Chapitre 56
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en tant que guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 56 : Ruines palpitantes (1)
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« Mais jusqu’où est-ce ? »
Quand il les avait aperçues depuis la colline, Gerik avait cru qu’elles n’étaient pas loin. Il s’était trompé. Les ruines, qui semblaient à portée de main depuis le sommet, ne se rapprochaient pas le moins du monde à mesure qu’il avançait.
Cela signifiait seulement qu’elles étaient immenses. Elles avaient déjà paru gigantesques de loin ; elles se trouvaient donc bien plus loin qu’il ne l’avait estimé.
« Haah… Haah… »
Marcher avec un corps qui n’avait pas une seule partie indemne relevait du supplice. Chaque pas lui semblait terriblement lourd, et la sueur lui coulait dessus à torrents.
Après avoir marché Dieu savait combien de temps, Gerik aperçut un petit ruisseau qui serpentait dans l’herbe, juste avant de s’effondrer d’épuisement. Il rassembla toutes ses forces pour s’en approcher.
Glou… Glou…
Gerik tomba à genoux et se mit à boire, enfouissant presque la moitié de son visage dans le ruisseau. L’eau froide et limpide lui rafraîchit la gorge sèche, et ce ne fut qu’alors qu’il se sentit enfin un peu plus vivant.
Il songea à remplir sa gourde vide, mais la fatigue accablante qui l’envahissait le fit renoncer.
Laissant la gourde là où il l’avait jetée, Gerik s’assit à l’ombre d’un arbre proche pour se reposer.
« Haah… Haah… »
Tandis qu’il reprenait son souffle, court et saccadé, et fixait d’un air absent la cime de l’arbre, quelque chose attira son attention.
Des fruits jaunes. Par un heureux hasard, des grappes de fruits appétissants pendaient de l’arbre sous lequel il s’était installé.
Je peux les manger… ?
Heureusement, l’arbre n’était pas très haut. Gerik cueillit donc facilement les fruits bien mûrs à l’aide de son fourreau. La vue de nourriture lui mit l’eau à la bouche, pour la première fois depuis une éternité, mais il en prit un et hésita.
On dit que beaucoup de fruits de la Forêt Sauvage du Démon sont toxiques…
Ses blessures étaient graves et il avait épuisé toutes ses forces. S’il avalait n’importe quoi dans cet état et que le fruit se révélait toxique, il en aurait fini.
Alors qu’il se demandait s’il devait le manger, une idée lui traversa l’esprit.
Ma fenêtre de statut… !
Se souvenant de ce code de triche que personne d’autre ne possédait, Gerik prit un fruit et fit apparaître sa fenêtre de statut.
[Baie dorée sauvage]
『Type : fruit』
『Rareté : courante』
『Effet : procure une sensation de satiété et hydrate modérément』
『Remarque : C’est l’été ! En été, rien de tel qu’une glace pilée à la baie dorée ! — Ray Lin, célébrité d’un monde détruit —』
Gerik parcourut les informations de la fenêtre de statut et se réjouit de découvrir que le fruit était comestible. Sa joie fut de courte durée : son regard s’arrêta sur un détail en particulier.
Un monde détruit… ?
Gerik se sentit soudain parfaitement réveillé. Une seule ligne, dans la section des remarques. Pour une raison ou une autre, l’expression « monde détruit » le troublait.
En prêtant attention à cette étrange sensation, Gerik remarqua quelque chose qu’il n’avait pas vu plus tôt, son jugement ayant été trop émoussé par la fatigue.
La végétation inconnue de la forêt.
Au début, il avait cru qu’il s’agissait simplement d’arbres et d’herbes ordinaires. Mais en y regardant de plus près, Gerik se rendit compte qu’il n’en avait jamais vu de semblables dans la Forêt Sauvage du Démon.
Et si cet endroit… n’était pas la Forêt Sauvage du Démon ?
Au cours des derniers mois, Gerik était entré et sorti des abords de la Forêt Sauvage du Démon des dizaines de fois en accomplissant des missions d’aventurier. Il en avait naturellement mémorisé les arbres et les plantes.
Or, toute la végétation de cet endroit était différente de celle qu’il connaissait.
Je serais arrivé quelque part de plus éloigné… ?
Gerik comprit que ce qu’il avait pris pour un portail menant à la Forêt Sauvage du Démon était peut-être en réalité une porte vers un lieu complètement différent.
Au départ, cette supposition lui avait paru sans fondement. Mais plus il y réfléchissait, plus il en était convaincu.
Peu importe. Qu’est-ce que ça change, de savoir où je suis ? Je dois d’abord survivre.
