Chapitre 69
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en guerrier dans un monde de JDR sur table ◈
Chapitre 69 : Le retour (3)
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Les paroles d’Ilvern rappelèrent à Gerik la conversation qu’il avait eue plus tôt avec Ronan, à l’auberge.
Ilvern était un homme influent et en savait sûrement davantage que Ronan, un simple aubergiste. Gerik décida donc de lui poser la même question.
« J’en ai entendu parler un peu en venant ici, mais… que s’est-il passé exactement à la guilde ? »
« Hum. »
Ilvern répondit d’un air grave.
« Il semblerait qu’un des dirigeants de la branche de Stonecreek de la Guilde des aventuriers ait été un espion au service d’un culte hérétique. »
« … Quoi ? »
Sa réponse était brève, mais elle contenait bien plus d’informations importantes que tout ce que Ronan lui avait appris.
À la lumière des paroles d’Ilvern, Gerik fut certain que le traître était lié aux individus qui avaient attaqué le groupe de Lugos, comme il l’avait soupçonné.
Il voulait toutefois en avoir le cœur net. Feignant de ne rien savoir, il insista.
« Un culte hérétique… Que s’est-il passé ? »
« J’ignore moi-même les détails. »
D’après les renseignements de la famille Ashburn, expliqua Ilvern, un ancien dirigeant nommé Ruben aurait délibérément abaissé le niveau de priorité de plusieurs objets.
« J’ai entendu dire qu’il avait fait passer des objets qui auraient dû être transportés en priorité absolue pour de simples contrats. »
« … Pourquoi aurait-il fait ça ? »
Plus Gerik en apprenait, plus ses soupçons se confirmaient. Pourtant, il continua de creuser avec insistance, feignant l’ignorance afin d’en avoir la certitude.
« À ton avis ? C’était un stratagème pour confier l’escorte à des aventuriers de peu d’importance. »
Ilvern ajouta que des preuves avaient été découvertes : les détails de ces missions manipulées et leurs itinéraires d’escorte avaient été divulgués à l’extérieur, afin que les marchandises puissent être dérobées lors d’embuscades.
Gerik conserva un visage calme, mais une sueur froide lui coula dans le dos. Ruben, qui s’était montré si bienveillant envers lui, était pratiquement le cerveau de toute l’affaire.
Gerik prit un air pensif, s’efforçant désespérément de contenir ses émotions.
« … Je dois m’assurer que le secret de la bague reste bien gardé. »
Gerik pressentait que si l’on apprenait que la clé et la bague avaient été transportées ensemble, il s’attirerait de sérieux ennuis.
Il décida de demander à ses compagnons de garder l’affaire absolument secrète. Puis, comme si de rien n’était, il montra la bague à Ilvern.
« Sire, comme vous le savez, ce serait très problématique si l’on découvrait qu’un aventurier de bas rang comme moi possède un artefact pareil. »
« Ha ha ! Ne t’inquiète pas. Un objet capable de lancer la Barrière du Gardien et des sorts de guérison ne peut pas avoir une histoire ordinaire. Je suis assez sensé pour le comprendre. »
Ilvern éclata d’un rire franc, puis examina la bague un instant. Ses yeux se plissèrent, comme s’il venait de remarquer quelque chose. Les trois emplacements où auraient dû se trouver des gemmes étaient vides.
« Hum… Ta bague serait-elle abîmée ? »
Gerik hésita un instant avant de répondre. Mais Ilvern et lui étaient déjà dans le même bateau.
De plus, une bonne partie des propriétés de la bague avait déjà été révélée. La dissimuler à présent ne servirait à rien et pourrait même se retourner contre lui.
Gerik décida donc de dire la vérité.
« Oui. Comme vous l’avez deviné, elle contenait à l’origine cinq sorts… mais trois gemmes ont été perdues au fil du temps. Il ne lui reste donc que deux pouvoirs. »
« Tiens. C’est intéressant. »
Ilvern hocha la tête, puis ajouta, comme pour bien insister sur le sujet :
« Ne t’inquiète pas. Je tiendrai ma langue devant les gens de l’extérieur. »
L’insistance d’Ilvern sur les mots « gens de l’extérieur » semblait être une façon détournée de dire qu’il était du côté de Gerik. Celui-ci le remercia encore.
Une fois leur affaire réglée, Ilvern se leva et annonça qu’il ferait venir quelqu’un dans trois ou quatre jours. Gerik devrait alors revenir ici.
Ilvern se porterait garant pour que Gerik puisse consulter un livre de compétences à la guilde. Gerik acquiesça, quitta le domaine et se dirigea droit vers son logement.
