Chapitre 67
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre comme guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 67 : Le retour (1)
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« … Alors, qu’en est-il de la Guilde ? »
« Elle est temporairement fermée. Personne ne sait quand elle rouvrira. »
Gerik sentit l’inquiétude grandir peu à peu en lui, surtout à l’évocation de l’irruption de l’Ordre des chevaliers sacrés de Num.
Il n’y a qu’une seule raison pour que l’Ordre des chevaliers sacrés de Num s’en mêle.
C’était une possibilité qu’il ne voulait pas envisager. Pourtant, Gerik se demanda si ce mystérieux groupe ne s’était pas infiltré dans la Guilde des aventuriers de Stonecreek.
Les mêmes individus qui avaient attaqué le groupe de Lugos et tué le prêtre Osrik.
« Pfiou… »
Il perdit l’appétit. Gerik repoussa le repas qu’il était en train de manger et se leva.
La Guilde était fermée ; il ne pouvait même pas y mettre les pieds. Puisqu’il en était là, il décida d’aller prendre des nouvelles des compagnons avec lesquels il avait frôlé la mort.
Si je me rends au logement de Minos, j’apprendrai sûrement quelque chose.
Sur cette pensée, Gerik prit la direction du manoir provisoire où logeait le groupe de Minos, à la périphérie de Stonecreek.
« Il y a quelqu’un ? »
Après avoir inspiré doucement, Gerik frappa à la porte du manoir. Heureusement, quelqu’un semblait se trouver à l’intérieur. Des pas retentirent, puis la porte s’ouvrit bientôt.
« Gerik !! »
Une silhouette familière se montra à lui. Le vieux chevalier, dont les cheveux blancs et la carrure robuste marquaient les esprits, s’écria en prononçant le nom de Gerik.
Ilvern était un vieux chevalier aguerri, qui n’avait jamais perdu son sang-froid, quelle que fût la situation. Pourtant, le retour de Gerik avait dû lui sembler miraculeux, car les yeux du vieil homme s’écarquillèrent.
« Vous allez bien ? »
Ilvern le remercia à plusieurs reprises et le fit entrer. Puis il demanda à un serviteur de leur apporter du thé et des rafraîchissements.
« D’abord, ne le prends pas mal. Comment as-tu survécu là-dessous, par tous les dieux ? »
Ilvern était manifestement très curieux. Conscient que sa question était quelque peu indiscrète, il la posa tout de même sans détour. Avant que Gerik puisse répondre, il se mit à raconter ce qui était arrivé aux autres.
« Pour être franc, peu après ta chute, nous avons enfin réussi à l’abattre. »
Ilvern expliqua qu’après avoir tué la Chouette grizzly, il s’était précipité vers Minos et lui avait administré une potion de soin de haut niveau, avant de lui prodiguer d’autres soins d’urgence. L’état de Minos avait alors été extrêmement critique.
« Ensuite, en espérant contre toute attente, nous avons inspecté la falaise d’où tu étais tombé. Mais nous ne t’avons pas vu, et nous n’apercevions même pas le fond. »
Gerik avait peut-être réussi à s’agripper à la paroi. Ilvern s’y était rendu en s’accrochant à ce maigre espoir, mais, dès qu’il avait baissé les yeux vers l’obscurité sans fond, il n’avait pu que se rendre à l’évidence.
Personne ne pouvait tomber là-dedans et en ressortir vivant.
« Ah… Eh bien… »
Gerik esquissa un sourire amer aux paroles d’Ilvern, puis se mit à expliquer calmement comment il avait survécu. Il va sans dire qu’il ne pouvait pas révéler toute la vérité.
Il ne pouvait pas parler de la Clé dimensionnelle ni de l’autre monde.
Aussi, comme il l’avait prévu, Gerik se lança dans un récit mêlant habilement vérités et mensonges.
« D’abord… pendant ma chute, j’ai désespérément utilisé Charge et Entaille contre la paroi pour ralentir ma descente. Par chance, ça a fonctionné dans une certaine mesure. »
Une autre épée se serait brisée presque aussitôt. Mais Gerik affirma que la lame forgée en Fer rouge était assez solide pour tenir quelque temps.
Cette épée en Fer rouge finit néanmoins par se briser. Gerik expliqua qu’il avait dégainé son épée de rechange et répété la même manœuvre, réussissant de justesse à ralentir sa chute.
« J’ai survécu, mais… le choc était si violent que mon armure et presque tout l’équipement que j’avais acheté avec toutes mes économies ont été détruits. »
« Grands dieux… »
Gerik mentionna avec désinvolture son équipement ruiné, tout en affichant un sourire amer. Il espérait bien obtenir une compensation, mais n’en laissa rien paraître.