Mais alors que la mort se rapprochait, se soucier de l’endroit où il se trouvait était un luxe. Il cessa d’y penser et se mit à manger les baies dorées sauvages qu’il avait cueillies.
« Elles sont bonnes… ? »
Une légère acidité lui ouvrit l’appétit, puis un parfum sucré emplit bientôt sa bouche.
Elles étaient aussi agréablement fermes, ce qui les rendait plaisantes à mâcher.
Elles lui rappelaient des pommes. Affamé, il en dévora encore et encore, comme un fou.
Après avoir englouti des fruits pendant un bon moment, Gerik ne ressentit enfin plus la faim qui le tourmentait depuis des jours. Une somnolence irrésistible s’empara de lui.
Juste un peu… Juste… dormir…
* * *
Gerik avait dormi sous l’arbre comme s’il s’était évanoui. Lorsqu’il ouvrit les yeux, le soleil couchant avait disparu et l’astre éclatant brillait au-dessus de lui.
Ouf… Heureusement qu’on est au début de l’été…
Malgré son épuisement, Gerik comprit qu’il avait eu la sottise de s’endormir sans même préparer un campement rudimentaire.
Il n’avait tenu que parce qu’on était au début de l’été. Si l’on avait été à la fin de l’automne, sans parler de l’hiver, il serait probablement mort de froid.
Je devrais en emporter quelques-unes.
Gerik retira péniblement l’armure matelassée qu’il portait sous sa brigandine de Chouette grizzly en lambeaux. Il était reconnaissant à cette pièce d’équipement de l’avoir protégé du froid pendant la nuit, mais il faisait jour à présent.
Il l’enleva pour se rafraîchir, puis la noua de façon à en faire une sorte de sac. Ensuite, il se mit à le remplir de baies dorées sauvages.
Je ne sais pas quand je trouverai à nouveau de quoi manger. Autant faire des réserves tant que je le peux.
Tandis qu’il cueillait des fruits, Gerik se plia soudain en deux et s’agrippa à l’arbre, le corps secoué de convulsions.
« Khuk… !! »
Une grosse giclée de sang rouge tomba dans l’herbe. Sa vue sembla également se brouiller et s’assombrir. Il sentait ses blessures internes empirer.
Ça ne va pas… !
Les dents serrées, Gerik endura la douleur. Il resta longtemps assis là, s’efforçant de se calmer tout en reprenant son souffle avec peine.
Quand sa respiration se fut quelque peu apaisée, il força son corps lourd à se relever et reprit la route vers les ruines.
* * *
« Hff… Hff… »
Alors que le soleil brûlant déclinait peu à peu et que le ciel se teintait de rouge, Gerik parvint enfin aux ruines.
« Mais qu’est-ce que… ? »
Les ruines étaient bien plus grandes qu’il ne l’avait imaginé. Il s’était grossièrement trompé en estimant qu’elles avaient la taille d’un grand navire. En réalité, elles étaient plutôt aussi imposantes qu’un paquebot de croisière.
Même Gerik, qui avait vu toutes sortes de gratte-ciel sur Terre, dans sa vie antérieure, ne put que rester bouche bée.
« Les dégâts sont bien pires que je ne le pensais… »
Contrairement à ce qu’il avait aperçu de loin, seule la partie qui ressemblait à la tête était encore intacte. Le corps et la queue étaient si endommagés qu’ils s’étaient effondrés et tordus par endroits, rendant même l’approche difficile.
« Pourvu qu’il y ait quelqu’un… »
En s’appuyant sur son épée comme sur une canne, Gerik fit lentement le tour des ruines, à la recherche de signes de vie. Il pria pour que les personnes qu’il trouverait soient amicales.
…Personne.
Malgré ces ruines impressionnantes, il ne trouva pas la moindre trace d’êtres humains.
Personne n’était venu ici depuis longtemps, semblait-il. Pas la moindre empreinte ni trace de feu de camp. Les ruines n’étaient entourées que de silence.
« Haah… »
Le dernier espoir de Gerik s’effondra. Le désespoir le submergea et il s’affaissa au sol, comme s’il s’écroulait.
À l’image de son état d’esprit, la douleur dans sa poitrine, qui s’était atténuée après un bref repos, recommença à s’aggraver.
« Khuk… ! Kof… ! »
Gerik cracha de nouveau du sang, la douleur le déchirant. Ce n’était pas comme la fois précédente, où il avait estimé pouvoir supporter la quantité de sang perdue.
Il en avait perdu tant qu’il le sentait encore couler après s’être essuyé la bouche du revers de la main. En voyant l’hémorragie empirer à ce point, Gerik comprit que son état était devenu véritablement critique.
