Chapitre 81
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 81 : Le Diable du hasard (2)
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La nouvelle était étrange : pour une raison inconnue, la gemme ne resterait pas dans la famille, mais serait envoyée ailleurs par l’intermédiaire de la guilde des aventuriers.
« … Ce n’est pas bizarre ? Pourquoi envoyer un objet aussi précieux ailleurs après s’être donné tant de mal pour le remporter aux enchères ? S’ils connaissaient la valeur de la bague… comment pouvaient-ils faire ça ? »
La situation n’avait aucun sens et Ruben se méfia. Il usa de ses relations pour découvrir ce qui se cachait derrière cette étrange décision.
À l’époque où il travaillait à la guilde, il avait un membre de bas rang sous sa coupe, grâce à des pots-de-vin et au chantage. Il s’en servit pour retracer le parcours de la gemme.
« Bon, un membre de bas rang ne peut pas vraiment mettre la main sur les biens d’une famille noble… mais découvrir où on les envoie, c’est assez facile. »
La réponse que lui rapporta son informateur ne fit qu’ajouter à sa confusion. Le colis était destiné à Stonecreek, un endroit qui n’avait absolument aucun lien avec la famille Ashburn.
Alors la famille Ashburn n’a récupéré ni la clé ni la bague ? Ou bien elle n’a récupéré que la clé… ? Non, même dans ce cas, pourquoi envoyer la bague à Stonecreek ?
Même après avoir appris le résultat, Ruben ne comprenait toujours pas ce qui se passait. À moins qu’il y eût un autre détail qu’il ignorait ?
« J’ai donc décidé de tenter le tout pour le tout. »
L’Ordre faisait pression pour que Ruben soit puni à cause de l’enchère remportée par la seule famille Ashburn. Il n’avait pas de temps à perdre.
Alors, prêt à être traité de traître, il dissimula tout ce qu’il avait appris et s’infiltra dans les environs de Stonecreek avec une poignée de subordonnés en qui il avait une confiance absolue, au péril de sa vie.
« Puisque j’allais mourir de toute façon… autant tenter ma chance, non ? »
Malheureusement, les prêtres et les chevaliers lancés à sa recherche fouillaient les environs de Stonecreek avec une vigilance de tous les instants. Il ne pouvait donc pas agir lui-même.
À la place, Ruben chargea ses subordonnés d’engager plusieurs aventuriers de bas rang qui ne savaient rien.
Il les posta à la guilde des aventuriers et leur demanda de surveiller de près quiconque viendrait récupérer un colis frappé du sceau d’une famille noble.
Peu après, quelqu’un vint chercher le colis. Quand Ruben vit le portrait-robot, il en resta stupéfait.
C’était Gerik, un bleu qu’il connaissait bien.
« Je n’arrivais tout simplement pas à comprendre. Pourquoi est-ce que le colis t’était destiné ? »
À l’époque, alors que Ruben était encore perplexe, un événement inattendu se produisit.
L’Ordre avait placé un autre dispositif dans le composant de la bague afin d’en suivre la trace. Le sort, qui s’activait dès qu’il était réuni au corps principal, se déclencha.
… Gerik a la bague.
C’était une conclusion stupéfiante, mais il n’y avait pas d’autre explication. Une fois le corps principal activé, Ruben ne voyait pas quelle autre hypothèse retenir.
« Une fois que j’eus remis mes idées en ordre et déterminé mon objectif, le reste ne fut pas difficile. »
Après avoir identifié sa cible, Ruben chargea immédiatement ses subordonnés d’enquêter sur les activités récentes de Gerik. Ce ne fut pas particulièrement difficile. Les agissements de Gerik avaient été brefs, mais étonnamment remarqués.
Il avait été engagé par un membre de la famille Ashburn et avait mené ses missions à bien avec régularité. Il avait même accompli un exploit remarquable en sauvant la vie de Minos. Un parcours simple, mais frappant.
À partir de là, Ruben échafauda deux hypothèses.
La première : Gerik avait compris la valeur de la clé, l’avait remise à la famille Ashburn et avait reçu en échange le composant de la bague ainsi qu’une récompense.
La seconde : Gerik avait obtenu la clé et la bague de son côté, sans aucun lien avec la famille Ashburn. Puis, pour le récompenser de son exploit, quelqu’un de la famille Ashburn avait acheté le composant restant et le lui avait offert.
Minos, de la famille Ashburn, que Ruben avait fait examiner par tous ses informateurs, était un mage et un archéologue assez perspicace pour reconnaître l’histoire de la bague à partir de quelques détails seulement.
Il était tout à fait plausible qu’un homme comme lui remarque le défaut de l’artefact appartenant à celui qui lui avait sauvé la vie, puis se procure le composant pour le remercier.