« J’étais aussi grièvement blessé après la chute. Heureusement, j’avais déjà bu la potion de soin que vous m’aviez donnée, sire. Au moins, je ne suis pas mort sur le coup. »
« Je vois… Mais si tes blessures étaient aussi graves, comment as-tu surmonté cette épreuve et réussi à t’en sortir ? »
Ilvern l’observa, les yeux pleins de curiosité. Comme il l’avait prévu, Gerik retira son gantelet et lui montra la bague qu’il portait au doigt.
Le Quintette de Skyler.
En temps normal, il n’aurait jamais dû le révéler. Mais, lors du combat contre la Chouette grizzly, il en avait déjà dévoilé la nature pour sauver Minos, qui était à l’article de la mort.
Tous les membres du groupe savaient déjà que cette bague existait ; inutile, donc, de la cacher maintenant. Gerik décida de s’en servir comme fondement à son mensonge.
« Comme vous l’avez vu, sire, ma bague renferme une magie capable de soigner les blessures graves. J’ai tenu bon en l’utilisant pour soigner mes plaies. Pour étancher ma soif et calmer ma faim, j’ai bu de l’eau souterraine et mangé des champignons. »
Gerik poursuivit, entremêlant des mensonges bien choisis au récit de ses jours passés sous terre, afin de le rendre crédible.
« Je me suis contenté du strict nécessaire pour survivre, en attendant que la bague soit de nouveau utilisable. Après avoir répété ça pendant une quinzaine de jours, j’ai heureusement fini par guérir de toutes mes blessures. »
Son récit se poursuivit. Gerik raconta à Ilvern qu’il avait erré sous terre sans savoir où aller, avant de trouver par chance une pente qui remontait, puis qu’il l’avait gravie en se tenant le ventre affamé.
Une fois arrivé en haut, il avait découvert l’entrée effondrée et paniqué. Heureusement, il avait repéré les traces laissées par le groupe et avait réussi à s’échapper en les suivant.
Ilvern écouta longuement le récit de la lutte désespérée de Gerik pour survivre. Quand celui-ci eut terminé, le vieil homme prit la parole d’un ton grave.
« … Je suis désolé. Nous aurions au moins dû tenter de te sauver. »
« Ce n’était pas votre faute, sire. »
Gerik secoua calmement la tête pour écarter les excuses d’Ilvern.
« Il n’y avait personne à blâmer. Et puisque j’ai choisi la voie de l’aventurier, j’étais prêt à affronter des dangers de cette ampleur. Alors, ne vous en faites pas. »
Après avoir rassuré Ilvern, Gerik lui posa la question qu’il brûlait de lui poser.
« Plus important… comment le groupe a-t-il réussi à sortir de là ? »
Ilvern se mit à raconter calmement ce qui s’était passé.
Comme il l’avait expliqué, au moment où Gerik avait disparu sous la falaise, Ilvern avait puisé dans ses dernières forces et accablé la Chouette grizzly de coups jusqu’à parvenir à lui ôter la vie.
« Mais nos problèmes ne s’arrêtaient pas là. À la surface, l’autre Chouette grizzly, folle de rage d’avoir perdu son compagnon, a abandonné son nid et semblait prête à entrer dans les ruines. »
Les forces de combat du groupe avaient déjà été décimées par leur affrontement contre la première.
De plus, Gerik et Ilvern étaient les deux seuls à pouvoir infliger des dégâts sérieux à la Chouette grizzly, et Gerik avait disparu. Ilvern expliqua qu’il avait vite renoncé à l’affronter.
« Peut-être que dans ma jeunesse j’aurais pu, mais aujourd’hui, alors que je décline, je n’avais aucun moyen de m’en charger seul. Je n’ai donc pas eu le choix… J’ai dû utiliser une compétence pour faire s’effondrer complètement l’entrée et l’empêcher de pénétrer dans les ruines. »
La situation pressante les avait contraints à prendre une décision extrême, mais cela les avait évidemment mis dans une position difficile.
Ils avaient coupé leur propre issue et s’étaient en quelque sorte enterrés vivants à moitié.
« Heureusement, Katrin nous a sauvés. »
Grâce à l’ouïe fine des demi-elfes, Katrin suivit les courants d’air et les sons ténus, jusqu’à découvrir une autre issue. Le groupe put sortir des souterrains sans encombre en empruntant ce passage.
« Sortir était déjà assez difficile, mais les choses ne se sont pas arrangées pour autant. »
Ils ne purent pas se détendre une fois dehors. Les rugissements de la Chouette grizzly enragée résonnaient partout.
Craignant qu’elle ne les attaque, ils ne pouvaient même pas envisager de retourner au campement où se trouvaient leurs provisions. Ils n’eurent d’autre choix que de quitter au plus vite la Forêt Sauvage du Démon.
