Chapitre 49
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en guerrier dans un univers de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 49 : Ruines (1)
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« Enfin… !! Alors, en route pour les ruines ! Inutile de perdre davantage de temps, pas vrai ? »
Tous leurs objectifs secondaires étant atteints, notamment leur promotion, le groupe n’avait plus aucune raison de combattre des monstres. Dès qu’Ilvern donna son accord, Minos pressa tout le monde de se diriger sans attendre vers les ruines.
Naturellement, le reste du groupe, composé de mercenaires et de serviteurs, n’y vit aucune objection. Ils se mirent aussitôt en marche vers l’extrémité de la Forêt Frontalière.
« Un village d’hommes-sangliers droit devant. Nous allons le contourner. »
C’est au cours de ce voyage que Katrin révéla toute sa valeur.
Pour être franc, même si elle était une aventurière de Plaque de cuivre de haut rang, sa spécialité n’était pas le combat. Ses capacités martiales n’atteignaient donc même pas celles de Gerik, qui venait tout juste d’accéder à ce rang.
Pourtant, sa compétence en matière de furtivité et de dissimulation, alliée à son expérience de pisteuse, facilita considérablement le voyage du groupe. Guidés par Katrin, ils évitèrent sans peine les monstres et traversèrent la forêt presque comme s’ils effectuaient une simple marche.
Voilà pourquoi chaque groupe a absolument besoin d’un pisteur.
Gerik regarda Katrin s’avancer sans hésiter dans la Forêt Frontalière et ne put s’empêcher d’être impressionné. Cela n’avait rien à voir avec les repérages sans conséquence qu’elle avait effectués dans les zones périphériques, plus sûres.
Même lorsqu’ils n’avaient d’autre choix que de se frayer un passage de force, elle s’assurait toujours de frapper la première ou évaluait le champ de bataille à l’avance, leur permettant d’affronter leurs ennemis dans des conditions largement favorables. Après l’avoir vécu à plusieurs reprises, Gerik ne put que reconnaître à quel point il l’avait sous-estimée.
Le quatrième jour après leur entrée dans la Forêt Frontalière, Katrin, qui répétait les mêmes rapports depuis le début, leur en fit enfin un différent.
« Je crois que nous sommes arrivés aux ruines dont Minos nous a parlé. »
Pour un groupe d’aventuriers ordinaire, il aurait fallu au moins quinze jours pour atteindre cet endroit, au prix de luttes acharnées contre toutes sortes de monstres.
Grâce à Katrin, le groupe avait pourtant atteint les profondeurs de la Forêt Frontalière en seulement quatre jours. À cette vue, Gerik comprit une fois de plus pourquoi la famille Ashburn avait payé si cher pour l’affecter à Minos.
« Oh… »
En se frayant un chemin dans les broussailles, Gerik s’arrêta un instant et s’exclama devant le spectacle qui s’offrait à lui.
Des bâtiments effondrés gisaient sous des arbres qui avaient poussé par-dessus. Ces ruines lui rappelèrent Angkor Vat, qu’il avait découvert lors d’un voyage à l’étranger dans sa vie précédente.
Mais contrairement à Angkor Vat, bien conservé, ces ruines étaient petites et abandonnées. Les ténèbres profondes propres à la Forêt Sauvage du Démon leur donnaient une allure particulièrement sinistre et inquiétante.
« Enfin… !! Enfin… !! »
Contrairement à Gerik, qui éprouvait un vague malaise, Minos avait les yeux brillants d’excitation à la vue des ruines qu’il avait tant cherchées.
« … Ce n’est pas un peu petit et délabré ? »
Au cours des quinze derniers jours, Gerik s’était assez rapproché de Minos pour lui dire franchement ce qu’il pensait des ruines, sans chercher à le ménager.
Minos ne sembla nullement vexé par cette remarque dédaigneuse.
« Pas du tout ! Savoir que des ruines mentionnées uniquement dans des documents existent bel et bien me suffit amplement. Et puis, s’il y en a de cette taille dans les environs, il doit y en avoir de plus grandes et en meilleur état au cœur de la Forêt Sauvage du Démon ! »
« Euh… »
« Maintenant que nous savons que les ruines décrites dans les documents existent vraiment, ne penses-tu pas qu’un jour, quand nous serons assez forts pour nous aventurer plus loin, nous pourrions découvrir un secret capable de bouleverser le monde ? »
Après cette tirade grandiloquente, Minos sortit de son sac tout un assortiment d’outils magiques d’archéologie et se précipita, tout heureux, vers les bâtiments effondrés.
« Jeune maître… Non, Minos ! Ralentissez… ! »
En voyant Minos, d’ordinaire si calme, se comporter comme un enfant, Ilvern faillit laisser échapper son titre habituel.
