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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Survivre à la fantasy sombre gelée en tant que mage de génie ◈
Chapitre 2 : Éveil
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Une odeur de papier, semblable à celle d’une vieille librairie, imprégnait l’air.
Les étagères s’élevaient si haut et si loin que leur sommet se perdait dans l’obscurité du plafond, comme dans la bibliothèque d’un géant. Elles étaient toutes remplies de livres.
Le plus étrange et le plus agréable, c’était qu’il faisait chaud, ici.
« Ouf. Haa. »
Dans cette fichue Terre médiévale, je devais grelotter dans le froid vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ici, il faisait aussi bon que dans une bibliothèque chauffée.
« Quel talent remarquable. Être choisi par trois grimoires à la fois… »
Quelque chose m’adressa alors la parole.
C’était un livre aux pages déployées comme des ailes. Sa voix était élégante, mais bavarde.
C’était le guide de la Bibliothèque des Arcanes. Je le savais grâce à mes connaissances du jeu et hochai donc la tête.
« Évidemment. Je suis spécial. »
Elena m’aurait envoyé me faire foutre, mais un génie en reconnaissait un autre. Le guide agita son marque-page en signe d’approbation.
« Hum, c’est vrai. Seules les personnes spéciales peuvent être choisies par des grimoires. »
Au moins, c’est rassurant.
Je me détendis.
Maintenant que j’étais mage, je n’aurais plus à ramasser la merde des chiens. Je n’aurais plus non plus à trimer aux champs. Je pourrais m’installer au village et manger trois bons repas par jour, ou devenir plus fort et partir pour le Labyrinthe.
Mais au fait, quelles affinités avais-je obtenues ?
Bon, j’en ai trois. L’une d’elles est forcément le feu ou la terre.
Trois fois plus de sorts à Mémoriser.
Trois fois plus d’affinités à maîtriser.
Un Maître triple, c’était complètement abusé.
À cette pensée, trois livres s’envolèrent des étagères dans ma direction. En un rien de temps, trois grimoires flottèrent autour de moi.
Un jaune, un violet et un bleu profond presque marine.
Ils étaient petits, mais chacun dégageait une aura mystique indéniable.
Attendez.
Jaune, violet et bleu marine ?
« Hé, Livre de la Guidance. Quelles affinités ont ces grimoires ? »
Je posai la question en redoutant déjà la réponse.
Le Livre de la Guidance répondit d’une voix solennelle.
« La foudre qui courrouce les cieux ! La lumière arcanique qui déforme la causalité ! Le Givre qui piège même les âmes et les congèle ! Voilà tes trois affinités, novice ! »
« … Quoi ? »
« Félicitations ! Tu es désormais maître de pas moins de trois grimoires ! »
« Oh, bon sang ! »
Le Livre de la Guidance parlait comme si je devais en être fier, mais moi, j’étais anéanti.
« Merde, ce n’est ni le feu ni la terre ? »
« En magie, il n’y a ni bonne ni mauvaise voie, ni voie supérieure ni voie inférieure, novice. »
C’était vrai, mais sans le feu ni la terre, le début du jeu allait être incroyablement difficile !
J’avais failli mourir plusieurs fois rien qu’en travaillant dans le village. Ça prouvait que la difficulté de cette fichue partie en vrai était encore plus élevée que celle du jeu.
La magie de l’eau et du Givre est plus facile à maîtriser, mais la Malédiction de l’hiver réduit de moitié son efficacité contre la plupart des monstres.
La foudre et les Arcanes, c’est une vraie saloperie à faire progresser.
En joueur chevronné, je savais tout ça.
Autrement dit, rien ne se passerait comme prévu.
Je demandai d’urgence : « Je ne peux pas changer d’affinités ? »
« Impossible. »
« Alors, je peux en apprendre de nouvelles ? »
« Tu peux ouvrir une nouvelle voie, mais c’est également impossible à ton niveau actuel. »
« Aaaaaaaaaah ! »
Les trois grimoires se rapprochèrent, comme s’ils m’aimaient bien, mais je les repoussai d’une tape, tel un mâle alpha viril, et m’écriai :
« Oh, bon sang ! »
J’avais été si heureux de devenir Maître triple, et voilà ce que je récoltais ?
Pourquoi rien ne se passait jamais comme prévu !?
C’était parce que j’avais dit que le jeu serait trop facile si je commençais comme Mage de feu, avant d’être entraîné ici ?
« Merde, merde, merde. Quel jeu de merde. »
Mais quoi que je fasse, la situation ne changerait pas.
Haa. Haa.
Je pris de profondes inspirations, me ressaisis et retrouvai mon calme.
