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Traducteur/Réviseur : Mordor
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◈ Survivre à la fantasy sombre gelée en tant que mage de génie ◈
Chapitre 3 : Pièces et membres de l’Expédition
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« Mangez d’abord. »
Le chef du village nous tendit le repas avec un sourire aimable, mais même les cochons comprenaient l’ambiance.
Non. À certains égards, ils avaient même plus de jugeote.
C’était un monde où les hommes qui n’avaient rien de mieux à faire se saoulaient et prenaient leurs femmes et leurs enfants pour des sacs de frappe.
Mais je n’avais ni père ni mère, alors ce n’était pas mon problème.
Tandis que tout le monde s’observait avec méfiance dans cette atmosphère tendue…
« Vengeance pour Jimmy ! Elizabeth, espèce de salope ! »
Je fus le premier à entasser de la viande dans un bol en terre cuite avant de me l’enfourner à toute vitesse dans la bouche.
« Vengeance pour Jimmy, vengeance ! Sale truie ! »
Elena ne voulut pas être en reste : elle remplit aussitôt son bol de ragoût et y plongea le visage. Le chef du village nous regarda comme si nous étions fous, mais Elena et moi n’en avions rien à foutre. Nous engloutîmes la soupe, puis dévorâmes le pain et la viande.
« Ouhahahaha ! »
« Gkkangkkangkkang ! »
C’était délicieux.
Et chaud.
Ah, voilà. C’était ça !
La soupe, avec sa pellicule d’huile à la surface, était bien salée. Le lait de chèvre était riche et le pain de blé moelleux. Je compris alors pourquoi l’appétit faisait partie des trois besoins fondamentaux de l’humanité.
« Putain ! »
« Ces orphelins de malades sont en train de tout bouffer ! »
Les autres finirent par se servir.
Mais Elena et moi avions déjà raflé les morceaux les plus gros et les plus appétissants.
« Burp. »
« Hoho ! Il y en a assez pour tout le monde, alors partagez-vous le reste et mangez ! »
Malgré ses paroles, le chef du village ne fit jamais remplir les plats.
Quel vieux radin, putain.
Une fois le repas terminé, le chef du village nous dévisagea.
« Vous avez apprécié le repas ? »
« Oui. »
« Merci pour ce repas, chef du village. »
Son regard en coin semblait dire : Vous avez tout fini, hein ? Alors, au boulot.
Comme je m’y attendais.
« Je vous ai réunis aujourd’hui pour vous annoncer une nouvelle importante. »
La voix du chef du village résonna tandis que le vent d’hiver frappait aux fenêtres de bois.
« Vous rejoindrez l’Expédition. »
« … ! »
À peine eut-il fini de parler que tous les visages, détendus par la nourriture et la chaleur, se figèrent.
*Alors, ça y est. Le moment est venu.*
L’Expédition.
Ce monde était maudit.
L’hiver durait toute l’année et chaque parcelle de terre était gelée. Selon la légende, la source de tous ces malheurs se trouvait dans la Tour gelée, une mystérieuse structure labyrinthique. Si quelqu’un la conquissait, la malédiction prendrait fin.
Pourtant, même cent ans après que l’hiver s’était abattu sur le continent, personne n’avait jamais vaincu le labyrinthe.
Le roi et les nobles ordonnèrent donc de rassembler les personnes talentueuses de chaque village et territoire pour former des groupes d’expédition.
Afin de rendre au monde la lumière et le soleil.
… C’était la version officielle.
En réalité, la société envoyait simplement des gens à la mort.
Les quatrièmes et troisièmes fils, qui ne pourraient de toute façon pas hériter du métier familial.
Même si on leur disait de cultiver la terre, il y avait si peu de champs dans notre village qu’on n’avait pas vraiment besoin de bras supplémentaires.
Quant à la chasse, quiconque n’avait pas de talent ne ferait que devenir un cadavre.
« La cérémonie de passage à l’âge adulte est terminée, alors les chances qu’un autre mage se révèle sont faibles, elles aussi. »
Mais surtout…
« Le royaume fournit des vivres pour chaque personne envoyée dans l’Expédition. »
Ce monde connaissait une telle pénurie de nourriture qu’il était difficile de manger deux pommes de terre par jour.
