Chapitre 64
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en tant que guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 64 : Le chemin du retour (1)
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« Ouf… »
Quand la douleur se fut complètement dissipée, Gerik poussa un bref soupir de soulagement et but une gorgée à sa gourde. Après avoir repris son souffle un instant, il se releva et observa lentement les alentours.
Son regard se posa sur l’énorme cadavre étendu au sol.
En contemplant la créature à tête de chouette, Gerik songea :
On dirait qu’ils ont réussi à la tuer.
Il semblait qu’Ilvern et les autres avaient réussi, d’une manière ou d’une autre, à tuer la Chouette grizzly. Toutefois, à en juger par sa peau encore intacte, ils n’avaient pas eu le temps de dépecer la carcasse.
Il y avait une autre Chouette grizzly dehors, et Minos était dans un état critique. C’était compréhensible.
Cela dit, la famille Ashburn ne devait pas se soucier d’une seule peau.
Sur cette pensée, Gerik s’approcha prudemment de la Chouette grizzly et examina son cadavre.
Elle est étonnamment bien conservée… ?
Dix jours au moins s’étaient écoulés depuis sa chute pendant le combat. Malgré cela, la carcasse de la Chouette grizzly était en meilleur état qu’il ne l’aurait cru.
Alors, les carcasses de bêtes magiques ne pourrissent vraiment pas facilement…
Ce que Grimdal lui avait dit semblait vrai. Un animal ordinaire aurait déjà commencé à se décomposer, mais malgré le temps écoulé depuis sa mort, l’énorme créature devant lui avait gardé sa forme intacte.
En contemplant le cadavre encore intact, Gerik fut soudain envahi par le regret.
J’aurais dû apprendre à tanner les peaux.
S’il en avait eu la compétence, il aurait pu prélever les parties intactes et les emporter. Mais Gerik ne savait ni retirer la peau ni la tanner pour l’empêcher de pourrir.
La peau de Chouette grizzly était un matériau si précieux que les vendeurs pouvaient en fixer le prix à leur guise. S’il avait pu la récupérer correctement, il aurait touché une belle récompense.
Quel gâchis…
Il ne parvenait pas à se résoudre à abandonner comme ça la créature qui lui avait fait vivre un tel enfer.
Espérant trouver autre chose d’intéressant à récupérer en dehors de sa peau, Gerik examina soigneusement son corps et se remémora le passé. Son Intelligence accrue lui rappela naturellement les paroles de Grimdal.
« Il n’y a rien à jeter dans le corps de cette créature ! Ses yeux et son bec sont des matériaux magiques réputés, pas seulement sa peau. Et ce n’est pas tout. Ses griffes sont dures comme l’acier, elles sont donc très recherchées pour fabriquer des armes ! »
En se rappelant ces paroles, Gerik porta naturellement son regard vers les yeux et les griffes de la Chouette grizzly.
Les Chouettes grizzly rétractaient généralement leurs griffes comme les chats, et ne les sortaient que pour chasser ou se battre.
Par conséquent, si l’une d’elles était capturée par surprise ou prise au piège, il fallait procéder avec précaution pour extraire ses griffes sans les abîmer.
Mais peut-être parce que celle-ci était morte au cours d’un combat acharné, ses griffes s’étaient figées alors qu’elles étaient encore sorties.
Ses griffes… Je devrais pouvoir les récupérer sans être un professionnel.
Les yeux, en revanche, étaient une autre affaire.
Les yeux de la Chouette grizzly, qui luisaient autrefois faiblement comme des pleines lunes jaunes, avaient déjà pourri et formaient une masse grotesque.
Même si les carcasses des bêtes magiques résistaient à la décomposition, leurs yeux étaient plus mous et plus riches en eau que leur peau. Ils ne pouvaient pas échapper éternellement à la pourriture.
Même s’ils avaient été intacts, je n’aurais pas pu les emporter.
Les yeux étaient des matériaux spéciaux qui n’auraient servi à rien sans les techniques de traitement adéquates. Gerik se consola en se disant qu’ils n’avaient jamais été à lui, de toute façon.
Une fois ses idées au clair, Gerik dégaina son épée courte et tenta de trancher les muscles qui entouraient l’une des griffes.
Bon sang, c’est coriace.
La créature avait des muscles et une peau qui avaient résisté à Entaille ; la lame de Gerik parvenait à peine à pénétrer profondément sa peau. Comme lors du combat, il ne réussit, malgré plusieurs coups, qu’à laisser des marques superficielles.
Enfin, sa peau a résisté à Entaille. Une épée courte ne va pas faire grand-chose…
Mais ce n’était pas complètement inutile.
