Chapitre 7
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre comme guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 7 : Prêtre et aventurier (6)
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Lugos marmonna amèrement en passant les doigts sur le fragment de livre de compétences, puis poursuivit :
« Enfin… Je fais partie des chanceux. Ma classe est peut-être inférieure, mais je peux quand même en changer. La plupart des aventuriers meurent ou prennent leur retraite sans même avoir vu un livre de compétences, et encore moins changé de classe. »
Après avoir maugréé un moment, Lugos sembla un peu soulagé. Puis il se mit à rassembler les différents équipements éparpillés sur le sol.
« … Vous partez ? »
« Il le faut. Je suis guéri, alors à quoi bon rester ? »
Gerik s’était attaché à Lugos et pensait qu’il pourrait en apprendre davantage sur les aventuriers s’il restait. Il tenta de le dissuader de partir.
Mais Lugos avait pris sa décision et persistait à vouloir s’en aller. Tandis que Gerik discutait avec lui, les paroles prononcées un peu plus tôt par Aron, le chef du groupe, lui revinrent à l’esprit.
« À bien y réfléchir, vos compagnons vous ont dit de rester ici, car ils reviendraient après avoir terminé leur mission à Norton. »
« Hm… »
« Si vous partez seul et que vous vous manquez, ce sera encore plus embêtant. Pourquoi tenez-vous tant à partir ? Reposez-vous encore un peu. »
Peut-être l’argumentation de Gerik l’avait-elle laissé sans voix. Lugos poussa un grognement sourd et se tut. Enfin, il prit la parole, l’air de céder à contrecœur.
« Très bien. Je vais être franc. Quelque chose cloche. »
« … Quelque chose cloche ? »
Gerik fut déconcerté par cette explication inattendue. Lugos lui dit que, vu les capacités de ses compagnons, ils auraient dû terminer leur mission et revenir depuis longtemps.
« D’ici à Norton, il faut quinze jours à des gens ordinaires comme toi. Même s’ils doivent faire un détour à cause d’une pénalité, des aventuriers compétents peuvent y arriver en une semaine. Mais ils ne sont toujours pas revenus ? Il leur est forcément arrivé quelque chose. »
« Euh… »
« Si ce n’était que ça, ce ne serait pas grave. Le problème, c’est ta famille. »
Lugos craignait que les gens qui avaient attaqué son groupe, après avoir tué ses compagnons sans trouver ce qu’ils cherchaient, ne se mettent à sa poursuite.
« Si je m’en vais, au moins ta famille et les villageois seront en sécurité. »
« Mais… »
Voyant que Gerik s’inquiétait pour lui, Lugos secoua la tête avec plus de fermeté encore.
« Je préférerais mourir plutôt que de rendre le mal pour le bien. C’est ce principe qui m’a empêché de devenir fou en exerçant ce sale métier d’aventurier. Alors je dois partir, ne serait-ce que pour ma propre conscience. »
Tout en faisant ses bagages, Lugos sembla se rappeler quelque chose et ajouta une dernière chose :
« Tu as l’air vraiment intéressé par le métier d’aventurier, alors laisse-moi te donner un dernier conseil. Ne franchis jamais les limites de la décence humaine. Prends garde à ne pas devenir toi-même un monstre. »
Lugos expliqua que les gens aveuglés par le profit trouvaient des excuses et franchissaient peu à peu les limites. À la fin, ils commettaient des actes inhumains, et cela se terminait toujours en tragédie.
« Ils étaient tous comme ça. Même ces aventuriers d’une force exceptionnelle… Au bout du compte, ils se croyaient invincibles, franchissaient la limite et finissaient traqués par plus fort qu’eux. Alors ne te laisse pas enivrer par ta propre puissance au point de devenir un monstre. Si tu ne veux pas être traqué. »
En entendant les conseils sincères de Lugos et la raison qui les motivait, Gerik renonça à essayer de le convaincre.
À la place, il lui proposa de préparer quelques jours de provisions pour l’aider.
« Je comprends. Mais pourriez-vous attendre encore un peu ? Je voudrais vous préparer quelques affaires. Vous ne pouvez pas entreprendre un long voyage sans de quoi vous nourrir convenablement. »
« … D’accord. Alors, je vais aller dire au revoir au prêtre. Retrouve-moi au monastère. Puisque tu prépares des affaires, apporte aussi quelques fournitures simples, comme de la toile huilée. »
« Bien. Je vous y retrouve. »
Pendant que Gerik rassemblait des provisions, Lugos quitta la maison pour aller dire au revoir au prêtre Osrik, qui l’avait soigné pendant tout ce temps.
Baron et sa femme, qui fendaient du bois, furent stupéfaits d’apprendre le départ précipité de Lugos. Gerik leur demanda de lui préparer des provisions.
Comme Lugos leur avait donné une somme considérable, Baron et sa femme acceptèrent sans hésiter.
« Vous voilà ? »
« Oui. Tenez, prenez ceci. »
« Mm. »
Environ une heure plus tard, Gerik arriva au vieux monastère et remit à Lugos les affaires qu’il avait préparées pour son voyage. Celui-ci discutait avec le prêtre Osrik.