Bon. De toute façon, je devais finir par aller au Labyrinthe.
Le début sera rude, mais en tant que Maître triple, je serai encore mieux loti par la suite.
Tant que j’étais là, autant poser toutes les questions possibles.
« Si je conquiers le Labyrinthe, pourrai-je retourner dans mon monde d’origine ? »
« … »
Le Livre de la Guidance ne répondit pas.
Il ne répondit pas non plus quand je lui demandai si traverser le Labyrinthe mettrait fin à cet hiver éternel.
Il répondait tout de même aux questions liées à la magie.
À ma connaissance, il existe trois façons d’améliorer les capacités d’un mage.
« Comment obtenir de nouveaux sorts ? »
« Offre aux grimoires une ambition sans fin, une soif d’exploration et des choses qu’ils apprécient. »
Comme je le pensais.
Grondement !
« Il est temps. »
La bibliothèque se mit à s’effondrer.
Le Livre de la Guidance s’éleva dans les airs et me cria :
« Souviens-t’en, jeune mage. Ceux qui ne progressent pas se font distancer. »
Clignement. Clignement.
Ma vision revint, et la place du village, froide et ensevelie sous la neige, réapparut devant moi.
Beurk.
Je grelottais dans le froid tandis que les acclamations des villageois résonnaient à mes oreilles.
J’avais l’impression d’être resté là-bas assez longtemps, mais le temps s’écoulait manifestement différemment.
« Ouaiiiis ! »
« Ian est devenu mage ! »
« Ça veut dire qu’on a maintenant cinq mages dans notre village !? »
« C’est incroyable ! »
Contrairement aux villageois en liesse, les mages qui avaient mené la cérémonie n’avaient pas l’air ravis.
« Éveiller trois affinités à la fois… Quel talent prodigieux… »
« Mais ces couleurs… »
« Oui. C’est clairement la foudre, le Givre et les Arcanes. »
Mais, le fils aîné du chef du village, me demanda : « Ian. Quelles affinités as-tu éveillées ? »
Devais-je mentir ?
L’idée me traversa l’esprit un instant, mais ils le découvriraient bien assez tôt.
Je lui dis la vérité.
Comme prévu, les mages firent grise mine.
« Haa… »
« Quel dommage. »
Mais me tapota l’épaule.
Son visage exprimait à la fois de la pitié et un sentiment de supériorité à mon égard.
J’avais cru qu’il serait différent de Mauk, mais on ne pouvait rien contre la bassesse de cette lignée, apparemment.
Je lui écartai la main et m’éloignai.
« Ian ! Ian ! »
Les villageois qui n’étaient pas encore au courant de la situation se rassemblèrent autour de moi, m’acclamant et me félicitant.
« Merci ! Merci beaucoup ! »
Je souris, acceptai leurs félicitations, puis partis ailleurs.
Mon regard se posa sur Mauk, le troisième fils du chef du village.
« … ! »
Je lui adressai un grand sourire, fis tournoyer mes deux mains comme si je lançais un sort et pris la parole.
« Hé, Mauk. »
« … Quoi ? »
« Emmène-moi à la chasse au lapin la prochaine fois. Comme je suis mage, j’en attraperai sûrement plus qu’un type ordinaire comme toi. »
« … »
L’orphelin qu’il avait toujours méprisé était devenu mage. Le choc dut être rude : il trembla en me fixant, puis se retourna et s’en alla.
« Merde ! »
« Hahahahaha ! T’as vu la tête de ce connard ? »
« Voilà la différence entre un type ordinaire et un génie. Hmph. »
Je rentrai ensuite au quartier des orphelins avec Elena, qui ricanait à côté de moi.
Dès qu’on s’éveillait en tant que mage, on éveillait également des sorts.
Comme j’étais un Maître triple, je possédais pour le moment trois sortes de sorts.
Le premier était Étincelle électrique, de l’affinité de foudre.
Il produisait une petite étincelle.
Pour les Arcanes, j’avais Lueur faible, un sort qui produisait une faible lueur.
Et pour l’eau et le Givre…
C’est vraiment de la magie du Givre ?
J’avais Pointe de glace.
Contrairement aux sorts qui produisaient une minuscule étincelle ou une petite boule de lumière, celui-ci était un vrai sort offensif.
Je pouvais même le Mémoriser deux fois.
D’après mes connaissances de joueur chevronné, c’était dû à l’environnement.
L’environnement avait une grande influence sur la capacité d’un mage à obtenir de nouveaux sorts.
Le monde où j’étais tombé était plongé dans un hiver éternel et gelé dans toutes les directions. La progression des voies liées au Givre et à l’eau y était donc bien plus importante.