Il se reprit de justesse, puis se hâta de suivre Minos, l’air troublé. Gerik les regarda avec un sourire, puis se tourna vers Katrin.
« Tu ne devrais pas l’arrêter ? Ça pourrait mal tourner s’il tombe sur un monstre. »
« Non. Je me doutais qu’il réagirait comme ça, alors j’ai déjà repéré les lieux. »
Katrin répondit en haussant les épaules. Gerik hocha la tête, puis pénétra lentement dans les ruines à sa suite.
En suivant Minos dans le plus grand bâtiment, Gerik le trouva en train d’examiner l’intérieur avec frénésie, tandis qu’Ilvern montait la garde.
… Des outils magiques ?
Minos avait disposé plusieurs objets qui semblaient extraordinaires au premier coup d’œil. Gerik les observa avec grand intérêt.
Cette sorte de lentille magique… elle semble identifier les matériaux. Et ce livre fin… ce serait un grimoire capable d’enregistrer beaucoup d’informations tout en restant léger ?
En voyant Minos transporter tant d’outils magiques coûteux, dignes d’un fils de bonne famille, Gerik sentit poindre une pointe d’envie.
Au bout d’un moment, Gerik se mit lui aussi à examiner ces ruines en apparence banales.
On dirait qu’il n’y a rien ici… Qu’est-ce qu’il peut bien examiner avec autant de minutie ?
En regardant Minos inspecter l’intérieur du temple avec ses outils magiques d’archéologie, Gerik décida d’utiliser sa fenêtre de statut, qui tenait de la triche, pour vérifier s’il y avait quoi que ce soit d’inhabituel dans les lieux.
La fenêtre de statut ne réagit pas, confirmant qu’il s’agissait de ruines ordinaires.
Tout est en piteux état… Et on dirait que des pilleurs de tombes ont déjà fouillé tous les endroits où auraient pu se trouver des objets précieux. Il n’en reste aucune trace…
Contrairement à Gerik, Minos examinait encore et encore les murs et le sol, l’air grave, comme s’il avait découvert une sorte d’indice.
Plusieurs dizaines de minutes passèrent. N’y tenant plus, Gerik bâilla et demanda à Minos :
« J’ai beau regarder, je ne vois rien… Il y a vraiment quelque chose ici ? »
« Pas encore… Je crois que je dois chercher un peu plus. »
Après cette réponse laconique, Minos ramassa plusieurs fragments de pierre et passa au bâtiment suivant. Celui d’après, puis le suivant, ne furent guère différents.
Pour Gerik, ce n’étaient que des bâtiments effondrés. Minos, lui, les voyait clairement autrement, car il continua à les fouiller un à un, l’air profondément sérieux.
« Il se fait tard. Nous devrions nous arrêter là pour aujourd’hui. Je terminerai l’inspection demain. »
… Mais qu’est-ce qu’il fabrique, au juste ?
Minos avait été si minutieux que, malgré la taille des ruines, qui ne dépassaient pas celle d’un petit village, il avait passé toute la journée à les examiner et affirmait qu’il lui restait encore des choses à voir le lendemain.
Gerik ne manifesta pas son mécontentement, même s’il n’y comprenait rien.
Enfin… Je suis payé pour me reposer, alors ça m’arrange…
Ilvern avait beaucoup apprécié les progrès rapides de Gerik au fil de leurs expéditions et, pour éviter qu’il ne quitte le groupe, avait ajouté à leur contrat initial une rémunération quotidienne d’une pièce d’argent pour chaque jour passé dans la Forêt Frontalière.
« Installons notre camp de base dans la première ruine. »
En tant qu’éclaireuse, Katrin suggéra d’établir leur camp de base dans la première ruine où ils étaient entrés, expliquant que ce serait l’endroit le plus facile à défendre et à quitter.
Personne ne contesta l’avis de l’experte, et le groupe décida d’y camper.
Contrairement à leurs premières expéditions, Gerik avait acquis beaucoup d’expérience au cours des quinze derniers jours. Il participa à l’installation du camp avec des gestes assurés, et le groupe s’installa rapidement.
Une fois le camp de base prêt, Katrin, qui s’était naturellement chargée des repas, prépara un dîner simple.
Gerik s’assit autour du feu avec ses compagnons et mangea en silence. Puis, soudain, il leva les yeux et promena son regard autour de lui.
Maintenant que j’y pense… pourquoi n’y a-t-il aucun monstre ici ?
Gerik avait croisé des monstres de toutes tailles au cours de leur traversée de la Forêt Frontalière.
Pourtant, pour une raison ou une autre, aucun monstre n’était apparu dans les environs des ruines, depuis que Katrin avait repéré les lieux jusqu’à présent.
Les bâtiments s’effondraient, mais certains toits tenaient encore, formant des abris qui auraient pu servir de tanières. Gerik trouvait étrange que même les gobelins, pourtant si communs, ne vivent pas là.
