Chapitre 9
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en tant que guerrier dans un univers de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 9 : Les pillards (2)
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« Brr… brrr… J-j’ai froid… »
Gerik marmonna, les dents claquant, tandis qu’il se réveillait pour son deuxième matin dans la cachette étroite et sombre.
Heureusement que le sac de couchage de Lugos est aussi bien…
L’extérieur était en cuir imperméable, et l’intérieur rembourré de la fourrure d’un animal inconnu. Même après que Gerik se fut couvert de honte la veille en se faisant dessus, il avait fidèlement conservé sa chaleur. Grâce à lui, le garçon avait évité de mourir de froid au beau milieu de la forêt, en plein hiver.
« Haa… »
Recroquevillé, il se frotta les bras et les jambes jusqu’à ce que le froid s’atténue un peu. Mais le vrai problème n’était pas la température.
Incapable de se retourner ou de quitter la cachette, il ne cessait de repenser à ce qu’il avait entendu la veille au soir.
Cette voix qui avait parlé avec désinvolture du meurtre d’un prêtre. L’épaisse fumée qui s’élevait dans la direction du village. L’odeur fétide du désastre mêlée à l’air froid.
Gerik fut submergé par la nausée et le désarroi. Il voulait sortir sur-le-champ pour voir de ses propres yeux ce qui s’était passé, mais même pas une journée entière ne s’était écoulée depuis leur départ. Sortir de la cachette sans réfléchir, c’était leur offrir sa tête.
Ils sont peut-être encore là.
Il réprima son envie de sortir et se tassa davantage au fond de la cachette.
Pourtant, tandis qu’il restait là, prisonnier du silence, la conversation qu’ils avaient eue la veille juste devant la cachette lui revint en tête comme une hallucination.
…On a récupéré les marchandises, mais il manquait bel et bien deux objets.
Le regard de Gerik se posa soudain sur le sac de Lugos, qu’il avait poussé près de ses pieds. Ces « objets manquants » que les pillards avaient poursuivis au point de réduire un village en cendres.
Qu’est-ce qu’il y a dans le sac de Lugos pour qu’ils aient fait tout ça… ?
Gerik ramena lentement le sac vers lui.
Il parvint à grand-peine à le traîner jusqu’à l’entrée de l’étroit abri, puis écarta délicatement quelques feuilles de camouflage et l’ouvrit sous la lumière qui filtrait à travers.
Toile huilée, cuir de réparation, matériel de camping…
Comme il avait passé du temps avec Lugos jusqu’à récemment et s’était occupé de toutes ses petites commissions, Gerik reconnut facilement l’utilité des objets insolites qu’il contenait.
La voix bourrue qui lui avait expliqué l’utilité de chaque objet dans le grenier quelques jours plus tôt résonna à ses oreilles, et Gerik suspendit son geste un instant.
…Plus tard. J’y penserai plus tard.
Il n’avait pas le temps de s’attarder sur ce genre de choses. Il chassa donc ces pensées de force et poursuivit ses recherches.
Il n’était pas facile de fouiller le contenu du sac sans faire de bruit dans cet espace sombre et exigu. Malgré tout, Gerik persista jusqu’à trouver enfin un objet de la taille d’un poing, dont il ignorait l’utilité.
C’est… !
Gerik reconnut la petite boîte qu’Aron, le chef du groupe de Lugos, avait montrée au prêtre Osrik en lui expliquant la situation.
Ils ont donc vraiment mis la moitié des objets de côté et les ont confiés à Lugos.
Gerik fut certain qu’ils avaient réparti les marchandises et confié une partie à Lugos, selon le principe de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, afin de réduire les risques.
Il devait savoir ce qu’était cet objet entre ses mains et pourquoi il avait été échangé contre la vie de dizaines de personnes.
Ils ont dit qu’il en manquait deux. Ça veut dire que j’ai sous les yeux les objets mêmes pour lesquels ils risquent leur vie.
Transporter ces objets sans savoir ce qu’ils étaient aurait été le choix le plus dangereux de tous. Gerik décida d’ouvrir la boîte.
Il appuya délicatement pour l’ouvrir.