« Huf… Huf… »
Ce ne fut qu’une fois de retour dans sa chambre que Gerik relâcha enfin la tension qu’il avait retenue de toutes ses forces. La main plaquée sur son cœur qui battait à tout rompre, il se mit à transpirer froidement.
« Dire que Ruben était derrière tout ça… »
Après avoir laissé libre cours à ses émotions, Gerik s’effondra sur une chaise et réfléchit à la suite.
« Merde… Stonecreek était pratiquement la gueule du tigre… Comment je suis censé rester en sécurité ?! »
Pourtant, il eut beau réfléchir, aucune réponse claire ne lui vint. Plus il s’acharnait à y penser, plus ses tempes le lançaient.
« Est-ce que je devrais partir ? »
La seule solution réaliste qui lui vint à l’esprit fut de quitter les lieux et de gagner en force dans une tout autre région.
Après tout, Stonecreek était à la portée de ces individus malfaisants. La ville ne pouvait en aucun cas être considérée comme sûre, et s’en éloigner réduirait au moins un peu le danger.
« Admettons que je parte. Où irais-je ? Et comment ? »
Finalement, après avoir retourné la question dans tous les sens sans trouver de réponse satisfaisante, Gerik décida de la mettre de côté pour le moment. Emportant son butin, il prit la direction de la forge de Grimdal.
* * *
« Eh bien, regardez qui voilà ! Ça fait un bail, gamin ! »
Grimdal accueillit joyeusement Gerik après tout ce temps. Puis il le détailla de la tête aux pieds et fronça soudain les sourcils.
« … Où est ton armure ? »
« Eh bien… »
Gerik lui adressa un sourire amer. Il expliqua que sa brigandine avait été complètement détruite pendant cette mission, puis détacha l’épée à sa ceinture et la posa devant Grimdal.
« … Qu’est-ce que tu as fabriqué, bon sang ? »
L’épée faisait peine à voir, ébréchée et tordue. Grimdal la contempla, incrédule.
« C’est… toute une histoire. »
Le voyage avait été si long et éprouvant que lui en raconter chaque détail aurait été épuisant. Au lieu de répondre, Gerik retira son sac et l’ouvrit pour montrer ce qu’il contenait.
« Non… !? »
Le bec acéré et les serres, signes distinctifs du Tyran de la forêt, apparurent dans le sac de Gerik. Grimdal ouvrit de grands yeux.
« Je chassais cette créature avec des compagnons très expérimentés… Mon armure et mon épée ont toutes deux été détruites pendant le combat. »
« Non… Non… »
Apprendre que le gamin devant lui avait tué une Chouette grizzly avait tant bouleversé Grimdal qu’il ne pouvait que rester là, bouche bée, à répéter « non » comme un idiot. Puis il sembla reprendre ses esprits et demanda :
« La peau… Qu’est-il arrivé à la peau ?! »
Gerik réfléchit un instant. C’était fastidieux, mais il décida de lui expliquer une nouvelle fois les circonstances. Comme il avait déjà raconté une histoire similaire à Ilvern, ce fut plus facile.
Il explorait des ruines près du cœur de la Forêt Sauvage du Démon avec le fils d’une famille noble et le chevalier chargé de le protéger lorsqu’ils avaient rencontré une Chouette grizzly.
Après un combat acharné mené par le chevalier, le groupe avait infligé une blessure mortelle au monstre. Mais, en plein affrontement, Gerik avait été frappé par surprise et avait chuté d’une falaise. Il avait survécu de justesse.
Le reste du groupe avait fini par tuer la Chouette grizzly, mais le jeune maître qui les menait avait été grièvement blessé. Le sauver était devenu leur priorité absolue.
La famille ne manquait pas d’argent non plus ; ils avaient donc quitté les lieux en toute hâte, abandonnant le cadavre sur place.
Après avoir gravi la falaise seul, non sans peine, Gerik avait récupéré des matériaux sur le cadavre. Mais, faute de savoir tanner les peaux, il n’avait pas pu prélever celle de la bête et n’avait rapporté que les serres et le bec, qu’il était capable de préparer.
En entendant toute l’histoire, Grimdal eut l’air de trouver cela terriblement dommage.
Mais il corrigea bientôt son expression. Revenir vivant après avoir affronté seul le Tyran de la forêt était déjà un exploit incroyable.
« Enfin, c’est déjà bien que tu aies rapporté ces morceaux. Rien que le fait que tu sois revenu vivant, c’est une bénédiction. »
Grimdal tapota doucement l’épaule de Gerik pour le réconforter. Celui-ci acquiesça, puis demanda avec précaution :
« Est-ce que tu pourrais me fabriquer une armure comme la dernière fois ? J’étais très satisfait de celle que tu m’avais faite. »
En parlant, Gerik tendit à Grimdal une lettre de change portant le sceau de la famille Ashburn. Grimdal la prit sans y prêter attention, puis ouvrit de grands yeux.
