Chapitre 47
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Traducteur/éditeur : Alyo
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◈ Survivre en tant que guerrier dans un univers de jeu de rôle sur table ◈
Chapitre 47 : Forêt Frontalière (4)
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Ilvern ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises avant de laisser échapper un bref soupir.
« … Aujourd’hui, tu n’as pas vraiment brillé dans l’utilisation de tes compétences. »
« Pardon ? »
Pris au dépourvu par ce brusque changement de sujet, Gerik lui demanda de répéter. Ilvern poursuivit pourtant d’un ton calme, comme si leur conversation précédente n’avait jamais eu lieu.
« Je reconnais que tu n’as pas eu le choix, vu le nombre d’ennemis auxquels tu as fait face… Mais tu aurais encaissé moins de coups critiques si tu avais mieux utilisé tes compétences. »
À l’attitude d’Ilvern, Gerik comprit qu’il comptait cesser de fouiller dans son identité suspecte et laisser tomber l’affaire.
Gerik se prêta donc naturellement à ce changement de sujet.
« Ce que tu m’as dit sur le fait d’utiliser Charge à courte portée m’a vraiment marqué. Est-ce que je devrais réfléchir davantage à ce genre d’applications ? »
Ilvern secoua la tête.
« À vrai dire, tu ne maîtrises même pas encore les bases. Tu n’en es pas au stade où tu peux discuter de telles applications. Concentre-toi d’abord sur les fondamentaux. D’après ce que j’ai vu, c’est ton principal problème. »
« … Oui. »
Ilvern rejeta la suggestion de Gerik comme si elle était hors de question, puis poursuivit.
« Cela dit… après avoir longtemps travaillé les bases et atteint un certain niveau dans l’utilisation de tes compétences, ce sera une autre histoire. »
Il lui expliqua que Charge ne servait pas simplement à foncer rapidement sur un ennemi ou à donner plus de puissance à une attaque.
« La véritable puissance de Charge se révèle dans les combats à petite échelle. »
Ilvern expliqua qu’un guerrier qui maîtrisait Charge à la perfection pouvait exploiter sa mobilité démesurée pour semer la confusion dans les rangs ennemis lors de petits affrontements. Il pouvait même mener des opérations de décapitation.
« Des opérations de décapitation ? »
« Oui. Prenons la journée d’aujourd’hui en exemple. À ton avis, qui était le plus dangereux d’entre nous, du point de vue des gobelins ? »
Après avoir réfléchi à la question d’Ilvern, Gerik pensa naturellement à Minos, qui n’avait cessé de bombarder l’ennemi de sorts d’affaiblissement depuis l’arrière, comme un dément.
« Exactement. Le mage. Si nous avons pu venir à bout de tant de gobelins avec si peu d’hommes, c’est parce que nous avons protégé le mage à l’arrière et lui avons donné le temps de lancer ses sorts sans être dérangé. »
À l’inverse, expliqua Ilvern, si l’ennemi était parvenu à éliminer rapidement le mage, le cours du combat aurait été complètement bouleversé.
« Voilà pourquoi un guerrier qui a poussé Charge jusqu’à ses limites est terrifiant dans les combats à petite échelle. Il peut fondre sur les lignes ennemies à une vitesse insensée et éliminer les personnalités importantes, celles dont la défense est la plus faible. »
Gerik eut l’impression que tout s’éclairait soudain dans son esprit. Il croyait enfin comprendre comment utiliser correctement ses compétences.
Voyant que Gerik semblait avoir compris, Ilvern esquissa un léger sourire et poursuivit.
« Bien sûr, tu en es encore très loin. Mais, quand tu t’entraînes à tes compétences, imagine différentes situations et essaie d’utiliser Charge. En t’exerçant ainsi, tu seras bien mieux préparé pour les vrais combats. »
Gerik hocha la tête en repassant les paroles d’Ilvern dans son esprit. Puis des questions auxquelles il n’avait jamais réussi à trouver de réponse lui revinrent : comment s’entraîner correctement aux compétences, ou encore comment fonctionnait le passage à une classe supérieure.
L’ambiance est plutôt bonne, là… Je devrais lui demander ?
Profitant de la bienveillance d’Ilvern, Gerik s’apprêtait à lui poser quelques-unes des questions qui le tracassaient.
« Je crois que les gobelins ont été exterminés. »
À cette brève annonce, Katrin émergea du fond du passage. Gerik laissa passer l’occasion de poser sa question importante à Ilvern et regretta intérieurement le moment choisi.
