Chapitre 55
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre comme guerrier dans un monde de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 55 : À la dérive (2)
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« Haah… Haah… Hum… !! »
Gerik errait dans la caverne souterraine, ses blessures ne cessant d’empirer.
Les lésions internes que la potion avait à peine réussi à colmater s’aggravaient, sans doute à force d’avancer depuis si longtemps. De temps à autre, après avoir parcouru une certaine distance, il crachait des caillots de sang.
'Alors c’est ainsi que je vais mourir, encore une fois…'
Gerik cracha un caillot de sang au sol, s’essuya la bouche d’un revers de la main et observa le sang rouge qui lui tachait la paume.
N’importe qui aurait pu sombrer dans le désespoir et renoncer face à une telle situation. Mais pas Gerik.
'Je n’ai pas peur de mourir. Le problème, c’est la façon dont je vais mourir.'
Il avait déjà connu une vie qui s’était achevée en vain. Cette expérience lui avait fait comprendre, avec une acuité douloureuse, combien chaque seconde passée en vie était précieuse.
Aussi probable que fût sa mort, il n’avait pas la moindre intention de s’accrocher moins fort à la vie.
'Chaque instant. Je fais de mon mieux. Même si c’est une lutte vaine.'
Sur cette pensée, Gerik se remit en marche.
En silence.
Grrr… !!
« Ha… Même en train de mourir, j’ai encore faim. »
Il ne savait pas combien de temps s’était écoulé quand son ventre gargouilla. Il laissa échapper un faible rire.
Il contempla un instant sa sacoche vide, puis porta son outre à ses lèvres pour tromper sa faim, du moins pour l’instant.
« Hein… ? »
En levant la tête pour boire, il aperçut quelque chose d’étrange.
On aurait dit les débris de quelque chose qui s’était brisé.
La chose se trouvait plus haut que lui ; il ne pouvait donc pas l’examiner correctement. Après avoir avalé quelques gorgées d’eau à la hâte, il se força à s’en approcher.
« … Des ruines ? »
Sous la vaste voûte de la caverne, des fragments de statues brisées gisaient éparpillés.
Faiblement éclairés par sa torche, les décombres laissaient penser que l’endroit avait autrefois été un lieu de culte.
Les ruines dessinaient un immense cercle.
Gerik passa entre les statues brisées et s’enfonça davantage dans les lieux. La lumière de sa torche révéla alors une structure gigantesque, au centre même de la caverne.
Des marches circulaires s’élevaient en spirale et, à leur sommet, se trouvait un espace qui ressemblait à un autel.
La structure était lourdement endommagée, mais elle conservait une grandeur imposante. Saisi d’admiration, Gerik leva la tête et en examina lentement le sommet.
'Une porte… ?'
Curieusement, une arche solitaire, semblable à un arc de triomphe et tout aussi délabrée, se dressait au sommet du grand autel.
Elle ne menait nulle part.
Gerik n’y comprenait rien.
'Ouf… On dirait qu’il n’y a rien d’autre par ici.'
Après avoir lentement inspecté les ruines, Gerik comprit qu’il n’y avait pas d’autre issue. Le seul chemin qui menait ailleurs était celui qu’il avait emprunté pour venir.
'C’est donc ici que tout s’arrête… ?'
Il n’avait plus ni nourriture ni eau. Revenir sur ses pas pour chercher une autre sortie n’avait aucun sens.
Gerik était certain que la fin était bel et bien arrivée.
'Puisque je vais mourir de toute façon, autant jeter un œil à cet autel d’abord.'
Gerik cracha de nouveau du sang et esquissa un sourire amer. S’appuyant sur son épée comme sur une canne, il se mit lentement en route vers l’autel.
Hummm… !!
« !! »
Alors qu’il avait gravi environ la moitié des marches, une sensation inconnue lui traversa la poitrine.
Il avait l’impression que quelque chose, au sommet de l’autel, appelait l’un de ses effets personnels.
« … C’est… »
Pour trouver l’origine de cette étrange sensation, Gerik glissa la main sous ses vêtements et en sortit une bourse. Comme possédé, il l’ouvrit de ses doigts tremblants et en tira un objet familier.
Une vieille clé gravée à l’effigie d’une déesse dont le nom lui était inconnu.
'À bien y penser… Il y avait une statue associée à cette déesse au dernier étage de ces ruines.'
En faisant courir ses doigts sur la clé, Gerik se rappela la statue qu’il avait vue dans les ruines où il avait affronté la Chouette grizzly.
'Alors cet autel doit être lié à cette déesse, lui aussi.'
