Chapitre 10
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en tant que guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 10 : Premier combat (1)
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Un nouveau jour se leva dans un froid qui lui pénétrait jusqu’à la moelle. N’en pouvant plus, Gerik serra les dents en fixant la lumière du soleil filtrant à travers les feuilles.
À présent qu’il avait tenu sa promesse à Lugos, Gerik s’efforça avec peine de déplier ses articulations engourdies et de sortir de son abri. C’est alors qu’il entendit des signes de présence humaine près du monastère.
« … ?! »
Les lieux étaient restés aussi silencieux qu’une tombe pendant près de trois jours. Cette présence soudaine alarma Gerik, dont la tension commençait à retomber.
Au même instant, le cauchemar de quelques jours plus tôt lui revint naturellement en mémoire et il sentit son corps se raidir.
Ce serait… l’Ordre des chevaliers sacrés ?
Grâce au chef des pillards, Gerik savait qu’il y avait de fortes chances que l’Ordre des chevaliers sacrés de Num soit parti à leur recherche pour les capturer.
C’est pourquoi il espéra que les gens dehors étaient des chevaliers sacrés envoyés au secours du groupe de Lugos, ou des membres de la Guilde des aventuriers.
Et si c’était vraiment l’Ordre des chevaliers sacrés ? Est-ce que je devrais sortir et leur expliquer ce que j’ai vu… ?
Ne serait-ce que pour venger le prêtre Osrik, Gerik envisagea de révéler son identité.
Mais lorsqu’il vit qui étaient les arrivants, il eut l’impression que son cœur s’était arrêté.
« Hum. Rien n’a changé. »
« Tu en es sûr ? Vérifie aussi l’intérieur du monastère. »
« Bon sang… Quelque chose cloche… »
À la vue des pillards qui avaient attaqué le village et massacré ses habitants, occupés à fouiller les alentours du monastère à la recherche d’éventuels survivants, Gerik sentit un frisson lui parcourir l’échine.
Espèces de tarés, vous allez vraiment jusque-là ?!
Au même moment, Gerik comprit à quel point ils tenaient à la clé qu’il possédait — ou peut-être à l’anneau, même si c’était moins probable.
S’ils sont aussi tenaces, même si les chances ne sont que d’un pour cent, ils se lanceront à ma poursuite dès que je révélerai qui je suis.
Gerik comprit qu’à partir de maintenant, quoi qu’il arrive, il ne devait laisser personne découvrir qu’il venait de ce village ni qu’il possédait ces objets.
C’est pourquoi il se jura de ne jamais en parler, même s’il rencontrait par la suite un prêtre ou un chevalier sacré de Num.
« Rien n’a changé à l’intérieur non plus. »
« Ouf… J’imagine que personne n’a réussi à s’enfuir, après tout. »
« Probablement. Dépêchons-nous de rejoindre le gros des troupes. Si on traîne et qu’on tombe sur l’Ordre des chevaliers sacrés, on est morts. »
« Tu as raison. Allons-y. »
Les pillards semblaient redouter de croiser les chevaliers sacrés.
Veillant à ne pas abîmer le monastère et à ne pas s’attirer le courroux de Num ni son châtiment divin, ils se retirèrent rapidement.
« Hah… Hah… »
Quand ils furent partis, Gerik sentit la sueur froide de la peur tremper tout son corps, malgré le froid de ce matin d’hiver.
Est-ce que je devrais partir demain… ?
Craignant de croiser les gens qui venaient de partir s’il se mettait en route tout de suite, Gerik envisagea d’attendre encore un jour avant de quitter les lieux.
Ils étaient certains que l’Ordre des chevaliers sacrés viendrait ici. Si je reste plus longtemps, je finirai forcément par tomber sur eux. Le problème, c’est que… ce ne serait pas nécessairement une bonne chose pour moi.
Il aurait de la chance si les chevaliers sacrés le prenaient pour une victime. Mais s’ils se méfiaient et le retenaient, la situation deviendrait grave. Gerik commença à pencher pour l’idée de simplement partir.
Après tout, je suis un étranger dans ce monde. Je n’en connais ni les coutumes ni le bon sens. Baron et sa famille auraient simplement pensé que j’agissais bizarrement parce que le Gerik d’origine était un peu lent, mais est-ce que les chevaliers sacrés feraient pareil ?
À vrai dire, Gerik n’avait plus l’air d’un jeune homme simple d’esprit.
Grâce à l’éducation moderne qu’il avait reçue dans sa vie antérieure, il était plutôt l’équivalent d’un intellectuel instruit selon les critères de ce monde.
S’il discutait longuement avec les chevaliers sacrés, ils remarqueraient à coup sûr que quelque chose clochait chez lui.
Si on arrive à communiquer correctement, ils se contenteront de me prendre l’anneau et la clé… Mais si je n’ai pas de chance…
Ils pourraient facilement le prendre pour un traînard du groupe des pillards.