À force de couper, Gerik comprit à peu près comment ses os, ses muscles et ses griffes étaient reliés.
Inutile de trancher les muscles. Je dois sectionner un point faible.
Gerik posa son épée courte et prit son épée longue. Puis il visa l’articulation du poignet, relativement tendre et non directement reliée aux griffes, et se mit à la frapper avec Entaille.
Fchh ! Fchh !!
Une fois, deux fois.
Les Entailles acérées de Gerik frappèrent sans relâche le poignet de la Chouette grizzly.
Ces puissantes attaques auraient pu fendre une bûche, mais la peau et la chair du tyran qui régnait sur la forêt résistèrent à ces coups terrifiants.
Quel putain de monstre.
En maniant son épée, Gerik s’émerveilla une nouvelle fois de l’incroyable résistance de la Chouette grizzly. En même temps, il éprouva une certaine fierté à l’idée d’avoir réussi, d’une façon ou d’une autre, à la blesser.
Crac !!
Après avoir frappé une dizaine de fois au même endroit avec Entaille, la patte avant de l’énorme créature se détacha enfin dans un bruit écœurant.
Bon sang, c’est lourd…
Quand Gerik souleva le membre de la Chouette grizzly, son poids lui écrasa les mains.
Ça doit bien peser au moins trente kilos.
C’était trop lourd à transporter à travers la Forêt Sauvage du Démon.
Pourtant, la majeure partie du poids ne venait pas des griffes, mais de la chair qui les entourait. Gerik décida de l’alléger davantage.
Je dois en laisser le moins possible autour des griffes.
Avec Entaille, Gerik découpa autant de chair superflue qu’il le put autour des griffes. Il retira soigneusement les couches de viande et de muscles, sans les abîmer, jusqu’à réduire leur poids à une dizaine de kilos.
Elles sont vraiment… incroyablement légères pour leur taille.
Grimdal n’avait pas plaisanté en disant que ces griffes étaient plus dures que l’acier, mais incomparablement plus légères. Gerik fut également convaincu qu’elles se vendraient très cher.
Encouragé, il découpa aussi l’autre patte avant. Après avoir répété l’opération une fois de plus, il parvint à récupérer les deux jeux de griffes.
Je devrais aussi prendre le bec, non ?
Heureusement, comme il faisait partie du visage, le bec fut plus facile à retirer que prévu.
Après avoir achevé le dépeçage du cadavre, Gerik détacha le fourreau et les lanières de cuir qu’il portait en bandoulière dans le dos. Il attacha solidement le bec et les griffes ensemble en un seul paquet.
Le tout pesait bien plus de vingt kilos, mais il était étonnamment facile à transporter.
C’était grâce à la Bénédiction sauvage qu’il avait reçue dans le monde en ruines, qui avait accru sa force et sa santé.
Le bec et chaque griffe ne mesuraient qu’une trentaine de centimètres, si bien que le paquet n’était pas très encombrant.
Au moins, j’ai obtenu une compensation.
Gerik se sentait un peu dédommagé pour le combat désespéré qu’il avait livré à la Chouette grizzly, et son cœur s’allégea quelque peu.
Il fixa solidement le paquet dans son dos et se releva lentement.
Il était enfin temps de quitter cet endroit misérable.
Emportant son butin, Gerik s’appuya sur son Intelligence accrue pour retrouver le chemin qu’il avait emprunté à l’aller.
« Hein… ?! »
Mais bientôt, un spectacle inattendu s’offrit à lui.
La sortie par laquelle il était arrivé avait été complètement détruite.
… Il y a eu un tremblement de terre ?
Il avait risqué sa vie pour escalader la falaise et revenir ici, pour découvrir que le chemin du retour s’était effondré. Gerik ne put dissimuler sa perplexité.
Tandis qu’il regardait fébrilement autour de lui, sans savoir quoi faire, sa Perception accrue détecta quelque chose et l’alerta.
Une faible brise soufflait depuis l’obscurité toute proche.
Le courant était si léger que l’ancien Gerik ne l’aurait pas remarqué.
Mais sa Perception, accrue de deux points par l’Éveillé psionique, ne laissa pas passer ce subtil changement.
Guidé par sa Perception, Gerik leva sa torche et avança prudemment vers la brise, comme ensorcelé.
Un passage… ?!
En effet, un autre passage s’ouvrait dans l’obscurité.
La Perception aiguisée de Gerik repéra aussi une profonde empreinte au sol, à l’entrée.
Ça… ressemble à celle d’Ilvern.
À en juger par sa taille et sa profondeur, Gerik supposa que cette empreinte appartenait à Ilvern.