« Tu as… participé à une aventure avec un enfant de la famille du comte Ashburn ? »
Grimdal semblait connaître la famille Ashburn. Gerik lui demanda donc avec intérêt s’il la connaissait.
« Quoi… Qui, dans le coin, ne connaît pas la famille du comte Ashburn, l’une des plus puissantes de la région ? C’est même une question ? »
Grimdal le réprimanda comme si sa question était absurde, puis se racla la gorge et secoua la tête d’un air gêné.
« Mais je suis désolé. Si tu avais rapporté de la peau de Chouette grizzly, j’aurais été ravi de te la confectionner… mais il n’y en a pas à vendre en ce moment. »
Grimdal expliqua qu’il n’était jamais facile de tuer le Tyran de la forêt et que sa peau était donc rarement mise en vente.
« Tu en as affronté un toi-même, cette fois. Tu sais mieux que quiconque à quel point cette bête est terrifiante. »
Gerik resta sans voix devant les paroles de Grimdal. La Chouette grizzly qu’il avait affrontée était effectivement un monstre si redoutable qu’il s’était demandé s’il pourrait seulement la vaincre.
Il ne lui restait qu’à accepter les explications de Grimdal : aucune peau n’était disponible.
« Même la peau qui me reste dans l’entrepôt n’est que des chutes. Je l’ai gardée pour répondre à tes besoins. Il y en a juste assez pour des réparations si tu grandis encore, puisque tu es en pleine croissance, ou si ton armure s’abîme. C’est loin d’être suffisant pour en fabriquer une nouvelle. »
Gerik était venu avec de l’argent, naturellement persuadé que ce serait possible. Les explications de Grimdal le décontenancèrent.
« Euh… Alors, il n’y a vraiment aucun moyen ? »
En voyant le visage de Gerik, Grimdal se frotta le menton et réfléchit longuement, l’air contrarié.
« Pour l’instant… je ne pourrais fabriquer qu’une version inférieure de la brigandine précédente. Cela dit… si j’en faisais une avec la peau d’un Loup des ombres capturé récemment dans la Forêt Sauvage du Démon, je pourrais m’approcher assez près des performances de l’ancienne. »
Gerik secoua fermement la tête. Sa vie était en jeu, et le combat acharné contre la Chouette grizzly lui avait rappelé à quel point une armure était importante.
« Je ne peux pas faire de compromis sur les performances. »
Gerik ayant clairement exprimé sa position, Grimdal fronça les sourcils et se replongea dans ses pensées. Puis il parla d’un ton grave.
« Il n’y a pas d’autre solution tant qu’il n’y en a pas sur le marché. À moins, bien sûr, que tu acceptes de sacrifier la légèreté et de porter une armure de plates… »
« Le poids ? »
À l’instant où il entendit le mot « poids », une idée traversa l’esprit de Gerik et il se redressa d’un coup.
« Si je renonce à la légèreté, puis-je espérer de meilleures performances qu’avec mon ancienne armure ? »
Gerik demanda ensuite quel niveau de protection il pouvait espérer et quel poids il devrait supporter.
« Cela dépendrait de ta force… »
Grimdal s’apprêtait à évaluer la force de Gerik pour lui répondre, mais celui-ci l’interrompit.
« Ne tenez pas compte de ma force. Parlez-moi plutôt en prenant pour référence celle d’un explorateur de haut rang. »
« Hein ? Comment veux-tu que je n’en tienne pas compte ? »
Après tout, le poids de l’équipement dépendait de la force de celui qui le portait. Grimdal semblait complètement perplexe à l’idée que Gerik lui demande une estimation sans tenir compte de ce facteur.
Gerik lui servit l’excuse qu’il avait préparée, mêlant vérité et mensonge.
« À vrai dire, en récompense de ma contribution à la chasse à la Chouette grizzly, la famille Ashburn m’autorise à apprendre la compétence Renforcement de la force. »
Les yeux de Grimdal s’animèrent.
« Tiens, vraiment ? Dans ce cas, ça change tout. Suis-moi. »
Grimdal conduisit Gerik jusqu’à l’entrepôt, à l’arrière de la forge.
Une fois à l’intérieur, Gerik aperçut toutes sortes d’armures accrochées en rangées le long des murs.
« Essaie-les, une par une. »
Suivant les indications de Grimdal, Gerik se mit à essayer les armures, une pièce après l’autre.
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