Sans hésiter, Gerik rassembla ses affaires dans l’abri, observa les alentours et se prépara à partir.
… Les objets de rang légendaire n’ont pas de prix, mais en remettre un aux chevaliers sacrés juste pour rendre au prêtre Osrik sa bonté serait stupide.
Après s’être trouvé une justification irréprochable, Gerik sortit de son abri.
Par chance, personne ne semblait se trouver dans les environs. Même s’il fit pas mal de bruit, personne ne vint voir ce qui se passait.
Le monastère…
Gerik tourna les yeux vers le monastère que les étrangers avaient fouillé quelques instants plus tôt. Il envisagea d’y entrer pour voir s’il y avait quelque chose d’utile à emporter.
Est-ce que je devrais prendre tout ce que je peux au monastère, puis observer Mudholm de loin pour voir ce qui s’y passe ? Ce serait peut-être assez prudent…
Gerik voulait savoir si Lugos était vivant, ainsi que Baron et sa famille, qui avaient pris soin de lui à Mudholm malgré l’absence de liens biologiques entre eux.
… Je suis désolé. Mais ce serait stupide d’y aller maintenant.
S’il donnait le moindre indice aux pillards, ils pourraient se lancer à sa poursuite n’importe quand. Se souvenant de leur ténacité, Gerik réprima avec peine son attachement persistant.
Je devrais quand même prendre beaucoup d’eau.
Comme il avait à peine bougé au cours des trois derniers jours, il restait encore une bonne quantité d’eau dans la grande gourde en cuir de Lugos.
Mais, fort de son expérience des marches dans sa vie précédente, Gerik ne sous-estimait jamais l’importance de boire de l’eau.
Contraint d’accepter le risque, il puisa prudemment de l’eau au puits du monastère, en prenant soin de laisser le moins de traces possible, puis remplit la gourde en cuir à ras bord.
Une fois le strict nécessaire rassemblé, Gerik prit la route de la Forêt Sauvage du Démon, comme il l’avait prévu ces derniers jours.
Ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti une telle douleur.
Les bottes en cuir grossièrement fabriquées par les paysans du village firent rapidement souffrir Gerik, après seulement quelques heures de marche.
Les ampoules et les blessures risquaient de devenir problématiques. Au lieu de trop forcer, Gerik s’arrêta donc pour se reposer, encore et encore.
Une fois arrivé à Riverbridge sur la carte, les premières choses que j’achèterai seront de bonnes chaussures et des vêtements d’hiver.
Réincarné en fils d’un pauvre fermier de la campagne, Gerik ne possédait pas de vêtements d’hiver qu’on aurait pu qualifier de décents, même en étant très généreux.
La chaleur produite par la marche l’aidait à supporter un peu le froid, mais dès qu’il s’arrêtait, son corps qui se refroidissait le faisait souffrir.
Est-ce que je devrais m’arrêter là pour aujourd’hui… ?
Craignant de tomber sur les pillards, Gerik avait marché au-delà de ses forces, jusqu’à ce que sa tension retombe.
Mais au bout d’une demi-journée environ, alors que le soleil commençait à se coucher, sa tension retomba enfin et l’épuisement le submergea plus vite que d’habitude.
« Où est-ce que je pourrais monter le camp… ? »
Comme sa seule expérience du camping se résumait aux exercices sur le terrain qu’il avait effectués pendant son service militaire, dans sa vie précédente, Gerik fronça les sourcils, indécis.
Il pensa d’abord à construire un abri rudimentaire comme celui de Lugos. Mais le creuser lui aurait demandé beaucoup d’efforts et de temps, et la nuit approchait déjà. Il renonça donc à cette idée.
« Est-ce que je devrais essayer d’allumer un feu de camp comme Lugos me l’a appris ? »
Au début, Lugos et lui avaient été distants, mais les quinze jours qu’ils avaient passés ensemble les avaient rapprochés étonnamment vite.
Une fois qu’ils étaient devenus amis, Lugos lui racontait souvent des histoires pour passer le temps. Il lui avait notamment appris à allumer un feu de camp à l’aide d’un accessoire appelé « souffle-feu ».
C’était… comme ça… ?
Gerik prit parmi les affaires de Lugos un petit récipient cylindrique en bois d’une dizaine de centimètres de long et en retira le bouchon, gros comme son pouce.
Comme Lugos le lui avait montré, il souffla dans le compartiment rempli de fibres sèches, et une flamme s’éleva.
« Oh… Ça marche !! »
Grâce à l’accessoire de camping que Lugos lui avait laissé, Gerik alluma rapidement un feu sans trop d’efforts.
Il enflamma les feuilles sèches qu’il avait préparées plus tôt, puis les posa sur les branches qu’il avait ramassées. Peu après, un feu de camp crépitait devant lui.
« Oh… Pas mal. »
Gerik fut fier de son campement rudimentaire, qui avait plutôt fière allure pour un débutant.
