Chapitre 66
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Alyo
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Survivre en tant que guerrier dans un monde de JdR sur table ◈
Chapitre 66 : Le chemin du retour (3)
──────
Gerik n’avait aucune intention de désamorcer la tension par des querelles inutiles. Une main posée sur la poignée de l’épée longue à sa ceinture, il commença lentement à reculer.
Sans quitter des yeux le guerrier que sa perception lui désignait comme le plus dangereux, il gardait une posture qui lui permettrait, en cas de combat, de décapiter l’archer mal armé avec Charge.
« Quel petit prétentieux… »
L’un des membres du groupe, qui paraissait parmi les plus jeunes, s’emporta et chercha querelle à Gerik.
« Ça suffit. »
Mais le guerrier leva la main et arrêta fermement l’homme. Celui-ci, qui connaissait son arrogance habituelle, fronça les sourcils, comme s’il ne comprenait pas cette attitude inhabituelle.
Il ne pouvait toutefois pas défier l’autorité de son chef. Il finit par reculer, l’air contrarié.
« … »
Quoi qu’ils disent, Gerik ne les lâcha pas du regard et continua de reculer lentement dans l’obscurité des fourrés épais de la Forêt Frontalière.
Peu après qu’il eut disparu sans laisser de trace, l’homme qui avait cherché la bagarre s’adressa à son chef d’un ton presque revendicateur.
« Allez, chef ! Pourquoi tu m’as arrêté ? C’était manifestement un débutant ! Il croulait sous les bagages et avait l’air épuisé, en plus. Putain, il était parfait à dépouiller ! »
L’homme qu’on appelait chef émit un ricanement méprisant.
« Un débutant ? Lui ? »
Le plus jeune s’apprêtait à protester contre cette question incrédule quand l’archer chevronné, qui avait échangé un regard avec le chef un peu plus tôt, prit la parole.
« Le chef a raison. Ce type n’était pas une proie. Si on s’en était pris à lui, on aurait eu des ennuis. »
« Quoi ? Vous avez bu tous les deux ou quoi ? C’est n’importe quoi… »
Le jeune compagnon haussa la voix, le visage rougi par les paroles des deux vétérans. Le chef se contenta de ricaner, comme s’il ne jugeait pas utile de répondre, mais l’archer s’exprima calmement.
« Tu sais de quoi était faite cette vieille armure de cuir miteuse ? »
« … De quoi ? »
« Du Tyran de la forêt. »
L’archer lui expliqua que l’armure de cuir de Gerik, vieille et usée en apparence, était en réalité faite de peau de Chouette grizzly. Le visage du jeune homme se figea.
« … Ça aurait pu être le fils d’une famille riche. »
Manifestement peu disposé à perdre la dispute, le jeune homme s’accrocha aux paroles de l’archer. Celui-ci répliqua, comme s’il n’attendait que ça, la voix empreinte de moquerie.
« Ah oui ? Alors tu as sûrement remarqué ce qui dépassait de son sac. Tu crois qu’il a acheté ça aussi ? »
« … Qu’est-ce qu’il y avait ? »
« Des serres de Chouette grizzly. Dix. »
Étonnamment, l’archer avait repéré les serres de Chouette grizzly parmi les affaires de Gerik, soigneusement rangées.
« Admettons qu’il ait dépensé une fortune pour son armure. Et les serres, alors ? Elles n’avaient même pas été nettoyées, et du sang noir séché était encore incrusté dessus. Quel fils de riche assez dingue en transporterait dix ? »
« … »
Ce ne fut qu’alors que le jeune compagnon comprit ce que l’archer voulait dire. Il pâlit. À cette vue, le chef et l’archer soupirèrent avant de le rassurer.
« Soit tous ses compagnons sont morts en chassant, le laissant seul survivant assez chanceux pour rafler tout le butin, soit il s’est servi de sa tête pour tuer le Tyran… Dans tous les cas, ce n’est pas un homme ordinaire. Si on s’était battus, un ou deux d’entre nous seraient morts, sans aucun doute. »
Tandis que l’archer exposait calmement les raisons de son jugement, le jeune homme sembla enfin comprendre à quel point il avait failli se mettre en danger. Il se tut et essuya sa sueur froide.
Les vétérans estimèrent sans doute l’avoir suffisamment effrayé et se mirent plutôt à le réconforter. Peu après, ils reprirent leur route, bien plus détendus.
« … Ils sont partis. »
En réalité, Gerik n’était pas encore parti. Dissimulé dans l’obscurité, à quelque distance de là, il avait écouté toute leur conversation grâce à sa perception accrue.
S’ils avaient persisté et l’avaient suivi, il comptait leur tendre une embuscade avec Charge et les abattre un à un, en commençant par le moins bien armé.