« Je vous souhaite bon voyage. »
« Merci pour tout, mon père. »
En quittant le monastère, Lugos prit congé du prêtre et de Gerik. Ils échangèrent des vœux de bonne route et, au moment où Lugos allait partir, il tressaillit soudain et regarda en direction du village.
« Qu’est-ce qu’il y a… ? »
« … Je crois que je viens d’entendre un cri venant de ton village. »
« Quoi ? Je n’ai rien entendu… »
Gerik n’avait vraiment rien entendu et ne comprenait pas. Le prêtre Osrik, en revanche, se figea en entendant Lugos et tourna lui aussi les yeux vers le village. Après avoir écouté un instant, il prit la parole :
« … Tu as raison. Je crois entendre un cri perçant. »
Gerik n’entendait toujours rien, mais même le prêtre Osrik avait perçu des cris. Alarmé, il tendit l’oreille.
« Inutile d’essayer. Le prêtre et moi avons de meilleures capacités physiques que les gens ordinaires, alors nous pouvons l’entendre. »
Le visage sombre, Lugos rajusta son armure de cuir et saisit l’épée longue et le bouclier accrochés à sa taille, prêt au combat.
Alors, une épaisse fumée commença à s’élever du côté du village. N’y tenant plus, Lugos empoigna ses armes et se prépara à s’y rendre sur-le-champ.
« Attends. Je vais prendre mon équipement, moi aussi. Allons-y ensemble. »
Le prêtre arrêta Lugos et se hâta de rentrer dans le monastère, les yeux rivés sur la fumée.
Pendant qu’Osrik rassemblait son équipement, Lugos tendit à Gerik l’épée longue qu’il portait dans le dos et son sac de voyage.
« Tu te souviens de la cachette d’urgence qu’on a construite ensemble hier ? »
« Quoi ? Oui… »
« Cache-toi là-bas. Ne te sers pas de l’épée longue, sauf si tu es vraiment en danger. Compris ? »
« Quoi ? Je viens aussi ! Ma famille… »
En voyant la fumée s’élever du village, Gerik lâcha ces mots sans réfléchir.
« Non. »
Lugos le coupa net, sans la moindre hésitation.
« Qu’est-ce que tu irais faire là-bas ? Tu n’as même jamais manié une épée comme il faut. Tu ne ferais que nous encombrer. »
« Mais… »
« Si tu nous suis, le prêtre et moi devrons te protéger pendant qu’on se bat. Et ceux qui auraient pu survivre y laisseront leur peau ! »
Son raisonnement était imparable. Gerik n’eut d’autre choix que de se taire.
Finalement, Gerik dit qu’il avait compris. Lugos lui tapota la tête et lui ordonna de rester caché dans l’abri au moins trois jours si ni lui ni le prêtre ne revenaient.
« Au moins trois jours. Compris ? Promets-le-moi. »
« Oui… Je vous le promets. »
Lugos continuait d’enchaîner les phrases de mauvais augure. Gerik, qui jusque-là n’y avait pas prêté grande attention, commençait à se sentir mal à l’aise quand le prêtre Osrik ressortit du monastère, coiffé d’un casque, vêtu d’une cotte de mailles et portant une lourde masse sur l’épaule.
« Allons-y. »
Sans un mot, Lugos reprit son épée et son bouclier, puis suivit le prêtre en direction de Mudholm.
Gerik les regarda s’éloigner un long moment, puis poussa un soupir et se dirigea vers la cachette provisoire qu’il avait construite la veille avec Lugos.
« … C’est bien comme ça qu’il m’a dit de faire, non ? »
Suivant les instructions de Lugos, Gerik étendit le sac de couchage dans la cachette provisoire pour l’isoler de l’humidité, puis recouvrit l’abri de feuilles et de branches afin de mieux le dissimuler. Il s’y allongea, se cachant à l’intérieur, et réfléchit.
Pourvu que… tout se passe bien…
Lugos et les autres n’étaient pas restés longtemps ici. Ils n’avaient fait qu’une brève halte. Gerik tenta de se rassurer en se disant que ces brutes n’avaient aucune raison de s’en prendre à un village tout à fait ordinaire.
Mais le temps avait beau passer, aucun son ne venait de la forêt. Pas un chant d’oiseau, pas même une branche remuée par le vent.
Il attendit, espérant entendre quelque chose, n’importe quoi, venant du village, mais seul un silence terrifiant lui répondit.
… La situation est-elle vraiment si grave ?
Plus le calme s’installait, plus l’angoisse qu’il avait refoulée en lui prenait de l’ampleur. Gerik regarda la lumière filtrant à travers les feuilles mortes s’éteindre peu à peu.
L’angoisse et la tension avaient tant engourdi ses sens qu’il avait oublié qu’il était coincé dans une cachette étroite.
… J’ai froid.
Après le coucher du soleil, le froid de la forêt lui pénétra jusqu’aux os. Sa température corporelle chuta brusquement et ses sens engourdis s’éclaircirent peu à peu.