On vendait des gens.
Comme les soldats envoyés au Vietnam, ou les infirmières et les mineurs expédiés en Allemagne : ces anciens qui avaient rapporté des devises étrangères et contribué à sauver leur pays.
Bien sûr, ici, les conditions étaient encore plus dures.
« C-chef du village… ? »
Tout le monde s’y attendait plus ou moins, mais l’entendre de vive voix, c’était une autre histoire.
« P-père ? Moi aussi ? »
Mauk, le fils du chef du village, était particulièrement bouleversé.
Il n’avait jamais imaginé qu’on l’enverrait lui aussi avec l’Expédition et posa de nouveau la question, incrédule.
À titre indicatif, parmi les gens sélectionnés dans un village ordinaire, moins de 5 % survivaient jusqu’à la Cité du Labyrinthe.
Même s’il était le fils d’un homme puissant, Mauk avait été envoyé tout droit au-devant du danger.
Évitant le regard de son fils cadet, né tardivement, le chef du village secoua péniblement la tête.
« … C’est la volonté du village. »
« N-non… ! Non ! Pèèère ! Je vous en prie ! Je vous en prie ! »
Le chef du village était l’homme le plus puissant des environs, mais il ne pouvait pas ignorer les autres notables locaux.
La famille de Bilbo, là-bas, élevait plusieurs rennes. Il y avait aussi des chasseurs, ainsi que des mages du feu et de la terre. Tous tenaient le chef du village à l’œil.
C’était pour cela qu’il devait montrer l’exemple en tant que dirigeant.
Quant aux autres parents…
« Ils veulent réduire le nombre de bouches à nourrir, puisque leurs gosses ne valent rien et ne se sont pas éveillés à la magie. »
Les nobles avaient peut-être des moyens d’y échapper, mais les gens du peuple n’avaient pas le choix.
Les gamins doués pour la chasse étaient déjà devenus assistants des Chasseurs du Nord.
Elena aurait elle aussi dû devenir chasseuse, puisqu’elle était une elfe. Mais même si elle l’était, elle n’avait aucun talent pour la chasse.
Elle manquait de persévérance et, surtout, ses mains tremblaient.
« Ce monde est vraiment à chier. »
Il suffisait de manquer de talent pour qu’on vous vende et vous envoie crever.
C’était moche et minable, mais je décidai de faire jouer mon statut de mage.
« Même si je suis mage, je dois quand même rejoindre l’Expédition ? »
Contrairement à ces bons à rien, j’étais pas un élu, moi ?
Bon, même si ça s’était un peu mal passé.
Naturellement, ça ne prit pas avec ce vieux renard.
« Vous venez tout juste d’atteindre l’âge adulte. La plupart d’entre vous ne résisteront pas aux épreuves du terrain. Ian, en tant que mage, tu dois les guider. »
Ça sonnait bien, mais ce qu’il voulait dire, c’était : Tu n’as ni affinité avec le feu ni avec la terre, alors tu ne nous sers à rien.
Tss. Alors voilà comment ça se présentait.
Bon, je m’y étais attendu. J’avais aussi pris mes dispositions.
« Mais je connais toutes les menaces qui infestent ce monde. »
Ce serait sûrement un enfer dangereux, mais avec le savoir d’un joueur chevronné, je pouvais m’en sortir.
Alors que j’allais hocher la tête…
Dinggg !
Un son clair retentit et quelque chose apparut soudain devant mes yeux.
C’était un objet métallique couleur cuivre, avec une face différente de chaque côté.
C’était…
« Une pièce ? »
La Pièce de la Fortune ou de l’Infortune apparaissait parfois lors des moments de crise, aux tournants décisifs ou à l’ouverture d’un coffre au trésor. Dans le jeu, c’était un objet dont un dieu se servait pour éprouver le destin des mortels placés sous sa protection.
« … »
Personne d’autre ne semblait la voir.
Elle n’était donc apparue que pour moi, ce qui voulait dire…
« Ça veut dire que je suis un dieu ? »
[Pile ou face]
« Pile. »
[Pile]
Je choisis pile et la pièce s’immobilisa en plein air, pile tourné vers le haut.
Puis des mots apparurent soudain devant mes yeux.