Heureusement, ils avaient assez d’expérience pour ne pas en arriver là. Gerik n’en estimait pas moins avoir bien jugé la situation, tant en se méfiant d’eux qu’en étant prêt à les tuer si nécessaire.
Par chance, rien d’aussi pénible ne se reproduisit sur la route. Gerik finit par arriver à Stonecreek.
« Ghh… !! »
Dès qu’il pénétra dans un lieu qui sentait la présence humaine, pour la première fois depuis longtemps, toute la fatigue extrême qu’il avait contenue grâce à la tension lui tomba dessus d’un coup.
… Il faut que je me repose, tout de suite.
Il avait l’impression qu’une corde tendue à l’extrême était sur le point de rompre. Gerik savait instinctivement qu’au moindre problème, il s’effondrerait sur place.
Je chercherai Minos et les autres plus tard.
Il s’inquiétait pour ses compagnons, mais Gerik décida de ne pas forcer.
Il devait d’abord venir à bout de l’immense somnolence qui le submergeait. Il se hâta donc vers le Veilleur de nuit, l’auberge où il avait réservé une chambre pour un long séjour.
« Hein ? Gerik ?! »
Gerik y avait séjourné plusieurs mois. Malgré son apparence meurtrie, presque méconnaissable, l’aubergiste Ronan le reconnut aussitôt et le contempla, stupéfait.
« Ça va ?! »
Dans ce monde en ruines, Gerik s’était lavé aussi soigneusement qu’il l’avait pu, mais le pénible voyage avait laissé sur son armure des marques profondes, impossibles à effacer.
Et son armure n’était pas seule en cause. Son visage pâle et émacié, son allure débraillée : tout indiquait au premier coup d’œil que quelque chose n’allait pas. Ronan parut profondément inquiet en le voyant.
« Je suis allé jusqu’aux abords de la Forêt Frontalière et j’ai fini dans cet état. »
Après lui avoir donné une explication vague, Gerik alla droit au but.
« Je suis épuisé… Est-ce que je pourrais avoir un repas et de l’eau chaude pour me laver, tout de suite ? Si possible, j’aimerais beaucoup que tu prépares une grande quantité d’eau dans une bassine. »
L’aubergiste acquiesça volontiers à la demande de Gerik. Il ajouta même qu’il lui apporterait le repas directement dans sa chambre, pour qu’il puisse manger tranquillement.
Une fois dans sa chambre, Gerik laissa tomber au sol les bagages qu’il portait, comme s’il les jetait de côté.
Lorsqu’il retira son armure, pour la première fois depuis longtemps, son corps lui parut plus léger et il eut l’impression que sa fatigue s’était un peu dissipée.
Il s’assit un instant sur une chaise, savourant ce soulagement, quand l’aubergiste déposa un repas et une cuvette.
« Lave-toi d’abord les mains et le visage, puis mange. Je t’apporterai l’eau du bain aussi vite que possible. »
« Ah, oui. Merci. »
Gerik était si épuisé qu’il aurait pu s’écrouler à tout moment. Mais la vue du ragoût chaud apporté par Ronan chassa instantanément sa somnolence, tant il avait faim.
Il se lava donc rapidement les mains et le visage avec l’eau de la cuvette, puis se mit à engloutir le ragoût et le pain posés sur la table.
C’est incroyablement bon.
Peut-être parce qu’il n’avait pas mangé de vrai repas depuis si longtemps, ce ragoût tout simple avait le goût d’un mets divin.
Alors qu’il vidait son bol à toute vitesse, comme un affamé, Ronan rouvrit la porte et entra avec l’eau chaude.
« Voilà l’eau du bain. Sers-t’en, et si tu as encore la force, laisse la bassine dehors après. Sinon, tu t’en occuperas demain. »
Peut-être pris de compassion pour Gerik, épuisé, Ronan lui dit cela puis quitta discrètement la chambre.
Seul, Gerik se déshabilla entièrement et s’immergea dans la baignoire remplie d’eau chaude. La chaleur qu’il n’avait pas ressentie depuis si longtemps lui donna l’impression que tout son corps fondait.
Il faut que je me lave… et que je sorte…
Malgré ses mains lourdes, Gerik se lava du mieux qu’il put. Plusieurs jours de sueur, de crasse et cette odeur persistante de sang se diluèrent peu à peu dans l’eau chaude.
La chaleur languissante qui l’enveloppait engourdissait peu à peu l’esprit de Gerik, déjà à bout.
Non… Il faut que je sorte et que je dorme…
Gerik força ses paupières, lourdes comme du plomb, à s’ouvrir et rassembla ses dernières forces pour sortir de la baignoire. Après s’être séché à moitié, il tituba jusqu’au lit.