« Nous avons dû abandonner toutes nos provisions, mais grâce à Katrin, nous trouvions sur place ce dont nous avions besoin, au fur et à mesure, et nous avons tenu bon. Sans elle, nous aurions erré dans la forêt et serions morts depuis longtemps. »
Ilvern raconta que Katrin avait trouvé de l’eau potable et de quoi manger quand il le fallait, ce qui leur avait permis de tenir tant bien que mal.
En faisant pleinement valoir ses talents d’excellente guide, elle avait permis au groupe de quitter la forêt bien plus vite et en toute sécurité qu’ils ne l’auraient cru.
Comme prévu… j’avais vu juste.
Les conclusions que Gerik avait tirées sous terre de l’entrée effondrée et des traces laissées le long du détour correspondaient exactement au récit d’Ilvern.
Il confirma une fois encore qu’il avait bien raisonné. Après avoir appris comment le groupe avait voyagé, Gerik demanda des nouvelles des deux absents.
« Le jeune maître est retourné au domaine principal de la famille Ashburn. »
Ilvern expliqua calmement la situation de Minos.
« Quand le jeune maître s’est réveillé, il a fait toute une histoire, disant qu’il fallait te sauver. Il demandait comment nous avions pu abandonner un compagnon qui avait risqué sa vie et s’était sacrifié pour nous. »
Mais Ilvern voyait les choses autrement. Selon lui, Gerik n’avait pratiquement aucune chance d’avoir survécu, et le groupe devait à présent affronter la menace d’une autre Chouette grizzly.
Dans ces circonstances, y retourner aurait été comme marcher droit à la mort.
« Malgré tout, le jeune maître refusait de renoncer à sa demande. »
Minos avait fait un esclandre, mais Ilvern avait posé ses limites sans fléchir : il était chevalier au service du chef de la famille, pas chevalier du jeune maître, et sa mission consistait à escorter Minos jusqu’à ce qu’il soit en sécurité.
Il ne pouvait donc pas accéder à sa demande.
« À vrai dire, si le jeune maître avait continué à s’obstiner, j’avais l’intention de le traîner de force s’il le fallait. »
Alors que les deux hommes se faisaient face dans une confrontation tendue, Katrin s’interposa pour calmer la situation.
Elle dit qu’elle comprenait parfaitement ce que ressentait Minos. Comment aurait-elle pu ne pas comprendre son désir de rendre la pareille au bienfaiteur et compagnon qui lui avait sauvé la vie ? Mais elle lui exposa calmement la réalité de leur situation.
Elle le convainquit que sa demande n’était pas raisonnable et risquait de les mener tous à la mort, rendant même le sacrifice de Gerik inutile. Minos en fut profondément attristé, mais finit par l’accepter.
« Après cette épreuve, le jeune maître a beaucoup changé une fois rentré chez lui. »
Cet incident avait fait comprendre à Minos, de façon brutale, combien il était inexpérimenté et arrogant.
Ilvern raconta que Minos avait décidé de s’investir plus sérieusement dans son entraînement magique, résolu à devenir un véritable aventurier pour Gerik, qui s’était sacrifié pour un homme aussi incapable que lui.
« Mais pourquoi… êtes-vous encore ici, sire ? »
En écoutant Ilvern, Gerik se posa soudain une question. Si Minos était parti, Ilvern, son escorte, aurait dû l’accompagner. Pourtant, il était resté ici.
« Parce que le jeune seigneur me l’a demandé. »
Avant de partir, Minos avait fait une demande à Ilvern. Il lui avait demandé d’attendre Gerik ici, à Stonecreek, pendant exactement un mois, au cas où celui-ci réussirait malgré tout à revenir vivant.
« Le jeune maître a dit que si tu revenais par miracle et que nous étions déjà partis, sans même pouvoir te remercier comme il se doit, ce serait une honte incommensurable pour un descendant direct de la famille Ashburn. »
La demande était irréprochable, tant sur le fond que sur le principe, si bien qu’Ilvern avait volontiers accepté. C’était pour cette raison qu’il était resté seul ici.
« … Le jeune maître est rentré avec Katrin et les aventuriers qu’il venait d’engager, tandis que je suis resté seul derrière, dans l’espoir d’un miracle. »
Gerik réfléchit en silence au long récit d’Ilvern. La première émotion qu’il éprouva fut de la gratitude pour l’inquiétude que Minos lui avait témoignée.
La deuxième fut le soulagement. Il avait confirmé que dévoiler le secret du Quintette de Skyler pour sauver Minos, alors qu’il était à l’article de la mort, n’avait pas été vain.
Tandis que Gerik réfléchissait, l’air soucieux, un serviteur entré dans le salon sans qu’il s’en aperçoive tendit une petite boîte à Ilvern.
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