[Essayons.] [Faveur]
[Va te faire foutre, espèce d’assassin.] [Hostilité]
[Héhé, je vais bien m’occuper du fils du chef du village.]
La dernière phrase, en particulier, s’accompagnait d’une indication lourde de sens.
[Héhé, je vais bien m’occuper du fils du chef du village.] [99 % de chances d’obtenir une récompense supplémentaire]
« C’est exactement comme quand je réussissais au Pile ou face dans le jeu et que Perspicacité s’activait ! »
Je jubilai intérieurement.
Puisque cette pièce spéciale réagissait à ma volonté, j’étais vraiment le protagoniste de ce monde.
Suivant les conseils de Perspicacité, je me frottai les mains et chuchotai au chef du village :
« Je veillerai sur ton fils, Mauk, du mieux que je peux. »
« Hmm… »
Il me lança un regard lourd de sous-entendus.
Le chef du village m’emmena à l’écart et me glissa discrètement quelque chose dans les mains.
« Prends ceci. Je t’en prie, veille sur Mauk. »
C’était un bâton sans prétention, taillé dans le bois desséché d’un vieil arbre mort.
Putain ! Un bâton magique !
J’avais obtenu un bâton magique rien qu’en baratinant une fois.
Il n’était pas fameux, mais tout ce qui touchait à la magie coûtait cher.
Quand je le pris en main, j’eus même l’impression que mon esprit se concentrait mieux.
« Voilà le pouvoir de la pièce ! »
« Alors, tout n’est pas forcément que malheur et mort. »
Bien sûr, comme la pièce avait deux faces, un désastre terrible s’abattrait sur moi si elle tombait du côté de l’infortune.
« Dans ce cas, je réussirai tous les tirages. »
Les protagonistes ne gagnaient-ils pas toujours ?
J’étais Ian, le mage de génie, Maître triple !
« Retrouvez-vous à l’entrée du village dans deux heures. »
« … »
Les visages des jeunes convoqués pour l’Expédition s’assombrirent complètement.
Certains semblaient prêts à baisser les bras, le regard chargé d’idées dangereuses, mais s’enfuir ne servirait à rien.
Où pouvaient-ils aller dans ce minuscule village ?
Au-delà de la palissade, ils ne feraient que mourir de froid.
À titre indicatif, aucun soldat du château ou du royaume n’était chargé d’escorter l’Expédition.
Il fallait simplement atteindre par ses propres moyens la dernière porte, derrière laquelle se trouvait le labyrinthe.
C’était comme l’armée sud-coréenne, dans la vraie vie.
Maladie chronique ou problèmes personnels, on vous enrôlait d’abord. Ensuite, si vous étiez blessé ou tué pendant votre service, on vous répondait : « Ouais, c’est pas notre fils. C’est le tien. »
« Elena ! »
« Ouais. »
« On ferait mieux de se préparer. »
Les autres foyers avaient peut-être beaucoup de choses à emporter, mais nous, les orphelins, avions peu d’affaires à rassembler.
Nous enfilâmes plusieurs couches de vêtements épais, rembourrés de mousse séchée ou de fourrure. Pour empêcher le froid de s’infiltrer par la neige, nous chaussâmes des sandales de paille durcies avec de la graisse animale.
Elena emporta un arc rudimentaire qu’elle avait taillé elle-même, ainsi qu’une matraque.
Je pris le bâton magique offert par le chef du village, ainsi que quelques provisions et du bois de chauffage.
J’avais préparé cette journée en économisant en cachette des pommes de terre sur nos rations, puis en les enfouissant dans la neige pour les congeler.
C’était pour les urgences.
« Et toi, Elena ? »
J’allais donner quelques conseils à Elena, qui deviendrait ma partenaire…
« J’ai tout mangé. »
Mais c’était peine perdue.
Le sac d’Elena ne contenait que des branches sèches.
« Quoi ? Espèce de folle ! Je t’avais dit d’en garder ! »
« Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? J’avais faim. Et pour la nourriture… on se débrouillera pour en trouver. »
Elena lança un regard lourd de sous-entendus à Mauk et sa bande, qui avaient rempli leurs sacs à ras bord.
… Quelle flippante.