À l’inverse, les autres affinités étaient plus difficiles à apprendre et à développer.
C’était aussi pour ça que les Mages de feu et les Mages de la Terre du village étaient si faibles.
Devrais-je m’en réjouir ou pas ?
« Grand frère ! Félicitations ! »
« Grand frère ! Ne nous oublie pas sous prétexte que tu as réussi ! »
Quand je pénétrai dans notre maison exiguë, les autres orphelins, qui avaient appris la nouvelle, me félicitèrent.
Ils avaient moins l’air heureux pour moi que de se demander s’ils pourraient en tirer quelque chose, mais ça faisait quand même plaisir.
« Ouais, ouais. Si vous bossez dur, vous deviendrez peut-être comme moi… Non, oubliez ça. Vous êtes des primitifs de la Terre médiévale. Mais vous pourrez peut-être suivre mes traces, alors ne vous découragez pas. »
« Ian est encore plus insupportable qu’avant. »
« C’est clair. »
« Chut, taisez-vous. Ian est un grand mage, maintenant. »
« Félicitations, idiot. Au moins, ils ne te choisiront pas pour l’Expédition. »
Elena me tapota le dos. Son visage exprimait à la fois de l’amertume et de la joie que son ami ait réussi.
Elle ne savait toujours pas.
J’abandonnai mon numéro de mage arrogant, celui qui avait écrasé Mauk.
La mine sombre, je dis la vérité à Elena, qui allait bientôt connaître le même sort que moi.
« Je suis foutu, Elena. »
« Pourquoi ? »
« Les affinités que j’ai éveillées sont la foudre, l’eau et les Arcanes. »
« Ça fait un sacré paquet. T’es vraiment un génie, hein ? Mais où est le problème ? Toute magie est utile, non ? »
« Elle est utile. Le problème, c’est qu’elle ne l’est pas ici. »
« … Alors, toi aussi, tu rejoins l’Expédition ? »
« Ouais. »
« … »
Les longues oreilles d’Elena, qui pendaient, se dressèrent.
« Pfft. »
Ses jolies lèvres s’incurvèrent en un sourire.
Elena me tapa plusieurs fois sur l’épaule en riant comme une brute.
« Trop bien ! Je me demandais comment j’allais y aller toute seule ! Kyaaaaa ! »
« Espèce de traînée ! Tu te réjouis du malheur de ton ami !? C’est pour ça que les gens disent que les elfes ont un sale caractère ! »
Pan !
Je décochai avec plaisir un coup de poing à cette elfe sans morale, qui fêtait le malheur de son amie.
La jolie elfe encaissa mon coup en riant, puis cracha sur le côté.
« Notre Ian. Tu t’es beaucoup amélioré en coups de poing. »
« Ghk. »
Elle me passa aussitôt à tabac avec une habileté éblouissante.
« Qu’est-ce qui te prend, à chercher la bagarre alors que t’es une mauviette ? »
C’était donc cinquante combats et cinquante défaites.
En tant que pire délinquante de notre groupe d’orphelins, elle se battait horriblement bien.
Ah, merde.
Si seulement j’avais déjà Mémorisé mes sorts.
Attends un peu.
* * *
Le lendemain se leva.
Je me réveillai tôt et méditai.
Je devais procéder à la Mémorisation, l’étape la plus élémentaire et la plus essentielle pour un mage.
L’odeur métallique de l’électricité statique.
Une humidité douce, mais glaciale.
Une masse lumineuse qui clignotait en motifs et en formes géométriques.
Je reconstituai et donnai forme à un savoir mystique que je ne pouvais pas encore comprendre et n’étais pas censé comprendre.
Une heure avait-elle passé ? Deux ? Peut-être même un bon moment ?
« Terminé ! »
[Étincelle électrique]
[Lueur faible]
[Pointe de glace]
[Pointe de glace]
Enfin, trois sortes de sorts apparurent dans mon esprit concentré.
Ils flottaient dans mon monde intérieur, chacun apparaissant sur un parchemin à l’image de sa nature.
Je mis de côté mon émerveillement exaltant, choisis un parchemin et y insufflai ma volonté.
Crépitement !
Mon visage s’illumina d’une lueur bleutée et l’électricité bondit entre mes doigts.
« Ohhh ! »
C’était faible, mais si je touchais quelqu’un à bout portant, ça pourrait probablement lui faire convulser les muscles. C’était peut-être même suffisant pour enflammer du bois.
Quand j’utilisai Lueur faible, la branche que je tenais absorba la lumière et se mit à luire.
Ce n’était pas aussi lumineux qu’une lampe torche, mais ça pouvait remplacer une torche.
