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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Survivre dans une fantasy sombre et glaciale en tant que mage de génie ◈
Chapitre 34 : Quelque chose de plus dangereux que les types tout noirs
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Le marais noir bouillonnait et les vieilles planches grinçaient sinistrement.
Deux elfes noirs et trois robustes guerriers esclaves.
Une elfe, un nain et trois humains.
Les deux groupes serraient leurs armes, se fusillant du regard comme si le sang allait couler d’un instant à l’autre.
Entre eux, une pièce tournoyait lentement.
La preuve, visible de moi seul, que j’étais le protagoniste de ce monde et que je pouvais tordre le destin lui-même.
[Cédez le passage.]
[Ne cédez pas le passage.]
C’était un sentier étroit qui ne continuait que dans une seule direction.
Avant d’atteindre une autre passerelle, l’un des groupes devrait faire demi-tour et rebrousser longuement chemin.
Autrement dit, l’un de nous devait céder le passage à l’autre.
Plus on s’approche du bord des planches, plus il est difficile de réagir à un imprévu.
L’elfe noire aux cheveux argentés pencha la tête.
« Pourquoi vous montrer hostiles ? Nous n’avons pas l’intention de nous battre. Nous voulons seulement que vous nous laissiez passer. »
S’il s’était agi de membres ordinaires de l’Expédition, nous leur aurions cédé le passage. Le problème, c’était que c’étaient des elfes noirs.
« Ha ! Comment faire confiance à ces salopards d’elfes noirs ? Vous nous poignarderez dans le dos dès qu’on baissera la garde ! »
Gimlius s’écria, et l’elfe noir esquissa un sourire féroce.
« Haha. On dirait qu’on va récolter cinq cadavres. Quelle insolence, de parler ainsi, bande d’insectes. »
Les elfes noirs étaient arrogants et imbus d’eux-mêmes par nature.
Ils aimaient aussi faire couler le sang.
Le mage elfe ne nous l’avait-il pas dit, lui aussi ?
Qu’ils étaient foncièrement mauvais.
En d’autres termes, ce choix signifiait qu’on allait forcément se battre.
Si la pièce tombait du bon côté, nous aurions un avantage au début du combat. Sinon, nous prendrions un risque.
[Pile ou face]
La pièce tournoyante brillait tandis qu’elle exigeait que je choisisse entre deux possibilités.
Après un instant de réflexion…
Toc !
Contrairement à la fois précédente, je ne lançai pas la pièce.
« Attendez. Si nous nous battons ici, les deux camps subiront de lourdes pertes. »
Plutôt que de remettre mon sort au hasard, je comptais me tirer de cette situation grâce à mes connaissances et à mon expérience.
Cling.
L’elfe noir avait déjà passé un doigt dans l’anneau de son poignard en forme de croissant et le faisait tourner nonchalamment en ricanant.
« Tu fanfaronnais il y a un instant. Tu as peur, maintenant ? Rien d’étonnant, pour une race inférieure qui n’a pas la moindre once de courage. »
« Ian ! »
« Tu vas le laisser dire ça ?! »
Gimlius et Elena s’emportèrent face à la provocation de l’elfe noir, mais, sans doute à cause de mon ordre, ils se forcèrent à se retenir.
Je comprenais leur réaction, mais poursuivis calmement la conversation.
« Nous nous méfions de vous parce que vous êtes des elfes noirs, mais aussi parce que nous avons entendu certaines choses. »
Je le répète.
Je n’étais pas un putain de raciste.
S’ils étaient du niveau du deuxième étage, je ne pensais pas que nous perdrions.
Mais les risques étaient trop importants par rapport à ce que nous avions à gagner.
Elena et Gimlius formaient notre première ligne.
Daisy était notre prêtresse.
Hans était notre éclaireur.
Si l’un d’eux mourait, le groupe serait gravement affaibli.
Nous ignorions combien de temps il nous faudrait pour atteindre le prochain portail, et encore plus pour sortir du Labyrinthe. Si nous pouvions éviter un combat, il fallait le faire.
« Ce que vous avez entendu ? »
L’elfe noire aux cheveux argentés réagit à mes paroles.
« Que vous êtes de fieffés criminels. Que vous avez volé quelque chose de précieux au clan des elfes. »
« Hmm. Vous avez rencontré les elfes ? »
« Ouais. »
L’elfe noir prit la parole.