Après avoir décollé ce qui ressemblait à de la cire à cacheter, il découvrit, à sa grande surprise, qu’il n’y avait pas de mécanisme de verrouillage particulier.
Enfin… avec un groupe aussi compétent que celui de Lugos, ils auraient de toute façon pu forcer n’importe quelle serrure.
Gerik comprit pourquoi la Guilde des aventuriers n’avait pas accumulé les dispositifs de sécurité alors qu’elle leur confiait des objets de valeur.
Le groupe de Lugos avait de bonnes compétences, une bonne moralité et une bonne réputation. Ça devait être pour ça.
Si le groupe de Lugos l’avait voulu, il aurait eu bien des moyens de voler les objets et de s’enfuir.
La Guilde des aventuriers semblait avoir préféré confier les marchandises à des aventuriers jouissant d’une réputation convenable plutôt que de s’inquiéter des serrures : ils ne les trahiraient probablement pas, et s’ils le faisaient, on pourrait facilement les retrouver.
…Une bague ?
Gerik trouva un anneau fin dans la boîte.
La mince bande d’or, couverte d’éraflures, avait sans doute porté cinq pierres précieuses à l’origine. Il n’en restait plus qu’une petite, un diamant. Les autres avaient disparu, ne laissant que leurs emplacements.
Ce ne sont pas des éraflures, mais des lettres… ?
Il leva la boîte vers la lumière qui filtrait à travers les feuilles et put examiner la bague de plus près.
Il se rendit alors compte que ce qu’il avait pris pour des éraflures était en réalité une inscription gravée en minuscules caractères inconnus.
Un village entier a été brûlé pour une bague comme celle-ci ?
Il ne croyait pas que les pillards auraient tué autant de gens pour une simple bague en or abîmée.
C’est pourquoi Gerik soupçonna que cette bague avait quelque chose d’extraordinaire. Désireux de l’examiner plus attentivement, il la prit.
[Quintette de Skyler]
『Type : Bague (endommagée)』
『Rang : ???』
『Effet : Barrière protectrice (3e cercle), ???, ???, ???, ???』
『Note : Vous voulez devenir un grand voleur capable de piller même le repaire d’un dragon ? Alors couvrez-vous d’objets capables de tromper jusqu’aux dragons. Voilà tout. — Grand Voleur Skyler —』
?! Je peux aussi identifier les artefacts, pas seulement les compétences… !
Gerik se rappela une fois de plus qu’il possédait une capacité que les habitants de ce monde n’avaient pas.
Il retourna la bague entre ses mains, l’air grave.
Comme elle a perdu les pouvoirs correspondant aux quatre gemmes manquantes… on dirait que les gemmes sont au cœur de ses pouvoirs… ?
Grâce à l’instinct qu’il avait développé en jouant à des jeux de fantasy dans sa vie précédente, Gerik comprit rapidement l’état de l’objet.
Elle semble précieuse, mais elle est abîmée et ne peut pas révéler tous ses pouvoirs. Je ne pense pas qu’elle soit assez importante pour que les pillards aillent aussi loin.
Gerik avait du mal à accepter qu’ils aient commis de telles atrocités pour un objet dans un état aussi détérioré.
Pour cette raison, il devina instinctivement que la bague n’était pas au cœur de l’affaire. Il cessa de l’examiner et ouvrit l’autre petite boîte pour en vérifier le contenu.
« … ? »
Une clé miteuse, à l’utilité inconnue, reposait seule dans la boîte. Gerik en fut complètement pris au dépourvu.
Il venait toutefois d’apprendre qu’il lui suffisait de toucher un objet pour en identifier l’usage. Il mit donc sa perplexité de côté et le prit.
[Clé dimensionnelle de ??]
『Type : Clé』
『Rang : Légendaire』
『Effet : Ouvre une porte menant à ?? de ??.』
『Note : Louez la mère de ??. Pleurez sur sa bonté. Elle vous aime toujours.』
« Clé… dimensionnelle… ? »
C’était une clé miteuse gravée de la silhouette d’une femme inconnue, mais le seul mot « Légendaire » sur la fenêtre de statut coupa le souffle à Gerik.
Un objet légendaire… !?
La bague endommagée n’était pas un objet ordinaire non plus, mais Gerik était certain qu’elle ne faisait pas le poids face à cette clé miteuse qu’il tenait en main.