Gerik éprouvait à la fois de l’excitation et de l’inquiétude. La déesse qu’il avait rencontrée dans un cauchemar, autrefois, était manifestement une entité maléfique et sinistre.
Elle aimait les êtres vivants, mais son affection était d’une certaine façon pervertie. Son instinct le mettait fermement en garde contre l’idée de s’approcher sans réfléchir.
'Mais…'
Gerik se mordit la lèvre.
'Ce n’est pas mieux que de mourir sans rien tenter ?'
Après tout, on ne savait jamais. Peut-être que la déesse lui accorderait une faveur aussi étrange qu’inespérée et le sauverait de la mort.
S’il y avait eu une autre solution, il l’aurait choisie. Mais à présent, la seule chance de survie de Gerik reposait sur la faveur de cette entité sinistre et maléfique qui, malgré tout, l’aimait.
Sa décision prise, Gerik se remit en marche. Se laissant guider par la sensation qui émanait de la clé, il gravit les marches une à une.
Il atteignit bientôt le sommet et se retrouva face à l’arche qui se dressait devant lui.
Dès qu’il la vit, il sentit un désir encore plus intense émaner de la clé et se mit à avancer vers elle comme en transe.
Hummm… !!
Lorsqu’il arriva sous l’arche, une vague d’énergie intense jaillit de la clé qu’il tenait dans sa main.
« … !! »
Surpris, Gerik baissa les yeux vers la clé et vit la vague prendre forme, se changer en une unique lumière.
'Une lumière… noire ?'
C’était une contradiction en soi, mais aucun autre terme ne pouvait la décrire.
C’était bel et bien des ténèbres, et pourtant elles éclairaient les environs.
On aurait dit que cette lumière défiait l’ordre même du monde. À mesure que sa puissance grandissait, Gerik comprit instinctivement que son être tout entier la rejetait avec violence.
Bientôt, la lumière se déversa dans le vide au milieu de l’arche.
À l’instant où elle toucha l’espace…
Fwoosh !
Le vide de l’arche se déforma et quelque chose se mit à onduler en son sein.
Puis, peu après, l’espace lui-même se déchira, révélant un nouveau monde au-delà.
'Un portail… ?'
Devant ce miracle, Gerik se rappela instinctivement un passage du jeu de rôle sur table qu’il avait lu dans sa vie précédente.
Il fixa d’un regard absent les fourrés et les arbres denses visibles de l’autre côté du portail.
'Est-ce que ça pourrait mener à la Forêt Sauvage du Démon… ?'
À mesure que cette possibilité lui apparaissait, ses émotions, jusque-là calmes, commencèrent à s’agiter.
Peut-être que l’heure de sa mort n’était pas encore venue.
Bien sûr, la Forêt Sauvage du Démon était loin d’être sûre. C’était un enfer verdoyant, infesté de monstres à chaque tournant.
'Mais ça reste cent fois mieux qu’ici.'
Ici, il n’avait aucun moyen de survivre.
Mais dans la Forêt Sauvage du Démon… peut-être pourrait-il s’en sortir. Au moins, il pourrait trouver de quoi manger.
'Avec un peu de chance, je pourrais même survivre en mangeant des herbes.'
Il possédait le Quintette de Skyler, qui lui permettait d’utiliser une fois par semaine la puissante méthode de guérison appelée Guérison des blessures graves.
S’il s’abritait tant bien que mal et se concentrait sur sa survie, peut-être pourrait-il tenir le coup.
Sa réflexion achevée, Gerik n’hésita pas davantage.
Il s’avança résolument vers le portail.
Et c’est ainsi que Gerik traversa le portail, laissant derrière lui la grotte obscure.
'… Heureusement, il ne s’est rien passé.'
Traverser le portail ne lui imposa, contre toute attente, aucune restriction. C’était comme franchir une porte pour entrer dans une autre pièce de chez soi.
Se trouvant ridicule d’avoir eu si peur, Gerik regarda autour de lui.
« Ouf… Qu’est-ce que l’air frais fait du bien. »
Ses blessures avaient émoussé la moitié de ses sens, mais la terre ferme sous ses pieds et la brise fraîche qui lui caressait les joues apaisaient son esprit.
Cette sensation réconfortante n’avait rien à voir avec l’air humide et lourd de la caverne.
« … Une colline ? »
Gerik se rendit compte qu’il se tenait au sommet d’une colline en pente douce.
Instinctivement, il tourna la tête vers l’endroit d’où il venait de sortir.
Un autre immense portail en arche se dressait là, centré sur le passage, comme le jumeau de celui qui se trouvait sous terre.