« Pour être honnête, au début, j’ai pensé que c’était la première hypothèse. Mais… j’avais beau retourner la question dans tous les sens, ça ne tenait pas debout. »
S’ils avaient récupéré une relique sacrée comme la clé, ils auraient pu se contenter d’amasser des pièces d’or et en rester là. Pourquoi s’embêter à chercher un composant aux enchères ?
Ruben avait du mal à y croire, mais toutes les circonstances finirent par converger vers une seule conclusion.
Gerik était celui qui avait obtenu la clé et la bague.
« Quand je l’ai compris, j’en ai eu la chair de poule. »
Comme s’il se remémorait ce moment, Ruben frissonna de façon exagérée, le sourire aux lèvres. Puis il fixa Gerik d’un regard perçant et reprit :
« Ton apparence. Enfin… tu ne trouves pas que tu as l’air d’avoir reçu une bonne éducation ? C’est pour ça que je n’arrivais jamais à te rapprocher d’un péquenaud d’un coin perdu comme Mudholm. »
C’était, en un sens, un décalage dû au fait qu’il avait rencontré Gerik en personne. Mais une fois ce détail mis de côté, tout concordait parfaitement.
« Quand j’ai tout compris, j’ai vu non seulement une issue, mais aussi un moyen de faire payer ces salauds qui m’avaient roulé. »
Il lui suffisait de rencontrer Gerik en cachant toutes les informations qu’il détenait.
La raison était simple. S’il pouvait revenir avec la clé que l’Ordre désirait tant entre les mains, il pourrait renverser la situation et effacer tous ses échecs jusqu’alors.
« Et pas seulement… Je pourrais couper la tête de ces ennemis politiques qui ont osé tenter de m’éliminer ! Moi ! »
C’est pourquoi Ruben avait décidé de ne même pas révéler cette dernière pièce à l’Ordre. Il la garderait entièrement pour lui.
Attends… Alors…
En écoutant Ruben raconter son histoire en silence, Gerik se rendit soudain compte de quelque chose.
La situation n’avait pas encore atteint son pire point.
Ruben était le seul à connaître précisément la situation de Gerik.
Après tout… plus quelqu’un a de l’expérience, moins il risque de partager une carte importante. Jamais il ne révélerait à quelqu’un d’autre le secret de la clé, sa dernière bouée de sauvetage.
En comprenant qu’il lui restait une issue, Gerik sentit son cœur, qui battait follement de peur, s’apaiser peu à peu.
Ruben s’écarta alors de l’arbre et s’adressa à Gerik.
« Bon, venons-en au fait. À ton avis, pourquoi t’ai-je raconté tout ça sur moi ? »
« … »
Gerik ne répondit pas à la question de Ruben. Il se contenta de serrer davantage la poignée de son épée et de le fixer d’un regard féroce.
« Ha ha ! Ne fais pas cette tête. Écoute-moi juste un instant. C’est aussi une bonne offre pour toi. »
Malgré le regard meurtrier de Gerik, Ruben n’en tint aucun compte. Il poursuivit avec un léger sourire :
« Gerik. Je vais aller droit au but. Rejoins notre camp. »
« … !! »
Gerik ne s’était jamais attendu à une telle proposition.
Il avait imaginé des menaces mêlées de tentatives de persuasion, mais pas que Ruben essaierait de le recruter. Ses yeux s’écarquillèrent.
À cette réaction, Ruben sembla croire qu’il avait une chance de le convaincre et se mit à lui expliquer les choses avec enthousiasme.
« Comme tu le vois, on m’a fait porter la responsabilité de cet échec et je suis au bord de l’épuration. Mais, comme je te l’ai dit, si je parviens à mettre la main sur la clé, je peux renverser toute la situation ! »
Il se frappa la poitrine avec force tout en poursuivant avec passion :
« Bon, je sais qu’il ne sera pas facile de me faire confiance. Mais fais-le quand même ! Je te jure que je ne te trahirai pas ! De toute façon, je n’ai aucune raison de le faire ! »
« … »
« Soyons francs. Si tu me donnes la clé, je peux t’offrir tout ce que tu désires. Elle vaut autant que ça ! »
Il ouvrit les bras, comme pour tendre la main à Gerik, et ajouta :
« Du pouvoir ? De l’autorité ? De la richesse ? De belles femmes ? Dis-moi ce que tu veux. Si je reviens avec la clé, je peux te donner tout ce que tu désires ! Quelle trahison ? Comparée à la clé, elle ne vaut même pas une poussière ! J’ai assez d’audace et de générosité pour ça ! »
« … »
Autrefois, Gerik aurait peut-être été séduit par ces paroles et lui aurait remis la clé de son plein gré.