« Quelle blague… »
« Drian. »
« … »
À l’avertissement de l’elfe noire aux cheveux argentés, Drian se tut.
« Je ne vois pas de quoi vous parlez. Nous n’avons rien volé. C’était simplement un malentendu dû à une différence de points de vue. »
Ils allaient donc faire les innocents.
À vrai dire, qu’ils aient réellement volé l’objet ou qu’il s’agisse d’un malentendu n’avait aucune importance.
« Vos histoires avec les elfes ne me regardent pas. Je dis simplement que nous pourrions vous céder le passage, selon les circonstances. »
« Selon les circonstances ? »
Les elfes noirs étaient un peuple reclus, et on savait peu de choses à leur sujet.
Mais j’étais un vétéran du Donjon de la Mort.
Je connaissais le nom du dieu qu’ils vénéraient.
« Jurez au nom de votre dieu, Nox. Alors nous vous laisserons passer les premiers. »
Et je savais aussi quelle importance ils accordaient à leur dieu.
« … »
Même les cruels elfes noirs, qui ne reculaient pas devant le mensonge et la tromperie, estimaient qu’un serment prononcé au nom de leur dieu valait plus que tout.
« On dirait que tu as appris deux ou trois choses quelque part. Mais tu as commis une erreur. Comment oses-tu prononcer ce nom à la légère ? »
À la mention de leur dieu, la soif de meurtre monta chez Drian, qui affichait jusque-là un sourire de travers.
« Je vais te découper la peau en lanières et t’arracher la tête. Darnen, qu’est-ce que tu attends ? On n’a qu’à les tuer. Inutile de compliquer les choses. Ils essaient peut-être de gagner du temps. »
Pfiou.
Je n’avais pas voulu utiliser ça dans un endroit pareil.
Négocier avec de simples paroles ne menait jamais bien loin.
Où qu’on soit, il fallait de la force pour appuyer ses arguments.
Je consumai le parchemin en moi et matérialisai le sort.
Crac !
L’air se chargea d’électricité et l’espace devant moi s’illumina.
Mes cheveux argentés se dressèrent sur ma tête tandis qu’une foudre jaune vif jaillissait de mon bras.
Je brandis une Flèche de foudre pour les menacer à mon tour.
« Tu as l’air d’un assassin. Tu crois pouvoir bouger à quelle vitesse dans un espace aussi exigu ? »
« … »
Le marais qui nous entourait conduisait parfaitement l’électricité, et la Flèche de foudre dans ma main avait l’air dangereuse au premier coup d’œil.
Les poils et les sourcils de mes compagnons, tout comme ceux d’en face, se dressaient sur leur tête.
« Si vous tenez tellement à vous battre, venez. Je ferai exploser le marais et j’y déchaînerai la foudre. Il y en aura forcément quelques-uns d’entre vous qui y passeront. »
Drian avait sans doute compris, car il cessa de la ramener et se renfrogna.
« Putain… »
« Les mages de foudre… Ce sont les plus redoutables contre des adversaires humains… »
Si même des elfes noirs qui aimaient se battre réagissaient ainsi, inutile de préciser que le moral des esclaves était au plus bas.
Finalement…
« Je vais jurer. »
Darnen, l’elfe noire à la tête du groupe, leva le drapeau blanc.
« Darnen ! »
« Calme-toi, mon enfant. Tout écraser et tout tuer n’est pas toujours la solution. Mage, comment vous appelez-vous ? »
« Ian. »
« Moi, Darnen Forsia, je le jure devant notre grand dieu Nox : tant que nous n’aurons pas traversé ce pont et atteint une autre zone, je ne montrerai aucune hostilité envers le groupe de Ian, à moins que vous ne nous provoquiez les premiers. »
Dès qu’elle eut fini de parler, l’éclat de Daisy s’éteignit et, pour une raison ou pour une autre, les ténèbres autour de nous semblèrent s’épaissir.
« … »
« Ça vous suffit ? »
« Ouais. Allez-y. »
Mes compagnons et moi nous tassâmes vers le bord des planches pour leur céder le passage.
Contrairement aux craintes de Gimlius et de Hans, le groupe de Darnen passa sans rien tenter. Seul Drian, l’assassin elfe noir, me lança un regard haineux, comme s’il se sentait humilié.
Crac !
Bien sûr, je me contentai d’agiter la Flèche de foudre dans ma main.