Elena avait son propre plan.
« Et il se tenait, en plus ! »
Nous avions été choisis pour l’Expédition !
Waouh ! Des héros destinés à sauver le monde !
Quand les enfants orphelins apprirent la nouvelle, ils cessèrent de travailler aux champs et vinrent nous voir.
« Grand frère… Grande sœur… »
Je regardai les petits qui nous observaient avec inquiétude, puis leur souris, leur ébouriffai les cheveux et les encourageai :
« Ne vous en faites pas. Dans quelques années, vous serez comme nous. »
« Putain ! »
« Noooon ! »
« Pas moi. Je deviendrai mage ou chasseur. »
« La vie ne se passe pas toujours comme on veut, tu sais~ »
Après avoir encouragé les enfants, je pris la direction de l’entrée du village.
« Nos héros sont là ! »
« Ouaiiiis ! »
« Tenez bon ! Débarrassez-nous de cet hiver de merde ! »
Les gens s’étaient rassemblés à l’entrée pour nous acclamer.
Ils disaient ce genre de choses, mais la plupart étaient simplement soulagés et fiers de ne pas avoir été choisis.
Quelques familles qui avaient envoyé leurs enfants souriaient même.
Elles attendaient avec impatience l’aide que le royaume leur fournirait.
« Bande de barbares arriérés du Moyen Âge. »
En homme moderne, cultivé et raffiné, je me promis de ne jamais devenir aussi corrompu qu’eux.
Cela dit, notre village était mieux loti que la plupart des autres.
Au moins, les chasseurs du village avaient accepté de nous escorter jusqu’aux environs, là où il n’y avait ni morts-vivants ni monstres.
Pendant que les chasseurs se préparaient, les jeunes choisis pour l’Expédition et moi reçûmes chacun un petit sac de l’association des jeunes.
« Prenez ça. »
Il contenait un peu de nourriture et d’eau.
Une sorte de paquet de provisions individuel.
« Il y en a moins ? »
Mais je fronçai les sourcils en soupesant le sac, bien trop léger.
D’après mes souvenirs, ceux qui partaient en expédition vers le labyrinthe étaient censés recevoir au moins une semaine de vivres.
Mais là, il y en avait tout au plus pour deux jours.
Putain, ces enfoirés…
« Ils ont gratté sur les provisions parce qu’ils pensent qu’on va crever de toute façon ? »
C’était ça, l’hospitalité de ce monde médiéval ?
Toute la gratitude que j’avais ressentie s’envola.
À présent, les villageois qui nous saluaient me dégoûtaient.
« Vous onze, sous la conduite d’Ian, d’Elena et de Mauk. »
« Suivez-nous. »
Ouaf ! Ouaf ! Ouaf !
La palissade qui nous avait protégés des dangers du dehors s’ouvrit dans un grincement lâche.
Au-delà, un monde blanc à perte de vue, bruissant sous une journée sans fin, nous accueillit.
Des guerriers à l’allure féroce, vêtus d’armures de fourrure.
À la suite des Chasseurs du Nord et de leurs féroces chiens de chasse, nous fîmes nos premiers pas vers le labyrinthe.
« Ouah ! Maman ! »
« James ! James ! Je reviendrai, c’est promis ! Attends-moi ! »
Les gens sélectionnés pour l’Expédition appelèrent leur famille et leurs proches, laissant leurs émotions déborder.
« À plus tard~ »
Bande de barbares arriérés du Moyen Âge. Vous allez voir.
J’étais de mauvaise humeur, mais je leur fis quand même un signe de la main, en souhaitant que mon voyage se passe bien.
Contrairement à moi, Elena semblait laisser éclater toute la colère provoquée par les discriminations et les humiliations qu’elle avait subies en tant qu’orpheline. Elle leva son majeur vers les villageois et les insulta.
« Allez vous faire foutre, village de merde ! Ptooey ! Mangez bien et vivez heureux dans cet endroit qui pue la merde, bande d’enfoirés ! »
« Q-quoi ?! »
« Comment ose-t-elle, cette orpheline mal élevée ! »
« Quelle idiote, sérieux. »
Je secouai la tête devant son langage de charretier, puis levai mon majeur à mon tour, en même temps qu’Elena.
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