Contrairement à l’arche des ruines souterraines, qui était restée relativement intacte, celle-ci était bien plus gravement endommagée.
La moitié environ de l’arche s’était effondrée. La mousse qui recouvrait sa surface et les traces d’érosion témoignaient du temps qui s’était écoulé.
« Est-ce l’entrée de la Forêt Sauvage du Démon… ? »
En observant les vallées qui s’étendaient dans la forêt, Gerik fut certain que l’endroit ne se trouvait pas plus loin que la Forêt Frontalière.
Aux confins de la zone explorée, les seuls monstres dangereux étaient les gobelins ; même les gens ordinaires pouvaient s’en sortir.
'… Je pourrais survivre !'
Voyant que les environs étaient bien plus accueillants que prévu, Gerik serra le poing, tout excité.
Puis il sentit la clé, qu’il serrait fermement dans sa main, et baissa les yeux vers elle.
« Ouf… Quoi qu’il en soit, tu m’as sauvé la vie… »
Il n’avait pas l’intention de devenir le disciple d’une entité maléfique. Mais la déesse l’avait sauvé ; Gerik inclina donc respectueusement la tête devant elle et lui adressa un bref remerciement, par politesse.
Pour une raison inexplicable, il eut ensuite l’impression que le visage impassible de la déesse gravé sur la clé venait de sourire.
Un frisson le parcourut et il glissa aussitôt la clé sous ses vêtements.
Fwoosh.
À sa grande surprise, le portail qui ondulait derrière lui disparut sans laisser de trace dès qu’il rangea la clé.
« … J’en suis certain. »
En voyant ce qui venait de se passer, Gerik en eut la certitude.
La vieille clé gravée à l’effigie de la déesse inconnue était un artefact capable d’ouvrir des portails et de transporter instantanément son utilisateur d’un endroit à un autre.
'Voilà pourquoi ce groupe inconnu cherchait à mettre la main sur cette clé.'
Employée correctement, la clé semblait offrir des possibilités tactiques et stratégiques illimitées.
Ayant fait l’expérience de son pouvoir, Gerik comprenait pourquoi un groupe ou un personnage influent pouvait la convoiter.
« … Hein ? »
Tandis qu’il continuait à réfléchir à la clé, son regard fut attiré par ce qui se trouvait derrière l’endroit où le portail avait disparu.
« … ! »
Une chose gigantesque se dressait dans l’espace que le portail avait dissimulé.
Sa vision brouillée par ses blessures, Gerik crut d’abord voir une simple montagne de roche aux couleurs étranges.
Mais lorsqu’il se concentra et regarda de plus près, il recula, stupéfait.
C’était une créature gigantesque, à la forme monstrueuse.
Elle ressemblait à une ammonite.
Sa tête évoquait une créature aux multiples tentacules, comme un calmar ou une pieuvre.
Mais plus bas, elle avait un corps dur et arrondi, semblable à la coquille d’une ammonite, ce qui rendait son apparence encore plus étrange.
Ce qui choqua le plus Gerik, ce fut sa taille.
Cette créature colossale était au moins aussi grande qu’un grand navire. Sa seule présence était écrasante.
'Mais qu’est-ce que c’est que ça… ?!'
En la contemplant, médusé, Gerik comprit que cette créature inconnue était trop endommagée pour bouger et qu’elle avait été abandonnée depuis très longtemps.
'Des ruines… !!'
Gerik comprit instinctivement.
Ce n’étaient pas des ruines ordinaires.
Des ruines d’une taille et d’une forme aussi extraordinaires devaient receler une histoire particulière.
Cette idée redonna espoir à Gerik.
'Si ce sont des ruines pareilles…'
Si les ruines étaient aussi étranges et grandioses, il y avait de fortes chances que des chercheurs y soient installés.
Des archéologues comme Minos avaient fait tout ce chemin pour une seule ruine enfouie dans la Forêt Sauvage du Démon.
Qu’en était-il de ruines aussi majestueuses que celles-ci ?
Gerik commença à s’enthousiasmer à l’idée de pouvoir survivre.
Avec un peu de chance, ils pourraient peut-être soigner ses blessures.
Bien sûr, ce scénario était peut-être entièrement à son avantage. Au lieu de le soigner, ceux qui convoitaient son équipement pourraient aussi lui faire du mal.
Mais Gerik n’avait plus le choix.
Il ne pouvait que s’accrocher à la moindre possibilité.
'Allons-y. C’est ma seule chance de survivre, pour l’instant.'
Sa décision prise, Gerik s’appuya sur son épée comme sur une canne et se mit en marche vers les ruines.
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