« L’idiot, c’est toi, gros lard. Connaître son ennemi, c’est la première étape pour le combattre. »
« Quoi ? »
« S’ils ont deux petits, ils ont plus de bouches à nourrir. Donc ils vont se jeter sur nous avec encore plus de désespoir. »
La lutte à mort entre cette famille de loups et nous était inévitable.
« Putain… »
Ces enfoirés de rusés !
Les loups ne se jetèrent pas sur nous tout de suite.
Ils rôdaient en grognant, grattant la neige de leurs pattes avant.
Puis je compris.
« Ils attendent qu’on s’épuise. »
La patience était la vertu la plus importante d’un chasseur.
C’était la ruse des bêtes qui avaient survécu jusqu’ici dans cette nature hostile.
« Elena ! Tire une flèche ! »
Dize prit la parole.
« Ne me donne pas d’ordres, idiot. »
Elena répliqua sèchement, mais décocha tout de même une flèche.
« Merde. J’ai les mains qui tremblent. »
Comme je m’y attendais, vu qu’elle était nulle à l’arc, la flèche rata sa cible.
« Espèce d’elfe stupide ! T’es une elfe, et tu sais même pas tirer à l’arc ?! »
Mauk insulta Elena, puis se tourna vers moi en criant :
« Ian ! Sers-toi de ta magie ! »
« Oui ! Ian est un mage ! »
« Attendez. »
Le nombre de sorts que j’avais préparés grâce à la Mémorisation était limité.
Je devais faire attention.
« Lance un sort ! C’est un ordre ! »
Mauk m’empoigna alors par le col et hurla.
Quel abruti.
J’allais lui coller un coup de bâton.
Baoum !
« Aaaah ! »
Mauk cria et tomba par terre.
« Va te faire foutre, idiot. T’es qui, putain, pour donner des ordres ? »
Elena avait frappé Mauk.
« Tu te prends toujours pour le fils chéri du chef du village ? »
« T-Tu… Une petite orpheline de merde ose me frapper… »
Mauk semblait stupéfait qu’Elena ait osé le frapper.
« Cette salope a pété un câble ?! »
Les deux hommes de la bande de Mauk pointèrent leurs armes sur Elena.
Elle leur rendit la pareille en braquant sa massue sur eux.
Son regard disait clairement qu’elle voulait tous les tuer sur place et s’emparer de leurs provisions.
« Bande d’abrutis ! Pourquoi est-ce qu’on se bat entre nous, maintenant ?! »
Dize essaya de les arrêter, mais il n’avait aucune autorité et n’avait fait que révéler son côté minable ; ses efforts restèrent donc vains.
Dans cette situation extrême, les nerfs de tout le monde étaient à vif.
En termes de jeu, ils étaient en état de panique.
Hum, ça faisait du bien.
Bref, bien joué, Elena.
« Arrêtez. On n’a pas assez de forces pour les gaspiller là-dessus. »
Seul adulte responsable du groupe, j’intervins entre ces rustres du Pays médiéval, qui frappaient plus vite qu’ils ne réfléchissaient.
Ceux qui avaient ignoré Dize m’écoutèrent sans discuter.
« Je vais utiliser la magie. Mais je dois faire attention. »
Le nombre de sorts que j’avais préparés grâce à la Mémorisation était limité.
Une fois épuisés, on était fichus.
Je devais donc les utiliser avec prudence.
De toute façon, impossible de fuir, et nos capacités ne suffisent pas à tous les tuer.
Il faut donc leur faire comprendre qu’on n’est pas des proies faciles.
Pour les bêtes sauvages, une blessure pouvait facilement signifier la mort.
Si on leur faisait peur, elles battraient en retraite.
Quelle était la meilleure option, dans cette situation extrême ?
Alors que tous les autres étaient terrorisés, j’analysai la situation avec un tel calme que je m’en étonnai moi-même.
Je repassai en revue les trois sorts que je possédais.
[Étincelle électrique]
[Lueur faible]
[Pointe de glace]
Il me restait une utilisation de l’Étincelle électrique et une de la Lueur faible.
Il me restait deux utilisations de la Pointe de glace.
Le choix était évident…
Pointe de glace.
La magie.
Un pouvoir jamais vu, qui existait dans un royaume mystérieux et inconnu, hors de portée de la raison humaine.
Pratiquer la magie, c’était franchir les limites de ce royaume d’idées et de concepts, puis faire entrer dans le réel un pouvoir sans précédent.
Les grimoires en moi s’écrièrent.
« Elena ! Tire une flèche ! »
Après avoir attendu le bon moment, je m’adressai à Elena.
« Compris ! »
Le plus gros loup bondit en avant, méfiant de la flèche d’Elena.
Pointe de glace !
Aussi agile qu’il fût, un canidé ne pouvait pas changer instantanément de direction en pleine course.
Profitant de l’ouverture, je tendis mon bâton et invoquai le parchemin en moi.
Le mana se concentra en un point, prit forme et devint une masse glaciale et acérée qui fusa vers sa cible.
Ffff !
Le loup était un chasseur expérimenté. Il ignorait peut-être que ce qu’il voyait était de la magie, mais il comprit qu’il courait un danger.
Même alors, il tordit instinctivement son corps pour tenter d’échapper à la trajectoire du sort.
Il est plus rapide que je le pensais !
Mais à cet instant…
Ting, ting, ting.
Un étrange phénomène, que moi seul pouvais voir.
La pièce qui prédisait le destin se mit à tournoyer.
【Pile ou face】
Face !
[Face]
J’avais fait mon choix, et la tempête qui faisait rage tout autour de nous renforça ma magie.
Jappe !
L’éclat de glace acéré transperça le loup de part en part.
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