« Tch. Tu ne perds rien pour attendre, pauvre racaille… »
« Quelle réplique classique. Ah, j’en tremble de peur. »
[Ian a fait preuve d’ingéniosité et empêché une tragédie inutile.]
* * *
Tandis que nous poursuivions notre route après avoir quitté le groupe d’elfes noirs, Elena prit la parole.
« On aurait dû les tuer. »
On aurait dit que ces salopards d’elfes noirs malpolis l’avaient mise hors d’elle.
« Alors l’un de nous serait mort aussi. »
« À cause de ces connards ? On n’aurait jamais perdu avec moi et tes sorts. »
C’était son instinct combatif qui parlait ?
« Je ne parle pas de l’assassin elfe noir ni des esclaves. Le problème, c’était cette femme. »
« Cette salope aux cheveux argentés et à la sale gueule ? »
Je lui révélai le secret de l’elfe noire.
« Cette femme fait partie d’une Expédition active au quatrième étage, au minimum. Et c’est une mage. »
« … !? »
« J’ai fait un peu de cinéma, mais la situation était en réalité très dangereuse. »
C’était l’un des PNJ célèbres que je connaissais.
Nom : Darnen
Classe : Sorcière noire
Ses traits étaient généralement…
[Affinité avec le mana]
[Talent spécial]
[Foi]
[Ouverture d’esprit]
C’était une anomalie parmi les elfes noirs : sa classe était sinistre, mais sa personnalité irréprochable.
« Ho ho, je vois. Savoir évaluer le niveau de son adversaire, c’est aussi une compétence de base pour un membre de l’Expédition. »
Gimlius s’émerveilla.
« Je crois qu’on a trouvé un chef de groupe qui n’est pas seulement compétent, mais aussi sage. C’est rare, de réunir les deux. »
Hans hocha la tête en silence.
« C’est vrai. Notre exploration du deuxième étage se passe bien grâce à Ian. Explosion de givre, et maintenant Flèche de foudre… Voilà donc ce que c’est, un Maître triple. »
Hahaha. Vous pouvez me flatter autant que vous voulez, ça ne vous rapportera rien.
Je m’efforçai de retenir les coins de ma bouche qui voulaient remonter.
En poursuivant notre route, nous eûmes une bonne nouvelle.
Nous trouvâmes un vaste espace où installer notre camp.
Il était onze heures du soir.
Assis en cercle, nous empilâmes nos sacs pour former un mur et desserrâmes nos lacets.
Nos chaussures empestaient, mais personne n’en avait rien à foutre.
À la lueur de la lanterne blafarde que Hans avait posée, nous nous remplîmes l’estomac en dévorant du pain dur et de la viande séchée.
« J’ai envie de soupe. »
Elena se plaignit tout en ramollissant avec sa salive un pain dur comme de la pierre.
Dans le village, même ça aurait été un festin, mais on finissait vraiment par s’habituer à tout.
« Tu veux dire la soupe à la chair humaine de tout à l’heure ? »
« Berk, qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? »
Elena recula, prise de dégoût par la remarque soudaine de Hans.
« C’était une blague. »
« Tu sors ce genre de trucs sans changer d’expression, alors ça ne ressemble pas du tout à une blague. »
Après le repas, nous étalâmes nos couvertures et rangeâmes nos sacs.
Il nous restait assez de nourriture pour un mois environ.
C’était plus que suffisant pour nous permettre de sortir du Labyrinthe.
Je vérifiai aussi nos provisions d’expédition : cordes à grappin, outres d’air en vessie de cochon-ballon, parfum, Flacons d’huile noire, pommade contre les brûlures, antidotes, médicaments contre la fièvre, stimulants, pierres à aiguiser, huile, torches et le reste.
Quant à mes affaires personnelles, il ne me restait qu’un caillou d’eau.
Pendant que j’examinais mon catalyseur, les guerriers comme Elena et Gimlius s’occupaient d’entretenir leur équipement.
Ils essuyaient le sang et les fluides corporels des monstres sur leurs armes avec un chiffon, les huilaient, les saupoudraient de sable sec, les brossaient, puis en affûtaient les parties émoussées avec des pierres à aiguiser.
« Rah, quelle corvée. »
Elena avait encore plus de mal, car ses mains tremblantes rendaient les gestes minutieux difficiles.
« Je me demandais pourquoi une elfe se battait en première ligne. Alors tu as ce genre de maladie ? Haha ! »
Gimlius ricana.