Mais il savait désormais.
Le secret de la clé. Son pouvoir. Et l’immense catastrophe qu’elle ferait s’abattre sur ce monde.
« Hmm… Ça ne t’intéresse vraiment pas ? »
Devant le silence persistant de Gerik, Ruben haussa les épaules et sortit de sa veste une lourde bourse qu’il jeta aux pieds de Gerik.
Floc.
La bourse heurta le sol dans un cliquetis métallique.
« Et si je te proposais ça ? Si l’idée de rejoindre l’Ordre te déplaît vraiment, faisons simplement un marché. Tu me donnes l’objet, et je te donne des pièces d’or. »
Ruben fit un pas en arrière, comme pour lui montrer qu’il ne comptait pas le menacer, puis s’adressa à Gerik d’un ton sincère :
« Donne-moi simplement l’objet. Je te jure que je ne te ferai aucun mal. »
Après avoir présenté deux possibilités à Gerik, Ruben attendit sa réponse.
Qu’est-ce que je devrais faire… ?
Même sans tenir compte des avantages et des dangers liés à la clé, Gerik ne pouvait pas facilement décider de la remettre alors qu’il n’avait pas entièrement confiance dans les paroles de Ruben.
Il fit donc mine d’examiner l’offre tout en cherchant rapidement une issue.
Qu’est-ce que je devrais faire… ? Le mieux serait de le faire taire en combattant, mais… est-ce que j’en suis capable à mon niveau ? Est-ce que je devrais simplement fuir… ?
Voyant l’air tiraillé de Gerik, Ruben sembla prendre son silence pour de l’hésitation. Il continua de lui expliquer les choses, comme pour le pousser à se décider.
« Ah ! Il y a une chose que j’ai oublié de préciser. »
Ruben reprit d’un ton tranquille, comme s’il n’était pas pressé. Son amabilité étrangement agaçante donnait l’impression que Gerik était déjà dans sa poche.
Malgré le regard meurtrier de Gerik, Ruben sourit légèrement et poursuivit d’une voix détendue :
« Tu te souviens de ce que je t’ai expliqué tout à l’heure ? Le deuxième sort qui s’est activé dès que la gemme a été réunie à la bague. Il ne suit pas l’emplacement de l’objet. Il est lancé directement sur la personne qui a réuni les composants, le propriétaire de la bague. Pour information, il dure deux jours. Ah ! Et inutile d’essayer de fuir grâce à l’Invisibilité du Quintette de Skyler ou à cette fragile Barrière du Gardien. Tant que nous serons en vie, l’Invisibilité et la Barrière du Gardien seront aussitôt annulées. »
« … !! »
« Alors, même si tu jettes la bague et que tu prends la fuite, ça ne servira à rien. Quoi que tu fasses, nous saurons exactement où tu te trouves jusqu’à demain. »
Sur ces mots, Ruben claqua des mains juste devant Gerik.
Aussitôt, quatre silhouettes lourdement armées sortirent de l’ombre.
… Quatre. Et aucun n’a l’air commode.
Il s’agissait manifestement de combattants de rang Plaque d’argent, ou d’un niveau comparable. Grâce à sa Perception accrue, Gerik put facilement évaluer les capacités des hommes que Ruben avait amenés.
En détaillant les silhouettes qui prenaient silencieusement position autour de lui, Gerik sentit sa bouche s’assécher.
« Chacun de ces hommes est un maître traqueur. Tu auras beau te démener, tu ne leur échapperas jamais. »
… Je ne peux pas fuir.
À l’instant où il constata la présence des quatre combattants lourdement armés, Gerik écarta définitivement toute idée de fuite.
Au bout du compte, il ne lui restait qu’une seule voie.
Il devait régler ça ici, d’une manière ou d’une autre.
Dans ce cas… puisque j’en suis là.
S’il ne pouvait éviter le combat, il devait d’abord tirer tout ce qu’il pouvait de Ruben.
Gerik prit donc prudemment la parole.
« … C’est quoi, exactement, cet Ordre ? »
Ce n’était pas uniquement pour baisser la garde de Ruben que Gerik prenait la parole après être resté si longtemps silencieux.
Il voulait vraiment savoir.
Cet Ordre était-il une tierce partie à la recherche de la clé, ou bien ses membres vénéraient-ils ces répugnants Humains tentaculaires qu’il avait rencontrés dans le monde de Braktul ?
« Hein ? »
Gerik ayant répondu pour la première fois, les yeux de Ruben s’éclairèrent d’intérêt.
« Si je vous rejoins, qu’est-ce que j’aurai à faire ? Je voudrais aussi savoir si mes activités seront limitées. Et je veux connaître précisément la compensation que vous proposez. »
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