Il décida tout de même qu’il devrait apprendre à camper correctement plus tard, quitte à y consacrer de l’argent.
Le souffle-feu est un objet à usage unique, et il s’abîme facilement dehors. Je dois aussi apprendre à me servir d’amadou et de silex.
Assis près du feu, Gerik se réchauffait en mâchant de la viande séchée lorsqu’un bruit étrange lui parvint aux oreilles.
Couic… Kik !
Kyaa ! Kya !
On aurait dit un enfant qui essayait de communiquer avec un animal.
Ce son n’avait rien d’ordinaire. Gerik sentit la tension s’emparer de lui, se leva aussitôt, dégaina l’épée longue que Lugos lui avait donnée et scruta les environs.
Kyaa !! Kya !!
Qu’est-ce que c’est ?! Un animal ? Un monstre ?
Comme s’il avait repéré les flammes, le bruit se rapprocha du feu de camp et s’intensifia.
Un monstre inconnu s’approchait clairement, et Gerik se demanda comment réagir.
Fuir ? Mais je suis déjà épuisé et j’ai déballé mes affaires. Partir en courant en abandonnant tout au beau milieu de l’hiver, ce serait comme me suicider.
Surtout, ces cris étaient certes désagréables, mais ils n’avaient rien à voir avec le rugissement d’un prédateur comme un tigre ou un ours. Plutôt que de fuir à l’aveuglette, Gerik décida d’identifier son ennemi et d’agir en conséquence.
Kyaa !!!
Comme si la scène avait attendu la fin de ses réflexions, les monstres émergèrent des ténèbres, éclairés par le feu de camp.
Ils avaient à peu près la taille et la corpulence d’enfants d’école primaire et étaient armés de massues et de couteaux grossiers. Chose étrange, leur peau était verte.
« … Des gobelins ! »
Ils ressemblaient trait pour trait aux monstres les plus faibles et les plus communs des jeux de rôle sur table.
Gerik les vit le dévisager d’un regard sauvage en poussant des cris perçants, puis se prépara rapidement au combat.
De toutes les créatures… Non, j’ai de la chance que ce soient des gobelins.
Il avait décidé de devenir aventurier.
D’après le guide d’univers du jeu de rôle sur table, même un simple fermier pouvait maîtriser ces monstres, les plus faibles de tous, à l’aide d’une fourche, à condition de ne pas baisser sa garde. Il n’avait aucune raison de paniquer et de fuir.
« Allez, venez, bande de sales bêtes ! »
Kyaak !! Kyaa !! Kyaaa !!
Gerik lâcha une insulte bien sentie pour leur faire comprendre qu’il n’était pas une proie.
Mais au lieu de se laisser intimider par son attitude agressive, les gobelins semblèrent s’exciter. Ils lui répondirent par des cris perçants, brandissant leurs armes pour le menacer.
Kyaak !!
Gerik et les gobelins se firent face, le feu de camp entre eux.
L’un des gobelins se tenait à un endroit où le feu ne lui barrait pas le passage. Bavant abondamment, il empoigna sa massue et se rua furieusement sur Gerik.
Alors que le gobelin se précipitait sur lui, peut-être à cause de l’adrénaline qui lui montait au cerveau, le monde de Gerik sembla ralentir un instant.
Au même moment, les conseils de combat que Lugos lui avait donnés lui revinrent en mémoire.
« Gerik. Imagine que tu te retrouves au combat pour la première fois de ta vie. Comment est-ce que tu t’y prendrais pour attaquer ? »
« Moi ? Eh bien… Je lèverais mon épée au-dessus de ma tête comme ça et je frapperais, non ? »
Comme s’il venait d’entendre une absurdité particulièrement lamentable, Lugos renifla avec mépris et le réprimanda.
« Ne raconte pas de conneries, bleu. Tu n’as jamais reçu de véritable entraînement et tu vas faire un grand moulinet comme ça ? Oublie. Tu vas rater ton coup et mourir sous une contre-attaque. »
« … Alors, qu’est-ce que je dois faire ? »
Lorsque Gerik lui posa sérieusement la question, comme s’il n’en avait vraiment aucune idée, Lugos se redressa d’un air ennuyé, là où il était allongé par terre, et lui fit une démonstration avec son épée encore dans son fourreau.
« Tiens simplement ton épée à la verticale, à hauteur de ton nombril, et donne un coup d’estoc. Une taille est une attaque raffinée qui combine plusieurs mouvements. Ce n’est pas fait pour ton premier combat, quand tu as la tête en ébullition. Compris ? »
« Si tu hésites, commence par une estocade. C’est plus facile pour l’ennemi d’en prévoir la trajectoire… mais avec ton niveau de débutant, il arrivera tout aussi bien à lire une taille ou une estocade. Alors choisis l’estocade, parce qu’elle est au moins plus facile. »
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