Vint ensuite la magie de l’eau et du Givre.
Contrairement aux deux premiers sorts, Pointe de glace avait une puissance considérable.
Pan !
Elle se ficha dans un arbre.
Elle était au moins aussi puissante qu’une flèche.
« Oh. »
Il était naturel que quelqu’un ayant vécu au vingt-et-unième siècle, un monde regorgeant de toutes sortes de sciences et de technologies, ressente de la curiosité et une envie d’explorer en découvrant pour la première fois un pouvoir mystique.
C’était vraiment moi qui avais fait ça ?
Par moments, j’en étais même saisi d’admiration.
Mais surtout…
C’est putain de génial.
C’était génial.
Dans ce monde primitif et brutal, sans ressources et dont la majeure partie des terres était gelée, les seuls passe-temps dont les gens pouvaient profiter étaient le sexe et la boisson.
J’étais un orphelin sans le sou, alors je n’avais aucune chance de profiter de l’un ou de l’autre.
Impossible, donc, que j’aie un passe-temps.
Alors, je me consacrai corps et âme à l’entraînement magique.
Ça demandait beaucoup d’efforts mentaux et de temps, mais personne ne m’interrompait.
« À partir d’aujourd’hui, vous n’avez plus besoin de travailler. »
Elena et moi étions dispensés de travail.
Nous recevions même des pommes de terre gratuitement.
Deux pommes de terre par repas, rien de moins.
« Deux pommes de terre. Le double de pommes de terre. Hé hé. Délicieux. »
Elena gloussait en s’empiffrant de pommes de terre, ravie par une politique d’assistance sociale qui faisait passer les aides aux sinistrés pour de la gnognote.
« Ça commence. »
C’était étrange, mais je croyais savoir pourquoi.
Elena traînassait, disant qu’elle voulait se reposer autant que possible tant qu’elle le pouvait, mais moi, je chérissais chaque instant et me consacrais à l’entraînement magique.
Pour améliorer ma maîtrise du Givre, je m’habillais exprès légèrement et méditais dehors.
Huuuuuu…
Il faisait assez froid pour me faire claquer des dents, mais j’étais désespéré.
Je devais survivre au jour qui approchait.
Quelques jours passèrent ainsi, puis le chef du village nous convoqua, Elena et moi.
« Hé, là-bas. »
« … »
Quand nous arrivâmes chez le chef du village, je remarquai quelque chose d’étrange. Elena le remarqua aussi.
Il manquait Elizabeth dans l’enclos bien garni du chef, où vivaient des cochons, des poules, des chèvres et bien d’autres bêtes. C’était le cochon dont le chef raffolait, celui qui avait mangé Jimmy, un membre de notre groupe d’orphelins.
« Ça sent quelque chose de délicieux, Ian. »
Renifle, renifle.
Ouais, c’est sûr.
« Dire qu’on va venger Jimmy comme ça. »
« Vous voilà ? »
Il y avait déjà des invités chez le chef du village. La maison était si chaude qu’on s’y sentait presque étouffer.
Jaden, le fils du forgeron, était là. Mauk aussi, le troisième fils du chef du village, qui avait fait un spectacle pathétique pendant la cérémonie.
Ils étaient différents par le sexe, l’apparence et la carrure.
Mais ils avaient un point commun.
C’étaient tous des troisièmes ou quatrièmes fils qui ne pouvaient pas reprendre le métier familial. Aucun n’avait réussi à faire ses preuves à la chasse ou en magie, et chacun avait un défaut quelconque.
Autre chose était inhabituelle.
« Vous devez tous avoir faim, pas vrai ? Hé hé. »
Le chef du village se montrait bien plus aimable que d’habitude.
Sur la table de la grande maison se trouvaient un ragoût de porc fumant, du pain de blé, du lait de chèvre et des paniers remplis de pommes de terre chaudes cuites à la vapeur.
Du ragoût de viande !
« Groin ! Humain ! À l’aide ! »
Ce repas était probablement le fruit du noble sacrifice d’Elizabeth.
D’ordinaire, un tel festin aurait été trop somptueux pour qu’on puisse seulement l’imaginer. Pourtant, au lieu de se réjouir, toutes les personnes présentes, Elena et moi compris, affichaient une mine sombre.
De même qu’Elizabeth, que le chef avait tant aimée, avait fini ainsi après avoir mangé Jimmy, les animaux étaient toujours bien nourris juste avant d’être abattus.
Comprenant le sort que j’avais pressenti, je hochai la tête.
Comme je le pensais. Nous sommes forcés de rejoindre l’Expédition.
Notes :
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