Torche levée, il examina les nombreuses traces éparpillées autour de lui et reconstitua vaguement ce qui était arrivé au groupe.
Ils sont passés par ici pour éviter l’autre Chouette grizzly ?
Il semblait que, lorsque la deuxième Chouette grizzly, à l’extérieur, avait tenté d’entrer par la sortie, ses compagnons avaient détruit le passage initial pour l’arrêter, puis s’étaient enfuis par cette autre voie.
Ils ont dû s’en sortir sans encombre.
C’étaient des vétérans qui avaient des dizaines de fois plus d’expérience que Gerik. Il était certain qu’ils avaient pu s’échapper sans trop de difficultés.
Sans hésiter, il suivit leurs traces.
Gerik marcha longtemps, encore et encore.
En temps normal, ce chemin interminable l’aurait peu à peu gagné d’angoisse.
Mais grâce à sa Perception accrue, Gerik repérait facilement les traces laissées par ses compagnons. Confiant en leur expérience, il pouvait avancer sans hésiter.
Hein… ?
Au bout d’un bon moment, Gerik remarqua que l’air devenait peu à peu plus frais.
Encouragé, il accéléra. Plus il avançait vite, plus l’air qu’il respirait devenait pur.
« Une sortie… !! »
Bientôt, l’odeur caractéristique de la forêt commença à lui emplir les narines.
Elle était différente de l’odeur de forêt pure qu’il avait respirée dans le monde de Braktul. Celle-ci était étrangement humide, avec des effluves de terre et d’herbe.
« Enfin… !! »
C’était l’odeur qui symbolisait la dangereuse Forêt Sauvage du Démon, mais peut-être parce qu’il était soulagé d’en être sorti, Gerik la trouva accueillante.
Alors que son cœur débordait de joie à l’idée d’avoir enfin réussi à s’échapper, un rugissement sauvage et furieux, tout proche, lui frappa les oreilles.
Aouuuuh !!!
C’était un rugissement contradictoire, mêlant le cri perçant d’un oiseau à un grondement grave et puissant.
Rien qu’en l’entendant, Gerik sentit ses jambes trembler.
Sa Perception accrue l’alerta bruyamment du danger.
… Une Chouette grizzly !
Gerik reconnut aussitôt l’origine du rugissement et s’accroupit.
Impossible de ne pas la reconnaître.
C’était la créature qui l’avait poussé au bord de la mort.
Son Intelligence accrue lui remémora vivement les cris de la Chouette grizzly, lors du combat acharné qui avait eu lieu peu auparavant.
En se fiant au volume dont il se souvenait, Gerik comprit qu’une autre Chouette grizzly se trouvait tout près.
Je suis foutu… !
À l’idée de tomber sur un autre ennemi puissant dès sa sortie des ruines, après avoir traversé un tel enfer, Gerik sentit un frisson lui parcourir l’échine.
Tant pis pour les traces de mes compagnons. Je dois foutre le camp d’ici, tout de suite.
Torche levée, Gerik s’enfuit à toutes jambes dans la direction exactement opposée au rugissement.
Même pris de panique, cependant, il n’utilisa pas Charge.
Le grondement caractéristique de cette compétence risquait de révéler sa position à la créature.
« Haa… Haa… »
Alors qu’il courait sans réfléchir, le cauchemar qu’il avait vécu peu auparavant lui revint vivement en mémoire.
Une sueur froide lui coulait dans le dos ; il sprintait comme un fou.
D’une certaine manière, c’était extrêmement dangereux.
Au cœur de la Forêt Sauvage du Démon, toutes sortes de monstres féroces rôdaient, et se déplacer aussi imprudemment était le meilleur moyen d’attirer leur attention.
Mais au bout du compte, c’était la bonne décision.
Le rugissement de la Chouette grizzly s’éloigna peu à peu, et les autres monstres que Gerik redoutait ne se montrèrent jamais.
À vrai dire, c’était tout naturel.
Les monstres qui vivaient au cœur de la Forêt Sauvage du Démon étaient tous dotés d’une intelligence rusée.
Bien entendu, aucun monstre à l’intelligence médiocre n’était assez stupide pour affronter une Chouette grizzly qui, après avoir perdu sa compagne, déchaînait sa fureur.
Ironiquement, les environs de la Chouette grizzly enragée étaient déserts et sans danger grâce à sa présence.
Après avoir fui longtemps, Gerik aperçut enfin des ruines qui lui étaient familières.
Cet endroit… !!
En voyant les ruines, Gerik comprit qu’il était revenu là où il s’était rendu peu auparavant avec Minos et les autres.
Ah, je suis parti dans la direction opposée à la sortie… !!
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