« Et alors ? »
« Même si c’est pénible, prends-en soin comme si tu t’occupais de ton amante. »
« Une amante ? »
« Elle protège ma vie et me sert de mains et de pieds. Elle est plus importante qu’une amante. »
Avec un sourire lubrique, Gimlius forma un cercle avec ses doigts et fit un mouvement de va-et-vient.
Elena renifla avec mépris.
« Typique d’un nain. »
Les armes perdaient rapidement de leur résistance après avoir entaillé les écailles dures, les os et la chair des monstres. Il fallait donc les entretenir.
La Période de contraction devrait bientôt commencer au premier étage.
Nous étions sur le point de dormir, mais nous devions d’abord faire quelque chose.
« Il faut monter la garde. »
Il fallait nous préparer au moment où nous serions le plus vulnérables dans le Labyrinthe.
« Daisy et Ian devraient se reposer. Elena, Gimlius et moi monterons la garde. »
« Quoi ? Pourquoi est-ce que nous sommes les seuls à monter la garde ? »
Elena demanda cela comme si elle n’en croyait pas ses oreilles.
Hans la regarda comme si c’était sa réaction qui était bizarre.
« Sauf en cas d’urgence particulière, les mages et les prêtres, qui possèdent des pouvoirs précieux, ne montent généralement pas la garde. »
C’étaient des membres importants du groupe, alors on leur accordait quelques égards.
Gimlius adressa un grand sourire à Elena.
« C’est là qu’on voit que tu débutes. Si ça ne te plaît pas, tu n’avais qu’à choisir une classe noble. »
« Tss… J’aurais dû devenir une belle paladine elfe… »
Non, surtout pas.
« Ne le prends pas trop mal, Elena. Chacun a ses points forts. Nous monterons la garde à tour de rôle, deux heures chacun. Tu pourras quand même dormir au moins quatre heures. »
« Euh… Ça ne vous dérange vraiment pas ? » demanda Daisy d’un ton embarrassé.
« Les règles sont les règles. Et puis… »
Hans expliqua que les mages et les prêtres, peu doués physiquement, repéraient plus difficilement les embuscades ennemies ; c’était donc la meilleure organisation.
Héhé.
« Tu comprends, maintenant ? Je faisais preuve d’égards envers toi. »
Je me moquai d’Elena, qui nous regardait avec envie.
« Amuse-toi bien, espèce d’elfe stupide. »
« Espèce de petit… Je te mettrai des insectes dans la bouche pendant que tu dormiras. »
« Désolé. »
« Ah, comme il doit faire sa Mémorisation, que celui qui monte la dernière garde n’oublie pas de réveiller Ian et Daisy à six heures du matin. »
Tandis que la voix assourdie de Hans s’éloignait, je tirai ma couverture sur moi et m’endormis.
Si quelque chose comme une attaque surprise survenait, la pièce se mettrait de toute façon à tournoyer. Je comptais dormir à poings fermés, me réveiller à l’aube et commencer par la Mémorisation.
Cling.
Mais alors que je dormais profondément, le bruit métallique me fit brusquement ouvrir les yeux en grand.
« … ! »
La pièce tournoyait.
Putain, une embuscade ?
Non, ce n’était pas ça.
À la lueur de la lanterne, Gimlius était assis sans bouger, son bouclier devant lui, à monter la garde.
Était-il mort d’une manière ou d’une autre pendant sa garde ?
« Gimlius. »
« Hmm ? Qu’y a-t-il ? »
Je l’appelai, par précaution, mais Gimlius allait bien.
Il ne se passait rien. Alors pourquoi la pièce tournait-elle ?
[Pile ou face]
Cherchant à comprendre, j’observai le regard de Gimlius, différent de d’habitude, ainsi que sa main poilue qui tremblait légèrement.
Pile.
[Pile]
La pièce tomba du bon côté.
Tousse ! Tousse !
Gimlius, qui buvait longuement à une gourde en métal, se mit soudain à tousser violemment.
Des mots apparurent dans mon esprit.
[Perspicacité]
Pas étonnant qu’un membre de l’Expédition du deuxième étage ait essayé de rejoindre un groupe du premier.
Gimlius…
Il avait l’air en forme, mais il avait en réalité un point faible.
Dans le Labyrinthe, le plus dangereux n’était ni les monstres, ni les pièges, ni ces salopards tout noirs aux oreilles pointues.
C’était un membre de groupe qui foutait tout en l’air.
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