C’était donc ça. Voilà pourquoi tout le monde…
Gerik resta un instant sans voix à l’idée que des dizaines de vies aient été sacrifiées pour un bout de métal tenant dans la paume.
Mais s’il s’agit d’un objet légendaire, ils auraient dû affecter davantage de gardes ou le confier à un groupe plus puissant. Pourquoi en avoir confié le transport à cinq personnes seulement, dans un groupe qui n’a même pas officiellement le rang de Plaque d’argent ?
Cette manière négligente de transporter l’objet, si peu adaptée à son importance, plongea Gerik dans une profonde confusion.
Il s’efforça désespérément de comprendre pourquoi cela s’était produit.
Il doit bien y avoir une raison… Ignoraient-ils l’importance de l’objet ? Ou bien quelqu’un de l’intérieur l’a-t-il dissimulée pour pouvoir le voler ?
Il envisagea plusieurs possibilités, mais les indices étaient trop maigres. Aucune réponse ne lui vint.
Incapable de parvenir à une conclusion, Gerik finit par renoncer et rangea soigneusement la clé dans le sac. Puis il prit la bague et réfléchit.
Je n’ai personne à qui les rendre, et je ne peux les remettre à personne en lieu sûr pour l’instant. Les apporter à la Guilde ? Ce serait comme indiquer à ces salauds où se trouvent les objets.
La réponse était évidente.
Pour le moment, il devait garder l’existence de ces objets secrète, n’en parler à personne.
La plupart de ses pierres précieuses avaient disparu, ce qui avait diminué ses capacités, et son apparence était suffisamment abîmée pour la rendre peu impressionnante. Malgré tout, les innombrables caractères délicats gravés sur la bague suffisaient à faire comprendre à quiconque la verrait qu’il ne s’agissait pas d’un objet ordinaire.
Gerik voulait profiter du pouvoir magique appelé Barrière protectrice gravé sur la bague, mais il décida de ne pas la porter pour le moment.
Si je me promène avec un truc pareil, je vais forcément me faire attaquer.
Il remit la clé et la bague dans leurs boîtes, les cacha tout au fond du sac et serra fermement les courroies de cuir.
Alors qu’il tenait le sac en silence, il finit par comprendre qu’aucune personne, dans ce vaste monde inconnu, ne le connaissait.
Un isolement total.
Comme lorsqu’il avait attendu seul la mort dans la chambre austère de l’hôpital, dans sa vie précédente, une terrible solitude se changea en air glacé et l’enveloppa tout entier.
Il se sentait amer et perdu, mais il ne pouvait pas rester recroquevillé dans un trou à pleurer toutes les larmes de son corps.
Gerik sortit du sac la carte que Lugos lui avait donnée.
Puis il désigna Stonecreek, le point de ralliement des aventuriers novices que Lugos lui avait recommandé de son vivant.
Un endroit situé à la lisière de la Forêt Sauvage du Démon, où la menace des monstres les plus puissants était relativement faible et où les routes facilitaient l’approvisionnement.
Je commencerai par là.
Il ne prendrait aucun risque inconsidéré. Il s’établirait solidement comme aventurier là-bas et deviendrait assez fort pour se débrouiller seul.
Tant qu’ils poursuivraient ces objets, il risquait de les croiser à nouveau un jour. Et quand cela arriverait, il refusait d’être quelqu’un qui ne pouvait que se recroqueviller dans un trou et trembler comme la veille.
Gerik replia la carte et la glissa dans ses vêtements. Son instinct lui criait de partir immédiatement, mais il se rappela les dernières consignes de Lugos et ferma les yeux de force.
Au moins trois jours. Compris ? Promets-le-moi.
Gerik réprima fermement son impatience irréfléchie et remonta le sac de couchage jusqu’à son menton.
* * *
La deuxième nuit passa, puis le matin revint.
Il y a un petit village en chemin. Si ça se complique, je pourrai m’y ravitailler…
Heureusement, en réfléchissant à son voyage et à sa vie à venir, et en élaborant plan après plan, Gerik vit le temps passer assez vite. Ce fut difficile, mais il tint tant bien que mal jusqu’au lendemain.
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