« Katrin, pourquoi il n’y a aucun monstre ici ? »
À la question de Gerik, Katrin répondit comme si de rien n’était :
« La plupart des monstres de la Forêt Frontalière vivent en groupe. C’est difficile de former une colonie dans des ruines qui s’écroulent comme celles-ci. »
Ni Ilvern ni Minos ne semblèrent vouloir contester la réponse détachée de Katrin. Gerik était le seul à trouver cela étrange.
« Pourquoi ? Il y a des bâtiments, et même des toits. »
« Réfléchis un peu. Il y a d’innombrables grottes souterraines dans les environs, plus confortables, plus spacieuses et mieux dissimulées que cet endroit. Certaines sont même proches de points d’eau. Alors pourquoi les monstres choisiraient-ils de vivre dans des ruines étroites et instables, qui risquent de s’effondrer, alors qu’ils peuvent s’installer dans un endroit pareil ? »
La réplique cinglante de Katrin laissa Gerik sans voix. Ses paroles lui rappelèrent naturellement les grottes souterraines où ils avaient exterminé des gobelins et des hommes-sangliers.
L’air y était infect, car elles étaient fermées, mais ces grottes étaient effectivement spacieuses et stables. L’humidité y restait relativement constante et elles permettaient de tenir les menaces extérieures à distance.
… À bien y réfléchir, si je devais fonder une communauté dans la Forêt Sauvage du Démon, je choisirais une grotte plutôt que des ruines comme celles-ci.
Gerik hocha la tête pour lui-même. Les monstres qu’il avait observés jusqu’ici étaient bien plus simples et directs que les humains.
Vu leur nature, ils n’avaient aucune raison de s’obstiner à vivre dans un endroit qui risquait de s’effondrer alors qu’ils pouvaient trouver des lieux plus confortables.
* * *
Le lendemain matin, Minos se mit à examiner minutieusement les ruines restantes dès son réveil.
Au bout d’un moment, il appela ses compagnons et se dirigea vers la plus grande ruine qu’ils avaient visitée la veille. Sans la moindre explication, il s’approcha d’un mur et se mit à creuser le sol.
« Tu as besoin d’aide… ? »
« Non. Je ne vais pas creuser profond… Juste un instant ! »
Dérouté par le comportement soudain de Minos, Gerik lui posa la question. Mais celui-ci sourit et refusa son aide. Peu après qu’il eut commencé à creuser, des débris brisés apparurent dans la terre.
« Comme je le pensais… »
Minos marmonna, comme si quelque chose venait de confirmer ses soupçons. Incapable de contenir sa curiosité, Gerik lui demanda :
« Qu’est-ce que tu as trouvé ? »
Contrairement à la veille, où il avait évité de répondre, Minos ouvrit son grimoire et consulta les textes anciens qu’il avait recopiés avant de prendre la parole lentement.
« Gerik, à ton avis, que sont ces ruines que nous avons explorées toute la journée hier ? »
« … De vieilles ruines effondrées ? »
Minos sourit de toutes ses dents à la réponse de Gerik.
« Exactement. C’est ce que penserait la plupart des gens. »
Il posa une main contre le mur, puis leva les yeux autour de lui comme s’il examinait le plafond.
« Si je n’avais pas lu dans les documents une légende qui semblait liée à la Forêt Sauvage du Démon, j’aurais pensé la même chose. »
Minos ouvrit son grimoire et montra à Gerik le passage de la légende qu’il avait souligné et signalé comme important.
« C’est… »
Gerik lut le récit d’une ancienne civilisation qui avait conclu un pacte avec une entité maléfique et provoqué la colère des dieux du Plan matériel.
La légende racontait qu’une civilisation avait été détruite par les dieux et leurs fidèles, puis ensevelie vivante sous un immense déluge de terre par les divinités courroucées.
« Je pense que ces ruines ne sont en réalité que la partie supérieure d’un bâtiment, qui en dépasse. »
« … La partie supérieure ? »
« Oui. Je pense que les ruines sont enfouies. Seule une infime partie dépasse du sol. »
Gerik resta un instant sans voix. Les ruines étaient anciennes et s’effondraient, mais, à en juger par leur seule taille, elles n’avaient rien d’un petit bâtiment.
Quand Minos affirma qu’elles n’en formaient qu’une infime partie, Gerik ne fut pas le seul à rester stupéfait : les autres membres du groupe, qui avaient écouté en silence, l’étaient tout autant.
« Alors… à quel point ce bâtiment était-il immense ? »
« L’image de la pointe d’un iceberg serait parfaite. Il y a probablement bien d’autres parties enfouies sous nos pieds. Ces ruines étaient en réalité un édifice colossal. »
Notes de bas de page :
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