Frot… frot…
L’espace était si exigu qu’au moindre mouvement, son corps frottait contre ses affaires.
Craignant que le bruit ne lui attire des ennuis, Gerik posa prudemment son sac à dos et se glissa dans le sac de couchage.
« Ouf… »
Il avait peut-être été fabriqué dans du bon cuir par un artisan habile. Le sac de couchage de Lugos réchauffa agréablement le corps de Gerik.
Pourvu qu’ils soient sains et saufs.
Se rappeler que le propriétaire du sac de couchage était parti vers le village vêtu de sa seule armure rendit cette chaleur moins réconfortante.
Recroquevillé dans le sac de couchage, il sentit peu à peu une odeur âcre lui chatouiller les narines.
« Non… C’est pas vrai ? »
Gerik entrouvrit l’entrée de la cachette et regarda en direction du village. Une fumée bien plus épaisse qu’auparavant s’élevait de là-bas.
Ces salauds… Ils comptent réduire tout le village en cendres ?
L’odeur âcre de la fumée lui souleva le cœur. S’il jetait un coup d’œil dehors et croisait le regard de quelqu’un, c’en serait fini de lui. Gerik rentra vite la tête et se recroquevilla davantage dans la cachette, remettant en place les feuilles et les pierres pour la dissimuler à nouveau.
Encore un peu de sève d’Orksh…
Par précaution, Gerik cassa une branche d’Orksh, en recueillit la sève et en répandit autour de l’entrée, comme Lugos le lui avait appris.
Après avoir fait tout ce qu’il pouvait, Gerik se recroquevilla dans un coin de la cachette et attendit que le temps passe.
« Aouh ! »
Gerik s’était assoupi. Il se réveilla en sursaut au hurlement d’un loup dans la forêt. La lumière qui filtrait à travers les feuilles avait disparu ; il comprit que la nuit était tombée.
« … Ils ne sont toujours pas revenus. »
Même après son réveil, aucun des deux hommes n’était en vue. Gerik eut envie d’aller voir ce qui se passait dehors.
Si je sortais juste un instant…
Alors qu’il s’apprêtait à se lever, la voix de Lugos résonna dans son esprit.
『Au moins trois jours. Compris ? Promets-le-moi.』
Se rappelant sa promesse, Gerik renonça à cette idée imprudente et se rallongea.
Comme Lugos me l’a dit, d’abord…
Il devait se soulager. Au lieu de sortir, Gerik creusa la terre à deux mains pour aménager des toilettes de fortune.
Après s’être débattu un moment, il finit par creuser un trou de la taille d’une tête d’enfant et urina.
Gerik reboucha le trou avec de la terre et se rallongea.
Ah, oui.
Il se rappela le conseil de Lugos : il devait ensuite répandre de la sève d’Orksh pour effacer l’odeur.
Il avait faim, était épuisé et n’en avait pas envie, mais il cassa une autre branche et répandit la sève, par précaution.
Ça devrait aller… Hein ?
À peine Gerik eut-il poussé un soupir de soulagement qu’il entendit soudain des gens à proximité. Tout son corps se raidit.
Lugos ? Le prêtre… ?
Gerik pria encore et encore pour que les gens dehors soient ceux qu’il attendait.
Mais sa prière fut vaine. Bien plus de deux personnes circulaient autour de la cachette.
« C’est bien le monastère où vit ce maudit prêtre ? »
« T’es fou ? Fais attention à ce que tu dis. Dieu va te maudire ! »
Un homme parla d’une voix grossière, comme s’il en voulait au prêtre Osrik, et l’un de ses compagnons réagit avec effroi.
À leur conversation, Gerik comprit avec certitude qu’il s’agissait du groupe inconnu qui avait attaqué le village.
Les villageois et ces deux-là… !
Comprenant que le pire était arrivé, Gerik sentit une sueur froide lui couler dans le dos.
Il crut qu’il allait pousser un cri de stupeur. Plaquant les deux mains sur sa bouche, il s’efforça de ne pas trahir sa présence.
« Non… Ce n’est qu’un prêtre intermédiaire. Pourquoi t’as si peur ? C’est pas comme si t’avais jamais tué un ou deux prêtres. »
« Espèce de taré… Même si c’est vrai, pas devant un monastère… »
L’homme qui avait juré eut l’air incrédule et se moqua de son compagnon qui tremblait simplement parce qu’il avait blasphémé.
« Si tu racontes encore des conneries, je te déchire moi-même la bouche. »
« … »
Tandis que les deux hommes se chamaillaient, quelqu’un menaça d’une voix glaçante celui qui avait juré.
Cette voix inspira à Gerik une terreur profonde.
… !!
À l’instant où il la reconnut, le sang de Gerik se glaça jusqu’aux orteils. Sa respiration se bloqua et ses mains, toujours plaquées sur sa bouche, se mirent à trembler toutes seules.
C’était indéniablement la voix d’un être humain ordinaire.
Et pourtant, elle contenait quelque chose qu’on aurait eu du mal à croire humain.
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