Dès que son corps toucha le matelas, Gerik sombra dans un profond sommeil, comme s’il s’était évanoui.
* * *
Peut-être était-ce la conséquence de toutes ces épreuves extrêmes. Gerik ne rouvrit les yeux qu’après avoir dormi une journée entière.
« … J’ai dormi combien de temps ? »
En se redressant, le corps raide, et en voyant la vive lumière qui filtrait par la fenêtre, Gerik devina que le soleil était déjà haut dans le ciel.
« Hum… Ronan a fait le ménage pendant que je dormais ? »
Gerik avait été trop épuisé pour porter dans le couloir la bassine dans laquelle il s’était lavé.
Mais l’aubergiste était peut-être passé pendant son sommeil. La bassine et la vaisselle qu’il avait laissées à terre à la va-vite avaient disparu, sans laisser la moindre trace.
« Bon sang… Je boirais bien un café. »
Après avoir dormi si longtemps et si profondément, Gerik sentit poindre un mal de tête. Le café, la boisson de sa vie passée qui aurait pu le soulager, lui manquait.
Une main plaquée sur son front douloureux, Gerik chancela légèrement en s’approchant de la fenêtre.
« Pfiou… »
Quand Gerik ouvrit grand la fenêtre de bois, la lumière du soleil inonda la chambre.
Après être resté assis un moment à se laisser caresser par la brise, il sentit peu à peu son mal de tête s’atténuer et son esprit s’éclaircir.
Grrr… !!
Peu après que le sommeil se fut complètement dissipé, son ventre gargouilla et une faim intense le tenailla.
« Pff… »
Il n’avait pas envie de bouger, mais sa faim était trop forte pour qu’il l’ignore. Gerik se leva en vacillant, enfila à la hâte les vêtements éparpillés sur la table, prit quelques pièces de cuivre et descendit.
« Hé. Tu es réveillé ? »
« Oui. Ronan, je pourrais avoir quelque chose à manger ? »
Ronan, qui veillait derrière le comptoir, accueillit Gerik à sa descente. Celui-ci s’assit en face de lui et commanda à manger.
Clac.
Les pièces de cuivre heurtèrent le plateau de bois.
En désignant la poignée de pièces, Gerik demanda à Ronan de lui servir un repas plus copieux que d’habitude.
« Attends ici. »
Ronan acquiesça, prit les pièces et se dirigea vers la cuisine.
Peu après, il revint avec de la viande grillée, que Gerik aimait bien, et un ragoût rempli de légumes frais. Il avait aussi apporté une boisson fraîche pour Gerik, qui n’aimait pas l’alcool.
Mmmh…
Le parfum et la saveur, incomparables à ceux des repas qu’il avait mangés au campement, emplirent ses sens et le plongèrent dans la félicité.
Il saisit aussitôt ses couverts et se mit à engloutir son repas.
C’était délicieux, et bien différent du repas de la veille, quand la fatigue avait émoussé son goût.
Après avoir savouré son repas un moment, Gerik finit par être à peu près rassasié et leva les yeux vers Ronan.
« Mmh… Il s’est passé… mâche… quelque chose à Stonecreek, dernièrement ? »
« … Finis d’abord de manger tranquillement, et après on parlera. »
Ronan avait lui-même été aventurier autrefois et comprenait pourquoi Gerik agissait ainsi. Il lui adressa un sourire contrit et tenta de le rassurer doucement.
Puis le visage de Ronan se durcit. Il se pencha vers Gerik et lui parla à voix basse.
« Oui. Il s’est passé quelque chose d’important. »
« … ? »
Gerik avait posé la question sans y réfléchir, mais, intrigué par ce que Ronan lui apprenait, il s’interrompit un instant et le regarda.
« À peu près au moment où tu es parti en mission dans la Forêt Frontalière, l’Ordre des chevaliers sacrés de Num et l’Ordre des chevaliers du royaume de Baskaar ont fait irruption dans la Guilde des aventuriers. »
« … Quoi ? »
Gerik s’était attendu à une attaque de monstres ou à quelque chose du genre. À cette nouvelle, à laquelle il ne s’était jamais attendu, ses yeux s’écarquillèrent de surprise.
« Qu’est-ce qui s’est passé ?! »
« Il semblerait qu’il y ait eu un traître dans la Guilde. »
Après avoir jeté un regard prudent autour de lui pour vérifier que personne ne les écoutait, Ronan lui confia qu’il s’était renseigné par curiosité. Mais l’atmosphère était si tendue et les informations si étroitement contrôlées qu’il n’avait pas réussi à en apprendre davantage.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>