« Il n’en reste plus un seul ? »
« Non. Il semblerait qu’un tout petit nombre se soit caché. Ils sont assez peu nombreux pour qu’on puisse les exterminer sans difficulté, alors je pense qu’on peut les laisser tranquilles. Mais… »
Katrin s’interrompit.
« J’ai trouvé des traces d’un chaman gobelin. Des fragments de totem étaient éparpillés un peu partout. »
Katrin expliqua qu’un chaman gobelin avait apparemment dressé un totem et accompli un rituel ici, jusqu’à une époque récente, offrant des sacrifices pour ses arts chamaniques.
Cependant, comme l’endroit se trouvait à la lisière de la Forêt Frontalière, il aurait été difficile d’y trouver des victimes de qualité. Le chaman avait probablement emmené une grande partie de la colonie plus profondément dans la forêt pour faire grandir le totem.
« Ouf… »
Tandis qu’Ilvern écoutait le rapport de Katrin, Minos, qui avait terminé sa méditation, ouvrit les yeux dans un soupir.
À cette vue, Ilvern fit se relever tout le monde : il était enfin temps de « récolter » le butin.
« Coupez-leur les oreilles et mettez-les dans les sacs que vous avez apportés. Et n’oubliez pas de séparer celles des hobgobelins ! »
Le groupe retourna sur le champ de bataille et se mit à couper les oreilles des gobelins.
Après avoir terminé la récolte, ils exterminèrent les gobelins restants tout en ramassant des champignons et des herbes qu’on ne trouvait que dans les nids de gobelins.
« … Une falaise ? »
Après avoir fouillé la grotte pendant un bon moment, le groupe finit par découvrir, dans ses profondeurs, un précipice sans fond.
Au-delà de la paroi abrupte, une autre grotte semblait s’enfoncer encore plus loin sous terre.
Mais jusqu’où s’étend ce réseau de grottes, en profondeur et en largeur… ?
Gerik contemplait la grotte d’un air excédé quand Ilvern prit la parole.
« On s’arrête là. »
Ils avaient déjà récolté bien plus qu’il ne leur en fallait, et ils n’avaient ni raison ni force de s’enfoncer davantage dans la grotte. Personne ne contesta la décision d’Ilvern, et ils rebroussèrent chemin sans regret.
* * *
Dès qu’ils sortirent du terrier, l’air frais emplit les poumons de Gerik.
« Ouf… »
Il laissa échapper un long souffle sans même s’en rendre compte. Comparé à l’air de la grotte, empestant les excréments de gobelins, celui-ci lui semblait venir d’un autre monde.
Les odeurs de terre, de mousse et d’arbres n’avaient jamais été aussi agréables.
Tandis que Gerik restait là, hébété, à respirer l’air de la forêt, les trois autres montèrent avec habitude un campement provisoire dans la Forêt Frontalière.
Ils s’affairaient avec efficacité sans échanger un mot. Se rendant compte qu’il était le seul à rester planté là, mal à l’aise, Gerik s’approcha de Katrin et lui demanda s’il pouvait aider.
« Aider ? Laisse tomber. C’est ton premier jour, contente-toi de regarder et d’apprendre. »
Au lieu de lui confier une tâche, Katrin lui montra les différents éléments du campement et lui expliqua brièvement pourquoi ils avaient choisi cet endroit et organisé les lieux de cette manière.
« C’est compris ? Dès demain, tu pourras nous aider à monter le camp comme ça. »
« Merci de m’avoir appris tout ça. »
Gerik remercia sincèrement Katrin, par habitude, en se disant que ces connaissances pratiques seraient difficiles à acquérir, même avec de l’argent.
Katrin le regarda comme s’il était une créature étrange. Quand Gerik remarqua son expression subtile et lui demanda pourquoi, elle réfléchit un instant avant de répondre.
« La plupart des aventuriers ne sont que des salauds malpolis et égoïstes. Ils ne disent jamais merci. »
« … »
« Bon. Tu as du potentiel, alors je vais t’apprendre un truc utile en prime. »
La raison était si inattendue que Gerik resta un instant sans voix.
Katrin l’emmena près d’un arbre qui ressemblait à un chêne, mais dont l’écorce était d’un noir profond.
« C’est un chêne à sève noire. Un arbre particulier qui ne pousse que dans la Forêt Sauvage du Démon. »
Après lui avoir brièvement décrit l’arbre, Katrin tira un poignard de sa ceinture et entailla légèrement sa base. Fait intéressant, un liquide limpide se mit lentement à suinter de la coupure.