Ça me rend dingue.
C’en aurait été assez pour faire baisser les bras à n’importe qui. Pourtant, Gerik se ressaisit aussitôt et se remit debout.
J’ai déjà assez donné, dans ma vie précédente : mourir impuissant, sans même me battre jusqu’au bout.
Sa mort dans sa vie antérieure semblait avoir donné à Gerik un calme singulier face à la mort et un profond respect pour la vie.
Avec l’expression d’un moine illuminé, il se dirigea vers la tête des ruines comme si rien ne s’était passé.
Une porte gigantesque, semblable à un iris, était constituée de dizaines de plaques métalliques imbriquées les unes dans les autres vers le centre.
Comme une fleur qui referme ses pétales, les plaques serrées les unes contre les autres condamnaient complètement l’entrée.
J’ai de la chance.
Bien que l’entrée fût hermétiquement scellée, le mur à côté avait été fracassé par un impact. L’ouverture était juste assez large pour laisser passer Gerik.
Gerik alluma sa dernière torche et pénétra avec prudence dans les ruines.
Gloup.
À l’instant où il franchit la brèche, un bruit bizarre résonna à l’intérieur.
Difficile à décrire. S’il devait essayer, il dirait que cela ressemblait à des amas gluants d’entrailles qui se heurtaient et glissaient les uns contre les autres. Le genre de bruit qui donnait la chair de poule à tout être vivant.
Hummm… !!
Alors que Gerik observait les alentours, alarmé par ce son étrange, une résonance singulière retentit et des lumières s’allumèrent une à une autour de lui.
En cherchant leur source, il vit des cristaux enchâssés dans les murs.
« … Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »
La lumière révélant l’intérieur, Gerik regarda autour de lui, écœuré et profondément troublé.
L’intérieur était d’une horreur indicible. De tous côtés, les murs et le plafond semblaient faits d’amas de chair humide, comme si de la chair vivante et des entrailles avaient servi de matériaux de construction.
Parfois, ils palpitaient même, comme s’ils étaient encore en vie.
Et pourtant, paradoxalement, malgré ces amas de chair qui le composaient, l’intérieur était remarquablement raffiné. Il inspirait même à Gerik une étrange familiarité.
Les matériaux étaient bizarres, mais l’intérieur lui rappelait celui des gigantesques navires qu’il avait vus sur Terre, dans sa vie précédente.
Un… vaisseau vivant ? Impossible.
Comme hypnotisé, Gerik examina lentement l’intérieur tout en s’enfonçant dans les ruines. Lorsqu’il atteignit l’extrême avant de la tête, il découvrit un espace singulier qui ressemblait à une passerelle.
… Un écran ?
Un appareil que n’importe qui, dans sa vie antérieure, aurait reconnu comme un écran se dressait là.
Sur Terre, on fabriquait les machines en assemblant du plastique, du métal et du verre. Mais celle qui se trouvait devant lui était faite de chair, de sang et d’une substance qui ressemblait à une cornée inconnue.
« Quel genre de civilisation est-ce ? »
C’était à la fois étrange et répugnant, mais l’appareil ressemblait aux machines familières qu’il avait vues dans sa vie antérieure. Intrigué, Gerik tendit la main vers un panneau qui ressemblait à un clavier.
Floc.
À sa grande stupeur, le panneau se mit à frémir comme s’il était vivant au moment où il le toucha.
Puis, à partir de cet endroit, les amas de chair se mirent à se tortiller et des panneaux dissimulés surgirent l’un après l’autre.
« !! »
Pris de frayeur devant ce spectacle glaçant, Gerik retira sa main et recula en titubant.
Il venait à peine de faire un pas en arrière que l’énorme masse de chair fixée au mur commença à s’ouvrir vers le haut et vers le bas. On aurait dit un œil endormi qui s’ouvrait.
De la lumière se mit alors à s’accumuler dans la partie qui ressemblait à la cornée d’un globe oculaire. Peu après, un écran apparut devant Gerik.
« C’est… »
Le grand écran central affichait divers graphiques qui semblaient indiquer l’état du vaisseau, tandis que des avertissements écrits dans des caractères inconnus envahissaient l’écran.
Bien qu’il s’agît de lettres d’une race inconnue, les caractères anguleux et les barres presque vides lui apprirent que le vaisseau n’était certainement pas en bon état.
Pour une raison ou une autre, ça me rappelle les notifications « batterie faible » de mon smartphone, dans ma vie précédente.
Gerik examina le panneau central avec intérêt, puis tourna les yeux vers la droite.
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