« Les aventuriers expérimentés se servent de ces arbres pour faire le plein d’eau potable quand ils campent loin de toute source. »
L’eau s’écoulait de l’arbre en un filet si fin qu’on pouvait l’essuyer du doigt. Katrin expliqua que, lorsqu’ils campaient, ils entaillaient généralement l’arbre juste avant de monter le camp, comme ils venaient de le faire, puis plaçaient une outre en dessous pour recueillir l’eau pendant la nuit.
« Oh… On peut la boire directement à l’outre, sans la traiter ? C’est pratique. »
Katrin secoua la tête, comme si l’idée lui paraissait impensable.
« Non. Il faut absolument la faire bouillir avant. Si tu la bois telle quelle, tu auras mal au ventre. »
« Ah… »
Le bois de chauffage abondait dans la Forêt Sauvage du Démon ; faire bouillir l’eau ne posait donc pas vraiment problème.
Gerik se promit de ne pas oublier ce que Katrin lui avait appris ce jour-là et d’en faire bon usage.
Pendant qu’ils étaient partis chercher de l’eau potable, Ilvern avait monté seul le campement provisoire avec une habileté remarquable. Il avait même allumé un feu de camp, ce qui stupéfia Gerik.
« Je vais préparer le dîner. »
Comme si elle en avait l’habitude, Katrin posa la marmite qu’ils avaient apportée au-dessus du feu et se mit à préparer un repas simple avec des rations sèches et des épices.
Après s’être rassasié grâce à sa cuisine plutôt bonne, Gerik étendit son sac de couchage et se reposa, mettant ainsi fin à sa première nuit de campement dans la Forêt Sauvage du Démon.
* * *
« Huit hommes-sangliers devant ! »
Une voix de femme familière s’éleva dans les ténèbres.
Comme s’il avait déjà vécu cette scène maintes fois, Gerik dégaina silencieusement son épée et prit position à l’arrière-garde.
De son côté, Ilvern, bouclier en main, avança calmement sous la conduite de Katrin, dont la présence s’était faite discrète.
Peu après, le groupe aperçut une petite clairière en contrebas.
Des humanoïdes à tête de sanglier étaient assis autour d’un feu de camp, faisant rôtir des gobelins embrochés sur des bâtons de bois.
« Ouuuuuh !! »
À peine eut-il aperçu les hommes-sangliers qu’Ilvern poussa un rugissement à vous percer les tympans et les provoqua sans la moindre hésitation.
Surpris par l’apparition soudaine de leurs ennemis, les hommes-sangliers s’empressèrent de saisir leurs armes. À cet instant, une flèche jaillit sans bruit des ténèbres et se ficha dans la tête de l’un d’eux.
Un bruit sourd.
« Kweek ?! »
En voyant l’un des leurs s’effondrer sans même avoir pu réagir, les yeux des hommes-sangliers restants s’embrasèrent.
Leur désarroi face à l’embuscade ne dura qu’un instant. Furieux de la mort de leur compagnon, ils levèrent leurs boucliers de métal et leurs massues, puis chargèrent Ilvern comme pour l’encercler.
Boum !!
Comme s’il avait attendu qu’ils s’approchent, Ilvern abattit violemment son bouclier-tour sur le sol dès qu’un homme-sanglier fut à portée.
Une puissante Onde de choc jaillit du bouclier et frappa les hommes-sangliers alentour de toutes parts.
« Kweh !! Kweek !! »
Contrairement aux frêles gobelins, qui rebondissaient presque en l’air lorsqu’ils étaient frappés par l’Onde de choc, les hommes-sangliers, qui mesuraient près d’un mètre quatre-vingt-dix et possédaient un corps musclé ainsi qu’un équipement lourd, encaissèrent l’impact. Ils ne firent que chanceler ou tomber à genoux.
Boum !!
À cet instant, un grondement assourdissant éclata dans les ténèbres, et un guerrier vêtu d’une brigandine surgit dans une attaque surprise derrière les hommes-sangliers.
Avant qu’ils aient le temps de réagir, le guerrier frappa de son Entaille l’un des hommes-sangliers, encore étourdi par l’Onde de choc. Sa tête grotesque de sanglier s’envola dans les airs.
« Kweek ?! »
Voyant l’un de leurs compagnons se faire massacrer en un instant par l’attaque surprise, les hommes-sangliers tournèrent tous vers l’intrus à leur flanc des regards incrédules.
Après avoir abattu un homme-sanglier grâce à une Charge surprise, Gerik battit rapidement en retraite, planta son épée dans le sol et se mit en garde.
« Kweeik !! Humain !! Tuer !! »
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